samedi, août 27, 2016

Une accusation lancinante

C'était un soir de canicule. L'un de ceux où l'impatience de tout le monde était à vif parce que ça faisait déjà plusieurs jours que la moiteur nous enveloppait comme un paletot de plumes à un moment où nul n'en a besoin. La rame de métro n'était pas particulièrement remplie et pourtant chaque nouvelle entrée étrivait la patience générale parce que qu'elle fournissait une source de chaleur supplémentaire.

L'irritabilité était palpable autour de moi. J'entendais beaucoup de soupirs exaspérés à chaque fois que le train prenait un peu plus de temps qu'à l'ordinaire à quitter une gare. Comme si chacun des personnages en présence avait un rendez-vous urgent à honorer dans les délais les plus brefs. Même les groupes de gens ne semblaient pas en mesure de se faire la conversation tellement tous étaient épuisés par l'air ambiant.

À Mont-Royal, un homme s'est engouffré dans le wagon. Un homme que j'ai vu souvent ; que j'ai entendu souvent. Il s'est planté au beau milieu de l'engin et s'est mis à haranguer les passagers : « Bonsoir, j'ai un message important à faire. » Pas de réponse. Les yeux de chacun se sont résolument baissés sur leurs appareils électroniques ou perdus dans l'observation du décor fascinant que les fenêtres laissent voir dans les tunnels.

Il avait une voix de stentor au phrasé bien posé. À chaque fois que ma route avait croisé la sienne, j'avais été frappée de cet état de fait. Pour un peu d'abstraction on aurait pu croire un animateur de radio. Malgré l'indifférence généralisée, il avait continué : « Mon nom est Éric, et je vis dans la rue. Je n'ai pas pu me trouver une place aujourd'hui pour dormir et prendre ma douche, mais j'en ai une réservée à La Maison du Père demain. Je n'ai rien mangé depuis hier matin. Là, j'aurais besoin de treize piastres pour pouvoir me laver, prendre une hostie de bonne douche. Ce n'est pas beaucoup treize piastres, pis à la gang c'est vraiment peu. Et pour moi, ce serait vraiment beaucoup. »

J'avais pensé que c'était un très joli discours. Mais personne, moi la première n'avait mis la main dans sa poche pour l'aider. Le problème, c'est qu'on ne peut pas décemment donner à l'un sans en voir un autre se substituer au premier dans la fraction de seconde qui s'en suit. Et puis, ces interpellations sont un peu épeurantes quand la il fait noir dehors, malgré les lumières blafardes du métro. On a honte aussi de ne pas tendre la main. En tout cas, moi j'avais honte. Je craignais aussi qu'il ne me suive à la sortie, m'arrive quelquefois. Peut-être que je ne joue pas assez bien de l'indifférence apparente.

Je m'étais donc ruée hors du wagon, la toute première. J'avais jeté un regard par dessus mon épaule pour voir ce qu'Éric faisait. Il était resté accroché à son poteau, le regard désespéré. Vraiment désespéré et mon cœur s'était fendu devant autant de détresse.

Mais je n'étais pas retournée lui faire l'aumône qu'il demandait.

Depuis, sa voix résonne dans ma tête à toutes les fois où je mets les pieds dans un wagon de métro quand la nuit est tombée.

Comme une accusation lancinante de mon manque de générosité.

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jeudi, août 25, 2016

Récolter les bribes du réel

Il me semble que c'était pendant les vacances d'hiver. Celles qui le coupent en deux. Je jouais à la poupée dans ma chambre avec une amie, Marie qu'elle s'appelait, nous avions conçu une maison dont les chambres étaient sous mon bureau. Quand la porte s'est ouverte, nous étions toutes les deux sous le bureau, bien affairées à nos chimères et ma mère nous a dit : « Il y a Jacques au téléphone, il veut savoir si ça vous dirait d'aller voir La guerre des tuques au cinéma dans une heure ? » Jacques, c'était le papa de Marie. On s'est regardées toutes les deux avant d'exploser de joie et de nous exploser la tête sur les arrêtes du meuble, en trépignant sur place.

On ne savait pas vraiment ce qu'était ce film, sinon qu'on en entendait beaucoup parler déjà. On savait que c'était un film avec des enfants ; des vrais enfants. Alors forcément, on était curieuses d'aller le voir et qu'on ne pouvait pas refuser une telle proposition.

C'est étrange, parce que je me rappelle précisément le moment de la proposition du film, mais absolument pas de la séance de cinéma. Le film par contre, m'a profondément marquée, comme il a marqué une bonne partie des gens de ma génération. C'était un film, au cinéma et les acteurs avaient mon âge, ou peu s'en faut. En plus, ils parlaient ma langue. Pas le français, j'avais vu déjà plusieurs films en français, beaucoup de films d'animation dont les personnages étaient des enfants, mais ils parlaient un français qui n'était pas le mien. Qui plus est, les décors ne ressemblaient généralement en rien à ma réalité.

Ce jour-là cependant, j'avais sous les yeux une histoire de vacances de Noël dans un décors que j'avais déjà vu, de mes propres yeux. Pas le fort on s'entend, mais le reste, je le connaissais. C'étaient des enfants qui n'avaient pas peur de la neige ni du froid. Des enfants qui bougeaient pour ne pas se retrouver transis. Ce jour-là, j'ai compris que les histoires dans ma tête pouvaient s'inscrire dans le décors que j'habitais. Ce n'est pas rien. Un raz-de-marée de possibilités.

Plus besoin d'écrire Il était une fois avant de débuter quelque chose, plus besoin de camper un décors dans une lointaine contrée ; une histoire pouvait vivre, faire rire et faire pleurer en même pas deux heures avec mon accent, mes référents et ma poésie.

J'ai pensé toute l'année à cette anecdote, celle des deux petites filles qui se cognent la tête de concert sous un meuble parce qu'on leur propose une activité stimulante et parce que j'ai baigné dans la version 3D de ce long métrage qui m'avait tant parlé. Je n'avais pas trouvé l'angle pour l'aborder. Mais ce soir, au soir des soirs de la vie de monsieur Melançon, je me suis dit que je pouvais prendre ma plume pour le remercier de m'avoir ouvert ces portes sur mon imagination.

Parce que je suis avant tout une portraitiste fantaisiste de mon réel, aussi traficoté soit-il.

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dimanche, août 21, 2016

L'analyste

C'était par une belle journée de l'automne 1992. Je ramassais mes affaires à la fin d'un cours de français quand une fille dont je n'avais jamais retenu le nom lors des prises de présences vint se planter à côté de la place que je tentais, tant bien que mal de libérer. Elle m'avait lancé : « Je dois manquer les deux prochaines semaines d'école, nous avons deux cours ensemble, sur les quatre auxquels je suis inscrite. Est-ce que tu accepterais de me prêter tes notes de cours ? Et je te le dis tout de suite, ça va arriver souvent au cours de l'automne. » J'avais accepté illico, sans poser aucune question. Elle en était restée sidérée.

Deux semaines plus tard, nous nous étions donné rendez-vous dans un des nombreux locaux étudiants avant le début des cours et elle avait diligemment photocopié mes notes de cours. Je me rappelle avoir beaucoup ri avec elle en lui traduisant certaines de mes abréviations toutes personnelles qui n'avaient de sens que pour moi. Juste avant de nous rendre en classe, elle m'avait dit que j'étais la seule personne à qui elle avait demandé ce service qui lui avait spontanément dit oui, sans lui en demander la raison.

J'étais perplexe. Je ne voyais pas pourquoi refuser ce service, ça ne m'enlevait rien et les raisons de son absence lui appartenaient. Je n'aime pas quand les gens me poussent dans mes retranchements pour avoir mes confidences, alors j'accepte celles que l'on me fait, mais me fait un devoir de ne pas gratter pour les obtenir. Et cette fille était si mince qu'il était possible qu'elle fut malade ce qui aurait pu expliquer ses absences.

Ce n'était pas du tout le cas. Au bout de quelques mois, nos collaborations ayant duré un an et demi, elle m'avait expliqué qu'elle faisait partie de l'équipe canadienne de plongeon et qu'elle quittait régulièrement pour des compétitions à l'international. Elle m'avait invitée à aller la voir s'entraîner un jour. Et j'avais été impressionnée. Par sa prestation, bien sûr, mais aussi par les prouesses que j'avais vues au centre Claude-Robillard. Je ne m'étais jamais intéressée à ce sport avant ce jour, mais depuis je regarde toutes les compétitions auxquelles je peux avoir accès.

J'ai quitté le cégep sans prendre son numéro de téléphone. Ce n'était pas mon amie, simplement une fille à qui j'avais rendu un tout petit service. J'ai cependant continué à la suivre de loin, l'oubliant régulièrement, entre deux prestations.

Elle a gagné une médaille de bronze en 1996, vivant par la suite une tempête médiatique à laquelle elle n'était certainement pas préparée parce qu'elle n'était pas la plongeuse la plus en vue au Canada avant sa médaille. Dans les mois qui ont suivis sont exploit, elle a été jugée et vilipendée. J'étais triste pour elle parce que je me rappelais d'une fille allumée et intelligente et que j'aurais été fort surprise que ces qualités se soient évaporées en quelques années.

Désormais je l'entends aux quatre ans, analyser les prestations des plongeurs actuels. Avec beaucoup de simplicité et aussi un don certain pour faire comprendre aux citoyens lambda les figures qui sont faites par les athlètes. À tout coups, je revois la mince jeune fille qui s'était planté devant moi pour me demander mes notes de cours, avec ses yeux bleus immenses et brillants, sa formidable détermination et son sourire désarmant.

Je me plais, parfois, à penser, que j'ai peut-être un peu aidée, à atteindre les sommets qu'elle visait et qu'elle avait atteint, selon moi.

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mercredi, août 17, 2016

Noir d'encre

À ma sortie du travail hier, il pleuvait. C'était dru, froid et il y avait des piscines en bordures des trottoirs. Je ne fais jamais cela, mais j'avais demandé un lift à une employée jusqu'au métro histoire de ne pas faire la ligne orange complètement détrempée. Grand bien m'en fit, pour le temps précieux que j'ai gagné.

