mercredi, novembre 30, 2016

Cette fleur-là

Je l'avais rencontrée à un fort mauvais moment dans sa vie. Elle frayait dangereusement avec le pays des zombies avec beaucoup d'aplomb, je dois le dire parce que, malgré mon œil aguerri pour déceler ce genre de chose, depuis mon propre passage dans cette contrée glauque, je n'avais pas identifier ce voyage quand pourtant, je la voyais y vagabonder hebdomadairement.

J'étais aveugle à une détresse pourtant visible, parce que je n'avais aucun ancrage auquel me raccrocher. Je trouvais, à l'époque, que c'était une jeune femme un peu négative et très compétitive. Pourtant, j'aimais bien travailler avec elle, parce qu'elle avait un réel souci du service à la clientèle et des présentations bien réalisées. Sa créativité, parfois, me laissait bouche bée. Elle réussissait à habiller un mur, monter une vitrine, dresser une table en y mettant de l'émotion. Je m'étais dit que l'art, se dissimule parfois à des endroits surprenants.

Elle s'était sortie de sa zone d'inconfort, par des moyens que j'ignore, et j'avais vu éclore une fleur. Lentement, comme si elle voulait attraper les rayons de soleil un par un. J'avais constaté, un réel changement, quand après un retour de vacances qu'elle avait passé à voyager, elle s'était montrée soudainement volubile, pas seulement sur ledit voyage, mais sur ses études, sa famille, ses amis, sa vie en somme.

Et puis, sa grande sœur avait eu un enfant. Alors elle s'était intéressée aux livres pour tout petits. Elle aimait montrer à qui voulait bien regarder en sa compagnie, les nouvelles trouvailles qu'elle pouvait faire. Malgré le fait que je ne me sois officiellement occupée du secteur jeunesse que pendant un an, j'ai toujours eu, et cultivé, un faible pour les albums jeunesse. Alors, je prenais plaisir à prendre connaissance de ses découvertes.

Quelques trois ans plus tard, je l'ai rejointe dans la ligue des tantines. Comme je travaillais en étroite collaboration avec elle, et que je savais qu'elle comprendrait ma fascination, presque abrutie, de mon propre neveu, nous avions beaucoup échangé sur la joie que nous apportait ce rôle. On s'extasiait souvent de concert sur des livres qui nous semblaient tout à fait indiqués pour l'un ou l'autre des enfançons qui nous préoccupaient. J'étais Tatie-Mathie et elle était Tata-Lalessa. On se comprenait.

Elle était partie voguer vers d'autres cieux professionnels, une semaine avant moi. J'avais alors eu l'impression que c'était, en quelque sorte, une boucle qui se complétait.

Ça fait au moins deux ans que j'ai envie de faire son portrait, mais quelque chose dans l'essence de son personnage m'échappait. Il m'aura fallut constater que les portraits se dressent sur la substantielle moelle de l'être à force de me heurter à des envies similaires avec une équipe que je ne connais pas encore suffisamment pour en tirer des traits juste assez grossis pour les rendre réels à mes lecteurs. En cherchant un angle pour une autre personne, j'ai revu jaillir la fleur d'un pavé trop usé pour sa jeune vingtaine, alors j'ai compris que je tenais enfin ce sujet.

Parce qu'une fleur faite assez forte pour pousser sur ce genre de terreau, on n'en croise pas tous les jours, il faut donc, à mon sens, les célébrer.

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dimanche, novembre 27, 2016

Une voix

C'est bien connu, je suis j'ai une addiction sévère à la première chaîne de Radio-Canada. Je me dis parfois que c'est parce que je suis célibataire et que cette radio parlée me tient lieu de compagnon de vie. La plupart du temps, je me dis que c'est parce que j'aime apprendre. Si l'université n'était pas aussi chère, je n'aurais jamais cessé de fréquenter ses bancs. Faute de mieux, je me rabats sur la culture et la connaissance qui sont à ma portée.

Bref, il m'arrive souvent d'être seule à la maison le samedi soir. Je pourrais me morfondre et me dire que c'est un signe que je n'ai pas de vie, mais non, j'écoute la radio. C'est ainsi que je j'ai commencé à écouter La route des 20. je n'en suis pas le public cible, j'ai laissé la vingtaine derrière moi depuis longtemps. Cependant, je suis curieuse de mon environnement, curieuse des gens avec lesquels je travaille, alors j'ai laissé mes oreilles traîner sur cette émission, au début pour avoir une une idée approximative d'une bonne partie des gens avec lesquels je travaille, par la suite simplement parce que le contenu m'intéresse.

Cette émission a une manière particulièrement champ gauche d'aborder les sujets. Récemment, ils ont traité de la voix des transsexuels qui passent d'hommes à femmes. Bizarrement, ça a résonné pour moi.

Je suis une femme, je l'ai toujours été dans mon corps et dans ma tête. Mais j'ai une voix grave. Certainement accentuée par la cigarette, sauf que je cet état de fait existait dans ma prime adolescence. La toute première fois que je me suis fait taquiner à ce sujet, c'était un de mes oncles qui m'avait dit, au téléphone que j'avais une voix de gars. Je pense que l'objectif recherché (et atteint) à ce moment précis était de me faire grimper dans les rideaux. N'empêche que...

Lorsque je travaillais au Carrefour Laval, il m'arrivait, au moins une fois par semaine, de me faire dire, au téléphone : « Bonjour monsieur... ». Je suppose que ça m'arrivera encore dans ma nouvelle vie, mais je n'ai pas encore répondu assez souvent au téléphone pour le savoir. Toujours est-il que que ça m'irrite à tous les coups. Il m'est même arrivé de d'annoncer que j'étais une femme et que mon correspondant continue à me donner du « monsieur », comme si mon affirmation n'avait aucune espèce d'importance. Je finissais, immanquablement dans le bureau de gestion à rigoler comme une bonne de l'incident, alimentée par mes collègues qui étaient devenues des amies et j'arrêtais d'y penser.

Mais en écoutant ce reportage radiophonique, bien entendu que je trouvais que ces femmes avaient des voix d'hommes, peut importe les accents toniques. Sauf que... Sauf que je me suis dit que ma perception de leur voix n'avait aucune espèce d'importance, s'ils m'annoncent qu'ils sont des femmes quelques que soient mes soupçons sur leur identité de genre à la naissance, il me semble que le B-A ba de la courtoisie serait de continuer la conversation en leur disant : « madame » c'est la base du respect.

Ce respect me semble une denrée rare de nos jours.

Et honnêtement, mes petites frustrations ne sont que grains de sable dans une mer beaucoup plus vaste.

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mercredi, novembre 23, 2016

Éduquer Tatie

Je ne sais pas pourquoi, ma maison est PLEINE de gens. Des gens que je connais et d'autres que je ne connais pas. Tout le monde me regarde et me parle. Il y a bien trop d'yeux pour moi.Maman et Papa sont occupés dans la cuisine et ne peuvent pas me prendre. Je suis un peu mêlé dans toutes les jambes qui se dressent devant moi. Vers qui je me tourne ? Je me trompe de paires de jambes une ou deux fois, et j'ai le droit à plein de câlins et de sourires, même si je n'atteins pas tout à fait la cible que je m'étais fixée. Ça aurait pu être pire. Mais je fini par me coller sur le cœur de Grand-mamie parce qu'elle est là et que je suis certain que je la connais, elle.

Il y a Papi, je le vois et je l'entends et des grands, moins grands que les autres grands. Eux, ils bougent encore plus vite que moi. Je pense que je les ai déjà vus, ça fait un peu longtemps. Mais je reste bien collé sur ma grand-mamie, il faut que je me fasse une tête sur la situation. Il y a aussi le monsieur qui a le même sourire que Papi et Papa. Ça a quelque chose de rassurant. J'observe, et je joue un peu avec Grand-mamie, sauf que je cesse tout quand une autre personne commence à jouer avec nous.

Il y a Tatie-Mathie, je le sais maintenant que c'est elle. Elle joue à tousser avec moi, même si elle oublie d'arrêter de tousser quand moi je cesse de le faire. Je sais que c'est elle, mais je ne ne suis pas rendu à être son ami, par exemple. Faudrait pas exagérer. On ne se connais pas encore, comme je connais Grand-mamie et Papi.

Depuis un petit moment, tout le monde s'est regroupé dans le salon. Et on me fait déchirer du papier. C'est super ça ! Dans le papier il y a des choses que j'aime. Des livres, un chien qui fait du bruit et une voiturette que je peux pousser tout seul. Je ne marche pas encore tout à fait, je réussi à tenir debout sans aide, mais la voiturette, c'est fantastique ! Je peux traverser toute la maison tout seul en la poussant. Je peux reculer, tourner, retraverser la maison, sans aide. Toute une liberté. Et je le fait dans tous les sens, avec un sourire plus que ravi sur sur le visage. Je suis tellement content que je laisse même échapper un pétale de rire. Je suis le moins grand de tous les grands, mais je suis assez grand pour marcher tout seul !

Après, on a mangé. Je n'ai pas aimé ce qu'on m'a servi. C'était tout mouillé. Maman et Papa devraient le savoir pourtant, je suis un petit garçon soigneux, je n'ai pas envie de manger ce qu'on me sert quand ça me colle les doigt, peu importe ce que ça goûte. Alors j'ai décidé de montrer des trucs à ma Tatie. Elle aime ça quand je lui montre des trucs. Je l'ai remarqué tout à l'heure parce qu'elle toussait comme moi. Même si elle oublie d'arrêter. Je lui montre à secouer la tête de droite à gauche vite, vite vite en disant « ahhhhhhhhhhh », en même temps. C'est drôle quand elle le fait, ses joues bougent et ça fait un visage bizarre. J'aime ça lui apprendre ce truc là, parce qu'elle recommence à chaque fois que je lui montre bien comment il faut faire. Mais des fois, elle tousse. Ce n'est pas tout à fait ce que je lui montre, mais je tousse un peu aussi pour qu'elle sache que je comprends qu'on travaille ensemble.

