dimanche, août 20, 2017

Des dents de pirate

Je le dit, je suis un super nageur. Bon, c'est vrai, quand j'étais plus petit, au mois de juillet, j'avais un peu peur de l'eau. J'avais besoin de Papa ou Maman pour me tenir la main, mais plus maintenant. Je saute dans l'eau avec mon beau flotteur de crabe et je nage tout seul. Il ne faut pas que personne me touche parce que je peux aller tout seul au milieu de la piscine et revenir vers le bord comme je veux. Ben, sauf des fois quand il y a trop de monde et que je ne sais pas par où passer, alors j'accepte que Grand-mamie vienne me chercher, mais pas Tatie. Elle peut être dans l'eau avec moi, mais je ne me baigne pas avec elle. Je l'ai dit, c'est non.

J'ai deux façons de me déplacer dans la vie, soit que je chigne et que je veux me faire prendre et sinon, je courre. Pas de moyenne vitesse avec moi. Ce que je trouve pas mal moins drôle, c'est que dès que je met un orteil sur le ciment, je me fait dire : « On ne courre pas autour de la piscine Zazou! » Pfff, ça vous brise un élan pas à peu près, mais comme tous les adultes sans exception tiennent à ce que les petits garçons et les petites filles marchent sur le ciment, je n'ai aucune espèce de chance d'échapper à leur vigilance collective.

Ce n'est pas trop grave, le reste est si plaisant au Club, parce que je connais tout le monde et que j'ai des amis partout. J'aime beaucoup zieuter autour de moi pour voir ce que les autres mangent et s'il y a du mais soufflé quelque part, je vais en quémander un peu. Je suis pas mal bon pour réussir à en obtenir, non seulement un bol, mais aussi un beau sourire et des fois, quand je le veux bien, un beau câlin.

Je commence à savoir quand j'ai envie de pipi et j'en fait de plus en plus sur la toilette. Mais j'ai eu un petit accident au souper, je mangeais tranquillement mon poulet et mes patates (pour vrai, je fais maintenant la différence entre les patates et les autres légumes, idem pour la viande) quand tout à coup je me suis retrouvé inondé de pipi parce que j'avais oublié que je n'avais pas remis ma couche après la baignade. Ce n'était pas très agréable, tout ce pipi dans ma chaise, mais Maman a réglé tout cela très rapidement, et aussi tôt bien au sec, j'ai terminé de manger mon repas et j'ai même pris du dessert. Des bons bleuets avec du gâteau au chocolat que j'ai englouti à une telle vitesse que ça m'a fait des dents de pirate.

Aujourd'hui, Papa n'était pas avec nous, il était à la pêche. Je l'ai bien raconté à Tatie et je lui ai montré (un peu brusquement, c'est certain, mais le mouvement y était) à l'aide d'un bâton courbé, ce que Papa faisait. Je parle beaucoup désormais. Et j'oublie de moins en moins de mots dans mes phrases. J'étais en train de montrer à Tatie et à Francis les belles culbutes que je sais faire quand Papa est apparu juste à côté de moi. Ça c'était une belle surprise parce que je pensais que j'allais aller faire dodo sans son bisou doux et juste le voir demain. Mais non, il était là, tout près, tout vrai et je sais que je vais bien dormir parce que ça dort toujours mieux après un bisou de Papa et un bisou de Maman.

Ah, comme j'ai hâte de me réveiller demain et de voir ce que la journée pourra m'apporter!

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jeudi, août 17, 2017

Ville-Marie Janis

Les premières fois lors desquelles je l'avais entendue parler, je croyais que c'était un homme. À cause du timbre de sa voix, mais du rocailleux abrupte aussi que celle-ci portait. Et il y avait une puissance dans la portée qui ne me laissait que peu de doutes. En réalité, sa voix ressemble énormément à celle de Janis Joplin à la différence près qu'elle chante incroyablement faux.

Je crois que j'ai mis quelque chose comme trois ans avant d'associer le bon visage à cette voix. Je l'entendais souvent la nuit surtout ou au petit matin. Je savais que c'était un personnage nocturne, de ceux qui font les histoires parce qu'elle portait une partie de la misère de Montréal dans ses récits. Je la savais prostituée, mais il était fort probable dans l'environnement que ce soit un prostitué. Ils existent, et sont d'ailleurs passablement nombreux dans les environs.

Je n'avais fait le bon lien qu'un soir où je revenais d'un souper chez une amie et que j'avais pris le raccourci par le parc devant la maison. Elle y était, dans un état lamentable. Minuscule en hauteur comme largeur, mais elle prenait toute la place. Elle était arrogante, batailleuse, vindicative et vulgaire. Tout en un. Elle m'avait alors haranguée sur je ne me rappelle plus quel sujet, ce qui n'avait, au fond, aucune espèce d'importance, puisque puisque je l'avais dérangée en traversant son territoire et que le reste ne comptait pas tellement.

Cette fois-là, j'avais eu peur. Peur de cette colère immense, de la violence qui l'habite, de ce qu'elle aurait pu me faire ou des chiens (humains) qu'elle aurait pu lancer sur moi, simplement parce qu'elle ressentait le besoin d'affirmer que la seule femelle alpha du secteur c'était elle.

Elle ne fait pas bon voisinage avec les commerces du quartier. Elle vole souvent, dans les épiceries où les dépanneurs. Et lorsqu'elle est confrontée à ses propres actes, elle se met dans des colères noires et traite tout le monde de fou, particulièrement lorsque ses interlocuteurs sont de vieilles personnes qui n'ont pas grand chose à lui opposer. Les policiers la connaissent. Ils l'embarquent et la débarquent régulièrement. Il arrive parfois qu'elle s'absente pendant plusieurs mois. Mais elle revient toujours camper dans la cours du HLM voisin, hiver comme été avec ses jeans d'enfants et sa vieille casquette des Expos trois fois trop grosse pour sa tête. Jusqu'à la prochaine fois où elle sera prise pour on ne veut même imaginer quel délit.

Elle fait partie de ces êtres, prématurément vieillis qui ont tout contre eux. La vie ne lui aura pas été simple. Un voisin m'a d'ailleurs récemment raconté qu'elle ne mangeait jamais rien d'autre que du pain blanc, pas souvent beurré, parce qu'elle prétendrait que la bière sustente davantage que n'importe quelle nourriture.

Ça en dit long sur la misère du monde, je trouve. Et surtout qu'il n'est nul besoin de laisser le regard porter dans des pays lointains pour la rencontrer.

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dimanche, août 13, 2017

Pâté chinois

Honnêtement, Montréal 375, je commence à en avoir plein mon casque. J'appréhendais le festival de la fierté gay sous mes fenêtres, et bien, je peux affirmer sans exagération que mes appréhensions étaient sans commune mesure avec la réalité : c'est bien pire que ce que que je croyais.

D'abord, il a pleins de rues qui sont fermées à des heures bizarres et même les piétons doivent faire des détours. Les commerces du voisinage connaissent des heures de pointe à des moments improbables et imprévus, sans doute très bons pour leurs affaires, mais tout à fait désagréables pour les habitants du quartier.

Avant d'aller plus loin, je me dois de souligner que la sécurité assurée sur le site et dans les environ est particulièrement efficaces; dès l'heure de tombée des activité, tous les festivaliers sont dispersés dans l'ordre, le bruit cesse beaucoup plus tôt que lors des feux d'artifices ou autres activités du genre. Et si certains d'entre eux sont éméchés, nous n'en avons aucune conscience.

Mais aujourd'hui, c'est le bout du bout pour ma patience déjà largement malmenée. Depuis le début de l'après-midi c'est le T-Dance Beach Party. Le nom dit exactement ce que c'est. Du gros Dance très bruyant et parfaitement insupportable. Je n'ai jamais été fan de ce genre de musique. Mon cœur est resté collé dans les années 80 et je préfère de loin la musique disco pour me laisser aller sur des rythmes endiablés. Rien pour me plaire donc. Surtout que depuis des années, je ne peux faire autrement que de penser systématiquement en terme de steak et de patate ce type de rythme.

Il y avait cette fille, à l'université, que je trouvais très drôle. Je la connaissais pas le biais de la ligue d'impro surtout, mais nous étudions à la même faculté, alors on se croisait régulièrement sur le campus. On s'était retrouvée un jour, dans un quelconque party étudiant dans un bar que nous ne fréquentions ni l'une ni l'autre. Un moment donné, il n'y avait plus qu'elle et moi, ou presque autour de la table, parce que danser ne nous disait absolument rien. Et c'est là qu'elle m'avait expliquer, preuve à l'appui (c'est-à-dire qu'elle m'avait chanté sa théorie sur l'air qui jouait à ce moment-là) que selon elle la musique dance, se résumait à du steak pis des patates. Qu'on pouvait chanter n'importe quelle de ces pièces en suivant le rythme sur ces mots : « du steak, du steak, du steak, des patates, du steak ». Je suis en train de le faire en écrivant et je jure que ça fonctionne.

Rien pour me faire aimer le genre, tout pour me le rendre désagréable, sauf qu'au moins je peux en rire ne me disant que ce qui se passe sous mes fenêtre, c'est au fond, le festival du pâté chinois...

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jeudi, août 10, 2017

Je ne perdais rien pour attendre

Je sais bien que j'ai été en vacances il n'y a pas si longtemps, mais je crois que les festivités du 375e anniversaire de Montréal commencent à me peser. Je vis depuis des semaines dans l'oeil du cyclone et les activités saupoudrées de désagréments se succèdent sans relâche autour de chez-moi. Par conséquent, mon sommeil en est atteint ne serait-ce que parce que les différents travaux d'aménagement des sites commencent généralement tôt et se terminent tard.

Bref, j'avais une petite journée de congé à la fois de travail et de construction autour de la maison quand j'ai reçu l'appel que personne ne veut avoir; des punaises de lit avaient été localisées dans l'immeuble. Fini donc la journée de congé. J'avais l'impression d'avoir à déménager à moins de 24 heures d'avis avec une énorme dose de lavage à faire en sus. Je suis bonne dans les déménagements, j'ai un super sens de l'organisation et des priorités, sauf que d'habitude je sais depuis quelques temps déjà que j'aurai un sport extrême à pratiquer; alors je peux me faire à l'idée et commencer tranquillement à faire le tri.