Je suis arrivée au métro Papineau vers 22h05 et me suis engouffrée à l'épicerie du coin, histoire d'aller me chercher le lait nécessaire à mon café matinal. Je revenais vers les caisses quand tout s'est éteint. Pendant une dizaine de seconde, j'étais figée dans le noir le plus complet, avant que les génératrices ne prennent le relais. C'est très court, dix secondes ans une vie, sauf que ça m'a parut fichtrement long avant que ne s'allument ces espèces de phares qui m'indiquaient où se trouvaient les abords du magasin. Je suis passée à la caisse avant de franchir la porte pour me précipiter dans une noirceur intense.

Je voyais, à l'ouest, des lumières si lointaines qu'elles étaient floues. Dans toutes les autres directions, c'était le néant. La station de métro était bien entendu illuminée, cependant je l'ai rapidement laissée derrière moi pour me rendre à la maison. Et j'avais peur. Pas de me faire attaquer, la température horrible étant garante de cette forme de sécurité. J'avais peur parce que j'ai peur des pannes d'électricité en partant, mais surtout parce que je devais traverser les voies d'accès du pont Jacques-Cartier pour me arriver à bon port. J'avais froid et je ne voyais pas où je mettais les pieds. Bien entendu, j'ai dû les mettre dans tous les nids de poule que j'ai croisé.

Arrivée à la première traverse, j'ai vite constaté que le trafic n'était pas trop intense et que j'avais largement le temps de passer de l'autre côté de la voie. Mais à la seconde, celle de la rue Papineau direction sud, les voitures étaient nombreuses et allaient très vite dans les circonstances. Heureusement, j'étais du bon côté de la voie, celui où on les voit arriver justement. Dans l'autre sens, il y a un édifice qui coupe complètement la vue sur la rue Papineau ce qui rend quasi impossible la traversée lorsque les feux pour piétons ne sont pas enclenchés.

J'ai traversé rapidement, dès que j'ai eu une fenêtre pour le faire, sans courir, parce que je ne voulais pas prendre le risque de glisser et de me faire écrapoutir au passage. J'ai retenu un cri de mort en mettant le pied sur le trottoir opposé parce qu'il y avait là un homme que je n'avais absolument pas vu avant d'être presque sur lui. J'ai poursuivi ma route et ça m'a pris un temps fou à réussir à entrer ma clef dans la serrure ; je ne la voyais pas. J'aurais bien pu sortir mon téléphone pour m'éclairer, mais avec la pluie diluvienne, je n'étais pas certaine que ce soit une très bonne idée.

Je me suis illico changé, j'ai cherché une chandelle et me suis résolue lire pour éviter de penser à la panne. Je ne me suis pas mise en colère, je n'ai pas paniqué, mais je n'aimais pas ça du tout. Je n'aime jamais ça.

Et puis, je me suis dit que ma situation aurait pu être bien pire ; si j'avais pris l'autobus, comme d'habitude, l'électricité aurait manqué alors que j'étais à Berri. Et faire tout ce chemin à pieds, dans le noir, dans des rues que je connais pas mal moins par cœur, eut été une épreuve dont j'étais bien contente de m'être passée. Cette heureuse supposition a, par ailleurs, contribué à me calmer les nerfs.

J'ai tout de même poussé un soupir de soulagement quand l'électricité est revenue. Permettant à mon corps de se relaxer assez pour que je puisse aller me coucher.

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dimanche, août 14, 2016

Ces bruits du silence

- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !

Le bruit se rapprochait sur le quai silencieux. Si tant est qu'un quai de métro puisse l'être. Ça arrive, presque, les matins de fin de semaines. Personne ne parle, les gens ont les yeux encore ensommeillés, et pas un quidam n'a les oreilles encore assez réveillées pour écouter son baladeur à une force assez soutenue pour que les êtres l'entourant en subissent les contre-coups.

Ce matin-là, je n'avais aucune idée de l'origine du bruit. Ce qui ne m'empêchait pas de rire sous cape à cause de tout ce que mes oreilles avaient capté entre mon domicile et ce quai à cette heure à laquelle j'aime marcher dans mon quartier, à cause de sa quiétude justement.

À peine avais-je passé le pas de la porte de mon domicile que je m'étais trouvée face à une escarmouche entre deux hommes maganés. Je n'avais pas essayé de savoir à quel sujet, changeant plutôt rapidement de trottoir, histoire de ne pas me retrouver dans leurs pattes. Il pleuvait doucement sur le bitume, assez pour que mes bras soient un peu humides mais pas suffisamment pour que je sois détrempée à l'arrivée. Ces matins-là, sont ordinairement encore plus paisibles que les autres, puisque les marcheurs de chiens s'y font discrets et que les ruelles ne résonnent pas des babillages infantiles qui les animent généralement.

Mais au coin d'une rue déserte, j'avais entendu un fond musical western. J'avais l'impression qu'il arrivait de tous les côtés en même temps. J'allais regarder derrière moi, histoire de voir si je ne pouvais pas y trouver l'origine de ce son quand une chaise motorisée est sortie de la ruelle que j'allais croiser. Juché à son bord, trônait un cow-boy, aussi fier et digne que s'il eut monté un destrier dans un cadre plus approprié à son tempérament. Un radio suranné, bien installé dans le panier à l'avant laissait fuser les notes que j'avais entendu pendant qu'un homme encore soûl (ou peut-être déjà soûl) sur son balcon s'écriait : « Saint-Tite, calice ! » J'avais étouffé un fou rire avant de continuer mon chemin.

Sur le quai, j'avais fini par localiser une jeune fille qui s'y promenait de long en large en coupant des morceaux de ruban adhésif de la petite roulette qu'elle tenait à la main. Elle collait les morceaux de l'exacte même dimension sur le support en plastique de sa roulette en attendant l'entrée en gare du train, faisant réverbérer dans les tunnels les bruits incongrus que j'avais perçus.

Une fois installée dans le train, j'ai vu la jeune fille changer de wagon à toutes les stations, dans un sens comme dans l'autre entre Berri et Montmorency, s'asseyant trois secondes maximum sur des bancs libres, le temps de coller sur une page blanche un de ses précieux morceaux de ruban.

Je ne sais pas si tel est le cas pour d'autres que moi, mais décidément, j'aime beaucoup tendre mes antennes vers tous ces êtres que je croise, dans les rues, les transports en commun ou encore les mails de centre commerciaux. Ça me donne, il me semble, un aperçu sur l'humanité, malgré le fait que celui-ci soit montréalocentriste.

C'est le biais avec lequel je dois vivre, et je ne m'en plains pas.

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jeudi, août 11, 2016

Vivres l'effet des étoiles filantes

Les gens qui me sont proches savent que je me suis beaucoup laissée emporter dans les dernières années. Je me plongeais dans la colère comme d'autres se plongent dans une activité sportive. Si je savais que ce n'était pas une manière adéquate de gérer des situations émotivement chargées, je n'en mesurais pas très bien les impacts. J'imagine qu'à trop avoir le nez collé sur le tableau, j'en finissais pas en oublier le paysage.

Je ne me suis pas mise en colère depuis un peu plus d'un an maintenant. Oh, j'ai vécu un paquet de situations stressantes, j'ai senti les émotions me submerger plus d'une fois, sauf que je n'ai pas laisser ma violence me happer. Pas de cris à m'en déchirer les cordes vocales et les tympans des auditeurs ; pas de rage de mots qui dépassent la pensée et laissent des traces dans les mémoires ; pas d'actes violents envers moi-même ou des objets inanimés.

Ça n'a l'air de rien comme cela, sauf que de déconstruire ces mauvaises habitudes, ces réflexes de protection, ce n'est pas si simple. Sentir l'adrénaline monter, savoir quelle pourrait être la suite, l'admettre, prendre un battement de cils de recul et aviser mon interlocuteur qu'il vient de me heurter de plein fouet, que ce soit volontaire ou non, et que j'aurais besoin d'une minute ou deux de silence et être capable, après ce délai, de passer à autre chose.

J'en vois aujourd'hui, les dividendes. D'abord, je trouve beaucoup plus facile de vivre avec moi-même. Parce que pas de grosse colère, ça veut aussi dire pas de grosse culpabilité dans les jours qui suivent. Je constate aussi que des personnes que j'aime beaucoup manifestent plus régulièrement l'envie de me fréquenter, ne craignant plus de voir surgir une explosion quasi volcanique au moment où ils s'y attendaient le moins.

C'est ainsi que j'ai passé la nuit dernière debout à regarder les étoiles filantes. Chez des amis et aussi sur les routes qui nous ramenaient vers la ville au cœur d'une chaude nuit estivale. Une nuit tranquille lors de laquelle toutes les discussions étaient aussi amicales que teintées de vérités. Personne ne semblant vouloir prendre tout l'espace. Ce qui me concerne au premier chef. Il m'aura fallut une pluie d'étoiles filantes pour mesurer tous les étapes que j'avais franchies en un an. À commencer par ne plus avoir ni besoin ni envie de prendre tout l'espace de discussion dans un groupe pour plutôt me laisser bercer par les mots de tous (incluant les miens), les yeux levés vers le ciel.

Je suis rentrée à la maison à une heure indue, fatiguée et heureuse. Trop fourbue pour dormir en fait. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas vu le soleil se lever sur une nuit sans sommeil qui ne soit pas causé par le stress ou toute autre forme d'ancienneté. J'ai profité du moment. Seule dans mon lit, les yeux grands ouverts, et le cœur aussi.

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dimanche, août 07, 2016

Reconnaître l'inconnue

Pendant plusieurs années, les matins de fin de semaine, je voyais la même femme venir sélectionner un paquet impressionnant de revues qu'elle feuilletait pendant une heure ou deux sans jamais en acheter, ni acheter quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs. Comme la plupart des feuilleteurs de magazines, elle ne les replaçait pas, j'avais donc l'occasion de constater que ses préférence allaient vers la musique, particulièrement les instruments de musique.