Un moment donné, tout le monde est parti. Il ne restait plus que Papa, Maman, Yatta (c'est le chat) et moi. J'ai bu mon lait, et je me suis endormi, dur, dur, dur. Et quand je me suis réveillé, toutes les belles choses qu'il y avait dans le papier que j'ai déchiré, étaient encore là. À commencer par la voiturette qui me permet de marcher.

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dimanche, novembre 20, 2016

La tête dans les nuages

À six heures d'un matin de novembre, le brouillard était si épais qu'on ne voyais pas à quatre pieds devant soi. Je me racontais des histoires comme je le fais souvent lorsque je marche dans les rues de la ville. Je savais bien que le jour allait finir par percer et que la nuit s'éclipserait doucement. Sauf que lorsque mes pieds foulaient le bitume inhabité, il me semblait avoir replongé dans des siècles passés à l'époque où les nuits charbonneuses des villes de la révolution industrielle. Je ne pouvais m'empêcher d'évoquer le quartier White Chapel de Londres à l'époque où sévissait Jack L'éventreur. Rien de bien rassurant.

Malgré le fait que j'avançais d'un bon pas, je prenais la peine de bien m'arrêter à chaque coin de rue pour écouter l'absence de circulation et ainsi m'assurer que je pouvais, en toute sécurité, les traverser, particulièrement aux endroits où il n'y avait pas de feux de circulation. Ça et là, je me laissais surprendre par un autre quidam, la tête bien enfoncée entre les épaules pour se préserver, comme moi, du froid humide qui se glissait dans toutes les pores de la peau. Si c'est majestueux, au cinéma, de voir un personnage sortir de la brume, dans les faits, surtout quand on est en train de se faire un synopsis d'épouvante, juste pour le plaisir, ça me faisait régulièrement sursauter.

D'habitude, j'ai toujours la radio comme compagne de marche, sauf que ce matin-là, j'avais choisi d'écouter attentivement les bruits qui m'entouraient parce que le brouillard a aussi l'effet d'étouffer les sons et que je ne me sentais pas autant en sécurité sur un itinéraire que je connais pourtant par cœur, pas tant à cause des rares passants que je croisais que par le manque de repères habituels.

À peu près à mi-chemin, je me suis tannée de me faire des histoires de peur, je n'avais pas très envie d'arriver au travail dans tous mes états simplement parce que mon imagination débordante était sur le bord de prendre le pas sur mes capacités à me raisonner. C'est ainsi que sautant d'une idée à l'autre, je me suis mise à rigoler toute seule en me souvenant à quel point j'avais vécu une déception immense, le jour où j'avais compris que le brouillard c'étaient en fait les nuages.

Comme l'atterrissage avait été ardu quand j'avais dû admettre qu'il était impossible de bâtir un château dans les nuages, que les géants ni habitaient pas et surtout qu'ils n'étaient pas de jolis coussins duveteux sur lesquels on pourrait aller se reposer, si par hasard on arrivait à les atteindre. Mes contes de fées tombaient en lambeaux, laissant mon imagination toujours fertile en faim de nouvelles contrées où se lover.

Tout cela pour dire que malgré le fait qu'aujourd'hui je comprenne le phénomène météorologique qui créée le brouillard, je demeure candide et je persiste à me créer du cinéma, ou de la littérature, c'est selon.

L'un dans l'autre, je dirais que je suis avide de toujours garder, un peu, la tête dans les nuages.

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jeudi, novembre 17, 2016

Crever le sol

Quand j'ai mis les pieds dans le local qui allait accueillir la succursale, il y a presque deux semaines, je ne pouvais pas croire que nous pourrions ouvrir sous peu. Au rez-de-chaussée, une montagne métallique se dressait en plein milieu du plancher à travers laquelle on distinguait, tant bien que mal l'utilité que pourrait avoir les différents morceaux, une fois assemblés. Sur une table pliante, des plans étaient étalés, pour nous permettre de mettre en place tout ce fatras.

À l'étage supérieur, des énormes boites se multipliaient, comme par elles-mêmes. Il était possible de deviner que le centre de la pièce était faite de bois franc et que le contour arborait un tapis. Mais c'était à peu près tout ce que l'on pouvait y deviner. La magnifique fenestration par ailleurs, laissait présager que la pièce deviendrait un jour superbe. Il me semblait, à ce moment précis qu'il faudrait qu'une armée y travaille jour et nuit pendant un mois pour qu'on puisse en voir le bout.

Dans les locaux dédiés à la réception de marchandise, j'avais failli me décourager, parce que l'espace immense était complètement encombré de boîtes et de bacs de toutes dimensions. Tout, ou presque était à démêler. Malgré la quantité conséquente de personnes qui s'affairaient à réceptionner, étiqueter et classer le matériel, il me paraissait invraisemblable que le magasin puisse avoir l'air d'un magasin, avant Noël.

À la fin de cette première journée, pourtant, les murs s'étaient ornés d'étagères et d'instruments divers, les planchers avaient repris un aspect de plancher, les montagnes de boîtes de la réception avaient un petit peu diminué, l'ouverture prochaine se frayait doucement un chemin.

D'un jour à l'autre, les sections prenaient forme, les employés venaient faire connaissance avec leur nouvel environnement de travail, une équipe commençait à s'ébaucher. Autant pour les employés que pour les gestionnaires. Il me semblait que si je passais un peu trop de temps à un étage celui que j'avais délaissé en profitait pour se faire une beauté.

On a fini par établir une stratégie de Mathilde. Ce qui nous fait bien rire parce que personne d'entre nous n'avait jamais vécu une semblable situation. C'est une manière comme une autre de débuter à tisser une relation de travail.

Et voilà que nous sommes prêts. Nous ouvrirons nos portes demain. Tout ne sera pas parfait, bien entendu. Mais nous seront-là.

C'est une belle et grande aventure qui se précise tranquillement, une aventure avec une clientèle qu'il nous tarde de rencontrer et plein de culture à partager.

En espérant vous y voir bientôt !

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dimanche, novembre 13, 2016

Soleil d'automne

Moi, j'aime ça aller chez Grand-mamie. Je connais toute sa maison par cœur. C'est bien parce que je je peux la parcourir dans tous les sens tout seul. Ce n'est pas comme chez-moi où il y a les escaliers interdits sans Papa ou Maman. Je n'ai pas tellement les interdits, ce n'est pas très drôle.

Alors, j'aime aller chez grand-mamie parce que je peux bouger bien à mon aise, mais pas seulement pour cela. Elle aussi je l'aime. C'est ma première personne préférée quand elle est-là. Par ce qu'il y a des jours où elle ne l'est pas. Maman et Papa eux, je les vois tous les jours, alors j'aime bien profiter de ma grand-mamie quand je suis avec elle. Elle me fait tellement rire. Elle fait la grosse bibite qui va manger Zazou et moi je ris, je ris, je ris et je me sauve en courant sur mes quatre pattes. Je suis ultra rapide, personne n'arrive à me rattraper!

Des fois, chez ma grand-mamie il y a un grand monsieur avec une voix grave, grave, grave. Il me parle un peu, mais ne joue pas avec moi. Alors je lui montre que je peux faire le lapin ou le poisson. Je lui montre aussi que je sais reconnaître le chien et le chat sur le frigidaire. Des fois, ça l'intéresse, mais des fois non. Ce n'est pas grave, je continue montrer à tous les adultes en présence que je le sais.

Des fois aussi, il y a une madame qui veut jouer avec moi et me prendre dans ses bras. Je ne suis pas trop certain de ce que je veux faire avec cela. Maman me dit : « c'est Tatie-Mathie, tu t'en souviens? » Ça me dit quelque chose, on dirait presque je sais c'est qui, mais ça m'échappe la seconde suivante. C'est drôle, c'est comme si je la connais et si je ne la connais pas en même temps. Quand elle rit par contre, là je me dis que je sais presque qui elle est. Je suis très, très bon pour faire rire et j'adore ça! Ce que j'aime beaucoup avec elle, c'est qu'elle a peur quand je fais le gros lion. Rouargghhh! Alors c'est elle qui se sauve en courant.

C'est mon truc, parce que quand Tatie-Mathie se sauve, je peux en profiter pour galoper jusqu'à la cuisine et aller retrouver Grand-mamie. C'est avec elle que je veux jouer. Mais quelquefois, je ne peux pas. Elle me dit : « je t'aime, t'aime, t'aime petit chat, mais tu ne peux pas rester avec moi, il y des choses dangereuses pour toi dans ma cuisine ». Alors j'accepte que Papa me prenne dans ses bras, à condition qu'il me fasse sauter en même temps.

Moi, j'aime ça aller chez ma Grand-mamie, d'abord parce que je l'aime elle, mais aussi parce qu'il y a des fois des personnes que je connais un peu à qui je peux montrer toutes les belles façons que j'ai apprises et qui ne pourront qu'en être émerveillées.

Après tout, j'ai un an et j'ai fait beaucoup d'apprentissages en très peu de temps. Faut bien qu'il y ait des gens pour le remarquer.

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jeudi, novembre 10, 2016

La harde

Métro Jean-Talon, peu après 15h30. Depuis presque deux semaines, j'observe, ou plutôt, je dois vivre avec le même manège. À mon arrivée à la station, les garçons ont passé les guérites et sont regroupés en horde désordonnée près de l'escalier qui mène au quai de la gare. De leur observatoire, ils peuvent voir arriver le train de l'autre côté de la station. Ils en laissent passer beaucoup avant de se décider à prendre possession de la voiture de tête. Ou d'essayer.