Dans le cas qui nous occupe, le tri s'est fait à la vitesse grand V. J'ai déménagé des vêtements d'un appartement à l'autre pendant des années sans jamais les porter une fois rendue à l'autre domicile. Pourquoi? Sans doute un peu par nostalgie, sans doute aussi par paresse. Mais quand tu penses qu'il y a probablement des bestioles indésirables dans tes chiffons, tu hésites un peu moins à tout envoyer à la poubelle, surtout quand tu sais pertinemment qu'une bonne moitié de cette accumulation sur des années est rende tellement usée que les donner n'apporterait strictement rien à personne. Je me suis découvert une quantité assez effarante de trucs dont les élastiques étaient tellement vieux qu'ils craquaient sous mes doigts.

Et, comme de bien entendu, non seulement est-ce que je devais m'activer furieusement pour arriver à dégager tous les murs de l'appartement dans les délais impartis avant l'arrivée des exterminateur, mais ma tête s'est mise de la partie et ça me grattait de partout. Pourtant, je sais que je suis un buffet à moustiques et je n'avais noté aucune piqûre correspondant à celles des punaises de lit, j'aurais donc dû pouvoir me rassurer et faire taire les manifestations exacerbées de mon subconscient. Mais rien n'y faisait : je suais ma vie en faisant le ménage et toutes les surfaces de ma peau me démangeaient.

Au final, il y avait bien des pensionnaires indésirables dans l'immeuble, mais assez peu, le problème aurait été pris à temps selon l'exterminatrice fort compétente qui s'est déplacée ici. Notre logement en était exempt. Nous en étions bien soulagés, mon colocataire et moi. Mais en même temps, je savais bien que je perdais rien pour attendre depuis des années, puisque ça fait plus de vingt ans que j'habite en appartement et que bon, si je me fie à ce que j'en ai lu, ces bibites se multiplient à une vitesse folle et qu'elles ne font pas de discrimination quand aux humains avec lesquels elles décident de cohabiter.

En somme, je me dis que j'ai payer ma dette à la chance pour un petit bout que je peux souffler au moins pour quelques mois puisque l'immeuble est maintenant bien protégé et qu'après je pourrai compter sur l'hiver pour me protéger.

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dimanche, août 06, 2017

Technicolor

La soirée était fraîche, en tout cas, elle le semblait particulièrement après plusieurs journées consécutives lors desquelles le mercure et l'humidité se disputaient consciencieusement la première place dans l'exaspération collective. J'avais eu la mauvaise idée de me tromper en regardant l'horaire d'autobus dans un créneau qui n'était pas pré-enregistré dans mon téléphone avec le résultat que j'étais arrivée avec beaucoup trop d'avance au coin de rue ou j'attendais impatiemment le passage du prochain transport.

Sauf que je ne rate jamais une occasion d'observer mes congénères. Je ne fais même pas exprès, l'oeil de l'observatrice est toujours à l’affût. Dans la petite foule qui piétinait comme moi, il y avait deux femmes et une petite fille qui devait avoir environ 3 ans. Elle était pétillante de bonne humeur et sa seule présence faisait en sorte que mon temps de patience imposé passait avec une vitesse acceptable. Je n'avais pas l'intention de m'immiscer de quelconque manière dans leurs vies, mais bon, je ne pouvais faire autrement que de capter des mots, de ça, de là.

J'avais vite fait de comprendre qu'il s'agissait d'une famille qui revenait d'une fête d'enfant puisque la petite se tournait vers l'une et l'autre des adultes en les appelant « maman Micheline » ou « maman Louise » selon l'interlocutrice à laquelle elle s'adressait. J'étais contente de voir cette aisance avec laquelle toutes les trois vivaient publiquement leur réalité en espérant pour elles que cette apparence de bien être était une réalité quotidienne aussi tangible que l'image qu'elles m'en projetaient.

Une fois bien installée dans l'autobus, j'étais assise juste devant une jeune femme qui parlait au téléphone en espagnol à une vitesse folle, je n'avais aucune idée de ce qu'elle racontait, mais le ton de sa voix laissait entendre un taux de stress frôlant les azimuts des possibilités. Je la sentait nerveuse, comme si c'était la toute première fois qu'elle arpentait les rues de Montréal dans la nuit, ce qui était en fait, peut-être le cas.

Je n'avais ni envie de lire, ni envie de niaiser sur mon téléphone, alors je me laissait baigner par la présence des autres. C'est ce qui m'avait permis de voir entrer en scène le prochain personnage. C'était un jeune homme de la fin trentaine qui avaient toutes les caractéristiques clichées de l'Améridien des légendes : grand, élancé, souple, avec une chevelure noire ébène lustrée. Sérieusement, ce gars-là pourrait faire une fortune au cinéma américain seulement à cause de son apparence extérieure. Mais ce qui me m'amusais beaucoup, c'était sa tenue vestimentaire : il était habillé en cow-boy de pied en cap.

Et sitôt grimpé dans l'autobus, il était venu serré bien fort dans ses bras la jeune hispanophone qui paniquait derrière-moi avec autant de sourire dans la voix que dans son visage.

Moi j'avais l'impression saugrenue de vivre la finale d'une film romantico-mocheton en direct et je me disais que ça promettait de jolies rêveries pour me bercer avant de m'endormir.

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jeudi, août 03, 2017

Sous slience

L'heure était entre chien et loup, l'enchaînement des mois aussi. Il ne faisait pas tout à fait sombre, mais plus totalement clair non plus. Je savais d'avance que la nuit serait longue, parce que cela arrive régulièrement dans le quartier, particulièrement dans les mois d'été avec tous ces marginaux qui y habitent ou y vivent sans nécessairement y avoir d'adresse domiciliaire.

Je marchais d'un pas alerte, puisque j'étais presque arrivée à mon domicile et que j'avais les pieds en compote. Je ne pensais à rien d'autre qu'au moment presque béni où je pourrais me déchausser et enfin pourvoir me dire que la journée était finie quand la démarche du jeune personnage que je suivais sans le vouloir m'avais poussée à ralentir. Il titubait en prenant maladroitement tout l'espace disponible sur le trottoir. Comme, je ne le voyais que de dos, je n'avais qu'une vague idée de son âge, mais il me semblait assez jeune si je me fiais à sa vêture.

Au départ, j'avais pensé qu'il revenait d'un 5 à 7 un peu trop arrosé et j'avais souri dans ma barbe imaginaire, mais j'avais été assez rapidement détrompée quand, même en essayant de ne pas le rattraper, les zigzags de son parcours nous avaient forcément rapprochés et qu'il avait jeté un coup d’œil par dessus son épaule. Alors j'avais vu.

J'avais vu qu'il était très jeune, entre 16 et 20 ans je dirais. Avec le corps complètement usé, déformé par toutes sortes d'abus que je ne pouvais pas vraiment identifier et arborant ce regard complètement et entièrement vide des gens qui prennent des substances qui assomment leurs adeptes. Et si comme si son tangage n'était pas suffisant, il avait un téléphone intelligent dans les mains et semblait chercher quelque chose sur l'écran. Franchement, vu son état et la qualité de la lumière, je me demandais bien comment il faisait pour comprendre quelque chose à ce qui se passait sur son écran.

Je l'avais dépassé au prochain coin de rue, croisant au passage une voiture de sport rouge qui avait ralenti à sa hauteur. Du coin de l'oeil j'avais vu qu'ils s'étaient mis à parler dans la position cliché du prostitué et du client potentiel, accoudés tous deux sur le bord de la fenêtre du conducteur, mais j'avais soupçonné que l'échange n'avait pas été concluant pour les deux parties puisque la voiture rouge avait décollé dans un crissement de pneus tandis que le jeune homme hurlait : « anyway t'es juste un vieux dégueulasse ». J'avais alors été saisie, parce que l'homme au volant de la voiture avait au moins un dizaine d'années de moins que moi et que pour la première fois de ma vie je constatais que je faisais désormais partie de la génération des vieux dégueux, que je le veuille ou non.

Le lendemain matin, j'avais croisé un autre homme aux yeux vides qui tenait la porte extérieure d'une station de métro pour les quidams qui y entraient ou en sortaient. Cet homme fait partie de mes visages familiers, que ce soit à cet endroit précis où à d'autres, dépendamment des saisons. Il est souvent dans un état tellement comateux que des passants appellent la police, inquiets pour lui. Moi, je ne le fais plus parce que ça se répète tout le temps. Je me contente de le saluer à toutes les fois où il est assez allumer pour me répondre « merci madame » et je sais pertinemment que d'une fois à l'autre il ne me reconnaît pas.

De l'un à l'autre, j'avais le cœur en charpie devant tant de détresse humaine, pour laquelle je ne peux rien faire d'autre que de l'observer et de la raconter afin que ces existences ne soient pas complètement passées sous silence.

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dimanche, juillet 30, 2017

Explorer l'indépendance

Moi, j'aime ça l'été. Je sais bien que j'ai dit la même chose l'an dernier, mais ça veut juste dire que je n'ai pas changé d'idée à ce sujet. J'aime l'été parce que je joue beaucoup, beaucoup, beaucoup dehors et que dehors il y a tellement de choses à faire et à découvrir que j'oublie parfois ce que j'étais en train de faire pour me concentrer sur une nouvelle activité. Et puis l'été il y le Club avec tous les amis du club, et j'aime ça! J'ai des GRANDS qui jouent avec moi et me font rire et moi, je veux faire comme eux. Même si les grands que j'aime le plus au monde et à qui je veux le plus ressembler c'est ma maman et surtout, surtout mon papa. Lui c'est un grand extraordinaire, et comme je le vois tous les jours, je peux me pratiquer tous les jours à faire ce qu'il fait.

Et puis, maintenant que j'ai un an et demi, je parle tout plein. Je peux raconter à peu près ce que je veux à pas mal n'importe qui et me faire comprendre. Et j'ai récemment découvert que je peux choisir à qui je raconte mes histoires. Aujourd'hui, par exemple, il y avait tout mon fan club au Club. Il y avait Papi et Guy-guy (c'est l'amie de Papi et c'est elle qui me coupe les cheveux, j'ai récemment montré ma nouvelle coupe de cheveux à Tatie et je lui ai tout expliqué cela), il y avait Grand-mamie, mais ça c'est normal, elle est presque toujours-là quand j'y vais, il y avait Francis et aussi Tatie. Ils voulaient tous me donner des bisous et me faire des câlins. Mais moi je disais « non » et je me cachais sous les tables ou dans les jambes de mes parents. J'ai même fait une blague à Papi, j'ai dit que je ne voulais pas lui faire de câlin mais j'en ai fait un à Guy-guy, il a fait une drôle de face mon papi, je crois que j'ai fait une bien bonne blague.