Je trouvais étrange d'être la seule personne de l'équipe à la remarquer puisqu'il s'agissait visiblement d'une transgenre. Ce qui fait qu'elle avait un look et une stature pour le moins visibles. Si je la voyais régulièrement, jamais je ne l'ai entendu parler et malgré le fait que je lui ai souvent souri, elle ne me rendait pas pas la politesse. J'avais supposé qu'elle n'aimait pas le regard que je portais sur elle, ce que je trouvais assez ironique étant donné que je vis dans un des quartiers de Montréal où on en voit le plus. Je ne suis donc ni surprise ni choquée par ce type d'apparence. Qui plus est, je crois que je ne l'aurais pas trop vue si ça n'avait été des piles de magazines que j'ai eu a replacer derrière elle, hebdomadairement.

Elle avait cessé de se présenter en magasin quand nous avions retiré les magazines. Sortant ainsi de ma mémoire.

Toutes les stations de métro ne sont pas pourvues de musiciens de qualité égales. Malheureusement pour moi, j'ai régulièrement l'impression que le métro Papineau n'est pas tout à fait l'espace le plus couru. Souvent, c'est la même petite bonne femme, bizarrement attriquée qui chante a cappella des trucs pêle-mêle sans mélodie réelle dans lesquels il est continuellement question de Dieu. Ses musiques me font beaucoup penser à l’œuvre de Normand L'Amour, si vous voyez ce que je veux dire.

Pas hier soir, cependant. Dès ma sortie du wagon, j'ai été agréablement surprise d'entendre une énorme voix masculine, claire et juste. Un homme jouait du clavier tandis qu'une femme, dont je ne voyais que les pieds l'accompagnait à la basse. Je m'abstiens, la plupart du temps, de verser l'obole aux musiciens du métro, je ne le fais que lorsque je suis franchement impressionnée. C'est donc en relevant la tête après avoir déposé mes quelques dollars que j'ai réalisé que la bassiste était ma cliente de magazines depuis longtemps disparue. Je l'ai regardée quelques instants interloquée et elle m'a souri, d'un espèce de sourire de connivence fort charmant.

Et c'est sorti tout seul, je lui ai dit : « Oh, je suis contente de vous voir ! » simplement et naturellement. Son sourire s'est élargit jusqu'à ses yeux.

Je crois que j'ai fait sa journée.

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jeudi, août 04, 2016

Une forme de magie

Depuis que la folie Pokémon a atteint le monde, il me semble que je suis souvent la seule personne, dans un autobus, à ne pas avoir les yeux systématiquement rivés sur mon écran à la recherche de la créature rare à attraper. Combien de fois, déjà, me suis-je fait dire : « Mathilde, ne bouge pas, tu as un Pokémon derrière l'oreille ! » Ce qui, vous l'admettrez, est un peu déconcertant. Il y en a même plusieurs sur mon lieu de travail, un centre d'achats, est semble-il un très bon lieu pour la chasse.

C'est ainsi que je vois clients et employés arpenter les allées du centre commercial, dès que possible, à la recherche de la prochaine bête à attraper. Je ne peux pas dire que je ne comprends pas cet engouement, je suis moi-même joueuse, mais pas à ce jeu-là. Pour toutes sortes de raisons, en commençant par le fait que je me sais susceptible d'être complètement accro, ma folie des casses-tête en faisant foi.

Une drôle de bise a cependant commencé à souffler sur cette folie vers la fin de la semaine dernière. Une autre forme de folie, tout aussi réjouissante pour ceux qui y participent. La librairie vibrait d'effervescence depuis que 14 grosses boîtes bien scellées prenaient une bon part de notre espace d'entrepôt. Les employés tournaient autour en essayant d'apercevoir un peu du contenu de celles-ci. Tout le monde a, par ailleurs, respecté l'embargo.

Beaucoup d'entre-eux, m'ont offert de rentrer plus tôt dimanche matin pour m'aider à faire la mise en place. J'avais choisi de déplacer mon quart de travail entre 7h et 15h, plutôt que de faire le 9h à 17h habituel. Ils m'arrivaient aussi avec un paquet d'idées aussi bonnes qu'inusitées pour faire une vitrine accrocheuse et jolie. J'ai trouvé cela amusant et touchant à la fois, parce que d'ordinaire, pas grand monde ne se précipite pour se lever aux aurores un dimanche matin. Sauf qu'il s'agissait ici de la sortie du dernier Harry Potter (même s'il s'agit en réalité d'un texte théâtral, plutôt que d'un roman en bonne et due forme), un personnage qui a marqué leur vie de lecteurs.

Pour un certain nombre d'entre-eux, c'est ce qui les amené à la lecture. Ou plutôt qui les a accrochés à la lecture. Ça leur avait ouvert un monde qui les sortaient des écrans cathodiques en étant au moins aussi intéressant que ce que les consoles avaient à leur proposer. Ils connaissent souvent par cœur de longs passages des romans, parlant de Harry et de ses acolytes comme s'ils étaient leurs amis intimes.

C'est ainsi qu'employés et clients se sont rués sur la librairie à son ouverture dimanche, en me disant qu'ils vivaient une grande émotion puisqu'ils retrouveraient leurs personnages favoris et qu'ils ont collectivement troqué le téléphone pour un bouquin le temps de se replonger avec délectation dans le monde créé par J.K. Rowling.

C'est ce que j'appelle de la magie.

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dimanche, juillet 31, 2016

Exagération, quand tu me tiens

Je crois que je peux affirmer que je suis née conteuse. J'ai toujours adoré les histoires, surtout celles d'avant le dodo dans ma petite enfance. Mais pas seulement. En fait, c'est une qualité que je partage avec mes frères et ma sœur. J'ai des souvenirs d'enfance, lorsqu'on se faisait garder et que nous écoutions attentivement la gardienne nous lire les albums que nous avions à la maison et que nous connaissions par cœur. Nous avions aussi beaucoup de disques qui avaient le même rôle.

J'étais tellement impatiente de pouvoir lire à mon tour pour découvrir les mots sans avoir besoin d'un adultes pour me les traduire. Pas tant parce que ce n'était pas bien fait, mais bien parce que j'étais lasse d'avoir à attendre que ce soit l'heure du conte, elle n'arrivait jamais assez vite pour moi.

Je me rappelle encore de la première fois où j'ai lu, une phrase toute seule. C'était de la magie. L'image au dessus des lettres m'aidait, bien entendu, mais j'avais décodé moi-même les signes mystérieux. Après cette première réussite, le reste a été très vite et pas tout à fait un an plus tard, je lisais un premier roman qui ne contenait presque pas d'images.

Je ne sais pas vraiment à quel moment j'ai commencé à écrire des histoires, mais je sais que je n'avais pas encore quitté l'école primaire. Même dans mes journaux intimes, j'organisais la vérité comme disait ma mère. Je la magnifiais, mais je finissais invariablement par écrire un post-scriptum qui m'expliquait à moi-même que j'avais exagéré.

Ce trait de caractère, je l'ai gardé, voire même cultivé. Le sens de l'exagération, je veux dire. Tellement que ma supérieure immédiate, dit à qui veut l'entendre, qu'il faut diviser par cinq tous les chiffres que j'avance. Tout cela pour dire que, comme j'amplifie tout, il arrive que lorsque je n'amplifie pas, les gens ne me croient pas tout à fait.

Alors, quand j'affirme que je suis aussi souple que du bois mort, je présume que la majorité des gens se gaussent un peu de l'expression sans y attacher d'importance. Sauf que c'est l'exacte réalité.

La semaine dernière, je faisais un casse-tête. Quand je tombe là-dedans, je m'y lance à fond. J'ai une table à café sur laquelle je fais aller mes doigts et mes méninges en me chantant l'air de Pruneau qui « cherche, cherche dans sa tê-ê-te, où vont les morceaux de son casse-tête ». Et je peux faire cela des heures durant. Généralement, je perds tout sens du temps. Je dois me mettre des alarmes afin d'éviter de me coucher trop tard, pour tout avouer.

Alors donc, la semaine dernière, je faisais un casse-tête et je me suis étiré un muscle en voulant aller placer une pièce dans un coin dudit casse-tête. Pas un muscle du bras ou de la main, non, ce serait bien trop normal. Non, je me suis étiré l'aine gauche. Bien comme il faut. J'ai passé trois jours à avoir toutes les peines du monde à marcher et mes nuits étaient quasi blanches (sans l'aide de mes voisins) parce qu'à toutes les fois où je roulais sur le dos en dormant, je me réveillais avec l'envie de hurler à la lune.

Fa que, la prochaine fois que vous m'entendrez dire que je suis aussi souple que du bois mort, ayez une petite pensée gentille pour ce manque de souplesse que je qualifierais, disons, d'handicapant...

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jeudi, juillet 28, 2016

Une chanson à détester

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'impression qu'une certaine pièce musicale avait été conçue uniquement pour vous tomber sur les nerfs? Dans mon cas, c'est Nothing esle matter de Métallica. Je n'ai jamais particulièrement aimé ce groupe et la toune me tombait sur les nerfs à l'époque de mon collégial, son côté sirupeux et mièvre n'avait pas su me charmer.

Une dizaine d'année après sa sortie, cette chanson est revenue me hanter, cette fois, par le biais d'une voisine en peine d'amour. En plein moins de février elle faisait jouer en boucle la foutue chanson. Pendant plusieurs jours, elle m'a presque rendue folle. Je l'avais avertie souvent, mais elle ne semblait pas comprendre qu'il y a de la basse dans cette chanson et que ça réverbère le son assez intensément. Et puis, quatre heures consécutives d'une chanson unique, ce serait assez pour tomber sur le système de n'importe qui, surtout si ça ce répète dans le temps. J'avais fini par appeler la police, de concert avec d'autres habitants de l'immeuble tout aussi tannés que moi de sa musique et des demandes polies qui n'aboutissaient à rien. Elle m'avait traitée de tout et n'importe quoi, le jour où elle avait eu une contravention salée. Mais elle avait finalement compris.

Hier soir, j'ai eu le droit à une interprétation à tue tête de tout l'album sur lequel figure cette chanson. Comme, ça avait lieu pendant les feux d'artifices, j'ai supposé que c'était la trame de la présentation de la soirée. Mais non, c'était une lubie de mes voisins anglophones. Ceux pas rassurants du tout avec le bulldog. Ils étaient audiblement très maganés. Je crois qu'il y avait quatre personnes sur le balcon (aussi bien dire dans ma chambre en terme de distance), trois gars et une fille.