Le jeu, je crois, c'est de se donner le départ à la toute dernière minute pour dévaler les escaliers le plus rapidement possible et de se précipiter dans le wagon de tête juste avant que les portes ne se ferment et de rire à gorge déployée de ceux d'entre eux qui seraient restés sur le quai ; il y en a toujours un ou deux.

Ensuite l'objectif semble être de prendre le plus d'espace possible dans la voiture. Ils étendent leur nombre conséquent (j'en ai compté une quinzaine, l'autre jour) en groupuscules de deux ou trois individus et s'invectivent d'un bout à l'autre de cet espace confiné. Impossible pour les autres passager de tenter d'avoir un semblant de conversation tant les garçons prennent le plancher. Ils sont là pour être remarqués.

Alors, bien entendu, je les remarque. Ils sont probablement en deuxième ou troisième secondaire, selon moi, parce qu'ils affichent une certaine expérience de l'adolescence. Physiquement, ils sont aussi disparates que faire se peu autant dans les différences de tailles ou de pilosité débutante sur leurs visages et leurs voix voyages des graves aux aigus sans qu'ils puissent y faire grand chose, me semble-t-il.

Dans leur milieu, ils doivent faire partie des leaders, ils se comportent comme une meute affamée de reconnaissance et d'exploits à l'aune desquels je suis bien heureuse de ne plus avoir envie de me mesurer. Ils font de l'esbroufe leur principal cheval de bataille, mesurent les longueur et la couleur de leurs plumages à force de cris et de remarques assassines. Tous leurs mouvements m'apparaissent faire partie d'une parade qu'ils s'adressent entre eux. Qui saura le mieux s'asseoir avec un air savamment relâché, qui chiquera sa gomme de façon ostentatoire, qui regardera l'écran de son téléphone le plus souvent en donnant l'impression qu'il y reçoit à tout coup une information capitale.

Ils sont jeunes, bruyants, mais je ne les trouve pas dérangeants. Je les regarde aller avec beaucoup d'attendrissement, cette volonté qu'ils mettent de l'avant à être une horde impressionnante tandis qu'ils me font davantage penser à une harde aux abois. Ils épient tout ce qui se meut autour d'eux, en faisant semblant de donner le change. Ils épient le monde dans lequel ils vont se faire une place en tentant bien fort de se faire croire qu'ils n'y accordent aucune espèce d'importance.

Ils sont magnifiques dans leurs gaucheries, beaux dans leur candeur.

Ils sont inspirants d'avenir.

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dimanche, novembre 06, 2016

Théorie des espaces

Des fois, je me demande comment faire pour me faire comprendre. Il me semble que j'ai essayé toutes les formes de langages à ma disposition, sans grands résultats. Je sais que tu aurais voulu que je sois pleine de confiance en moi à toutes les étapes de ma vie, que les critiques me coulent sur les épaules pendant que je les rejetterais du revers de la main. Le problème tu vois, c'est que la confiance en soi ça ne se pousse pas en travers de la gorge des gens à qui on voudrait la voir acquérir.

Je doute. De moi, de la place que je dois prendre, de cet espace précis qui pourrait m'être imparti à condition de bien vouloir le saisir. L'astuce, c'est que prendre sa place, c'est un fin jeu avec le reste de la société. À te regarder aller, il me semble parfois que tu as oublié ce léger détail, avec le temps. Comme rien de ce que tu ne dis ou fais ne pourrait avoir d'influence sur l'intégrité morale ou physique de qui que ce soit, par conséquent, j'ai l'impression que tu t'attends à ce que toutes tes connaissances fassent exactement de même pour se tailler une place au soleil.

Je travaille très fort pour désamorcer mes mécanismes de défense, surtout parce que j'ai enfin compris à quel point ils m'ont été nuisibles. N'empêche que mon inconscient, lui, ne suit pas toujours la parade. Mes songes se peuplent de situations stressantes qui me réveillent en sueurs à coups de gémissements angoissés. Je rêve essentiellement de rejet, quelles que soient les personnes en présence. Certains jours, c'est au travail, d'autres c'est en famille, d'autres ce sont mes cercles d'amis. Au bout du compte, c'est juste la même histoire de manque de confiance en moi qui se répète.

Au début de la période de rêves, je ne les racontais pas. Je n'avais aucune espèce d'envie de les analyser et d'en comprendre le sens profond. Ce n'étaient que des rêves, après tout. Puis, j'ai fini par saisir qu'ils revenaient toujours lorsque je me sentais envahie par une présence non sollicitée. Même discrète. À tous les coups, ça me remets en question de la tête aux pieds. À tous les coups, je me retrouve devant la même case départ, celle du jour où j'ai pris une décision fondamentale pour moi, qui, évidemment allait avoir des conséquence sur moult autres personnes, parce qu'il est infiniment rare qu'une décision que le prend sur le front social n'ai aucun impact sur le reste de nos réseaux.

Je travaille très fort pour débouter mes mécanismes, mais il y a certaines frontières que je refuse de lever. Ce sont celles de mon territoire intérieur ; la seule chose qui n'appartienne qu'à moi. Comme je te l'ai mentionné plus haut, la confiance ça se bâtit brique par brique sans oublier le mortier qui parfois prend du temps à se solidifier. Autrement l'édifice s'écroule au premier mouvement de sol.

Il ne faut pas m'en vouloir, ni t'en tenir rigueur ; simplement constater avec moi les espaces concomitants ne sont pas toujours concordants.

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jeudi, novembre 03, 2016

Appelez-moi Alfred

Depuis mon changement professionnel ; je me lève à l'heure des poules. Correction, je me lève bien avant l'heure des poules, en fait j'arrive au travail avant qu'elles n'aient eu l'idée saugrenue d'ouvrir l’œil. Monter un magasin, c'est une job physique et ça implique qu'il nous faut êtres présents quand les électriciens commencent, c'est-à-dire 6h30. Je suis gâtée, mon quart lui, ne débute qu'à 7 heures.

Peu à peu, je fais la connaissance avec l'équipe qui se joindra à nous. Contrairement à la réalité du Carrefour Laval, l'équipe est très mixte, à la fois dans la direction et sur le plancher. Je ne sais pas vraiment si c'est une conséquence du fait que nous soyons sur l'île de Montréal ou plutôt que nous soyons davantage orienté en musique sauf que la différence est bel et bien là, je ne peux pas le nier. Je me sens un peu comme à l'époque ou j'intégrais tranquillement une ligue d'improvisation à Sherbrooke parce que beaucoup de gars, ça veut forcément dire beaucoup de taquins et mettons que je commence à avoir un aperçu du champ lexical de leurs niaiseries.

Cependant, me voilà confronté à une situation que je n'ai jamais vécue en 43 ans d'existence, je ne suis pas la seule Mathilde de la boîte. Qui plus est, nous sommes trois. Ça me laisse perplexe. Depuis douze ans que je travail pour l'entreprise, jamais je n'ai eu à utiliser autre chose que mon prénom pour m'identifier sur les lieux de mon travail. Bien entendu, avec le temps, j'ai vu passé ce prénom dans d'autres succursales, mais nous étions assez peu nombreuses pour être uniques en un lieu.

Ma première idée a été de me résoudre à utiliser continuellement mon nom de famille. Mais bon, ça fait long de dire à tous les coups Mathilde Cazelais. Six syllabes bien découpées. Comme je suis généralement appelée un peu partout plus souvent qu'à mon tour et que généralement, il faut que je réagisse au quart de tour, j'entrevoie déjà plein de petits pépins dans le quotidien. En riant, ce matin, j''ai dit à mes collègues : « dans ce cas, appeler moi Alfred » puisque c'était déjà un surnom avec lequel je vivais au Carrefour. Mais un de mes collègues s'appelle Frédéric, alors lui se retourne à tous les « Fred » qui fusent. Ça ne m'avance pas tellement.

Bon. Je suis souvent Mathie, mais les deux autres aussi. Crotte de bique. Je suis quelquefois Wiki-Mathie, Tatie-Mathie ou Mathildette, mais je trouve que ça aurait un drôle d'effet dans l'intercom du magasin, surtout si c'est pour aller régler un cas avec un client difficile, mettons que ça pourrait avoir une incidence sur l'impression de professionnalisme que je pourrais dégager.

Bref, pour la première fois de ma vie, j'ai un problème de dénomination. On va finir par s'adapter et trouver des stratégies, c'est comme rien.

N'empêche que, ça me fait tout drôle de me retrouver dans cette situation. Comme si ça m'obligeait à me regarder sous un angle que je n'avais jusqu'alors pas imaginée.

Les apprentissages émanent parfois d'endroits où on les attend le moins.

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dimanche, octobre 30, 2016

Entrées par effraction

Je me rappelle un retour de séjour dans les Laurentides, je devais avoir dix ou onze ans, parce que je dormais déjà dans la grande chambre du rez-de-chaussée, lors duquel on s'était aperçus que nous avions été dévalisés. Ce n'était pas la première fois qu'un tel événement se passait sur la rue, je savais que c'était arrivé un 24 décembre, quelques années plus tôt à l'autre bout de notre tronçon. Si je connaissais les victimes, rien de ce que me amies qui l'avaient vécu avaient pu me raconter ne m'avaient rendu la situation tangible.

Mais ce soir-là, dans la bise hivernale, je ressentais jusque dans mes os, un froid que n'avais jamais perçu jusqu'alors. À cette époque de ma vie, ma maison était le lieu par excellence de ma sécurité. Sauf que la porte du séjour était désormais branlante et il manquait des appareils électroniques ainsi que mon sac de couchage. Je n'avais alors pas compris pourquoi le sac de couchage avait disparu, dans ma très grande innocence. Mes bijoux de pacotilles eux, étaient restés bien à leur place, peut-être en fut-il autrement des bijoux de ma mère, je ne m'en rappelle plus.