Mon plus grand plaisir au Club cependant, c'est l'eau. Quand Tatie est là, elle reste longtemps dans l'eau, et moi j'aimerais ça rester aussi longtemps qu'elle mais l'eau est pas mal plus froide que celle de mon bain, alors je grelotte, grelotte, grelotte, et maman me sort de l'eau. De toute manière, il faut absolument que maman soit dans l'eau pour que j'y aille, parole de Zazou. Mes petits pieds ne touchent pas par terre, j'ai besoin d'être certain qu'on va bien m'attraper si jamais je bois la tasse (ce qui m'arrive tout le temps), et ces temps derniers, les seules personnes à qui je fasse confiance dans le domaine, ce sont mes parents. Mes grands-parents? Pffff! Ben non! Ils sont déclassés. Ma Tatie? Pffff! Ben non, elle ne peut pas être aussi bonne que ma maman dans l'eau voyons!

En tout cas, au Club, il y a plein d'enfants, des beaucoup plus grands que moi, des juste une peu plus grands et des plus petits. Moi je veux faire comme les grands, même quand j'ai un peu peur. Alors aujourd'hui, j'ai sauté, debout, du bord de la piscine. Maman me disait : « Ferme ta bouche Zazou » et je la fermais fort juste avant de sauter, mais quand je sautais, j'étais tellement content de moi que je riais et je l'ouvrais toute grande, alors j'ai bu beaucoup d'eau de piscine, ce n'est pas très bon, et ça fait tousser. Mais je disais : « encore, encore Maman » et on recommençait. Même que des fois, je nageais tout seul avec mon joli flotteur de crabe. Pas très longtemps, mais quand même. Un jour, avant la fin de l'été j'espère, je vais faire comme Cha-cha, et sauter tout seul avec mon flotteur de crabe.

Quand Grand-mamie et partie avec Francis et Tatie, je n'ai pas voulu faire de bisou ni de câlin, mais mon ami qui ne connaît du tout ma famille les a trouvé assez gentils pour distribuer toutes ces petites choses que je leur refusais. Et au bout d'un petit moment j'ai voulu les voir et Maman m'a rappelé qu'ils étaient partis. J'étais un peu triste, parce que comme ils n'étaient plus là, j'avais très envie de les voir et Maman a ajouté : « je te l'avais bien dit. »

C'est fou à quel point ça a toujours raison une mère, en ces matières-là.

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jeudi, juillet 27, 2017

Plus ça change, plus c'est pareil

Voix féminine : «  Arrête de me dire que je suis folle, tu dis toujours que je suis folle. »
Voix masculine : « Tu capotes pour rien, tu ramènes toujours tout à toi quand ça a pas rapport. »

En réalité, ils ne parlent même pas si fort. Juste assez cependant pour me tirer du sommeil et me plonger du même élan au cœur de leur vie très privée. Je ne sais pas qui ils sont ni de quoi ils ont l'air. Je suppose que la voix féminine est celle de la nouvelle locataire du logement au dessus du mien et je les imagine jeunes, début vingtaine si je me fie aux voix, et sans aucun doute un peu beaucoup pompettes.

Je n'ai pas envie de me lever, même si évidemment, ma vessie commence à se rappeler à mon bon souvenir, parce que je sais d'expérience que si je me lève, il me sera plus difficile de me rendormir. On est au cœur de la nuit, il fait noire, mes deux tourtereaux ont dû fermer un bar quelconque avant que le jeune gentleman ne raccompagne ma voisine à la maison. Je garde donc obstinément les yeux fermés et tout en tentant de me fermer les oreilles.

« C'est pas vrai que ça avait pas rapport! Elle venait de dire que sa mère lui paie sa carte opus, ça avait rapport en hostie! Et puis va-t-en donc, on tourne en rond dans notre conversation, on s'en reparlera demain. »

La voix masculine s'éloigne, je n'entends plus bien ce qu'elle dit et la fille lui répond en hurlant et en grimpant ses escaliers au galop: « Arrête de dire que je suis foll-E! »

De mon lit, je soupire et me résous à aller aux toilette, au passage, j'allume ma lampe de chevet pendant que la voix masculine se rapproche et s'arrête au milieu d'une phrase pour s'exclamer : « Shit, on a réveillé tes voisins, j'm'en va. »

J'ai fait mes ablutions et suis revenue m'étendre dans un calme plat. Je n'ai même pas entendu la fille du dessus marcher, je dois dire que je ne l'ai jamais entendu se déplacer en haut depuis son arrivée non plus. Si la chicane sous mes fenêtres me rappelait tristement l'ancienne voisine, pour le reste je lui accorde sans hésiter une série d'étoiles bien méritées dans le savoir vivre générale, l'épisode sus-mentionné en étant témoin.

Mais cette discussion me rappelait surtout une jeune Mathilde dans la vingtaine qui tirait souvent le diable par la queue et enviait régulièrement celles et ceux de ses ami-e-s qui l'avaient un peu plus facile, même si j'étais tout à fait consciente que ma situation était principalement due au fait que j'avais choisi de partir jeune de la maison et d'être indépendante. Mais entre un rêve d'indépendance et les prisons de ma pauvreté, il m'arrivait régulièrement d'avoir des fuites de perception, mettons.

J'ai fini par me rendormir, sans avoir le courage de bouger assez pour éteindre ma lampe de chevet en me disant qu'au bout du compte la vie, plus ça change, plus c'est pareil.

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dimanche, juillet 23, 2017

Panne caniculaire

J'avais passé une partie de la soirée à écrire un texte, prenant bien soin de ne pas mettre mon ordinateur sur mes genoux étant donné la chaleur ambiante. Comme pour faire exprès, les mots de la chute m'échappaient complètement faisant en sorte que je ne me résolvais pas à fermer l'écran et donc une source de chaleur bien malvenue dans cette atmosphère de canicule. Mon corps était gourd, mes doigts enflés par la chaleur et je sentais la sueur me couler tout partout comme si j'étais en train de produire un effort incommensurable. De guerre lasse, j'avais abandonné le texte inachevé et j'avais entrepris de me mettre à la lecture avec un succès mitigé parce que l'inconfort dans lequel je me trouvais atténuait ma concentration malgré mes efforts pour atteindre un degré assez limité dans la dépense énergétique.

J'étais donc allée me coucher pas tout à fait de bonne humeur, si ce n'était pas tout à fait de bonne heure, travail de soir oblige. Parce que j'habite le quartier que j'habite, je m'étais fait réveiller par des fêtards vers quatre heures du matin et ça m'avait pris une bonne heure pour me rendormir, après avoir changé mon ventilateur de place deux ou trois fois avant d'arriver à trouver l'angle pour qu'il rafraîchisse mon corps tout en évitant de m'assécher la gorge jusqu'à me faire tousser.

Je m'étais réveillée vers 9 heures, en sueurs, Comme si j'avais passer la fin de ma nuit à courir un marathon. Je sortais d'un rêve dont je ne gardais aucune mémoire, mais cette impression persistante que ce n'était pas du tout agréable. Je me sentais lourde et absolument pas reposée. Assise dans mon lit, je me demandais bien ce qui avait pu me réveiller aussi soudainement. J'avais alors constaté que mon ventilateur s'était éteint. Étant donné son âge vénérable, pour un ventilateur, j'avais supposé qu'il était mort de sa belle mort.

En sortant de ma chambre pour aller à la toilette, j'avais croisé mon colocataire qui m'avait annoncé qu'en réalité, nous n'avions plus d'électricité depuis au moins une heure. Ça vous part mal un matin ça. Pas de café du réveil, pas d'épluchage lent et minutieux des grands titres des journaux sur l'ordinateur, pas de mots-croisés en ligne, pas de petit déjeuner. Pas de douche, parce que franchement, une douche à la chandelle, ne me disait rien qui vaille. Rien que du temps à tuer. Je n'ai aucune espèce d'affinité avec les pannes électriques en ville, c'est bien connu, et ces événements ne faisaient rien pour changer mon impression généralement négative des coupures de courant.

Dire que j'étais alors de mauvais poil tient de l'euphémisme. Comme je travaillais en soirée, il fallait que je me calme les nerfs à vif avant d'arriver au boulot sans quoi j'aurais passablement malmené mes relations de travail et mon service à la clientèle. J'étais donc aller passer le temps dans un restaurant à déjeuners surchargés de touristes allophones et où le service était plus que discutable. J'avais à tout le moins réussi à me caler l'estomac ce qui était déjà un départ potable pour remettre ma journée sur les rails.

Au final, nous avons manqué d'électricité pendant presque 12 heures. Pour une raison assez banale pour que rien ni personne ne juge pertinent de nous expliquer le pourquoi du comment. Je pense que je déteste ce manque d'information presque autant que les pannes électriques elles-mêmes.

Ce n'est pas peu dire.

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jeudi, juillet 20, 2017

Feux d'artifice

Je dois avoir quelque chose de tordu dans le cerveau parce que je n'ai jamais compris la fascination des gens pour les feux d'artifice. Je trouve cela bien joli à la fin d'un film, quand ça souligne une victoire, la fin d'un cycle particulièrement périlleux et je me contente avec bonheur des deux ou trois fusées qui colorent le ciel.

J'aurais pourtant aimé monter dans le train. Je suis une excellente candidate à l'émerveillement d'ordinaire, mais pas pour les feux d'artifice. Je trouve généralement que c'est inutilement long et je me lasse complètement lorsque la chose occupe plus de 5 minutes de mon temps. Ce n'est d'ailleurs pas faute d'avoir essayé.

Adolescente, j'ai souvent fréquenté les berges du fleuve Saint-Laurent avec des amis, le samedi soir. Mais je regardais très peu ce qui se passait dans le ciel. De un, quelque soit l'endroit où je me trouvais, je ne voyais pas très bien, ou pas du tout, les effets qui se déroulaient à basse hauteur; je ce qui me faisait immanquablement décrocher du spectacle. De deux, j'étais généralement la seule personne sobre du groupe, ou peu s'en faut, ce qui fait que je gérais les hallucinations des autres le temps de nous ramener en sécurité dans Ahuntsic, largement dans les temps de mon couvre-feu.

Même plus tard, avec des compagnons éminemment moins divertissants, je ne suis jamais arrivée à me concentrer sur le spectacle assez longtemps pour en apprécier la saveur, même après que j'eusse appris qu'il y avait des bandes sons qui accompagnait la chose et qu'il était possible des les syntoniser. Rien à faire, je trouve cela d'un désintérêt total.