Dès que les feux se sont terminés, ils ont éteint la musique, du moins, ils l'ont sensiblement baissée. C'est là qu'ils se sont mis à s'engueuler. En fait, un d'entre eux s’engueulait tour à tour avec les autres. Les gars au départ, parce qu'il n'y avait plus de bière, je pense. Un moment donné, ma voisine du dessus a voulu rentrer chez elle et les gars trop soûls lui lançaient des insanités. En autres parce qu'elles les ignoraient. J'aurais fait la même chose à sa place, franchement j'aurais eu beaucoup trop peur d'eux pour leur parler. Finalement, un mec du voisinage leur a dit que la jeune fille était rentrée chez elle et d'arrêter d'hurler comme cela parce qu'il était rendu pas mal tard pour tout le monde (il était un peu passé minuit). Et soudainement, je l'entend dire : Men! T'es un gros %$/!* de pervers! , You're a pervert! Parce que le gars en question avait décidé de se branler en public (enfin, c'est ce que j'ai compris, je ne suis pas allée vérifier ma perception ).

Après, à peu près tout le monde est parti, sauf la fille et le pervers. Il se sont engueulés copieusement jusqu'à trois heures du matin. M'empêchant ainsi de dormir. Et non, je n'ai pas appelé la police et je ne suis pas allée leur dire qu'ils étaient désagréables et dérangeants. Quelquefois, se taire est la meilleure sécurité.

Tout ça pour dire, que j'ai une raison de plus de détester cette chanson précise et que la prochaine fois que je l'entendrai, je ne pourrais pas faire autrement que de réentendre en boucle la trame sonore de ma soirée, ce dont je me serais bien passé.

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dimanche, juillet 24, 2016

Envie de bouger

Je crois bien que j'aime ça l'été. D'abord, il y a plein de choses nouvelles à expérimenter. Je suis né à l'automne de l'automne et mes premiers contacts avec le monde extérieur se sont faits dans les bises hivernales. Mes parents avaient tellement peur que j'aie froid qu'ils me mettaient milles pelures sur le dos, c'est le genre de truc de grands qui vous limite singulièrement les mouvements. Et puis, j'étais vraiment petit dans ce temps-là, je ne pouvais pas vraiment découvrir le monde par moi-même.

Mais l'été, c'est différent. D'abord, il y a le grand bain. Pas celui dans la maison, l'autre, celui de dehors. Il y a plein de monde dedans, en même temps. Des fois, Grand-mamie me tient et je bouge bien fort les bras et les jambes en avalant beaucoup d'eau au passage pendant que Maman me dit : « Nage, Zazou, nage! » Je ne sais pas trop ce que c'est que nager, mais Maman et Grand-mamie rient beaucoup et me disent plein de bravo quand mes bras et mes jambes ont tout éclaboussé autour d'eux.

Et puis, près du grand bain, il y a la petite maison. Je l'aime la petite maison. Je peux en faire le tour comme je veux. Je suis rendu super bon pour courir à quatre pattes. Je vais vite, vite, vite. C'est beaucoup plus drôle ainsi. En plus, il y a plein de choses que je peux attraper dans mes petites menottes pour me mettre tout seul, sur mes deux pieds. Ça c'est la chose la plus amusante au monde, être debout! Bien mieux que d'être pris dans une chaise ou pire encore être mis sur le dos pour changer ma couche ou mes vêtements, ça c'est vraiment, vraiment plate. Je gigote toujours beaucoup et Grand-mamie m'appelle alors « ver à choux ». Je ne sais pas ce que c'est un ver à choux, mais si ça veut dire ne pas vouloir rester sur le dos, alors je le suis.

Aussi, dans la petite maison, il y a un grand divan bleu et plein de coussins. J'aime beaucoup être sur le divan bleu parce que je peux jouer à être debout et me laisser tomber sur les fesses sans que ça fasse mal. J'ai découvert que si je me laisse tomber fort, je rebondis; ça me fait beaucoup rire.

Mais-là, je suis un peu intrigué par les adultes de mon entourage. En effet, ils me disent continuellement : «Zazou, fait ceci ou fait cela ». Moi je tousse. Je tousse très bien. Je leur montre souvent d'ailleurs. Je fais aussi des « Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr » de temps en temps, mais ce n'est pas mon intérêt. J'ai de l'énergie à dépenser, moi. C'est bien plus drôle de bouger, de me lever, de me laisser tomber, de manger tout seul (même s'il faut subir l'épreuve de la débarbouillette après), d'aller battre des bras et des jambes dans le grand bain. Faire des facéties comme « ba-ba » ou « pa-pa » ce n'est pas mon activité préférée. Je vais devoir m'y mettre, je présume, mais je vais marcher avant, par exemple.

De toute manière, tant qu'a faire des sons, j'aime beaucoup mieux chanter. Je le fais tous les soirs avec Maman ou Papa. Après l'histoire, ils me chantent toutes mes chansons préférées et j'en ai beaucoup. Je ne veux jamais m'endormir; tout d'un coup que je manquerais quelque chose, mais à la fin, je me rends et je chante avec eux. Très fort, jusqu'à ce que je m'endorme, épuisé.

Oui, j'aime ça l'été, découvrir le monde qui m'entoure aussi.

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mercredi, juillet 20, 2016

Chapeau, Melon

Je dis souvent que ma première amie a été ma cousine. Ce n'est pas tout à fait exact. En réalité, mon premier ami était Caïd, le chien de mon père qui vivait avec nous à ma naissance. Je n'en ai pas vraiment de souvenirs, sinon des impressions et je sais que j'en ai parlé longtemps après son départ pour la campagne parce qu'il ne cadrait pas dans notre appartement au premier étage d'un duplex. Je me souviens qu'il était mon ami et c'est le plus important.

Chez mes grand-parents maternels, il y avait aussi un gros chien, une chienne en réalité, qui s'appelait Cléo. Je crois qu'elle avait appartenu à un de mes oncles, mais elle vivait toujours chez mes grand-parents quand j'étais toute petite. Elle est morte, j'étais fort jeune, dans ma tête, ça coïncide avec la mort de mon grand-père, d'ailleurs, j'ai longtemps pensé que c'était son chien et qu'elle l'avait accompagné dans une espèce de déménagement qui faisait en sorte que je ne les reverrais plus jamais.

Dans tous les cas, je ne me rappelle pas avoir été particulièrement triste de ces disparitions que je ne comprenais pas vraiment. Bien heureuse insouciance enfantine.

J'ai eu plusieurs animaux de compagnie par la suite, souvent des animaux familiaux qui nous ont tous quittés, un jour où l'autre. Leurs départs ne m'aura pas touchée plus qu'il n'en faut. J'en étais venue à croire que j'avais un certain problème d'attachement avec les bêtes. Je dois avouer que je trouvais généralement que les gens exagéraient largement leurs histoires de deuil d'animaux.

Jusqu'au jour où j'ai emménagé dans l'appartement que j'habite actuellement. Il y avait alors deux chats en résidence et l'un d'entre eux m'a adoptée. Littéralement. Impossible de lui fermer ma porte, le jour comme la nuit, il devenait intenable. Notre cohabitation se passait de la façon suivante : il venait se faire flatter une minute ou deux, ensuite il se couchait sur mon lit pendant que j'utilisais le divan, idéalement sur mon oreiller pour y semer plein de poils longs. Il se déplaçait vers le pied du lit quand j'allais me coucher, jusqu'à ce que je sois endormie, alors il allait s'installer sur le divan pour terminer sa nuit. Dès que je commençais à me réveiller, le matin, je l'entendais sauter en bas du divan et je savais que je n'avais pas beaucoup de temps avant d'aller le nourrir, sans quoi il entonnait une sérénade à réveiller les morts.

J'ai pleuré ma vie quand il a fallut l'euthanasier parce que ses reins avaient cessé de fonctionner. Je l'ai cherché, vu, attendu, des semaines durant.

Aujourd'hui, c'est ma sœur et son amoureux qui pleurent un animal qui les avait adopté. Un gros chien blond, qui était, je dois le dire, un amour de chien. Obéissant, gentil, drôle, mais un peu gourmand. Tellement drôle en fait que j'ai écrit deux textes en me plaçant de son point de vue parce que sa manière de nous regarder me laissait voir une telle intelligence et un amour si inconditionnel pour ses humains que je ne pouvais pas résister à la tentation de le décrire, de raconter cet ami fidèle.

Ce soir, je ne peux que dire : « chapeau, Melon, tu auras eu une belle vie de chien, et surtout tu auras été un un super compagnon pour ceux qui t'aimaient ».

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dimanche, juillet 17, 2016

Trajectoires

C'était un de ces matins à l'aube grise. J'étais debout depuis trop longtemps et il était beaucoup trop tôt pour le commun des mortels. Les rues étaient vides, totalement désertées. Trop tard pour la plupart des fêtards pas encore couchés, mais bien avant l'heure où les bambins ne se lèvent. Pourtant, j'arpentais déjà les rues de Montréal en route vers le premier métro de la journée, pour aucune raison valable sinon que j'avais mal dormi à cause de la chaleur pesante qui lovait la ville depuis quelques jours.

Au coin des rues Amherst et Robin, deux jeunes hommes visiblement amochés étaient assis sur le bord du trottoir, les jambes bien étalées dans l'artère principale vidée de ses habituels occupants. Ils étaient beaux dans leurs approches maladroites pour se draguer. Je sentais, à distance toute l'émotion contenue dans les sourires échangés et les mains qui tâtonnaient l'espace entre elles. J'avais détourné le regard pudiquement, parce que j'avais l'impression de leur voler un moment privilégié.

Quelques pas plus loin, rattrapée par les lumières hallucinantes des néons du métro, je descendais lentement les marches bétonnée quand j'ai été dépassée par une jeune femme radioactive. Vraiment. Elle était vêtue de vert et de noir, cheveux inclus, même si une mèche blonde platine tranchait l'ensemble, évidemment volontairement. Elle portait une salopette dont les bretelles pendaient sur ses hanches et entre lesquelles on pouvait voir un panneau vert fluorescent bardé de l'insigne de la radioactivité. Elle se déplaçait à une vitesse folle, comme si elle courrait le plus vite possible pour échapper à ces éléments chimiques qui la menaçaient.