Après les événements, il m'avait fallut plusieurs jours pour me remettre à dormir paisiblement. Beaucoup de bruits, parfaitement normaux, me faisaient sursauter une fois que le soir était tombé et on s'entend que la nuit gagne son pari sur le jour très longtemps dans les hivers québécois. Ça ne s'est cependant pas reproduit, pour nous à cette adresse-là. Alors, l'impression d'insécurité s'était graduellement amenuisée jusqu'à devenir le souvenir confus que je narre aujourd'hui.

Je vis dans un quartier haut en couleurs depuis plus de sept ans. Je sais qu'il est arrivé à plusieurs demeures du voisinage d'avoir des visites de dévaliseurs. Juste à la porte d'à côté d'ailleurs, c'est arrivé au moins deux fois en quelque chose comme cinq ans. Ces voisins ont fini par se faire installer un système d'alarme et mon colocataire et moi-même nous sommes toujours félicité d'en avoir un bien actif et largement identifié dans nos fenêtres, ça nous donnait l'impression que nous ne vivrions jamais rien du genre. Et payer un système d'alarme quand on habite au rez-de-chaussée d'un telle quartier, nous apparaissait une sage idée.

Grand bien nous fit de ne jamais avoir eu l'idée saugrenue de le faire désactiver. Cet après-midi quelqu'un a tenté de forcer l'entrée de l'appartement. Mais il s'est fait casser les oreilles par le bruit tonitruant du système. Je ne sais pas combien de temps ça sonne avant de s'arrêter de soi-même, mais ça n'a pas dû être très agréable pour les personnes qui étaient à domicile pendant qu'il se faisait aller les aigus.

Mis à part un penne endommagé, nous nous en tirons avec rien pantoute. Le système a rempli son office de faire déguerpir les intrus avant qu'ils ne puissent mettre un pied dans l'appartement. Ceci dit, je me sens exactement comme dans mon enfance quand j'étais fébrile à l'idée d'aller me coucher. Je sais que je vais avoir toutes les misères du monde à trouver le sommeil quand viendra l'heure de poser ma tête sur l'oreiller.

Je sais que je vais avoir l'envie très forte d'armer le système avant d'aller me coucher, juste pour me rassurer.

J'espère cependant que je ne laisserai pas ce genre de peur prendre le pas sur ma vie.

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jeudi, octobre 27, 2016

Avant la spirale

Sur la table de mélamine que je connais par cœur, au lieu des sempiternelles demandes d'emploi, il y avait un tas d'objets volontairement abandonnés à cet endroit. Deux trousseaux de clefs, deux cartes signifiant l'appartenance à l'entreprise pour laquelle je travaille depuis douze ans que j'ai posés derrière moi pour plonger dans la nouvelle aventure qui m'attend la semaine prochaine.

Pour l'instant, je ne travaille plus nulle part : pendant quatre jours, je serai complètement indépendante de mes responsabilités ordinaires. Je me situe très exactement entre deux chaises. L'air de rien, me voilà à quelques jours de travailler pour ce que j'ai perçu comme la compétition pendant onze ans. C'est long, dans ma vie professionnelle.

Je laisse équipe que j'ai participé à bâtir. Une équipe que j'aime de tout mon cœur à travers ses individus sinon, dans son entièreté.

Je laisse une connaissance devenue presque instinctive de la mise en marché, d'une clientèle que j'avais l'impression de comprendre dès qu'elle mettait un pied dans le magasin. Je me trompe certainement à cet effet, mais tout de même, je pouvais mettre des produits de l'avant en me trompant très peu souvent. Je pouvais proposer d'autres produits, en me trompant aussi peu souvent. Cinq années passées au même endroit, ça a son lot d'atouts.

Mardi, je me plongerai dans la jungle du montage d'un magasin dont je ne connais rien. Je suis complètement ignorante de la partie phare des produits : je ne connais strictement rien aux instruments. D'accord, j'ai une certaine accointance avec ceux-là depuis ma plus tendre enfance, mais ça demeure très vague. Je sais faire la différence entre un piano et une flûte, mais ça s'arrête à peu près là. Je me sens complètement néophyte D'accord aussi, ce n'est pas le le département dont je serai en charge, n'empêche que...

Je ne connais pas les codes par cœur et j'ignore les classements. J'ai eu beau faire de l'espionnage dans l'intranet de ma future demeure professionnelle, je comprends les méthodes de recherche mais rien à rien à ce que ça veut dire pour la personne qui doit se mouvoir à travers les rangées surchargées de l'époque de l'année qui nous empêche d'avoir une vue d'ensemble sur ce qui est mis en place.

Je ne connais pas l'équipe avec laquelle j'aurai à travailler. Il me faudra lui expliquer mes aspérités : je n'ai pas toujours le tact qui devait s'imposer pour une gestionnaire, je n'ai pas toujours une patience exemplaire : certaines formes d'incompétences m’insupportent et il semblerait que c'est inscrit en lettres capitales sur mon visage. Mais, quand les gens me connaissent, ils savent bien que je suis principalement équitable et que j'ai un talent certain pour mobiliser les troupes, alors ces petits défauts finissent par se fondre dans les vues d'ensemble. Sauf que là, j'ai tout à construire ; ma réputation comprise.

Et plus que tout, je ne connais pas la clientèle : ça me fait peur parce que ça confronte mon sentiment de compétence sur lequel mes réflexes professionnels reposent.

J'ai quatre jours devant moi, quatre jours durant lesquels je serai totalement débranchée et dans un noir certain.

Je compte bien en profiter avant de sombre dans la spirale démente du temps des fêtes et de m'y amuser du mieux que je pourrai.

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dimanche, octobre 23, 2016

Clin d'oeil

Samedi, un peu avant dix-huit heures sur le quai du métro Montmorency, quatre adolescentes que j'estimais être en secondaire deux ou trois, faisaient le pied de grue en attendant le prochain train. Elle semblaient avoir quitter la maison de A pour poursuivre leur fin de semaine dans la maison de B. J'étais frappée par les nombreuses différences qui se dégageaient de leur petit groupe, particulièrement dans leurs physionomies respectives. J'avais l'impression de voir les hormones travailler à des vitesses différentes.

Mais surtout, je me revoyais au même âge, faire exactement la même chose : partir de Laval où nous avions passer le vendredi soir à écouter les derniers vidéos que toutes filles de nos âges se devaient d'avoir vus, pour aller terminer passer la soirée du samedi à Montréal, chez une autre fille du groupe, souvent chez-nous, afin de se dire que nous n'avions pas passer toute la fin de semaine en banlieue, comme si cela aurait risquer de ternir irrémédiablement nos réputations.

La différence était la longueur du trajet parce que les autobus avaient la fâcheuse habitude de faire le tour du monde pour se rendre à destination tandis que les jeunes filles qui se trémoussaient devant moi n'avaient que trois stations de métro à parcourir en quelque chose comme cinq minutes. D'ailleurs, elles n'étaient pas pressées ; elles avaient longuement hésité avant de monter dans le train, déçues qu'elles étaient que ce ne soit pas un métro Azur. Je pense qu'elles en avaient laissé passer quelques uns juste pour pouvoir raconter qu'elles avaient fait un tour dans un de ces engins, d'une manière dégagée, devant les autres élèves de l'école, le lundi matin.

Quand elles avaient fini par se précipiter dans le wagon que j'occupais, juste avant que les portes ne se ferment, mes souvenirs d'adolescence s'étaient à nouveaux mis à danser devant mes yeux. Parce qu'il n'y avait aucune espèce de forme d'égalité dans leurs relations : je pouvais dire qui étaient la leader, qui la seconde, qui la troisième et qui la faire valoir. J'avais occupé beaucoup de ces rôles à mon époque, rarement, sinon jamais celui de leader cependant. J'ai d'ailleurs appris, il n'y a pas longtemps, qu'un de mes professeurs avait dit à mes parents que je n'avais pas beaucoup l'attitude d'un enfant aîné. Si cela voulait dire d'amener tout le monde à me suivre, en effet, je ne l'avais pas du tout. Je préférais de loin jouer les seconds violons, le leadership, je l'ai développé plus tard.

Je ne fais pas toujours exprès de porter une oreille attentive aux discussions qui m'entourent, dans ce cas précis, j'étais au cœur de leur tempête adolescente. Qui ressemblait en tous points à celles de la mienne. Leurs discussions portaient sur les gars de l'école, des filles qui n'étaient pas leurs amies, des profs qui étaient plus ou moins cool et des films qu'elles écouteraient une fois rendues à destination.

Le plus ironique dans tout cela, c'est que je me suis aperçue qu'elles fréquentaient exactement la même école que moi à leur âge, quand je passais mes fins de semaines entre Laval et Montréal.

Comme si la vie voulait me donner une preuve qu'elle change sans cesse tout en restant immuablement la même.

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mercredi, octobre 19, 2016

Mal prise

T'es mal prise hein, jeune femme d'aujourd'hui ? Tu n'as pas très envie de te déclarer féministe parce que tu te sens jugée par tes pairs, particulièrement les filles, qui voient en ce mot qu'un moyen de raccourcir la tête des hommes pour des raisons qui apparaissent abstraites. Surtout si t'es irrémédiablement hétérosexuelle. Tu n'y peux rien, ce sont les hommes qui t'attirent et dans cette sexualité là, ce serait préférable que tu ne sois pas trop vindicative, du moins c'est ce que tu crois.