À un point tel que je me fais avoir au moins une fois par année. J'oublie totalement l'existence de ces festivités, pourtant, je demeure à quelques pas du site où les fusées sont lancée, ce qui me place donc au beau milieu de l'agitation généralisée. Ce soir par exemple, j'ai pris le métro pour rentrer à la maison, frustrée par le fait que toutes les stations bixi aux alentours de mon domiciles n'aient aucun ancrage de disponible. Je me suis donc résolue à prendre le métro dans une chaleur aussi humide qu'étouffante et je trouvais que les wagons étaient vraiment trop pleins. Je n'ai fait le lien avec les feux d'artifice qu'au moment ou les wagons ont vomit des hordes de passagers à ma station.

Je devrais pourtant le savoir, ça fait presque dix ans que j'habite le secteur, sauf que ça ne m'intéresse tellement pas que j'oublie d'une année à l'autre, et même souvent d'une semaine à l'autre. Fa que je me retrouve régulièrement coincée dans une foule de gens qui s'en vont admirer les feux pendant que moi je peste en me disant que j'en ai encore jusqu'à minuit avant de pouvoir fermer l’œil, parce qu'il semblerait que le fait de faire des expériences de pensées alternatives en regardant ces spectacles, reste toujours d'actualité.

Et ce soir, comble du comble en arrivant à la maison, j'ai trouvé une lettre qui avisait les résidents du quartier que pendant 10 jours, à compter de la semaine prochaine, le festival de la fierté gay aurait lieu devant la maison.

J'en conclu que je devrai faire une bonne provision de sommeil dans les prochains jours, parce que je suis pas mal convaincue que malgré toute la bonne volonté des organisateurs, il sera géographiquement difficile de trouver le sommeil avant des heures un peu trop avancées pour mon plus si jeune organisme.

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dimanche, juillet 16, 2017

Rêver l'été

Février : Quelque part, à Montréal, dans une rue enfouie sous la neige, le cœur d'un homme manquait un battement. Ce soir-là, l'appartement était devenu trop grand, même si, dans la réalité, il y avait déjà quelques semaines qu'il en était devenu l'unique occupant. Frappé par une grosse dose de réel, un peu en retard sur sa propre actualité. Comme s'il avait fallut tout ce temps pour comprendre et réaliser l'étendue de l'absence. Comme s'il avait fallut autant froid au dehors pour se rendre à l'évidence de celui qui lui gelait les os. Des lambeaux de douleurs qui s'échouaient sur les plages de février, plus féroces parce qu'il ne savait même pas, un jour avant, qu'une telle douleur pouvait exister. Il s'était alors laisser aller à écouter le cri silencieux et puissant de son cœur qui aboyait une détresse aussi infinie qu'insondable sans savoir si, un jour, quelqu'un la percevrait.

Mars : dans le fond d'une ruelle, un couple et leur chien tentaient tant bien que mal de tromper le froid en se collant les uns aux autres, protégés par de minces couches de carton pas tout à fait étanches. Le plus dur, pensaient-ils, c'étaient les regards torves que leurs lançaient les habitants du secteur, cette petite dose de mépris qui jalonnait leur quotidien.

Avril : les ciels menaçants de novembre s'étaient trompés de saison et prenaient tout l'espace disponible. Une femme se battait contre les moulins à vent des problèmes de communication qui sans être jamais vraiment fondamentaux sapaient confiance et air d'aller. Rien de vraiment dramatique, mais la perpétuelle aiguille au talon qui l'empêchait juste assez d'avancer pour qu'elle ait une envie farouche de retourner de là où elle venait, tout en sachant pertinemment que la guerre civile était sans doute bien pire que sa situation actuelle.

Mai : dans des dizaines de maisons inondées, des gens s'affolaient voyant toute leur vie s'effriter dangereusement sous l'influence de l'eau. Ils avaient beau crier, hurler, tempêter, rien ne pouvait faire en sorte qu'ils seraient remarqués ou écoutés davantage parce que les besoins étaient si nombreux. Comme si dans ce cas précis, la loi du nombre jouait en leur défaveur. S'ils faisaient les premières pages des journaux pendant quelques jours, ils savaient bien que c'était pour être mieux oubliés quelques instants plus tard. Ils prenaient la mesure du fait que la compassion généralisée n'a, en fait, qu'un temps très court, même si le désastre se produit, presque dans notre cours.

Juin : Sur le quai d'un métro, un bandit cravaté, jouait au poker sur sa tablette pendant qu'il discutait d'une transaction louche concernant une fille sans aucune discrétion. Comme si son petit manège absolument pas subtil, n'avait rien de violent.

Juillet : malgré les auspices d'orages, dans un univers champêtre au cœur de la ville, malgré tout, les membres d'une famille élargie avaient décidé de braver les devins et de faire semblant que l'été pouvait exister cette année. Une toute petite moisson de paix et de bonheur en dehors de la saison des fêtes où il devenait un peu plus ardu à chaque année d'en rapailler toutes les parties. À eux tous ils avaient célébré juste assez l'été pour que ce dernier, se décide enfin à arriver.

En tout cas, c'est le rêve que j'en ai.

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jeudi, juillet 13, 2017

Besoin de vacances?

Il me semble avoir écrit, récemment (genre dans mon dernier texte) que je n'avais pas vraiment besoin de vacances. Eh bien je vous mentais, ou bien je me mentais, c'est selon. Pas tant que mon travail soit trop taxant pour mes moyens, de ce côté, ça va plutôt bien. Il y a, bien entendu, la kyrielle de quidams qui vous saute dessus sans aucune raison valable pour vous enguirlander, mais ça fait partie des risques du métier que je pratique. Ça fait assez longtemps que j'y baigne pour le savoir et ne pas trop m'en faire.

En fait, ce qui m'irrite, cet été, c'est qu'il me semble que je doive aiguiser mes réflexes à la vitesse grand V en toutes formes de circonstances. Peut-être est-ce un effet du vieillissement, ou peut-être que c'est autre chose complètement. Toujours est-il que je me sens complètement dépassée par un manque de civisme généralisé qui semble m'entourer. Il y a quelques soirs, j'effectuais le transfert entre la ligne orange et la ligne verte et lorsque j'ai tourné sur le quai de la gare pour me diriger vers l'endroit où j'aime prendre le train, quand une enfant d'environ trois ans a subitement surgi sous mes pas. Je me suis donc arrêtée pour ne pas l'écraser, mais derrière moi, une jeune femme impatiente, n'avait que faire de comprendre mon arrêt soudain et m'a copieusement engueulée parce qu'elle s'est enfargée dans moi tout en textant furieusement sans regarder vraiment où elle allait. Je n'ai rien dit et ai récolté en retour, le sourire reconnaissant d'un papa qui rattrapait le bras de sa petite fugueuse.

Cependant, je peux vivre avec les foules de piétons sans trop de difficultés. Ce qui me met les nerfs en boules plus que tout, ce sont les cyclistes, dont je suis. Je suis sans doute pas mal nunuche, sauf que comme je l'ai déjà mentionné dans ces pages, je suis le code de la route : sauf que je crois bien être la seule foutue cycliste à le faire. À Montréal en tout cas. Aujourd'hui, je suivais/précédais une femme qui brûlait tous les stops et les feux de circulation, tout en adoptant, entre deux la vitesse d'une tortue handicapée et qui maugréait sans arrêt à chaque fois que je respectais un arrêt obligatoire.

Le pire du pire par ailleurs, c'est l'Avenue du Mont-Royal. Il n'y a pas un maudit chat, cycliste ou piéton, qui respecte en aucune façon le code de la route à cet endroit précis. Ma lumière est verte, très verte, et partout autour de moi surgissent piétons et cyclistes comme si les rues n'en étaient pas. J'ai beau me trouver des itinéraires comportant des feux de circulation, il ne me sont d'aucune espèce d'utilité, c'est la jungle la plus totale et je suis quotidiennement surprise que cette avenue ne fasse pas davantage de morts. Joual vert, tout le monde sait ce qu'un feu rouge veut dire, en tout cas tout le monde ayant atteint l'âge de raison. J'ai parfois envie d'oblitérer cette rue du paysage montréalais tellement les gens qui y circulent ne savent pas vivre, mais je me passe souvent la réflexion que si ça arrivait, les délinquants du code de la route trouveraient bien une autre artère pour être complètement inconscients.

Bref, j'ai le sentiment oppressant qu'à tous les jours ma patience civique s'amenuise à chaque battement de cœur tandis que mon impatience grandit au même rythme. Ce qui me fait croire que des vacances, j'en ai besoin, ou à tout le moins de sortir du rythme effrénée de la ville sans quoi, je vais virer complètement folle, je vous le garanti.

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dimanche, juillet 09, 2017

Comme un parfum d'indépendance

Fa que c'est ça. Pour la première fois depuis belle lurette, je suis totalement indépendante. J'ai vécu tant et tant d'années engoncée dans mes dettes, des limitations liées à cet état de fait que je n'en avais presque plus conscience, sauf que je savais bien que ces limites existaient et que dans une certaine mesure, elles étaient de mon fait. Dans une certaine mesure, parce que je peux affirmer que la dépression a largement participer à creuser le tombeau de mes dettes : j'étais à cette époque totalement incapable de travailler et à fortiori de rencontrer mes obligations financières.

J'avais développé toutes sortes de manières de faire afin de contourner mes frontières, pour me donner l'impression qu'elles n'existaient pas. En fait, j'ai appris à vivre selon mes moyens, ce qui, je le suppose, est une bonne chose. Mon pêché de dépenses impulsives, le seul que je n'ai ni cherché à tenir en laisse ni réussi à diminuer, demeure la culture en générale et les livres en particulier. Je me suis permis de voir des spectacles, malgré une pauvreté certaine et n'ai jamais ajouter l'achat d'un livre à la colonne de mes dépenses, malgré le fait que ça en ait été.

Et puis, dans cette longue, très longue traversée, j'ai pu vivre, quelquefois, à l'extérieur des limites qui m'étaient imposées. Grâces à des amies qui m'ont aidée à voyager. En groupe tout d'abord, puis toute seule. Mais sans elles, même si j'avais la possibilité de me payer ces voyages, je n'aurais jamais pu partir. Parce que pour voyager, de nos jours, ça prend une carte de crédit. Ce que je n'avais plus. Oh, j'en avais bien eu, deux fois plutôt qu'une, mais j'avais cessé d'en payer le solde quand je luttais pour survivre. Pas raisonnable, pas responsable, c'est vrai. Mais bizarrement, je ne regrette toujours pas les choix que j'avais fait à l'époque, peut-être parce que j'ai du repartir au bas de ma propre échelle pour me reconstruire toute au complet.