Cette vision étrange m'avait convaincue que mon insomnie passagère avait été partagée par au moins une autre personne : on ne peut pas déambuler attriqué ainsi sans s'être longuement préparé et elle n'avait absolument pas l'air d'une fille qui venait de passer la nuit debout. Mais bon, je me trompais peut-être, après tout ce n'était qu'une interprétation.

Entre elle et la guérite, il y avait, bien entendu, quelques marginaux tendant la main, mais comme la matinée était fort jeune et estivale, ils étaient beaucoup moins nombreux que durant les matins d'hiver qui ressemblent à la nuit. Mais il y avait cette femme, bizarrement allumée qui accostait tous les duos qui croisaient sa route en leur demandant ce qu'ils pensaient du bonheur et en leur offrant un poème en échange de leurs confidences.

J'avais pris la décision de sortir à la station de métro de mon enfance, pour tuer le temps, parce que je savais bien trop que si je me rendais au travail de si bonne heure, je ne pourrais faire autrement que de travailler justement. Je m'étais installée sur un banc du parc Ahuntsic pour terminer le roman qui traînait dans mon sac. J'arrivais au dernier chapitre quant un enfant d'environ six ans s'était exclamé : « maman regarde, c'est le BGG! Comme le film qu'on a vu hier! » J'avais relevé les yeux, pour voir la lumière briller dans les siens. Je lui avais tendu le livre en lui demandant : Si je te le donne, le liras-tu » Et il m'avait répondu sur un ton recueilli : « Oh oui, Madame, avec plaisir ».

Je lui avais abandonné le volume, ayant l'air d'être particulièrement généreuse, mais je savais qu'il me restait bien assez de temps pour aller chercher la fin de l'histoire dans une copie du magasin, avant le début de mon quart de travail.

C'est un vieux truc d'adulte pour partager la littérature.

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jeudi, juillet 14, 2016

Bang Bang!

J'ai dans la tête une chanson interprétée à l'origine par Cher, mais qui a été reprise en français à de multiples reprises. La version que j'aime est celle de Stéphanie Lapointe et il me semble à l'heure actuelle qu'elle est une trame de fond très pertinente. Il s'agit de la chanson Bang bang.

Malheureusement, ce qui se passe autour de nous ce n'est pas un jeu qui jette à terre, temporairement, les protagonistes touchés par les balles. Ce n'est pas non plus une métaphore pour illustrer la trahison de l'amour qui s'est éteint. C'est la violence réelle, à bout portant, qui ne fait pas de quartier.

Bizarrement, quand ça se passe aux États-Unis, même si c'est beaucoup plus près que chez-moi, je réussi à me convaincre que ça ne m'arrivera pas. Parce que, aussi absurdes, violentes, sanglantes, qu'elles soient, je peux toujours mettre ça sur le dos de l'amour presque maladif que les Américains ont de leurs armes à feu. Mon esprit reptilien peut me rassure en me disant que ces armes, au Québec sont beaucoup moins faciles d'accès et que de l'autre côté de la frontière qui longe le sud de ces pays.

Quand, par ailleurs, on s'attaque, par trois fois, à des zones éminemment touristiques, là j'ai peur. Et beaucoup de peine. Quand j'ai entendu le premier fil de presse à ce sujet, ma gorge s'est serrée et mes yeux se sont remplis de larmes.

Et puis, il y a le symbole de la date. Que l'acte soit commandité ou non, le fait que la frappe ait eu lieu le jour de la fête nationale des Français sur leur propre territoire, ça me met le cœur en charpie. Est-ce que la conclusion que je dois tirer de toute cette affaire c'est que désormais il sera interdit d'afficher quelque forme de fierté nationale sous peine d'être ciblé par des détraqués?

Je suis lasse de cette violence, lasse de la peur. Lasse de la planète que nous donnons en partage aux générations futures. Lasse des désenchantements.

Et surtout lasse du claquement brusque des fusils qui se déchargent pour tuer des gens aussi innocent que moi, mais qui étaient à la mauvaise place au mauvais moment.

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dimanche, juillet 10, 2016

Revendiquer le réel

Je suis la fille de mes ancêtres et porte en moi quelquefois leurs traits, leurs qualités, leurs défauts, leurs valeurs, leurs cultures, l'éducation qu'on m'a offerte et bien d'autres choses encore.

Je puis en reconnaître l'essence, la valeur et même l'importance dans mon propre cheminement. Mais je crois que je suis devenue ce que je suis à travers les mes expériences, les décisions que j'ai prises qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Peut-être même que j'ai pris plus de pouces dans ma croissance identitaires à travers mes échecs que j'ai pu en prendre à travers mes réussites. J'ai essuyé beaucoup d'échecs. Scolaires en premier lieu. Tellement que je me suis longtemps perçue comme pas très performante dans ce domaine et personne n'a été plus surprise que moi de réaliser qu'en fait, je me classais largement au dessus de la moyenne en terminant mon baccalauréat.

J'ai aussi connu mon lot de travers professionnels. Mes ascensions ne se sont pas toutes faites en lignes droites. La plupart du temps, cependant, j'ai remis l'épaule à la roue, admettant mes erreurs, mes travers pour mieux les faire évoluer dans le sens où je me voyais aller. Ça n'a pas souvent été facile, mais je l'ai fait du mieux que je le pouvais.

J'ai eu ma part d'échecs amoureux aussi. Mon célibat plus que prolongé en faisant foi. Malgré les pressions sociales je suis restée fidèle à mon âme romantique quitte à ne pas trouver de compagnon de vie parce que je n'avais pas envie de troquer les conventions à l'Amour, celui que l'adolescente que j'ai été l'avait rêvé.

Je me sais largement plus encline à avouer mes défauts qu'à m'accorder du crédit. J'ai le censeur intérieur qui parle bien fort et qui se ligue souvent avec un syndrome de l'imposteur. Surtout quand j'écris. Je suis émue jusqu'à la moelle quand on me fait des compliments sur mes textes, même s'il m'arrive régulièrement de ne pas vraiment y croire. En tout cas, pas sur le coup. Il me faut parfois du recul avant de pouvoir regarder un texte dans le blanc des yeux et lui dire qu'il n'est pas si anodin que cela, au bout du compte.

Alors quand on me dit que mon talent je le dois à telle ou telle personne de mon arbre généalogique, ça me tue. Bien entendu, je ne suis pas la première de ma lignée (directe ou indirecte) à manier la plume et j'espère que je ne ne serai pas la dernière à le faire non plus. Sauf que je me suis frayé un sentier à force de mots, de persévérance et de sensibilité. Donc, quand on m'annonce que mon talent vient des autres, j'ai l'impression de me faire spolier mon être pour qu'il soit remis à ces gens qui partagent ou ont partagé avec moi, ce moyen d'expression.

Je suis reconnaissante de tous les dons qui m'ont été faits avant ma naissance, mais je revendique ma propre manière de dire le réel tel que je vis.

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jeudi, juillet 07, 2016

Le problème avec l'imagination

Mettons les choses en perspective, avant de débuter : je sais que ma sœur est une super maman et que ma mère est une fantastique grand-maman. Je n'ai absolument aucun doute sur ces deux assertions.

Hier, j'avais un rendez-vous chez le dentiste aux aurores. Vraiment. Pour un nettoyage annuel que je n'avais pas eu depuis un peu plus de vingt ans, si mes calculs sont exacts. En plus, je travaillais, la veille jusqu'à 21h00, ce qui m'a amenée à m'endormir quelque part entre minuit et une heure du matin. Alors mettons que le réveil à 5h45, était plutôt abrupt.

Il existe peut-être quelques personnes parmi mes lecteurs qui ignorent que je suis une fan finie de tennis depuis des années et que je suis particulièrement fan d'un certain tennisman canadien depuis qu'il est sorti des rangs juniors. C'est Wimbledon en ce moment, alors je passe mes journées de congé rivée à l'écran parce que j'aime ça. Donc, en revenant de chez le dentiste, la fatigue au corps, j'ai écouté la fin de match de mon joueur et débuté l'écoute du suivant, sur lequel, je me suis endormie.

Je ne garde que rarement des souvenirs de mes rêves nocturnes, mais lorsque je fais la sieste, j'en garde presque toujours toute l'intensité.

Ainsi, durant cette sieste, aussi imprévue que nécessaire, j'ai rêvé. J'ai rêvé que ma sœur avait perdu son bébé à la piscine. Dans mon imaginaire déglingué, c'était la piscine trois pieds du Centre-Claude-Robillard. Je serais fort surprise d'apprendre que ma sœur et mon neveu y soient allés depuis la naissance de celui-ci. M'enfin... Donc elle avait perdu son bébé. Simplement, comme ça. Elle l'avait mis à l'eau et ne s'en était pas préoccupé plus qu'il ne le faut. Exactement comme quand on perd une chaussette en faisant le lavage.

Toujours dans mon rêve, je n'avais été avisée de la perte quelques 10 jours après l'événement que personne (c'est-à-dire, ma mère et ma sœur) ne semblait faire grand cas. Et moi je pleurais et je pleurais. Je demandais à ma mère pourquoi on ne m'avait pas informée de la disparition du poupon et elle m'avait répondu : « c'est pas grave, Jean-Lou n'est pas perdu ». Qui était Jean-Lou? Je n'en avais pas la moindre idée. J'en connais bien quelques uns, mais ça faisait fichtrement longtemps que je ne leur avais pas consacré une pensée. J'avais posé la question à maman qui m'avait répondu que c'était un enfant que ses parents touchaient. J'avais rétorqué, de manière véhémente, que mon neveu était régulièrement touché, et ma mère m'avait répondu que ma sœur était négligente avec ses affaires.

Je me suis réveillée là-dessus. Avec les joues marbrées de sillons de larmes, le cœur battant à cent milles à l'heure et les idées totalement confondues. Pour moi, ce rêve était la réalité. Et ça m'a pris quelques minutes avant de comprendre,que rien n'était plus faux. Il aura fallut que mon cerveau embrumé se raccroche au fait que ma sœur avait mis une photo sur les réseaux sociaux, entre la soit-disant perte de son enfant et ce matin-là, pour que me raccroche à cette image et que je me sente enfin soulagée pour la santé et la sécurité de mon neveu.