Alors, tu te tais, quand un gars qui te plaisait dans les lumières tamisées du bar, mais devant lequel tu t'étais sentie mal, très mal, à un contre une. Parce que c'était ça. Un contre une. Tu es mal prise quand sa violence t'éclabousse le visage, quand tu as l'impression qu'il se masturbe sur ton corps, avec ton corps, sans égard à ce que tu ressens. Malgré toutes les réticences que tu pousses sur la table de vos ébats, ou plutôt des siens.

T'es mal prise quand tu n'as pas verrouillé ta porte à double tour et qu'un homme, que tu ne connais absolument pas s'est assis sur le bord de ton oreiller pour te dire que tu l'avais aguiché, trois heures plus tôt, au bar où tu étais passé poser une bise sur la joue d'une amie qui en avait besoin. Tu ne l'avais même pas vu, ou si tu l'avais aperçu, tu n'y avais porter aucune importance en supposant que l'inverse avait été réciproque.

T'es mal prise parce que les années passant, tu n'as plus aucune espèce d'envie d'être séduisante, parce que tu vis avec les réminiscences de ce moment où ton corps n'a pas pu être un rempart suffisant, alors tu l'as desséché jusqu'à la moelle. Assez pour te promener désormais en chaise roulante ou avec des béquilles pour soutenir des jambes chétives. Au moins ce processus aura remplit son premier objectif : tes règles n'existent pas davantage qu'un enfant qu'on aurait pu t'imposer.

T'es mal prise parce qu'au lieu de t'étioler, tu t'es laisser alourdir jusqu'à ne plus pouvoir percevoir tes propres contours, t'étant laisser couler dans les couches de graisses juste assez pour ne plus attirer le regard des prédateurs en quête des plaisirs de celles qui ne veulent pas les offrir. Mince victoire. À ton entier détriment.

T'es mal prise parce que quoique tu dises, tu seras jugée, et tu le sais. Les autre femmes te traiteront de jalouse, les hommes de sorcière, de féministe, d'hystérique, ou autres qualificatifs déplaisants. T'es mal prise parce que que quoique tu taises, la chape de ta culpabilité se lovera autour de toi jusqu'à ce que tu trouves une oreille, une seule, à laquelle tu puisses confier ton vécu sans jamais être certaine qu'on te croit.

T'es mal prise parce qu'il n'y a aucun espèce d'échappatoire à ta réalité : on t'a trahi dans le plus intime de l'intime, parce que le corps que tu habites le permet. Et que même intellectuels ne voient pas le mal que cette violence t'a faite, après tout nous ne vivons pas dans un état en guerre.

T'es mal prise, parce que si tu commences à te dire que le féminisme, finalement c'est pas si pire, un millier de trolls vont se manifester sur ton mur, pour te rappeler à quel point il est facile de saper ta confiance en toi.

T'es mal prise... J'aimerais te dire que ça va passer, mais je sais pertinemment que je suis au moins aussi mal prise que toi.

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dimanche, octobre 16, 2016

Objets perdus

Toute personne ayant un jour travaillé avec moi sait que j'ai un problème de clés : je les perds continuellement. Peut importe les dispositifs que j'essaie d'adopter pour ne pas les égarer partout, c'est immanquable, à un moment ou à un autre, je me mets à fouiller frénétiquement sous les feuilles de papiers, dans tous les recoins d'un bureau, dans les bacs à recyclage à la recherche de ce bien sous ma responsabilité. À chaque fois, j'ai des sueurs froides jusqu'à ce que le brillant du métal finisse par me faire de l’œil et je fini par poser ma patte sur le trousseau, immensément rassurée.

Mes histoires de clés volages ne se limitent pas seulement à mon travail cependant. Je n'ai pas tenu le compte du nombre de trousseaux que j'ai égaré dans ma vie, sans doute pas loin de la vingtaine. Les pires moments de mon existence à cet égard, c'était quand je pouvais verrouiller les portes de mon appartement sans mes clés et me rendre compte, en voulant rentrer, qu'elle étaient à l'intérieur. Quand j'habitais seule, ce n'était pas commode, quoiqu'il y avait un double chez le concierge, sauf que celui-ci n'était pas toujours chez lui quand j'en avais besoin.

Tout ça pour dire que j'ai fini par croire qu'il y avait quelque chose dans mon karma au sujet de ces objets qui se dissimulent à ma vue. Combien de fois, après avoir fait refaire tout le trousseau, ne les aie-je pas trouvées dissimulées dans une doublure de manteau lorsqu'elles s'y étaient plongées par le trou d'une poche que j'avais négligé de reprisée ? Je ne saurais dire.

Toujours est-il que je suis rentrée à la maison cette semaine et qu'arrivée devant la porte, je me suis retrouvée devant une porte que je ne pouvais plus ouvrir. Je sais que j'avais mes clés avant de partir du travail, elles n'étaient pas au bon endroit et je les ai volontairement changé de place pour être certaine de ne pas me faire de peur en arrivant chez-moi.

Faut croire que j'aurais dû les laisser là où elles étaient parce que visiblement, je les ai prises dans mes poches pour les mettre dans mon sac-à-main mais que j'ai sérieusement manqué mon coup : elles n'y sont plus.

Par chance, ce soir-là, je voyais de la lumière émaner de la chambre de mon colocataire. J'avais donc une chance de rentrer à bon port sans trop de heurt. Et la porte s'est effectivement ouverte sous un éclat de rire devant ma mine déconfite.

Je suis une étourdie, je l'ai toujours été : je rêvasse dès que j'ai une parcelle de seconde pour le faire. Alors forcément, il y a des détails qui me sortent de la tête. Je perds continuellement mes clés et mes porte-feuille, mais je crois que ce pourrait être bien pire.

Je me rassure en me disant que je ne perds pas la tête, c'est déjà ça de pris.

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jeudi, octobre 13, 2016

Larmes de fond

Lors de ma dernière vraie grosse colère, de celles que je ne contrôle absolument pas, j'ai eu vraiment peur d'avoir mis en jeu beaucoup de choses et de gens qui me sont chers. Je savais depuis longtemps que mon comportement était totalement inacceptable sauf qu'il m'avait fallut, je crois, atteindre le fond de mon marais très personnel pour prendre conscience de tous les effets néfastes que ce comportement avait sur moi.

J'ai donc entrepris de défaire ma mauvaise habitude, mais surtout de comprendre les mécanismes qui la déclenchaient. Ça n'a pas pris beaucoup de temps pour faire un lien qui était sans doute évident : je me choquais pour cacher ma peine.

Bon.

Le problème que je rencontre depuis, c'est que j'ai l'impression d'être une fontaine intarissable. Non, je ne braille pas à gros sanglots. Je ne me liquéfie pas non plus. Mais j'ai la gorge serrée souvent et les larmes aux yeux à des moments importuns.

Moi qui me targuais de ne pas pleurer, je me retrouve continuellement sur le fil du rasoir dans mon quotidien. Ça me déstabilise complètement parce que j'avais érigé un mur solide d'indifférence autour de ma personne. Ça me permettait de prendre les coup de gueule des clients enragés sans trop de dommage. Maintenant, je les prend de plein fouet, larmes incluses, même si je peux encore m'appuyer sur mon orgueil pour ne pas les laisser paraître devant la personne qui ne les mérite pas.

Beaucoup de gens affirment que pleurer n'est pas un signe de faiblesse, mais de force. Je pense qu'il y a du vrai là dedans, sauf que ça n'en demeure pas moins inconfortable. Non, je ne retournerais pas à mes états de colère passés. Ne serait-ce que pour préserver tous les gains que j'ai fais depuis cette absence d'agressivité.

N'empêche que je ne me sens pas toujours à l'aise avec ces émotions qui remontent et m'enveloppent. Cette connaissance de ce qui m'atteint.

Il y a des moments où je préférerais pouvoir me lover encore dans la fausse indifférence dont je faisais preuve. Surtout quand je vois venir certaines tornades émotives.

Un changement drastique dans mon emploi, avec une équipe que je ne connais pas et qui ne me connaît pas davantage, par exemple.

Mais ce n'est pas la seule chose que je vois poindre. Il y a quelque chose qui m'a fait vraiment perdre les pédales il y a un an et demi qui est sur le point de se répéter.

Je me sens fragile, les larmes de fond s'élèvent et menacent de me faire tanguer.

Et j'ai une peur quasi paniquée de déraper.

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dimanche, octobre 09, 2016

Le virage

T'sé quand ta vie est sur point d'effectuer un virage à un angle de 180 ? La plupart du temps, tu ne ne le vois pas venir. C'est une suite de minis événements, de minutes qui s'enchaînent, de gestes auxquels tu n'as même pas particulièrement porté attention. Et un moment donné, tu te retrouves toute seule, devant un précipice que au bout d'un chemin que tu croyais bien balisé.

Tu te savais rendue à relever de nouveaux défis, mais tu les voyais dans une fenêtre très particulière. La prochaine étape était de devenir gérante de succursale dans une petite superficie, histoire de répéter le chemin parcouru en tant que gérante de plancher. Quelque chose de connu, dans l'inconnu.

Sauf que c'est rarement ainsi que les choses se passent. En juillet, tu as appris qu'une succursale de la bannière récemment acquise s'ouvrirait. Tu as mis ton nom comme candidate à la gestion de la succursale, tout en sachant que ce n'était pas à ta mesure, mais avec l'envie dévorante d'avoir une occasion de te présenter comme gestionnaire potentielle de magasin, parce que tu t'y voyais.

Pour un paquet de raisons, en premier lieu le fait que d'ouvrir un magasin est un foutu gros contrat, tu n'as pas été retenue. Tu étais tout à fait d'accord avec cette décision et celui de la personne qui a obtenu le poste. Passer une entrevue ne veut pas nécessairement dire que tu te crois inconditionnellement la meilleure personne pour occuper le poste sur lequel tu as appliqué.