Ce printemps, mon colocataire et moi avons, d'un commun accord, décidé que nous allions casser maison l'an prochain. Sans heurts ni disputes à l'horizon, simplement une écœurite aiguë de l'appartement des deux côtés et une envie d'aller voir ailleurs, avec d'autres gens ou seuls ce que la vie pourrait nous apporter. Par voie de conséquent, je sais très bien qu'un voyage printanier ne sera pas dans mon horizon des possibles.

J'ai donc décidé de retourner à Cuba, toute seule, je commence à en avoir l'habitude et surtout à y prendre un réel plaisir. Mais cette fois, j'ai pris ma décision toute seule, magasiner sans avoir à en parler à personne et payé, rubis sur l'ongle, cette première folle dépense depuis que j'ai enfin acquis mon indépendance. Je ne suis pas excitée, ni apeurée comme la première fois que je suis partie seule. Je n'ai même pas tant besoin de vacances. Mais je crois que j'avais besoin de le faire par moi-même, pour la première fois de ma vie. Comme si j'avais pris la décision, plus ou moins consciemment, de porter un parfum d'indépendance.

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jeudi, juillet 06, 2017

Papa est là

Des fois, moi, je voudrais être presque grand. Il me semble qu'il y a tellement de choses à voir, à vivre, à découvrir dans la vie, j'ai l'impression de ne pas avoir assez de minutes de disponibles pour tout apprendre ce que je voudrais apprendre, vite, vite, vite. Il m'arrive donc de refuser obstinément de faire ma sieste. Sauf que je ne suis pas encore tout à fait grand alors si je ne fais pas ma sieste, après je suis pas mal moins de bonne humeur que d'ordinaire. Tout me dérange et je pleure beaucoup. Pas longtemps, ça ne prend jamais grand chose pour me changer les idées, sauf que je suis davantage un rieur dans la vie qu'un grand pleureur.

L'autre après-midi donc, je n'ai pas fait ma sieste. Alors quand on est allés rejoindre Grand-mamie et Tatie au Club, j'étais un peu grognon. Pas assez pour ne pas leur faire des saluts de duchesse de carnaval en les apercevant de loin. Je suis toujours content de voir Grand-mamie, et pas mal toujours content de voir Tatie, je ne suis presque plus gêné dans les premières minutes avec elle. Et puis, elle est tellement contente quand je lui dit : « Tatie », je peux bien faire l'effort de ne pas être trop gêné.

Je pense que j'étais supposé faire des choses avec Grand-mamie et Tatie, mais quand je suis fatigué et un peu grognon, c'est Papa que je veux. Je veux faire tout ce qu'il fait, quand il le fait. Il est si habile. Avec un grand bâton il sort des poissons de l'eau comme par magie. Mais je n'ai pas le droit de toucher aux poissons. C'est juste lui qui peut le faire et même si je lui dit : « Nanan, Nanan! » Il ne me laisse pas même pas essayer. Alors je pleure, pleure, pleure, pendant une grosse minute en disant « Papa est là, Papa est-là ». Grand-mamie dit que je verse des larmes de crocodiles et elle m'amène faire d'autres choses super intéressantes comme arroser des fleurs. Je suis super bon, même si j'ai besoin d'aide pour transporter les arrosoirs quand ils sont pleins. Mais quand je m'érafle le pouce, il y a juste Maman pour soigner ma douleur, je coure vers elle en disant : « Bobo maman, bobo ». Alors elle me fait des bisous doux qui effacent tout.

C'est bizarre, parce qu'il n'y a pas beaucoup de gens au Club. Je pense que c'est parce que le grand bain il est brisé. L'eau est toute noire et il est INTERDIT d'aller le regarder de près. Dès que mes petits pas s'en rapprochent, j'entends des « Zazou, ne vas pas près de la piscine! » alors je change ma trajectoire, toujours un peu déçu.

On est tous allés manger à la maison. Un peu tard pour mon petit estomac. Je chignais encore davantage. J'étais bien content quand j'ai enfin mangé mes patates et mon poulet. Mais les patates étaient un peu salissantes, oranges et mauves, il fallait que Maman et Papa me nettoient régulièrement les mains, je n'aime toujours pas qu'elles soient sales. Mais quand je suis fatigué, j'ai moins d'appétit, et plus envie de faire des folleries. Alors, je me gargarise avec mon eau, tout en gardant une bouchée cachée et Maman me dit avec sa plus grosse voix que je dois tout croquer sinon, elle ira chercher la bouchée avec ses doigts et m'ôtera même mon eau. La vie est terriblement injuste quand on pas encore vingt mois.

Après mon bain, Grand-mamie et Tatie ont dit qu'elles devaient s'en aller pour aller faire dodo. Je ne l'aurais jamais avoué, mais j'étais presque soulagé qu'elles partent si tôt parce que je ne sais vraiment pas comment j'aurais pu rester réveillé, même cinq minutes de plus.

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dimanche, juillet 02, 2017

Cervelle de spaghettis

Des fois, je me demande s'il y a effectivement une cervelle dans ma boîte crânienne. Surtout quand je prends une décision sciemment et qu'une fois que j'ai les deux pieds dedans, je me demande bien à quoi j'ai penser avant de la mettre en opération. Par exemple, emprunter la piste cyclable sur Rachel un samedi soir à 21. Je sais depuis des années que c'est à peu près le pire endroit où circuler en vélo au monde, que les portes des voitures s'ouvrent à n'importe quel moment et que les piétons surgissent constamment sans aucun égard pour les cyclistes qui l'arpentent.

Je me suis aussi posé ce genre de question le dernier dimanche de la présence des Géants, à Montréal. Je m'étais fixé ce jour pour aller me chercher un nouvelle ordinateur et je n'ai pas penser une seconde que ce serait plus qu'une mauvaise idée. Bien évidemment, j'ai vécu un calvaire, par ma propre faute ou celle de mes synapses qui, à certains moments, refusent de faire des liens de cause à effet. J'ai quitté la maison à vélo pour rapidement me rendre à l'évidence que c'était quasiment impossible de circuler. Je l'avais donc abandonné quelques coins de rues plus loin, décidée à continuer mon chemin à pied. Je m' rendue de cette manière jusqu'à la Grande bibliothèque et je jure qu'il y avait de la congestion sur les trottoirs.

J'avais laissé tomber mes livres dans la chute prévue à cet effet et je m'étais dit que le métro était certainement la meilleure solution pour me rendre au centre-ville. Ben non, toi, ce n'était pas une si bonne idée. Le quai était bondé comme au pire moment d'une longue interruption de service, parce que Géants pas Géants, on était sur l'horaire du dimanche. À force de coups de coude et de pas de travers, j'avais tout de même réussi à monter dans un wagon pour me rendre à destination, arrivant sur place quasi échevelée.

La bannière que j'avais sélectionnée étant davantage connue pour ses bas prix que pour l'excellence de son service à la clientèle, ça avait pris un temps fou avant qu'un commis ne vienne me voir. J'avais pas mal arrêté mon choix, mais je lui avais laissé une chance de me présenter ses produits. Sauf qu'il avait fait une erreur monumentale me concernant, je lui avais expliquer mes besoins, clairement et il avait débuté en me présentant des machines au prix exorbitant. Quand je lui avait annoncé la limite maximum de mon budget, il avait chercher l'unique ordinateur qui répondait à cette limite. En bref, j'avais l'impression qu'il voulait sa commission et non ma satisfaction.

J'étais ressortie avec le bolide qui m'avait préalablement fait de l'oeil, et comme ce n'était pas si pas si léger que cela, j'étais rentrée en métro. Erreur. Parce que les Géants terminaient leur course justement à ma station et quand j'y étais arrivée, j'étais incapable de sortir parce qu'il y avait tellement de gens sur le quai qui se bousculaient pour rentrer dans le wagon que c'en était presque un tsunami. On me poussait résolument vers le fond du wagon jusqu'à ce que je hurle « Laissez sortir les gens tabarnak, et vous aurez peut-être la chance d'avoir une place! » Ça avait sidéré juste assez de quidams pour que je puisse m'extirper de la foule tout en me disant que ma mère ne serait sans doute pas très fière de mes harangues publiques.

Mais comme je suis rentrée chez-moi sans autres dommages, je me suis dit qu'elle me pardonnerait cette incartade.

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jeudi, juin 29, 2017

Champ gauche

Ceux qui me connaissent savent à quel point j'aime la littérature jeunesse. Particulièrement, les personnes avec lesquelles je travaille. Je dirais qu'elles se trouvent souvent chanceuses de m'avoir dans les alentours lorsque vient le temps de suggérer des livres pour les tous petits. Soyons honnêtes, la plupart des jeunes adultes, donc du personnel changeant du commerce de détail, ne s'intéresse que peu à ce genre d'ouvrage. Sauf que moi, je les aime d'amour.

Je lis à peu près toutes les nouveautés qui sortent en ce domaine, et j'en achète une foule pour Zazou qui voit croître sa bibliothèque presque à toutes les fois que je le vois. Il ne le sait pas encore, mais il possède des albums qui sont beaucoup trop élaborés pour son âge. Mais comme il aime les images, peu importe qu'il s'intéresse plus ou moins à l'histoire, dans un avenir pas si lointain il aura de bonnes histoires à se mettre sous la dent, des histoires dont il connaît déjà les images et qu'il commente à sa manière depuis qu'on les lui a mises entre les mains.

Comme j'ai une certaine facilité à organiser ma mémoire de façon à ce que les informations utiles reviennent à l'avant plan lorsque j'en ai besoin, il m'arrive assez régulièrement d'avoir une idée un peu saugrenue, un peu champ gauche qui pourrait convenir à la maman ou au papa qui est devant moi et qui cherche désespérément une manière d'aborder un problème récurrent avec l'enfant qui traverse telle ou telle période.

Récemment, une dame est entrée dans la succursale un peu hagarde, presque convaincue d'avance que cette visite dans une librairie ne lui apporterait rien de bon. Son plus jeune fils semblait ne plus avoir aucune envie de se diriger vers la propreté malgré toutes les stratégies qu'elle et le papa avaient mises en place pour y arriver. Ce que je comprenais de l'histoire, c'était que le cheminement c'était fait de manière normale pendant un moment mais que depuis quelque chose comme trois mois, non seulement, il n'y avait plus de progression, mais qu'en fait le petit était de moins en moins enclin à demander le pot, surtout pour les cacas.