Depuis, j'ai reçu deux photos et une vidéo du plus beau petit garçon du monde et mon imaginaire débridé est complètement rassuré.

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dimanche, juillet 03, 2016

Ni magicienne ni sorcière

J'aurais tellement aimé pouvoir répondre à tes questions, connaître les paroles qui auraient su t'apaiser. Je me sentais aussi démunie ce jour-là que tous les jours d'avant lors desquels nous nous buttions à mon ignorance. Tu te dressais devant moi, pugnace, bien décidée à m'extirper une date limite à la douleur, une recette presque magique que tu pourrais suivre minutieusement et ainsi t'assurer d'une belle réussite, malgré tout.

Je ne suis qu'une femme, pas une magicienne ni une sorcière. Je n'ai de pouvoirs que ceux de mon audition, de ma sensibilité et de mon amitié. Les peines d'amour, tu vois, ne se gèrent pas techniquement. Surtout quand la décision ne nous a jamais appartenu. On se sent, à tous les coups, baignés d'absurde tandis les interrogations s'amoncellent et que les réveils de trois heures du matins se répètent inlassablement.

J'aurais aimé pouvoir te dire qu'on peut cesser d'aimer sur commande. C'est rarement le cas. Les seules histoires que je connaissent qui relatent ce genre de choses, je les ai croisées en fiction. Dans la réalité bien simple et bien bête, malgré les trahisons, les déceptions, les peurs, les doutes, ce n'est jamais aussi simple. Quand on s'est laissé sauter dans le vide qui nous a conduit à l'autre, la remonté se fait généralement sur un mur qui n'offre pas de prises et lorsqu'on a pris la décision de faire le plongeon, on a toujours soigneusement pris soin de ne pas apporter d'échelle avec soi parce qu'on s'était entièrement impliqué dans cette descente qui nous semblait une ascension.

J'aurais aimé pouvoir te dire qu'il existe une date de péremption. Qu'au bout de Z temps de relation, si tu divises par deux la durée, que tu multiplies par huit l'effort, au bout d'un temps Y, tu n'y penserais tout simplement plus. Je ne peux pas. Je ne pourrais même pas te promettre qu'une nouvelle âme sœur pourrait être une réponse indiquée à ton mal-être. Je ne dis pas que ça ne se pourrait pas, simplement que je ne peux pas promettre les effets d'une telle rencontre sur la peine qui te chavire encore trop souvent à ton goût.

J'aimerais pouvoir te dire qu'une discussion à cœur ouvert entre celui qui est parti et toi serait une solution. Mais je sais, intimement, depuis plus de la moitié de ma vie que ce n'est pas vrai. Je sais qu'il ne te dirait, jamais ce qu'il faudrait pour que tu trouves une certaine paix dans ses explications. Pas parce qu'il est plus nono qu'un autre, mais bien parce que les seules réponses qui trouveront grâce à tes yeux seront celles qui auront émané de toi. Toutes les recettes et les échéances que tu demandes si fort elles sont en toi. Ce ne sont pas les mêmes que les miennes en pareilles circonstances, ni celles de personne d'autre.

C'est le problème avec l'existence, et peut-être sa beauté aussi : on la vit collectivement, mais on est toujours tout seul à relever nos plus grand défis.

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mercredi, juin 29, 2016

Ce que j'entends des orages

Imaginez un phylactère rempli de caractères symbolisant tous les mots du répertoire chrétien auxquels vous pouvez penser. Ça se passait par une nuit de juin, après deux ou trois jours de chaleur torride.

Près de chez-moi, il y a quelques commerces qui ont récemment fermé leurs portes. Leurs portiques servent régulièrement de refuge à plusieurs excentriques qui vivent dans le secteur. Il y en a aussi quelques uns qui ont élus domicile dans le parc juste en face entre la clôture et la haie qui jouxtent l'avenue De Lorimier, il faut savoir où regarder pour trouver leurs nids, surtout lorsqu'on regarde à partir du parc, mais ils sont-là.

C'est ainsi que j'étais innocemment assise dans mon salon à lire un roman à l'eau de rose dont j'attendais la sortie depuis longtemps quand la plus s'est abattue sur Montréal. Je savais que cela risquait de se produire depuis quelques jours déjà, branchée que je suis sur l'information. Je soupçonne, par ailleurs, que les excentriques, eux, n'ont rien à cirer de ce genre de truc; ils n'ont pas l'habitude de se promener avec du matériel électronique qui auraient pu les aviser de ceci. Bon, on sait tous que ça arrive après des périodes de forte chaleur, m'enfin ce sont tout de même des données aléatoires, quelquefois on y échappe.

Pas ce soir-là. Et contrairement aux soirs de grand froid, il n'y a pas d'alerte, pas d'équipe itinérante pour faire le bilan de qui dort où non plus. Ce qui fait qu'il y en a au moins trois, deux hommes, une femme, qui se sont fait prendre par les changements d'humeur de Dame Météo. Quand la pluie tombe drue, il me semble souvent qu'on ne peu plus rien entendre, que ma demeure se love dans son propre cocon, enveloppée par le bruit des gouttes qui s'agglutinent comme un coup de points sur tous les espaces disponibles.

Il va sans dire que les abris de fortune de mes voisins excentriques se sont dissolus à leur contact. D'où les phylactères sonores dont le contenu se situait à des azimuts des expressions colorées du Capitaine Haddock. Rien de bien poétique dans les termes agrémentés par une grosse frustration qui s'entendait (et se comprenait) très bien. Au milieu de cette cohue auditive, j'entendais aussi des ados, trop contents que le ciel se soit enfin crevé de son trop plein, qui riaient à gorge déployée en jouant au ballon dans la rue. Les derniers sachant pertinemment qu'une bonne serviette les attendaient à la maison pour se sécher après l'orage.

Sauf que ça a créé une autre forme de tourmente : les excentriques supposant (du moins est-ce que j'en ai conclu sans aller mettre mon nez dans l'histoire, mes oreilles étant déjà bien assez indiscrètes dans la situation) que les ados se moquaient d'eux. Ils se sont donc mis à les invectiver vertement. De mon poste d'observation auditif, je ne pouvais faire autrement que de voir les phylactères s'amonceler au dessus de ma tête. Et j'ai pensé que j'étais très chanceuse de vivre dans un univers où les bulles de BD ne me tombent pas dessus lorsqu'elles se déchaînent autour de moi. Le malentendu a été vite réglé, sans que l'honneur de quiconque en souffre trop, je crois.

Ce même soir, trois Kamikazes se s'étaient fait exploser à Istambul. C'était horrible, comme à toutes les fois que de telles horreurs sont perpétrées. Ce n'est pas, à mes yeux, moins important que les frappes qui ont cicatrisé l'Europe.

Mais je me suis dit que les excentriques laisser à eux-mêmes lors des orages estivaux, valaient au moins autant la peine d'être racontés.

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dimanche, juin 26, 2016

Les jardins secrets

Montréal, comme la plupart des villes, recèle des secrets qui ne se révèlent qu'à ceux qui savent les voir. Soit par intérêt ou encore parce qu'ils auront appris le mot de passe pour en déclencher l'accès.

Depuis quelques années, je connais l'un de ces secrets. Un bout de verdure improbable qui longe la Rivière-des-prairies. De l'extérieur, ça ne paie pas de mine, mais une fois la clôture traversée, c'est un peu comme remonter le passé à quelques dizaines d'années d'ici, à une époque où la voiture n'avait pas encore tout à fait dompté les habitats naturels. On s'y sent comme à la campagne, loin de toute civilisation, pourtant... Pourtant ça jouxte, presque, un gros boulevard difficilement franchissable à pieds. Mais de cet endroit bien préservé, on ne le voit ni ne l'entends.

La journée avait été belle, pleine de soleil et de brise estivale. On y tenait une réunion familiale, de quatre générations. C'était convivial et simple. On en était à s'amuser du fait que le seul enfant présent à notre table soit si concentré sur sa nourriture qu'il ne faisait plus aucun bruit faisant dire à son papa qu'il avait stationné ledit poupon de l'autre côté de la rivière pour avoir la paix en soupant, quand nous nous sommes tous aperçus que quelque chose clochait. Pas à table, mais dans le cours d'eau; il y avait une personne qui tentait de traverser, vers Laval.

Nous étions sidérés. Parce que c'était une mission impossible, même pour un nageur expérimenté. Premièrement, le courant est particulièrement fort, à cet endroit. Deuxièmement, les navires à moteurs et autres moto-marines y font de fréquents passages, aussi bruyants que rapides. Attrapant le téléphone de son chum, ma sœur avait appelé le 911 illico. L'amoureux, de son côté, était parti voir si, sur le site, quelqu'un n'aurait pas une embarcation qu'on aurait pu mettre à l'eau rapidement pour repêcher le téméraire. De la berge, ma sœur suivait le nageur des yeux avec attention tandis qu'il disparaissait aux yeux de la plupart des convives.

L'homme avait faillit se faire frapper par plusieurs embarcations car pas un navigateur ne s'attendait à trouver un nageur à cet endroit. Celui-ci avait d'ailleurs renoncé à sa traversée à mi-parcours, se laissant dériver vers la rive montréalaise, là où le courant le repoussait immanquablement. C'est en entendant les sirènes des camions de pompiers, quelques mètres devant elle, que ma sœur avait pu raccrocher, certaine que notre compagnon de souper importun serait pris en charge.

Toute cette aventure n'avait durée que quelques minutes, cinq tout au plus, et pourtant, il nous avait semblé que c'était beaucoup plus long. Nous étions encore sous le choc quand la police a rappelé pour nous annoncer que le nageur leur affirmait avoir simplement suivi son entraînement de natation. On ne l'avait pas cru, la police non plus.

Nous avions appris, un peu plus tard, qu'en fait c'était un fêtard passablement intoxiqué qui s'était lancé un défi niaiseux, sans doute alimenté par les substances qu'il avait consommé ce jour-là.

Et c'est là que je me suis dit que Montréal, comme la plupart des villes possède des lieux secrets qui sont bien gardés, mais, malgré le fait qu'on les aies trouvés et qu'on les fréquente, la ville, elle ne nous laisse jamais oublier qu'elle est là, tout près, quelles que soient les chimères qu'on se raconte pour se faire croire qu'on en est sortis.