Ce que tu ne pouvais pas prévoir cependant, c'était que ladite entrevue laisserait assez de traces pour qu'on ait envie de t'offrir quelque chose en rapport à cette nouvelle entité. Quelque chose que tu ne pouvais pas refuser. Malgré le fait que tu es heureuse dans ce que tu fais depuis 5 ans dans ta succursale de banlieue. Malgré le fait que tu travaille encore à ce jour avec une équipe du tonnerre qui a quotidiennement gravé son nom sur ton cœur au cours des années.

Et tu t'es retrouvée devant un embranchement. Rester au même endroit, terminer tous les dossiers qui étaient entamés ou opérer le virage qui s'ouvrait devant tes yeux. Au risque de te péter la gueule. Parce que l'air de rien, tu connais tout de l'ancienne réalité, techniquement, elle n'a aucun secret pour toi et accepter l'offre qu'on te fait s'est presque te plonger dans le vide puisque tu ne connaîtras plus rien des classements, des systèmes de paies, de toutes ces petites choses qui te donnent confiance en toi quotidiennement.

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Le premier novembre, ou autour de cette date, je deviendrai gérante de département pour la succursale d'Archambault qui ouvrira au Marché Jean-Talon. La seule chose de mon ancienne vie avec laquelle je pourrai travailler c'est que je connais les politiques de service à la clientèle sur le bout de mes doigts. Connaissance bien mince si on la compare à l'envergure de l'aventure qui s'annonce.

Ma grosse chienne jaune de trouille est solidement assise à mes côtés. Mais j'ai tout de même décidé d'y aller.

J'espère vous y croiser.

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jeudi, octobre 06, 2016

Le troisième angle du voisinage

Je reste au même endroits depuis des années. Le voisinage a toujours été aussi particulier que bruyant. En tout cas, assez pour créer un impact sur mon sommeil. En plus, j'ai parfois l'impression que l'entièreté de ce voisinage se donne la tag pour s'échanger le rôle de l'importun qui raccourcit mes nuits.

Il y a quelques temps, je me suis fait réveiller par un cri tonitruant autour de 4h30 du matin. Un homme hurlait : « t'es où » en parcourant le le parc qui s'étale sous mes fenêtres. Il y avait un mélange de désespoir et de colère dans sa voix. Lorsqu'il avait fini par trouver l'objet de sa quête, ce devait être à sous une des tables à pique-nique qui se dressent juste devant la porte de l'appartement (ben il y a une rue entre les deux, sauf que c'est vraiment tout proche). Je n'ai pas trop compris ce qu'il criait à son interlocuteur, son débit était trop saccadé et sa diction pâteuse à souhait. N'empêche que ce matin-là, je n'ai pas trouvé le moyen de me rendormir, dérangée par la violence qui était contenue dans ce que mes oreilles percevaient. J'étais certaine qu'il y avait un interlocuteur, parce que j'entendais les grondements diffus d'une voix rocailleuse sans être apte à en saisir le contenu.

Et ce matin, c'est revenu. Le même homme hurlait sous mes mes fenêtres. Du moins, je crois que c'est le même homme parce qu'il me semble que c'était la même voix. Il s'adressait sans doute, d'ailleurs à la même personne que la fois précédente parce que le roulement de cailloux des réponses imperceptibles était aussi au rendez-vous. Mais celui dont je décodais les paroles était sans aucun doute beaucoup plus sobre et plus calme. J'ai fini par comprendre les tenants et les aboutissants de la querelle.

En fait, ces deux personnes se partagent un territoire pseudo-habitable du parc longeant la rue que j'habite tandis que d'autres se logent le long de la descente du pont. Il y était question de squatter ces endroits depuis plus longtemps que d'autres d'où les spot du côté moins bruyant du parc en question. Le crieur se targuait d'avoir été le premier à s'installer durablement dans le secteur ce qui lui donnait, selon ses termes le l'avantage du premier choix. Et sa colère était due au fait que l'autre, celui que j'entendais sans le comprendre, avait uriné sur le territoire revendiquer par l'autre.

Bon, je dois admettre que je n'aimerais pas du tout qu'un voisin vienne pisser sur les plancher de ma maison, je le comprenais d'être en furie.

N'empêche que je suis lasse de me faire tirer des bras de Morphée par ces envolées dérangeantes. C'est peut-être pour cela que je me rappelle beaucoup plus souvent de mes rêves ces temps derniers, à force d'être réveillée brutalement en plein milieu de mon sommeil paradoxal.

Mais en même temps, je n'ose pas espérer que la température fasse en sorte que le logement à ciel ouvert qui existe visiblement devant chez moi, ne soit plus praticable, parce qu'alors je sais que je me demanderai où ils sont, ces hommes qui y vivent depuis quatre ou cinq mois. Et que j'aurai peur pour eux qu'ils ne se soient pas trouvé un abris pour affronter l'hiver.

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dimanche, octobre 02, 2016

Tirer le sommeil

Je me suis réveillée ce matin avec un goût de bile au fond de la gorge. Je savais que j'émergeais d'un cauchemar, ma température et les battements effrénés de mon cœur me le confirmaient. Comme c'est souvent le cas en pareille situation, je n'avais que peu de prise sur les lambeaux de mes songes, sauf le désagrément qu'ils m'avaient causé.

Si je me savais dans mon lit, je n'avais plus aucune idée de la date et du jour de la semaine. J'ai d'abord pensé que j'avais oublié de mettre mon réveil et que j'étais largement en retard pour le travail. Mais un bref coup d’œil à la fenêtre dont les rideaux étaient mal tirés m'a vite fait comprendre que c'était impossible. En voulant regarder l'heure à ma montre, je me suis souvenu que je l'avais volontairement laissée sur la vanité de la salle de bain. Afin de ne pas passer la nuit à regarder le temps s'écouler, justement.

Je savais qu'il ne me servirais à rien de regarde mon cadran parce qu'il est en avance de je ne sais pas combien de temps. Petit psycho-truc pour ne pas virer folle à le voir m'indiquer une heure qu'il est largement plus tôt que 6 heures du matin quand je me lève pour aller travailler. Il ne me restait que deux options, s'il me fallait absolument savoir l'heure : me lever pour aller chercher ma montre ou me lever pour aller appuyer sur la touche de mon téléphone.

J'étais encore désorientée par le mauvais rêve qui me revenait peu à peu en mémoire en ressacs confus. Il y avait des dates, plein de dates comme autant d'échéances qui me criaient que je ne les atteindrais jamais. Et la lueur ténue du petit matin qui filtrait dans les interstices des rideaux. J'ai fin par me rappeler que j'avais congé. Mon sens des responsabilités et ma hantise d'arriver en retard où que ce soit se sont immédiatement calmé les nerfs.

Et puis le rêve s'est reformé devant mes yeux comme si je ne m'étais jamais éveillée. J'avais perdu mes mots ! Le cauchemar se résumait à cela. Une semaine sans pouvoir écrire et savoir qu'on en était au vendredi sans que je sache aligner deux mots de suite sur la page. Je voyais la semaine se défaire en heures, en minutes, en secondes en sachant que j'avais omis de mettre mes pensées par écrit et que si je voulais tenir la promesse que je me suis fait il y a presque deux ans j'aurais à produire deux textes à une vitesse folle alors que plus un seul mot ne me venait à l'esprit.

Je me suis levée, frissonnante. Et j'ai passé la journée à regarder la page blanche à me demander si une fois de plus, je pourrais la franchir.

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jeudi, septembre 29, 2016

Némésis

J'ai rencontré celui qui allait devenir ma première Némésis à l'âge de 4 ou 5 ans. Je ne pouvais pas savoir, ce jour-là que ce serait une personne à ce point marquante dans ma vie, ni qu'il allait me rendre rocailleux, un sentier qui me semblait jusqu'alors, joyeux. Ce n'est certes pas lors de ce premier contact que j'aurais pu imaginer à quel point il pourrait être méchant à mon endroit, quelque part dans un avenir que je n'envisageais même pas étant donné que ce simple concept était beaucoup trop complexe pour ma petite tête d'enfant.

C'était sans doute le nœud de mon problème avec lui, d'ailleurs. J'avais eu tellement de plaisir à jouer avec lui, cette toute première fois, que je ne comprenais pas que dans un groupe de personne il pourrait me rejeter parce que je cadrais moins bien que d'autres dans ce qu'il envisageait comme groupe de personnes auxquelles se rallier, ce faisant, il y avait là un levier pour m'atteindre, parce que j'étais et je suis toujours, profondément fidèle dans mes affections.

Bref, point n'est besoin de raconter toute cette histoire, je crois qu'il sait parfaitement qu'il n'a été gentil avec moi que lorsqu'il avait le choix entre se montrer sympathique à mon endroit ou s'ennuyer. Je n'en suis pas tout à fait certaine parce que je ne lui ai jamais posé la question aussi directement et que cela n'a plus tellement d'importance aujourd'hui. Nous n'avons de contacts que de loin en loin par réseaux sociaux et parents interposés.

Mais s'il fut le premier, il n'aura pas été le seul. Si dans l'enfance et l'adolescence, je puis affirmer que les gens que je puisse placer dans cette catégorie étaient méchants, plus tard, des gens m'ont heurtée sans avoir cet objectif précis en tête. Je dirais même que certains d'entre eux ne me voulaient que du bien. Sauf que le bien que l'on me veut n'est pas nécessairement celui qu'on me fait.

