jeudi, février 23, 2006

Waltzing Matilda

On te dit parfois que tu es jolie, mais t’es jamais arrivée à y croire : t’as les yeux trop petits et les joues trop rondes pour que ce soit vrai. On t’a écrit des lettres improbables sur la beauté que tu transportes comme un baluchon usé. Et tu as ris, de dérision. T’as laissé des hommes s’approcher de toi pour, tu leur a demandé de t’aimer et tu t’es transformée en petit pou pétri de flétrissures, insécure et agressif. Tu t’es mise à douter. De l’amour, de la durée de l’amour. Bottom line, ce qui était le pire c’était cette sacrée peur de l’abandon qui t’enchaînais à l’immobilité, à ces relations qui font plus de mal que de bien. Et ton manque d’estime de soi se mettait de lui-même en valeur dans les décisions que tu prenais : surtout quand tu décidais de rester dans ces histoires qui n’allait nulle part, pour ne pas être toute seule.

T’as fini par faire le grand saut, t’as fini par tout plaquer. Tu l’as même repoussé quand il est revenu te voir pour te dire qu’il t’aimait encore et qu’il ne comprenait pas pourquoi tu tenais tant que cela à ce que ce couple se défasse. Quand on t’a annoncé, quelques mois plus tard qu’il avait une nouvelle conjointe, qu’elle était enceinte, tu t’es effondrée dans ton silence, sur les larmes éteintes de tes crescendos muets, et tu as relevée la tête avec défi en affirmant que tu t’en foutais. Sauf que t’es rentrée chez toi ce soir-là, meurtrie jusqu’à la moelle, parce que tu savais que ça signifiait que c’était vraiment terminé. Et qu’à quelque part au fond de ta tête, tu t’étais convaincu, jusqu’à ce moment-là, que tu pourrais toujours revenir vers lui.

T’as passé les années suivantes à t’enfoncer dans une zone trouble. Tu te trouvais laide, tu te trouvais conne et tu ne croyais plus à rien. Tu te voyais née pour une bouchée de pain et tu t’enfonçais dans le mépris que tu te portais à toi-même. Il y avait cette barmaid qui te disait tout le temps que tu passais ton temps à revirer des hommes de bord sans t’en apercevoir et tu la regardais, par-dessus tes lunettes, l’air de dire : « Tu me prends-tu pour une conne? » Et puis tu t’es rendue compte que ta liberté s’arrêtait toujours dans le jugement que tu croyais que les autres te portaient. Que tu passais bien du temps à penser du mal de toi à leur place, sans savoir ce que ces quidams se disaient à ton sujet, en réalité

T’as rencontré cet homme qui t’a dit que l’intelligence d’une femme était sexy. Pour la première fois de ta vie t’as cru un homme qui te disait : « je t’aime » sans avoir peur qu’il ne te broie les entrailles. Il ne s’est finalement pas installé dans ta vie, il en es ressorti aussi rapidement qu’il y avait mis les pieds, mais tu sais qu’il a fait toute une différence. Tu as passé les mois suivants à te faire croire que le nombre pouvait suffire à la qualité des relations, en sachant pertinemment que tu te contais des bobards ahurissants.

Un beau matin, tu t’es réveillée toujours aussi seule, pis t’as compris quelque chose d’essentiel : la liberté, c’est dans ta tête qu’elle se passe. Elle arrive toujours quand tu cesses d’avoir peur de tout et de n’importe quoi. Alors, t’as repris ton vieux waltzing Matilda et t’as souri à la vie.

10 Commentaires:

Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

waltzing Matilda ?

12:29 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

C'est une chanson, importante en Australie. Mais ça désigne aussi un baluchon qui se balance dans le dos du voyageur, contenant toutes ses possessions.

12:49 p.m.  
Blogger Lew s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Être un chocolat, ce texte serait un de ces petits plaisirs qu'on peut rarement se payer.

C'est touchant, en tout cas pour moi.

1:04 p.m.  
Blogger Marie-Hélène Gauthier s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Je t'imagine bien partir avec ta robe qui tourne valser quelques pas en souriant à la vie... La chanson te va à merveille.

2:22 p.m.  
Blogger Cédric s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.

7:22 p.m.  
Blogger Cédric s'est arrêté(e) pour réfléchir...

bon. il faut aussi aller voir du côté de tom waits: "tom traubert's blues", c'est une sorte de reprise de ce morceau qu'il a casée sur un de ses vieux albums des années 70.
puis.
j'espère contribuer à te faire tenir le cap malin des 7 commentaires par message qui semble régner depuis quelques jours...
pas plus, pas moins.

7:26 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Lew : Je trouve que tu as l'air d'un gars accroc à mes textes depuis quelques jours...

M : dans une robe rouge hein?

Caustique : C'est pour cela que tu as effacer ton premier commentaire? C'est vrai que ça fait cute et régulier 7 commentaires.

9:36 a.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Très touchant, très mignon, comme toujours tu es une source d'inspiration. Et ça me fera toujours plaisir "to go waltzing a-Matilda with you!"

10:49 a.m.  
Blogger Lew s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Définitivement oui, mais ça fait du bien de te lire aussi, demande moi pas pourquoi, je sais pas mais ça me fait un grand bien. ^__~

2:21 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Alex : je ne sais pas vraiment à quel point je suis une source d'inspiration, mais je sens mon influence dans tes mots. Il s'y glisse maintenant une rythmique qui met en valeur ta sensibilité.

8:24 p.m.  

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