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jeudi, juin 23, 2016

La porte latérale

Il était rentré dans ma vie par une porte latérale et, comme c'est souvent le cas dans ce genre de circonstances, il est vite apparu que jamais nous ne serions devenus amis si ce n'avait été de cette tierce personne qui nous avait mis en présence l'un de l'autre. Nous étions, et sommes toujours, à des azimuts de distance dans nos personnalités et dans nos intérêts. Mais nous partageons une affection certaine pour deux personnes bien particulières, alors le lien a perduré à travers les années.

Tout jeune déjà, il m'impressionnait beaucoup par l'énergie qui l'animait. À l'époque où j'avais fait sa connaissance, il avait trois emplois simultanés, et j'avais l'impression que c'était davantage par besoin de canaliser toute sa force de vie que par ambition démesurée. Il me semblait qu'il pouvait tout mener de front en même temps sans jamais y perdre de plumes et surtout sans perdre patience ni lever le ton, malgré les déceptions ou les anicroches qu'il pouvait rencontrer. Il n'aimait ni la chicane ni les conflits. J'ai dû être une épine certaine sur sa couenne à de multiples reprises parce que j'ai eu beaucoup de peine, dans les dernières années et plutôt que de pleurer ces dernières, je les métamorphosais en colères sans noms, des explosions pas jolies du tout dont il a été un témoin récalcitrant. Comme tous ceux qui l'ont un jour été, d'ailleurs.

Un jour, il a dû tout arrêter. Lui, l'incarnation vivante du mouvement perpétuel, s'est vu contraint de mesurer chacun de ses gestes à cause d'un accident de la route qui a fortement atteint son dos. À peu près tout ce qu'il faisait auparavant lui était désormais interdit. Beaucoup de gens dans sa situation se seraient prostrés, découragés, enfoncés dans le pays des zombies. Pas lui, à la place il s'est réinventé et est devenu entrepreneur. Rien de moins. Dans un domaine aussi niché qu'improbable, mais qui lui réussit particulièrement bien.

Sous mes yeux ébahis, il est devenu un homme. Pas que je n'y croyais pas, au contraire, sauf que la force de caractère et de créativité dont il a fait preuve pour se redéfinir de A à Z commande le respect. Depuis quelques mois, il est aussi papa. Le papa du plus beau petit garçon du monde selon mon regard absolument partial. Je dois bien avouer que c'est dans ce rôle qu'il me touche le plus. Parce qu'il est un papa impliqué depuis le jour un. Il n'a jamais ménagé les gestes doux et attentionnés, devenant un expert de l'heure du bain comme pour établir déjà un rituel masculin pour contrebalancer les moments entre le poupon et sa maman autour de l'allaitement. Combien de fois je l'ai vu manger avec son enfant sur ses genoux, simplement pour le plaisir? Je soupçonne que la patte branlante du fils vienne directement de ces nombreux repas passé à sautiller, bien accoté sur le ventre paternel.

Aujourd'hui encore, je suis convaincue que jamais je n'aurais fait sa connaissance si ce n'avait été de cette porte latérale ouverte il y a plus de dix ans. Il n'est pas mon ami et ne le sera jamais parce qu'il est mon beau-frère et c'est un titre qu'il ne partage avec personne d'autre.

De toute manière, il est beaucoup trop unique pour être comparé avec qui que ce soit. Sauf, peut-être, avec son garçon.

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samedi, juin 18, 2016

Prendre mon courage à bouts de bras

Lorsque j'ai déménagé ici, on m'a presque immédiatement présenté l'homme qui habitait l'appartement à côté du nôtre, dans le HLM tout juste au nord de notre porte. J'ai eu tôt fait de comprendre qu'il était le centre de l'univers du coin. Huit mois par année, sinon davantage, son balcon et le trottoir adjacent (aussi bien dire ma tête de lit) étaient largement occupés par divers personnages tous plus hauts en couleurs les uns que les les autres. Il ne m'était pas particulièrement antipathique, sans m'être sympathique non plus. Il est décédé il y a quelques mois.

L'appartement qu'il occupait a été vacant un certain temps. Puis un jeune homme s'y est installé avec avec son chien, un pitbull, rien de de moins. Il se dégage de cet homme une énergie violente comme j'en ai rarement senti. Ses tatouages parlent d'une vie difficile et de colère. Rien pour me rassurer. Mon coloc l'a un jour décrit comme un ex-détenu. Il parlait, à cette époque, au sens figuré, mais je l'avais pris pour un sens propre. Toujours rien pour me rassurer.

Au fil des mois, je me suis dit qu'il essayait certainement de se faire oublier, parce que jamais je n'entendais quoique ce soit en provenance de chez-lui et je m'en félicitais. Surtout avec la voisine du dessus qui multipliait les dérangements grands ou petits, jusqu'à m'en faire regretter d'avoir besoin de sommeil.

Jusqu'à la semaine dernière. J'ai alors eu droit à un concert tonitruant de musique pop que je n'aime pas, jouxtée à du heavy metal qui ne me plaît pas davantage. Ça a duré 5 heures. Comme c'était le jour, je me suis tue, mais je ne peux pas dire que j'ai apprécié. Mais le clou, ça été la nuit suivante quand la vibration provenant du mur contigu m'a réveillée pour de bon vers 5h30 du matin et que cette joyeuses cacophonie a perduré jusque vers 11h00. Comme lui et son chien me font peur, je n'ai pas osé aller cogner.

Hier soir, ça a recommencé. Et je me suis dit que je n'allais pas passer les prochains mois à souffrir d'insomnie de voisinage. Alors je suis sortie et lui ai parlé. Je tremblais de tous mes membres, ma voix était chevrotante et la musique tellement forte qu'il avait peine à m'entendre, de toute manière, il ne me comprenait pas, il ne parle pas un maudit mot de français. C'est, bien sûr, à cet instant, que mon anglais a décidé de prendre la poudre d'escampette; j'étais tellement nerveuse, que je n'étais pas capable de trouver les mots pour dire « peux-tu, svp, baisser le volume? » J'ai fini par baragouiner quelque chose qui n'avait pas trop de sens, mais il a compris ce que je voulais dire. Il était sidéré de savoir que j'entendais jusque chez-moi. Je lui ai souligné que j'entendais en fait, très bien, et que je travaillais la fin de semaine, moi. Il s'est dit désolé du dérangement, que ceux qu'il voulait faire chier étaient ses voisins du dessus qui, semble-t-il, sautent au dessus de sa tête toutes les nuits.

Bref, on s'est entendus sur le fait que je pouvais vivre avec des périodes de grosse musique de temps à autre, mais qu'entre 21h00 et 10h00 du matin, je ne le supporterais plus.

Sur ce coup-là, j'ai collé une étoile dans mon cahier, parce que j'ai vraiment pris tout mon courage pour me faire respecter.

Et j'en suis fière.

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jeudi, juin 16, 2016

Dresser des murs

Quand on s'était rencontrés, je ne savais pas la pérennité de la présence que tu occuperais dans ma vie, avec ou sans mon consentement. Comme si ces amours juvéniles, celles que les adultes regardent avec une condescendance certaine traçaient un ancrage permanent.

À l'époque des balbutiements de nos rencontres, je t'aimais bien. Je te trouvais intelligent, je te trouvais amusant quelquefois, je dois admettre que j'étais fascinée. Je te savais égoïste déjà. Je savais que tu désirais que j'accorde mon point de vue au tien. Mais je n'ai jamais été de celles qui se plient aux diktats de ceux qui parlent plus fort que les autres. Pas tant que je confrontais, certainement pas à cette période de ma verte jeunesse en tout cas, j'étais plutôt adepte des faux-fuyants et je me trouvais d'autres moyens d'être heureuse malgré les pressions, en choisissant des avenues où je pouvais avoir un espace confortable plutôt qu'à tenter de rejoindre le groupe le plus en vue, si pour l'atteindre il aurait fallut que je me dénature.

Je n'aurais jamais imaginé que malgré les l'éloignement géographique et psychologique, à plus de quarante ans, se rétrécirait comme peau de chagrin à de multiples reprises, au fil des ans.

Au moment où j'avais pris la décision de couper les ponts, je me faisais la réflexion que tous les atouts étaient dans mes manches : nous n'habitions plus les mêmes villes, nous ne fréquentions plus les mêmes cercles. Ça me semblait si simple.

Sauf qu'on dirait qu'à tous les murs que j'ai dressés, il y a des trous, te concertant. Comme si tu avais le chic d'en saboter toutes les assises, malgré toutes mes tentatives de garder mes distances. Combien de fois suis-je tombée des nues lorsqu'un individu à qui je n'avais pas consacré une pensée en plus de dix ans, m'a affirmé suivre mon cheminement à travers la lecture que tu en avais? Je ne sais pas et je ne désire certainement pas en faire le décompte. Je peux par ailleurs affirmer que ce genre de rencontre me sape le moral, et sans doute aussi un petit bout de confiance en moi.

Je me fais un point d'honneur de ne pas parler de toi à tous ceux qui pourraient te passer la parole. Je te laisse vivre comme je voudrais que tu le fasse avec moi. Je te laisse être et devenir sans y mettre mon grain de sel. Ma demande, ma très grande demande, est simplement que tu m'accordes ces mêmes droits.

À une époque où l'internet épie le moindre de nos gestes, il est si facile d'épier tout un chacun et d'en tirer les conclusions que l'on veuille bien y trouver. Mais justement, ce sont des interprétations, souvent à des kilomètres de la réalité.

Je suis lasse de devoir briser l'image de moi que tu renvoies à d'autres qui risquent de me croiser. Je suis lasse de me défendre de ne pas être celle que tu avais imaginer. Je ne l'ai jamais été, ne le serai jamais, je n'ai ni les aptitudes ni la force de ressembler à ce que j'imagine que tu voudrais que je sois.

Parce qu'au fond, ce à quoi j'aspire, c'est que tu suives tes chemins et que tu me laisse suivre les miens.

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dimanche, juin 12, 2016

Un quart de siècle

C'était une magnifique journée de fin d'été, le soleil dardait de ses rayons la pelouse verdoyante et pourtant j'avais peur, je pourrais même dire nous avions peur.