Je n'ai pas d'enfants, mais j'avais entendu dire que pour certains bambin, il y avait comme une épreuve de séparation d'avec le contenu de la couche, comme si c'était une extension de lui-même. Alors plutôt que de lui présenter un des sempiternel ouvrage sur les enfants qui commencent à utiliser le pot, je lui avait suggéré un album sur le contenu des couches. Plein de sortes de cacas caché dans des couches de différents bébés animaux et que le personnage principal, trouve, évidemment, supers intéressants. La maman, n'avait absolument pas l'air convaincue par ma suggestion, mais l'avait achetée, juste pour mettre toutes les chances de son côté.

Trois semaines plus tard, elle est revenue dans le magasin, je l'ai accueille à son entrée, comme j'accueille tous les clients en me disant que son visage me disait vaguement quelque chose. C'est elle qui m'a remis en mémoire cet achat récent en me disant tout de go : « Votre livre, madame, a fait des miracles; mon fils est presque propre en seulement trois semaines! Est-ce que je peux vous faire la bise? »

J'ai, bien entendu, accepté, c'était si gentiment demandé. Et puis ce n'est pas tous les jours qu'on a le droit à une reconnaissance aussi directe du travail que l'on accompli.

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dimanche, juin 25, 2017

Fêter Francis

Hier c'était la fête de Francis. C'est vrai! Il y avait un gâteau avec du feu dessus. Mais bizarrement, Francis n'était pas là et c'est Papa qui a soufflé le feu. Francis n'était pas là, mais il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde à la maison. Quand je me suis réveillé après ma sieste, je suis allé dans la cours parce qu'il faisait beau et j'ai vu tout plein de gens avec des amis pour moi. Il en avait plus qu'à la garderie. J'avais un peu envie de jouer avec eux, mais en même temps, je n'en avais pas tant envie. Ils criaient, riaient, courraient partout et je trouvais qu'il n'y avait plus beaucoup de place pour moi. Alors je me suis assis sur les marches de la galerie et je les ai regardé s'amuser pensivement.

Un moment donné, il y a des gens qui sont partis alors-là, j'ai trouvé qu'il y avait juste assez d'espace pour que je puisse jouer à mon tour. Alors j'ai couru, couru, j'ai rigolé, j'ai tourné, je suis même allé voir la piscine, j'ai joué avec les amis qui étaient restés. Maman dit que j'ai dépensé tout mon fou. Après, j'ai mangé un popsicle au yogourt, c'était si bon! Et quand les autres sont revenus, je suis retourné m'asseoir sur ma marche et j'ai recommencer à observer. J'apprends beaucoup en regardant tous ces enfants vous savez. Fa que même si j'étais pas mal tout seul dans mon coin, j'étais furieux quand Maman a décidé qu'il était temps d'aller me coucher.

Et puis, aujourd'hui, on allait chez Grand-Mamie, encore pour la fête à Francis. Mais cette fois, il était-là. Je l'ai dit à Tatie en arrivant : «  Sancis, feu, bâton ». Elle ne comprenait rien du tout à ce que je lui disait, alors Maman lui a expliqué que je lui parlais des chandelles et du gâteau. Je parle beaucoup maintenant, mais des fois, un mot veut dire plusieurs choses. Patate, par exemple, ça veut dire tous les légumes que j'aime, c'est pareil pour poulet et saucisse, ça désigne la viande dans mon assiette. Gâteau, bateau et bâton se mélangent un peu dans ce que je raconte. Il faut juste suivre mon idée pour comprendre ce que je veux dire.

En plus d'avoir appris plein de mots depuis la dernière fête de Francis, maintenant, je sais comment faire des culbutes tout seul. J'ai étendu des coussins par terre et j'ai montré à Tatie et à Francis à quel point je suis agile. Ils ont beaucoup applaudi en disant : « Bravo Zazou! » Ensuite j'ai demandé à Maman de chanter Meunier tu dors et j'ai fait ma toute nouvelle chorégraphie qui consiste à me balancer tranquillement quand la chanson va lentement et à tourner vite, vite, vite pendant le bout rapide.

Et le moment que j'ai préféré, bien entendu, c'était quand on a apporté le gâteau. Je voulais le donner à Francis, mais c'est Papa qui l'a eu. Je ne comprends toujours pas pourquoi. En plus il avait des beaux cadeaux à ouvrir, et je suis rendu tellement bon, que je les ai ouvert pour lui avant qu'il ait eu le temps de s'y mettre. Je n'ai pas trouvé que c'était très intéressant ce qu'il y avait dedans, mais Papa avait l'air content. Il est bizarre comme ça papa des fois. Et après, on a chanté les chansons, mais ça ne m'intéressait plus autant qu'avant, ce que je voulais c'était souffler les bougies. Et je l'ai fait, deux fois.

Quand je suis parti, j'ai fait des bisous à tout le monde et des beaux câlins aussi. Depuis, je me demande c'est quand la prochaine fête de Francis. Bientôt j'espère

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jeudi, juin 22, 2017

Le retour de tous les dangers

Je suis sortie du travail par une soirée idéale pour faire du vélo. Par conséquent, c'est le moyen de transport que j'ai choisi d'utiliser pour rentrer à la maison. Mon voyage de retour allait en être un de tous les dangers, ce que je ne pouvais décemment pas deviner avant d'enfourcher le Bixi.

Une des choses que j'apprécie de ce moyen de transport, c'est qu'il est très bien illuminé. Je ne sais pas si vous avez déjà croisé un Bixi la nuit, mais ce genre de bête brille de tous ses feux des que les pédaliers sont en mouvement, il est donc particulièrement difficile de ne pas les voir. Et pourtant, ce soir, j'ai failli me faire renverser par des voitures trois fois plutôt qu'une et je sais que les conducteurs m'avaient vue.

Je suis une cycliste prudente et bien élevée. Je m'arrête aux lumières rouges et je fais mes stops Souvent je me dis que je suis bien la seule cycliste de Montréal à en faire autant, si j'exclue les petites familles qui roulent sur les pistes cyclables, mais elles sont plutôt rares un mercredi soir après 21heures. Depuis le mois qui me fait revivre mon plaisir de circuler à dos de vélo, j'ai choisi un itinéraire largement semé de voies cyclables.

En empruntant la rue Laurier, dans la voie cyclable, je me suis fait cavalièrement coupée par une voiture qui a décidé de sauter sur une place de stationnement disponible sans qu'elle ai même daigné utiliser ses clignotants. Si j'avais été le moindrement inattentive, c'en était fait de moi.

Presque arrivée au parc La Fontaine, une moto a surgi d'une ruelle, bondissante et tonitruante et est tournée en sens inverse de la circulation et si je n'avais pas donné un violent coup de guidon à droite, elle me rentrait dedans de plein fouet. Rendue-là, je me demandais sérieusement si je n'avais pas un vélo défectueux dont les lumières ne fonctionnaient. J'ai rapidement été rassurée à ce sujet, puisqu'en m'engageant dans une petite rue résidentielle perpendiculaire à la mienne, tous les lampadaires se sont soudainement éteints. Je me suis retrouvée dans une rue d'un noir d'encre, qui me faisait penser à la tanière d'un loup, je ne voyais rien si ce n'était une roue devant moi, gracieuseté des lumières,très visibles, de mon véhicule.

J'étais presque arrivée à l'espace de stationnement que j'avais sélectionner avant de partir, au beau milieu d'une pente abrupte quand une voiture de livraison s'est stationnée en double à quelques cents mètres devant moi pendant qu'un gros camion était à peu près à ma hauteur. J'ai été très heureuse de constater que les freins de mon véhicule fonctionnaient très, très bien.

J'ai retenu deux choses de ce périple : premièrement, plus jamais je n'enfourcherai un vélo sans casque, le mien est désormais attaché à mon sac à main. Deuxièmement, un moment donné une fille se dit que les sensations fortes sur le chemin du retour, c'est bien agréable de temps en temps, mais qu'il y a un moment ou c'est juste trop.

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dimanche, juin 18, 2017

Un détour par le 125

Une petite pluie fine tombait sans réelle interruption depuis que j'étais levée. J'avais donc résolu d'abandonner le projet vélo pour me rendre au métro. Je devais, par ailleurs, aller porter mes emprunts à la bibliothèque et je comptais bien flâner un moment entre les rayons afin de mettre la main sur autre chose avant de me rendre au travail. Parce que oui, j'emprunte des livres en plus d'en vendre quotidiennement. Je ne travaille pas dans ce domaine sans raison.

Mais la rue Ontario durant l'été, depuis trois ans au moins, en tout cas, c'est l'horreur pour les piétons et usagers des transports en commun. Les arrêts deviennent aléatoires et les hordes de camions bloquent la vue empêchant de savoir si oui ou non un autobus est sur le point de pointer son nez. Et la ligne 125 est probablement la moins fiable qu'il m'ait été donné de fréquenter de toute ma vie. Bref, j'étais arrivée un bon cinq minutes avant l'heure prévue de passage et une dame attendait déjà l'autobus avec une poussette dans laquelle souriait et babillait allègrement un petit garçon d'environ six moi. Après tout, si sa maman était incommodée par la pluie, lui était bien au sec et heureux comme tout d'être dehors.

Évidemment le fichu autobus était arrivé avec 15 minutes de retard. Par conséquent, non seulement la ligne s'était-elle singulièrement allongée, mais en plus il était plein. La dame a la poussette m'avait précédée dans l'engin, mais n'arrivait pas à aller plus loin que la station de paiement. Non, ce n'était pas si plein, mais un couple de jeunes vingtenaires était empilé l'un sur l'autre sur le premier banc et un gros sac de sport prenait toute la place dans l'allée. Ils la regardaient sa comprendre jusqu'à ce qu'elle demande : « pouvez-vous déplacer votre sac svp?» Et le gars avait répondu : « Ben, non, yé lourd». J'avais donc empoigné les roues avant de la poussette pour permettre à la dame de lui faire enjamber l'obstacle.

Sauf qu'il y en avait d'autres : quatre autre poussettes, rien de moins. Nous avions tant bien que mal réussi à caser sienne entre deux autres, elle m'avait gratifiée d'un joli sourire, un peu penaud, tandis que les ceux qui nous suivaient poussaient des soupirs exaspérés comme si le contretemps de la poussette était, de loin, plus irritant que celui du sac de sport avachi dans l'entrée tandis que je hochais la tête, un peu découragée, en grimpant les deux marches qui menaient à l'arrière de l'autobus.

Bien entendu, le retard de l'autobus avait considérablement rogné mon temps de flanâge à la bibliothèque, assez pour que je renonce complètement à m'y mettre. Mais surtout assez pour que je me dise que désormais, les jours de pluie, il vaudrait beaucoup mieux pour moi de prendre mon mal en patience et de marcher jusqu'au métro plutôt que d'espérer que la ligne 125 puisse me permettre de prendre un quelconque raccourci.