Je ne suis pas toujours courageuse, pas toujours assez aguerrie pour tout affronter. Certaines de mes Némésis ont le chic d'apparaître et de réapparaître quand je ne les attends pas et surtout quand je ne le veux pas. Dans ma boîte de courriels, au détour d'une conversation qui ne porte pas sur eux mais qui les impose me rendant ainsi friable.

Et quelquefois même, il y a ces questions auxquelles je suis la seule à pouvoir apporter une réponse, impliquant un nombre conséquent d'autres personnes. Et j'essaie, je jure que j'essaie dans ma tête de me dire que je peux réussir. Sauf qu'arrivée à la sommes de mes hypothèse j'en arrive à la conclusion qu'une rencontre serait possible si, et seulement si, cette Némésis m'ignorait totalement, sauf peut-être pour m'envoyer discrètement la main. Et là encore, il y a des chances que je trouve cela envahissant.

C'est impossible, bien entendu. Alors je me sens un peu harpie et énormément coupable de faire, du mal à des gens que j'aime parce que je ne suis incapable de faire front à ces Némésis, qui au fond, ne le sont que pour moi.

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dimanche, septembre 25, 2016

Une question de goûts

Je vois fréquemment la même femme bizarrement attifée près de la station de métro que je fréquente quotidiennement. Quelquefois à l'intérieur, pas toujours cependant. C'est difficile de ne pas la voir ; elle semble affectionner les couleurs vives, voire criardes et les mêle toutes. Je ne sais pas son âge, mais cela doit s'approcher du mien, même si elle a l'air beaucoup plus vieille que moi.

Elle porte généralement une jupe trop large, bien roulée autour de ses hanches pour ne pas la perdre en route, qui est d'un jaune violent. Elle a différentes couches de chandails à fleurs immenses qui crient les uns par rapport aux autres et elle est chaussée d'espadrilles blanches desquelles surgissent des bas blancs qui remontent jusqu'à ses genoux. Ses cheveux gris, presque blancs sont noués en une queue de cheval dont la moité s'est échappée et qui lui retombe perpétuellement sur les yeux.

Il m'arrive parfois d'être distraite, à l'épicerie, et de passer à la caisse derrière elle. À tous les coups, c'est d'une longueur inimaginable. Visiblement, elle a beaucoup de peine à bien comprendre les prix et doit continuellement réviser les achats prévus pour rentrer dans son maigre budget. Si je ne la juge pas, d'autres le font sans vergogne. Combien de fois aie-je entendu des quolibets et des commentaires disgracieux sur sa tenue ou la lenteur avec laquelle elle complète ses achats ? Je ne saurais le dire, le pire selon moi, ce sont les caissiers qui ne sont pas toujours très cléments avec elle.

Il y a quelques jours, je suis sortie de l'épicerie juste derrière elle. Et sur le trottoir, se tenait un homme vêtu d'un chandail des Nordiques usé à la corde. Il portait un pantalon de fortrel carrelé dans drôles de tons orangés. Il avait des lunettes trois fois trop grosses pour son mince visage et avait un serre-tête rouge avec des oreilles de diablotin sur la tête. Lorsqu'il a vu surgir la dame que je suivais, son visage s'est fendu d'un sourire aussi généreux que radieux. Elle s'est arrêtée, lui a tendu sa petite menotte fripée qu'il n'a pas prise tout de suite, il s'est plutôt chargé de la délester de ses sacs. J'étais coincée dans la porte derrière eux, témoin involontaire de cette scène touchante tandis que dans mon dos, on me disait pas très poliment de me pousser de là.

Eux, ne voyaient rien de la vilenie de leur entourage. Il se sont dignement dirigé vers la station de métro, fiers, avec raison, d'avoir accompli la mission qu'ils s'étaient fixés.

Je les ai regardé disparaître dans la station, me laissant bousculer par tous les quidams pressés qui n'avaient pas eu la chance de les trouver beaux.

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vendredi, septembre 23, 2016

Un visage de la peur

Ligne verte. Extrême ouest. Je crois que j'y avais atterri après être allée voir un spectacle à l'extérieur de Montréal et que mon transport m'avait laissée à cet endroit que je ne connaissais que peu. Il était tard, la rame était vide, ou presque. Je n'avais pas encore l'habitude des excentriques qui forment la vaste faune que je croise, aujourd'hui quotidiennement.

Je me rappelle que j'étais fatiguée et passablement irritée contre moi, parce que dans l'excitation de l'activité d'où j'arrivais (et don je ne me rappelle pas du tout), j'avais oublié mon livre et de changer les piles de mon lecteur de cd. Il va sans dire qu'à cette époque, je n'avais pas l'ombre d'un téléphone entre les mains.

Ça peut paraître absurde, mais les œillères qu'on peut se mettre quand on est en transport en commun, pour se donner une contenance, sont comme des remparts intangibles autour de soi. Cette nuit-là, je n'avais rien pour me donner l'air occupé et j'essayais, tant bien que mal de ne pas fixer trop les autres passagers. Il me semblait que le train passait un temps infini dans les tunnels, entre deux stations. Sauf que ce sentiment n'était chimère de mon imagination.

Toujours-est-il, que je voyais deux jeunes hommes se disputer violemment dans le wagon voisin depuis quelques temps. J'essayais vainement de ne pas y porter attention, sans grand succès. Je faisais mon possible pour me concentrer sur les craques du plancher.

Comme on s'approchait de Lionel-Groulx, je me disais qu'on atteindrait une certaine foule, malgré l'heure tardive et qu'enfin, je pourrais me sentir un peu plus en sécurité. C'est alors qu'un des deux jeunes hommes qui se disputaient a décidé de franchir les portes entre les deux wagons. J'étais assise juste à côté de la porte, à cette époque, ça se pouvait sur la ligne verte. Il était fort jeune, mais il me faisait penser à Samuel Jackson dans ses personnages les moins rassurants, cheveux et yeux fous en sus. Comme j'avais évité soigneusement de porter de trop près attention à la scène que je ne pouvais m'empêcher d'apercevoir, je ne savais pas très exactement ce qui s'était passé entre les deux protagonistes. Sauf que j'avais sous les yeux, un gars plus jeune que moi d'une dizaine d'années, qui avait visiblement été atteint par un objet tranchant : il saignait abondamment, sur moi.

Je n'écrivais pas ce blogue à l'époque. En réalité, je ne savais même pas ce qu'était un blogue. Mais j'avais pris une note sur l'anecdote dans un cahier. Ce qui l'a ramené à ma mémoire, cependant, c'est une photo de Samuel Jackson à la une d'un magazine pour le film Miss Peregrine's home for peculiars children.

Depuis, je revis cet événement en boucle dans ma tête. Et la peur que j'avais alors ressentie est intacte.

Malgré le fait que je n'ai pas été en danger ni à l'époque, ni aujourd'hui.

Cependant, pour moi, il s'agissait de ce qui s'approche le plus, du visage de la peur et cette image refuse, obstinément, de s'effacer de mon esprit.

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dimanche, septembre 18, 2016

Bonheur perlé

Dans l'église du village, les bancs se remplissaient lentement. Ça et là les familles se regroupaient entre elles. Tous les individus, étaient, bien entendu, sur leur 31. Entre deux rangées de immuables, des mères tançaient les enfants qui jouaient à cache-cache en attendant que la cérémonie débute. Cette scène aurait pu se passer n'importe quand dans l'histoire du Québec, si ce n'avait été du fait que les papas s'occupaient des poupons qui pleuraient devant ce décors inconnu tandis que leurs compagnes poursuivaient une discussion, confiantes que leurs bambins était entre bonnes mains.

Je ne connaissais personne, ou presque, dans l'assemblée. Ce n'était pas ma famille ni, pour la plupart, mes amis. Bien entendu mon regard curieux et avide d'humanité ne pouvait faire autrement que de faire et refaire le tour de la salle pour épier les personnages qui pourraient s'en dégager. Ma petite enquête fut interrompue par la musique provenant du jubé, et comme tout un chacun j'ai regardé la mariée descendre l'allée pour aller rejoindre celui qui allait devenir son époux. Je l'avais aperçue, un peu plus tôt, je savais donc qu'elle serait magnifique. La réalité ne m'a pas détrompée. J'ai cependant été surprise par le brouillard mouillé qui a obscurci ma ma vision devant le bonheur qui perlait de tous les pores de sa peau.

Je n'ai pas refoulé mes larmes. Je les ai savourées, une à une. Elles étaient aussi belles que la jeune femme que j'avais connue si timide, mais qui, en ce jour dont elle était l'un des deux pôles, jouait son rôle avec grâce et dignité.

Je n'ai pas retenu grand chose de ce que le prêtre a raconté, si ce n'est que la maison qui serait fondée, le serait sur l'amour. Et comme tous les témoins de cet instant, j'en mettrais ma main au feu, j'y croyais fermement. Je me sentais privilégiée d'avoir été invitée à partager des promesses qui venaient à ce point du cœur, quelles que soient mes réticences toutes personnelles à faire une promesse à une dieu ou à un autre.

Lorsque la noce s'est déplacée pour la suite des événements, je ne peux pas dire que la bâtisse qui nous accueillait me faisait bonne mine. À tout le moins de l'extérieur. J'ai gardé mon jugement pour moi, grand bien m'en fit. Parce qu'à l'intérieur, c'était tout elle. Simple, chaleureux et convivial. Une espèce de parabole explicite sur l'anecdotique de l'apparence extérieure, dans une certaine mesure.

J'ai retenu à grand peine un hoquet de pleurs durant le discours de la première demoiselle d'honneur, qui rendait hommage à deux amis d'enfance et plus précisément à cette jeune femme que je connais et qui m'y avait invitée. Elle racontait une femme généreuse, intègre, honnête et sans jugements à priori qui résonnait très fort pour moi dans la perception que j'avais de cette femme. Et surtout dans ce que je connais de l'amitié.