Trois adolescentes sur le pas de la porte de l'entrée des étudiants. Trois adolescentes et une grosse chienne jaune. Est-ce qu'on allait s'y plaire? Est-ce qu'on allait se faire des amis? Serions nous des Martiennes parmi les Terriens de ce paysage? Il faut dire que nous avions été soudainement transplantées d'un collège privé à cet école de quartier pour notre cinquième secondaire. Et nous trouvions, collectivement, que cet état de faits était passablement inhumain. Tout cela parce que nous avions échoué nos maths enrichies.

On s'était vite rendues à l'évidence que nous n'avions que peu, sinon pas du tout de cours ensemble. Ce qui participait grandement à notre sentiment de déséquilibre et de solitude potentielle. En plus, nous n'avions pas pu choisir nos compagnons de casiers, et ceux qui nous avaient été assignés étaient, évidement, bien éparpillés dans l'immense pièce qui les contenaient tous. J'avais hérité d'un partage avec un grand rouquin bien maigre, en révolte contre l'autorité en générale et l'école en particulier. Je m'étais demandé comment j'allais survivre à ceci, pour rien, évidemment, parce qu'il était rapidement devenu mon premier nouvel ami.

Au bout du compte, on s'était pas mal débrouillées, pour s'intégrer. L'une d'entre-nous s'était rapidement distancée, allumée qu'elle était par ce nouvel environnement. L'autre et moi, par contre, avons dû passer la première semaine à s'attendre à tous les tournants,ensuite on se fréquentait toujours assidûment, mais pas constamment.

Pour moi, ça aura été une très belle année. Une année de liberté parce que mon implication scolaire n'était plus tributaire de mes notes. Je pouvais ainsi me laisser aller, à cœur joie, à toutes sortes d'activités stimulantes avec des gens qui partageaient les même intérêts que moi sans qu'un conseiller pédagogique ne me menace de me les retirer parce que je ne n'atteignais pas les niveaux d'excellence requis. Incidemment, mes notes, plutôt que de dégringoler avaient singulièrement augmenté.

Cependant, mon amie et moi nous sommes toujours considérées davantage comme des élèves de ce collège privé plutôt que de cette vaste école secondaire. Après tout, nous y avions passé beaucoup plus de temps et nous connaissions beaucoup mieux les gens de cette première école secondaire que ceux de la seconde. Aussi, nous n'avions pas hésité, dix ans après la fin de nos cours, à nous rendre aux retrouvailles du collège et à bouder celui de l'école. En fait, je ne suis même pas certaine que nous ayons su où et quand avait eu lieu les deuxièmes.

Mais hier soir, il y avait une petite soirée très simple, vingt-cinq ans après la fin des cours. Mon amie et moi nous étions donné rendez-vous au métro le plus proche pour arriver ensemble. Comme à l'époque.

Et comme à l'époque, il était évident que malgré nos vies divergentes, nous sommes toujours faites de la même fibre, que nous n'avions pas changer tant que cela, que personne en réalité n'a changé tant que cela. On est sans doute moins exacerbés qu'à l'époque, tous autant que nous sommes.

Je crois bien, par ailleurs, qu'on en est bien soulagés parce que de vivre à ce point sur la corde raide toute une vie, ça aurait été beaucoup trop taxant pour n'importe quel humain.

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mercredi, juin 08, 2016

D'un Kevin à l'autre

C'était un homme, encore assez jeune, où qui en avait l'air. Il errait entre les rayons, complètement perdu. Je n'avais pu faire autrement que de lui demander ce qu'il cherchait entre une course vers la caisse et une autre vers une destination dont j'ai oublié l'objectif.

Il m'avait dit, sur un ton complètement découragé : « je cherche un livre pour mon fils ». Ça peut être un enjeu, l'air de rien. J'avais donc demandé à l'homme quels étaient les intérêts de son fils et ça l'avait immobilisé. Il m'avait alors regardée différemment. Comme si j'étais soudainement devenue une magicienne. Il m'avait alors décrit son neuf ans, allergique à la littérature fantastique, un peu glauque et un tantinet humoristique.

Pas simple de l'aider. On dirait qu'il n'existe plus que les histoires drôles ou les séries remplies de magie, de dragons et tutti quanti pour les jeunes garçons qui aiment lire. Qui plus est, le papa qui me faisait face voulait des livres exclusivement en langue originale française parce qu'il fallait préserver celle-ci. Bien entendu j'aimais le propos et le principe, moi qui suis une amoureuse indéfectible de la langue française, je ne pouvais faire autrement que d'approuver ses choix.

J'avais fini par dénicher trois auteurs qui pouvaient entrer dans ce qu'il désirait offrir à son fils. Il en avait pris un, bien content de son choix.

Environ trois semaines plus tard, j'ai recroisé le même homme, dans à peu près les mêmes circonstances, j'étais-là pour épauler les libraires jeunesse un soir où il y avait beaucoup plus de gens que ce que l'on aurait pu prévoir. Personnellement, je ne l'avais pas reconnu d'une fois à l'autre. En réalité, je me disais simplement que l'homme en question ressemblait beaucoup à Kevin Parent mais qu'il avait un quelque chose de plus qui m'était familier.

Lorsqu'il s'était décidément aligné sur moi pour que je le serve, j'avais été un peu gênée parce qu'en toute honnêteté, je le trouvais fort séduisant. Il m'avait alors rappelé que je l'avais conseillé récemment pour des livres qu'il destinait à son enfant et que mes premiers choix ayant été des succès, il avait décidé de revenir dans ma librairie au cas-où j'aurais pu trouver autre chose pour son lecteur en devenir. Ça m'avait touchée, immensément.

On avait fini par discuter à bâtons rompus de toutes sortes de sujets, de l'importance de la langue dans laquelle on parlait, surtout qu'il était Acadien, analyste financier ayant travaillé quelques années à Toronto, et profondément fier de sa langue maternelle, assez en tout cas pour m'obliger à me creuser la cervelle pour lui trouver autre chose pour son petit bonhomme qui aimait déjà lire, et don le papa tenait mordicus à cultiver cet intérêt.

Avant de partir il m'avait dit «  je m'étais dit « Kevin retourne voir la libraire qui t'avais si bien aidé l'autre jour, tout d'un coup qu'elle aurait d'autres bonnes lectures à te proposer » ».

Je n'avais pu m'empêcher de rire dans ma barbe imaginaire parce que que d'un Kevin à l'autre, j'avais trouvé le moyen d'en contenter un, intellectuellement du moins....

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dimanche, juin 05, 2016

Les oreilles qui résonnent

Je travaille assez rarement le dimanche. C'est mon petit bout de fin de semaine à moi. Cet état de faits est assez plaisant parce que ça me donne une journée de congé sur le sens du monde qui me permet de prévoir des activités avec la moyenne des ours civilisés qui ont toutes leurs fins de semaines de repos. Durant la saison estivale, Maman et moi on en profite aussi pour écouter des finales de tennis, genre d'activité que nous ne partageons qu'ensemble et que nous aimons beaucoup.

Aujourd'hui, par contre, je travaillais. J'avais eu congé hier, dans une espèce de fin de semaine en forme de fromage suisse. Ça ne me dérange pas trop, à condition que ce ne soit pas ainsi toutes les semaines. Comme je savais que la flotte allait nous tomber sur la tête quelque part ce matin, j'étais, en réalité, bien heureuse d'avoir eu la somptueuse journée qui m'avait été impartie pour flâner dans le parc devant chez-moi avec un livre, du papier et un stylo et mon baladeur. Certes, il faisait un peu gris, mais il ne pleuvait pas et il faisait bon être dehors.

Depuis quelques jours, j'avais vu jaillir des pancartes d'un jaune criard sur à peu près tous les poteaux de ma rue et de ses voisines. En plus d'interdiction de stationner orange fluo que l'on ne voit pousser d'ordinaire que dans les mois d'hiver. Les jaunes étaient surdimensionnées et indiquaient très clairement une interdiction de stationner dans le quadrilatère entre 1h00 ce matin et 16h00 cet après-midi. Ça pouvait difficilement être plus clair. Surtout que des toilettes chimiques ont poussé dans le parc, à côté de tables à pique-niques non permanente. Avec toute sorte de signalisation qui expliquait que le Tour de l'île passerait par le secteur.

J'ai quelquefois des doutes sur la capacité de lecture de mes voisins. Si beaucoup d'entre eux ont un véhicule automobile, j'en soupçonne une bonne partie d'être analphabète fonctionnelle. Moi, je vois un panneau et je le lis sans trop m'en apercevoir. Eux... J'en doute.

Bref, à 6h00 ce matin, les camions de remorquage sont arrivés toutes sirènes dehors. Parce qu'évidemment, la rue était pleine de voitures. Heureusement, je m'étais réveillée de moi-même à peu près dix minutes avant leur entrée en scène tonitruante, pour dire le moins. Je sortais de la douche lorsque j'ai perçu leur doux chant. C'est déjà pénible l'hiver quand toutes les fenêtres sont bien fermées et calfeutrées, c'est carrément assourdissant avec les fenêtres grandes ouvertes. Et je ne peux pas faire grand chose pour atténuer le bruit, je n'ai pas de voiture à aller déplacer.

En plus, mon voisinage a, généralement, le samedi soir festif, ce qui fait que ça lui a pris un temps fou avant de comprendre le message peu subtil. Et quand ses membres sortaient de leur logis pour aller déplacer leur véhicule, ils fulminaient (le mot est faible) contre les employés de la ville. Moi, je me disait qu'en réalité les employés municipaux avaient été plutôt gentils de ne pas nous réveiller bien plus tôt, après tout, ils nous avaient laissé 5 heures de délais, ce qui n'est pas rien.

Tout cela pour dire que, pour cette fois, j'étais vraiment contente de mon horaire atypique et d'avoir eu à me lever de toute manière, parce que je suis passablement convaincue que j'aurais été franchement de mauvais poil s'il avait fallut que je me fasse réveiller à grands coups de sirènes un jour où mon seul plan de match aurait été de me laisser aller à la farniente.

N'empêche que j'ai encore les oreilles qui résonnent et je me demande bien quand mon audition reviendra à la normale.

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