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jeudi, juin 15, 2017

Sortir des oeillères

Ça faisait bien longtemps que je ne l'avais pas vu. Assez en tout cas pour que l'image de l'homme qui se dressait devant moi semble tanguer quelques temps, dans une foule de souvenirs assez flous et que je n'arrivais pas à arrêter pour en tirer quelque netteté. Je lisais dans ses yeux la même confusion perplexe qui s'était épanouie en sourire franc quand l'hôte du moment avait annoncé mon nom. C'est dans le sourire que j'ai reconnu le jeune homme que j'avais un peu connu, quelques vingt ans plus tôt et que je n'avais pas recroisé depuis au moins une dizaine d'années.

Je savais qu'il en avait vu de toutes les couleurs depuis notre dernière rencontre. Déjà que celle-ci me laissait une impression d'étrangeté et je n'étais pas certaine qu'elle soit tout à fait fiable étant donné que sa maladie s'était déclarer quelques mois plus tard. Me connaissant, je me doutais bien que mes souvenances s'étaient probablement mêlés de récits postérieurs et que j'avais tout mélangé, sans le savoir ni vraiment le vouloir, pour modeler mes souvenirs de la soirée en question.

Je n'avais nullement l'intention d'aborder ce sujet de front, surtout qu'il y avait là un paquet de gens que je ne connaissais que peu et j'imaginais bien que c'était la même chose pour lui. Je me voyais donc mal aborder la maladie mentale devant des presque inconnus, surtout qu'il ne s'agissait pas de la mienne. Mais il l'avait fait, de lui même. Il avait répondu très honnêtement à la question générale que je lui avait posée. Je n'en étais pas si surprise parce que c'était, somme toute, son quotidien. La schizophrénie ayant plutôt l'habitude d'être tenace et omniprésente.

Sincèrement, il avait l'air bien, même si selon ses propres dires, il avait passé quelque chose comme dix ans avec une vie entre parenthèse, incapable de s'occuper comme la plupart des gens, incapable de travailler normalement. Mais il était fier de lui, et à raison, parce qu'il avait réussi à conserver le même appartement depuis de nombreuses années. Il m'avait glissé, l'air de rien, qu'il avait, un temps au moins, vécu l'itinérance et qu'il était bien content d'en être sorti. Son regard sombre s'était alors vissé au mien et il m'avait demander de lui promettre de ne jamais mettre l'obole dans les mains que l'on tendait forcément devant moi, vu l'endroit ou je réside. Je lui avais répondu que je ne le faisais pas de toute manière. Il m'avait alors répondu : «Bien, bien, alors continue » sur le ton d'un professeur faisant comprendre à un élève que le chemin de la réussite serait tout près, si ce dernier se donnait la peine de persévérer.

De tout ce qu'il m'avait dit ce soir-là, une seule chose m'avait réellement laissée sans voix. Il était convaincu que sa maladie était beaucoup moins pire que la mienne parce que moi, je n'avais pas pu l'apprivoiser pendant des années. Elle était arrivée comme un bulldozer et était repartie sans tambour ni trompette me laissant seule avec des lambeaux de moi tandis que la sienne serait toujours-là et qu'il aurait continuellement la possibilité de s'obstiner avec.

Question de point de vue, je présume. Une chose est certaine, ça m'aura permis de lever un coin de voile sur une réalité que je ne connais, ne comprends ni ne mesure vraiment.

La vie, en somme, a encore beaucoup à m'apprendre, pourvu que je me sertisse pas d’œillères ni de trop de préjugés.

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dimanche, juin 11, 2017

Sillonner le plaisir

Je crois que j'avais oublié à quel point j'aime faire du vélo au cours des dernières années. Pourtant, je sais de longue date que c'est pas mal le seul sport que je pratique avec plaisir. Adolescente, je passais des journées entières à sillonner les pistes cyclables du nord de l'île avec des amies, faisant ainsi passer le cours d'une journée de fin de semaine, l'air de rien.

C'est un peu comme l'écriture, quand je ne le pratique pas, je me convainc de toutes sortes de façons que ça ne me manque pas, mais dès que je me remets en selle, je ne peux faire autrement que de constater que je me fais très plaisir quand j'avale les kilomètres à coups de pédales.

Lorsque j'ai décidé de m'abonner à Bixi, je me disais que je reviendrais à la maison, lorsque le cœur m'en dirait à vélo, et que ce serait très bien ainsi. J'en suis assez loin. En fait, je crois que j'ai en un mois, rentabilisé mon abonnement. Rien ne me déçoit davantage qu'un matin de pluie quand je ne peux pas enfourcher de bolide pour me rendre au métro Berri. Il me semble alors que la journée part sur des bases qui tanguent.

Évidemment, comme je n'ai pas vraiment pratiqué de sport, quel qu'il soit, durant les dernières années, cette remise en forme, me rendre inévitablement dans le corps. Je refais connaissance avec un certain nombre de muscles que j'avais oublié avec insouciance. Surtout qu'un Bixi, par définition, doit être utilisable par un paquet de personnes ayant des formats fort différents. Comme je ne suis pas très grande, je trouve que les guidons sont très larges. Les muscles de mes épaules itou. Ce qui ne m'empêche pas de récidiver quotidiennement et de redescendre allègrement du Marché Jean-Talon à la maison, même si je dois souvent marcher assez longtemps avant de trouver un vélo pour trouver vélo à mon pied.

Mais hier, je me sentais paresseuse en finissant ma journée. J'ai donc pris le métro au lieu du vélo. Pourtant, il faisait beau, je n'avais donc aucune raison valable, si ce n'est l'espèce d'effervescence que je sentais autour de moi, comme si les différents festivals en cours, ajouté à la foule de la formule 1 composait un joyeux pot-pourri de passants aux comportements routiers, disons aléatoires.

Ce matin, je me sentais bouette et lourde. Je n'étais pas contente de moi parce que j'avais choisi de paresser. Alors j'ai décidé de monter au travail en vélo. N'étant pas complètement maso, j'ai tout de même choisi de marcher jusqu'à la station sur Sherbrooke, il y avait 8 vélos disponibles à ma sortie de la maison. Évidemment, ils s'étaient tous envolés avant mon arrivée, mais j'en ai trouvé un pas tellement plus loin.

Il faisait chaud aujourd'hui. Dire que je suis arrivée au travail en nage, tient de l'euphémisme. N'empêche que je me suis sentie particulièrement énergisée et fière de moi, considérant au bout du compte que d'avoir eu à me passer à peu près trois litres d'eau au visage avant de pouvoir commencer à travailler.

Tout cela pour dire que, franchement, je ne devrais jamais arrêter de faire les choses que j'aime, quelles que soient les raisons que je m'invente pour cesser de les pratiquer. Parce que je me rend invariablement à l'évidence que ces petites choses sont des assises solides pour que je me sente bien. Et, ça, ça n'a pas de prix.

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jeudi, juin 08, 2017

Apprivoiser la boîte

Une des choses que j'aime le plus au monde, c'est les trucs qui font de la lumière quand on pèse dessus. Sauf que mon accès à ces choses est très limité. Maman et Papa me disent toujours : « Non Zazou, ce n'est pas un jouet pour toi ». Mais eux, ils jouent toujours avec ces choses-là et je veux faire comme eux. Alors dès que j'ai une occasion, je les attrape et je pèse sur tous les boutons jusqu'à ce que je me fasse attraper. Ce qui arrive invariablement, très, très vite.

En fin de semaine, j'ai fait dodo chez Grand-mamie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais content parce qu'on joue beaucoup ensemble. Et puis, quand je fait dodo chez Grand-mamie, je l'ai pour moi tout seul, pas de cuisine interdite, pas de longs repas qui s'étirent et s'étirent même après que tout le monde ait terminé de manger. Mais pas de chansons de bon anniversaire non plus. Sauf que Grand-mamie a des musiques juste pour moi et on les écoute ensemble, ça c'est chouette.

Et puis, quand je suis tout seul avec Grand-mamie, ça me donne un instant de plus pour jouer avec les trucs qui font de la lumière quand on pèse sur les boutons. Parce que c'est un adulte qui me surveille de moins qu'à la maison. Un de ces machins-là, je vois les grands les utiliser beaucoup. Ils les mettent près de leurs oreilles et ils parlent. Papa le fait beaucoup. Moi, je veux faire comme papa. Alors, pendant que Grand-mamie regardait ailleurs, par un beau matin ensoleillé, j'ai appuyé sur pleins de boutons, ça faisait des drôles de bruits et je parlais, comme Papa.

Et puis, j'ai été un peu surpris parce que j'entendais « dring, dring » pendant que parlais. Je trouvais ça un étrange, mais j'ai continué à parler. Et là, j'ai entendu « Allo? » Mais, c'était mon tour de parler, alors j'ai continuer à raconter ce que j'avais fait depuis que j'étais levé. Étrangement, j'ai entendu Tatie dans le truc qui fait des sons et de la lumière. Elle a dit : « Allo Zazou! Tu me téléphone? Comme c'est gentil! » Euh? Je ne savais pas de quoi elle parlait. Et de toute manière, ce n'était pas le jeu. J'ai regardé Grand-mamie, sans comprendre. Elle a attrapé le machin et se l'est placé contre l'oreille. Fini le jeu pour moi... J'étais déçu, mais je suis rapidement passé à autre chose. Il y a toujours plein de choses intéressantes autour de moi.

De temps en temps, Grand-mamie me remettait le truc sur l'oreille et j'entendais Tatie qui me disait « Allo Zazou! » Moi, je regardais la petite boîte qui me semblait soudainement très étrange, parce que c'était supposé être moi qui parlais, pas la boîte avec la voix de Tatie.

J'ai fini par me dire que si la boîte avait la voix de Tatie, mon oncle ne devait pas être bien loin; je les voix pratiquement toujours ensemble. Alors je j'ai pointé la boîte qui était toujours collé sur l'oreille de Grand-mamie et j'ai dit très distinctement « Sancisssssssssssssssss ». Parce que si personne je le savait à l'origine, sauf moi, c'est à lui que je racontait mes dernières aventures. Il écoute si bien ce Francis-là, il ne me pose jamais de questions pendant que je discute. Ça fait longtemps que j'ai compris que si je veux pouvoir parler, c'est à lui que je dois m'adresser.