Quand je suis partie, la fête ne faisait que commencer. Et on m'a remercié de ma présence comme si ça avait fait la différence.

Moi je savais que c'était complètement erroné. En ce jour, c'est moi qui avais pris une grande bouffée d'amour, une goulée infinie d'air aussi pur et candide que faire se pouvait.

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jeudi, septembre 15, 2016

Les hamsters dans ma tête

4h50. Dehors, la nuit est d'encre et les murmures de la ville ne se sont pas encore éveillés. Ou si peu. Il me reste encore une grosse heure avant la sonnerie du réveil, mais je sais que je ne me rendormirai pas. Il me semble que j'ai plusieurs hamsters qui courent dans ma tête en même temps.

Parfum d'angoisse que je ne prise pas tellement.

La journée sera longue, je le sais d'avance. Éreintante aussi. Un des hamster s'affaire d'ailleurs à mesurer le nombre de pieds nécessaire à l'installation des cubes pour mettre tout ce qui envahi l'entrepôt du magasin. Un espèce de tétris version géante. Je ne suis pas si bonne à ce petit jeu, lorsque viens le temps de me frotter à la réalité. J'oublie toujours un morceau du casse-tête et je dois sans cesse revoir la solution. Le hamster, n'en fait qu'à sa tête fait tourner sa roue à une vitesse folle.

Pendant ce temps, il y a un autre hamster qui s'affaire à mettre en mots, le plus diplomatiquement possible, une rencontre que je ne peux perpétuellement repousser, malgré tout l'envie que j'en ai. Cependant, je me sens démunie. Parce que j'ai le sentiment qu'avec cette personne précise, j'ai le chic de continuellement choisir les mauvaises expressions. Comme si nous parlions des dialectes totalement étrangers plutôt que de parler la même langue. Je sais très bien que nous allons finir par arriver à nous comprendre, mais toute seule dans le noir, je vois le hamster s'agiter en tous les sens.

5h23, je me sens la larme à l’œil. Pourtant, je vais bien, dans tous les aspects de ma vie. Sauf que j'ai parlé de larmes deux fois dans la semaine qui vient de s'écouler, et j'ai lu sur la force que que les pleurs expriment. J'ai parlé de larmes pour exprimer le fait qu'elles me viennent si facilement depuis un peu plus d'un an. Chasser la colère en acceptant la peine, c'était une belle théorie que je n'imaginais pas mesurer à une telle fréquence. Mais je ne ne pique plus de colère noire. C'est déjà une réussite. Je constate que le hamster de ma roue des émotion trottine beaucoup moins vite que les deux autres.

Et puis, ce matin, j'ai l'impression que ce hamster tourne davantage pour chasser l'angoisse que la colère.. Mais peut-être que l'angoisse précipitait aussi la colère, en ce qui me concerne. Je me dis que c'était le canal d'expression que j'avais privilégié dès que je ne pouvais pas simplement rire pour donner le change.

Ce qui me fait me rendre compte que je ris différemment aussi depuis. Un peu moins fort, un peu moins forcé, un peu moins souvent, mais tellement plus sincèrement.


5h49, le radio s'allume. Je dois faire une trêve sur les supputations de la journée à venir et aller la vivre.

Je sais d'expérience que ça se passera beaucoup mieux que tout ce que j'ai pu imaginer.

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dimanche, septembre 11, 2016

De l'intimidation

Des fois je me dis que je suis une bien drôle de personne. J'ai toujours adoré aller à l'école et pourtant, pas grand chose ne m'y prédisposait. Pas que je sois une crétine finie, loin de là, mais je n'ai jamais été première de classe et contrairement à beaucoup de mes amies, qui elles l'étaient, il ne me suffisait pas d'écouter en classe pour réussir. Je devais travailler, faire mes devoirs et mes leçons, et je ne peux pas dire que j'y étais particulièrement dévouée ; j'avais bien trop peur de passer pour une nerd si j'étais prise à aimer faire ce genre de chose. Et s'il y a un étiquette que je voulais à toute force éviter de porter, c'était celui-là.

Parce que j'avais fait l'expérience de l'intimidation dans mon enfance. À l'époque, on ne disait pas que c'était de l'intimidation. On était dans la gang ou on ne l'était pas. On était in ou on était out. Enfant, je comprenais que je n'étais pas admise par les leaders de ma classe. C'était pas mal tout. Mais une école n'est pas une classe. Il y avait les récréations lors desquelles je pouvais frayer avec des gens qui n'étaient pas dans ma classe avec lesquels j'étais bien. Et ceux qui me rejetaient étaient beaucoup trop occupés à faire les importants pour daigner aller voir de quelle manière je passais le temps libre qui m'était imparti.

Alors, comme beaucoup d'enfants, j'attendais les rentrées qui se succédaient avec impatience, pour revoir mes amis, pour apprendre plein de nouvelles choses et remplir ma petite tête déjà rêveuse, de toutes sortes d'informations, qu'un jour j'apprendrais à lier entre elles, dessinant ainsi les premières esquisses d'analyses sur les sujets que j'aimais.

C'est à l'adolescence que je refusais à toute force l'étiquette de nerd. J'avais réussi à faire le passage à l'école secondaire en laissant le grand rejet derrière moi, il n'était pas question que je m'y replonge juste pour avoir de meilleures notes. Je n'étais pas très bonne, certes, mais en dehors des mathématiques je n'étais pas si mauvaise non plus. Je n'en avais pas du tout conscience cependant, parce que bien souvent, on mesure nos échecs de façon beaucoup plus acérée que nos réussites.

J'avais donc un paquet de bonnes raisons pour détester l'école. Mais il n'y avait rien à faire, j'aimais cela. Je pense que c'est au cégep que je me suis mise à dire à qui voulait l'entendre qu'à mon avis le système scolaire mesurait un potentiel de réussite dans ledit système et pas l'intelligence des gens qui étaient évalués. Un mantra auquel je me suis accrochée pour me rendre jusqu'à une scolarité de maîtrise, malgré certains échecs. Une façon de refuser de me laisser intimider par un système dans lequel je ne cadrais pas très bien.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer, l'intimidation peut prendre bien des formes. Celles de nos pairs en est une et elle est particulièrement douloureuse, mais ça peut aussi venir de gens qui ne nous veulent que du bien. De tout ce qui fait en sorte qu'il faille rentrer dans le moule de l'éducation étatisée qui ne se donne plus les moyens d'accompagner les différences d'apprentissage.

Et je crois, qu'au bout du compte, le plus difficile de ces années ce n'était pas le rejet. C'est les chiffres gigantesques en rouge surlignés qui me montraient que je n'avais pas réussi un test ou un devoir. M'accrocher à l'école, continuer à aimer la fréquenter est à ce jour, je crois, ma plus grande réussite.

Il m'aura fallut treize ans de recul et une dépression pour comprendre que j'avais fait là un cheminement hors du commun.

Et j'en suis fière.

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jeudi, septembre 08, 2016

Canicule

Il me semble que les saisons se décalent, depuis quelques années. Je les sens un mois en retard sur leurs habitudes, mais nos vies, elles sont toujours réglées sur les us anciens de la nature. Il y a peu, prendre des vacances en début septembre signifiait, pour moi à tout le moins, beaucoup de bouffe, une température confortable, ni trop chaude ni trop froide, de belles marches dans la ville qui m'invitait à la fouler de mes pas.

Pas cette fois-ci. La température est chaude et moite. J'ai le sentiment que tout effort physique, même minime, fait couler la sueur dans mon dos et me pique les yeux. Je n'ai cependant aucune envie de passer tout mon temps à l'ombre de mon ventilateur. Alors, je me donne des objectifs, des courses à faire un peu plus loin que l'environnement immédiat, malgré la sueur, malgré la fatigue inhérente à ce genre d'étouffement.

C'est ainsi que je me suis retrouvée à déambuler au milieu du chantier de la rue Ontario Est. Il était là l'été dernier. Il me semble que c'était exactement au même endroit. Comme s'il fallait refaire tout ce qui avait été effectuer. La poussière me collait à la peau, et je devais fréquemment fermer les yeux pour ne pas y coincer un grain qui créerait à coup sûr une inflammation dans ces organes sensibles.

Après un de ces brefs passage dans le noir, un homme devant moi, avait une démarche bizarre. Ça m'a pris un certain temps avant de comprendre que c'était dû au fait qu'il portait des pantoufles d'hôpital et que, forcément, le gravier éparpillé sur le trottoir rendait son cheminement difficile. J'ai passé une dizaine de minutes à le suivre, sans trop le vouloir, et à me faire du cinéma dans ma tête sur ce qui pouvait amener un jeune homme à se promener en pantoufles d'hôpital sur une rue en chantier.

Lorsqu'il a tourné sur la rue qui mène à l'hôpital Notre-Dame, je me suis dit qu'il devait approcher de sa destination. Et puis, une toute jeune fille s'est matérialisée à l'endroit qu'il venait de quitter, soit quelques cinq pas devant moi. Elle était vêtue de noir, short très, très courts, chandail particulièrement échancré et transparent, grimpée sur des talons hauts sans bon sens.

Ce coup-là, je n'avais aucune envie de me raconter sa vie. C'était forcément trop triste. Quand je l'ai vue se diriger à l'arrière du camion de rue du Chic resto Pop, j'ai pensé qu'au moins elle avait une toute petite ressource pour l'aider.

Je suis rentrée chez moi, épuisée par la lourdeur de l'atmosphère et par la brève rencontre avec cette réalité que je ne connais que de vue.

Et je me suis prise à penser qu'une canicule était un bien mince tribut à payer à l'existence.

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