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dimanche, juin 04, 2017

Le pharmacien

C'était un jeune homme dont les yeux bleus-gris illuminait un visage mangé par une barbe très forte. Il semblait un peu hésitant, voire un peu timide tout en dégageant ce genre de charisme très rare qui vous colle au plancher. Pas un charme à caractère sexuel, non, le genre de charme des leaders naturels qui le portent sans trop le savoir et peuvent avoir une grande influence sur leur entourage. Il portait un de ses survêtements confortable, d'un gris clair, comme d'autres auraient arboré un habit cravate. En somme, il ressemblait à n'importe quel jeune universitaire qui fréquente le Marché Jean-Talon.

Il voulait avoir des livres sur des médicaments, quelque chose de récent, car disait-il, il était pharmacien et que les normes ici n'étaient pas nécessairement celles auxquelles il était habitué. Durant le bref moment qu'aura duré notre rencontre, j'ai eu l'occasion d'apprendre beaucoup sur lui. Il semblait très gêné de ne pas maîtriser parfaitement le français, et s'excusait constamment d'avoir à utiliser des mots bien simple en effectuant des rallonges de langage pour exprimer ce qu'il avait à dire.

Pour ma part, je trouvais son français plus que convenable, ayant eu maintes fois à discuter, surtout dans cette nouvelle succursale, avec des gens qui ne savent que dire « s'il-vous-plaît » et « merci » et à peine s'exprimer en anglais. Je savais qu'il existait un livre qui répondait à peu près à ce que le jeune homme cherchait et j'avais été tout à fait surprise de le trouver en rayons étant donné que c'est un ouvrage très spécialisé et ce genre de volume n'est pas coutumier des très petites succursales, comme la mienne.

L'édition présentement en circulation datant de 2006, le client craignait un peu que les données qu'il contenait ne soient pas tout à fait assez à jour pour ses besoins. J'avais beau lui dire que c'était largement encore utilisé dans les facultés de médecine, il restait dubitatif. Et comme tous les ouvrages de ce genre, il était cher. C'est finalement le prix qui l'avait décidé à ne pas l'acheter, et qu'il m'avait expliqué qu'en tant que réfugié Syrien, il n'avait vraiment pas les moyens de dépenser une telle somme pour un livre.

J'avais été saisie. Je lui avais alors demandé depuis combien de temps il parlait le français. Il avait ri avant de rétorquer, qu'il essayait bien fort de parler ma langue depuis un peu plus d'un an. Il était arrivé par le parrainage d'une communauté religieuse, ou quelque chose s'en approchant, et n'avait jamais dit un mot en français avant février 2016. Il me répétait sans cesse que le français était si difficile et recommençait à s'excuser de le massacrer à tout vents.

Moi, je restais ébahie. Qu'un jeune homme ait pu apprendre à se faire si bien comprendre dans une langue très éloignée de celle qu'il avait parlé toute sa vie, sans jamais utiliser ne serait-ce qu'un mot en anglais, utilisant plutôt des synonymes à sa portée, me laissait pantoise.

Je ne sais pas de quoi son parcours parmi nous sera fait, mais sincèrement je souhaite fortement qu'il réussisses ses études ou ses équivalences pour devenir pharmacien ici. Parce qu'une personne comme celle-là mérite pleinement d'avoir un avenir fait d'autre chose que de petites misères et autres stigmatisations qui sont le lot de beaucoup de personnes fraîchement immigrées, malheureusement.

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mercredi, mai 31, 2017

Déconfiture

Quelquefois, je me dis que je suis passablement innocente en ce qui concerne la technologie. Comme chacun le sait, j'écoute continuellement la radio d'Ici Première. Par conséquent, ça fait des lunes que j'entends causer de toutes sortes de baladodiffusions qui semblent plus stimulantes les unes que les autres. Et comme j'ai des horaires très variables, je manque souvent des émissions qui me plaisent ce qui fait que j'ai fini par m'abonner auxdites balados. Dans ma très grande naïveté, je croyais que celles-ci étaient stockées sur mon appareil et fonctionnaient un peu comme un enregistrement musical. Que nenni, aie-je appris à mes dépends : ça prend de la bande passante ces petites bêtes-là. Aussi me voici actuellement, avec 18 jours encore à faire sur mon forfait de téléphone avec plus (dans le sens de zéro) de données.

Parallèlement à cela, j'ai obtenu ma clé Bixi il y a une semaine et depuis je frétille quotidiennement en utilisant ce service. Il m'est si agréable de prendre un vélo, devant la maison, le matin pour me rendre au métro Berri, gagnant ainsi un temps précieux dans mon transport. Et puis surtout, je reviens à la maison en vélo, du moins, quand la température le permet. Mais bon, le Bixi demeure un service de transport en commun et en libre service, ce qui implique forcément qu'il y a un paquet de petits irritants potentiels.

Ce matin donc, j'avise un beau vélo tout neuf, cuvée 375e anniversaire (donc mis en service le 17 mai dernier). J'aime bien les nouveaux vélos parce qu'ils ont sept vitesses plutôt que trois et que cela facilite les montées. Bon d'accord, je ne monte pas grand chose pour me rendre à Berri, néanmoins, c'est ce vélo que j'ai choisi. Mal m'en pris. Sitôt déverrouillé, je m'aperçoit que le vélo a une crevaison sur le pneu avant. Visiblement, la tripe est fendue d'un bout à l'autre. Évidemment, je ne pouvais pas remettre le vélo dans les bornes où je l'avais pris. Je me suis donc rendue à la borne la plus près, tant bien que mal et j'ai essayé de verrouiller la chose. Rien n'y fait. Je commence à être un peu découragée, comme il se doit, et je continue mon chemin vers la prochaine borne. Pas plus de succès. Et comme mentionné en début de texte, je n'ai plus de données sur mon téléphone et je commence à avoir vraiment peur de ne pas être capable de remettre le vélo à une borne avant la fin de ma période de gratuité.

Les nerfs en boules, je tourne sur une petite rue au coin de laquelle je sais qu'il y a une borne et je vois un technicien Bixi en train de monter un vélo abîmé dans son camion. Me sentant sauvée, je vais le voir et lui explique mon problème. Le gentil monsieur m'explique que je ne suis pas capable d'encrer le vélo parce que le pneu est tellement bas qu'il ne rejoint pas le mécanisme de verrouillage. Il le verrouille, pour libérer mon utilisation. Il reste bien un vélo, que je peux pas utiliser parce que trop peu de temps s'est écoulé entre la fin d'une utilisation et le début d'une autre. J'étais, pour dire le moins, déconfite. Mais le gentil technicien m'a déverrouillé un vélo pour me permettre de me rendre a destination. Sauf que, lorsque j'y suis arrivée, il n'y avait plus de borne à l'endroit où j'en ai toujours vue une durant les dernières et où j'ai garé les vélos toute la semaine passée. Punaise...

Revenant sur mes pas, j'ai garé le vélo à quelques 200 mètres et je me suis rendue au métro. Résultat, j'ai mis 27 minutes pour me rendre à Berri ce matin. Itinéraire qui dure 20 minutes à pieds ou 6 a vélo. Comme j'ai une trouille indescriptible d'être en retard dans la vie, j'ai fini par arriver au travail juste à l'heure, mais franchement, je ne peux pas dire que mon expérience matinale du vélo en libre service fut concluante.

N'empêche qu'en voyant le beau soleil à ma sortie du magasin ce soir, j'ai récidivé et j'ai pédalé jusqu'à la maison. Mais j'ai vérifié l'état des deux roues avant de choisir mon véhicule...

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dimanche, mai 28, 2017

Gérer mes extensions

J'ai toujours eu de la difficulté à gérer mes extensions. Comprendre par-là que j'ai une certaine tendance à oublier un paquet de trucs un peu partout, surtout des affaires utiles. Toutes les personnes qui me connaissent, dans mon quotidien. vous diront que je dois souvent revenir sur mes pas, parce que j'ai oublié mes clés sur le bureau en quittant et que je dois ouvrir le lendemain, et autres petits détours du même genre. Gérer mon téléphone fut un long apprentissage : penser quotidiennement à le mettre dans mon sac ou mes poches avant de quitter maison ou travail, n'a pas été facile. Combien de fois, particulièrement quand j'avais un rendez-vous amical tout de suite après le boulot, me suis-je aperçue que mon téléphone était resté quelque part à la maison et que j'étais rendue beaucoup trop loin pour revenir sur mes pas? Je ne saurais le dire.

Et voilà que dans ce fabuleux mois de mai que je viens de vivre, je me suis munie d'une autre extension. En effet, j'ai enfin décidé de changer mes lunettes. Je portais la même paire depuis 10 ans. Et si j'ai beaucoup aimé ces lunettes, je savais depuis longtemps qu'elles étaient plus que dues. Quand le métal est rongé, on peut dire que l'objet a atteint le bout de sa vie utile. Mais bon, remplacer ses lunettes n'est pas donné et j'ai préféré, dans les dernières années, investir dans des voyages, histoire de me changer le mal de place. Et puis, ma vue ne s'est pas dégradée durant toutes ces années alors à tout prendre, je préférais m'épivarder sous d'autres tropiques plutôt que d'investir dans des lunettes.

Sauf que, changement de prescription ou pas, je commençais à craindre que ces appendices finissent par se rompre au moindre choc et que je trouvais que le look papier collant sur l'arrête du nez ne serait pas des plus seyant. J'ai fini par faire affaire avec une lunetterie qui offre un deux pour un et je me suis ainsi procuré une paire de lunettes soleil adaptée à ma vision. C'est la première fois que j'en ai et je dois dire que ça fait une agréable différence de voir quelque chose quand on se protège les yeux du soleil.

Mais bien entendu, cela suppose une nouvelle extension à gérer. L'étui de mes lunettes soleil à l'air d'un gros portefeuille obèse moucheté comme la fourrure d'un léopard. Il n'est ni subtil, ni discret. Quel que soit l'endroit où je le pose, je le vois. Ce qui ne m'empêche aucunement de l'oublier un peu partout. Encore hier soir, je suis partie de chez une amieS en le laissant sur la table de la cuisine, lunettes solaires incluses. Évidemment, aujourd'hui, il fait un soleil radieux, rien que pour narguer ma tête de linotte...

Dans le bureau de la direction à Laval, j'avais une liste au mur qui me rappelait de vérifier que j'avais bien mes clés de bureau, celles de la maison, mon baladeur, mon téléphone et les bonnes chaussures avant de partir. J'avais fini par ne plus vraiment en avoir besoin, ayant appris à vivre avec toutes ces extensions.

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il me faut revenir à la case départ et réapprendre une nouvelle liste qui inclus un étui à lunette, parce que si je peux vivre quelque jours sans les lunettes soleil, je me vois d'ici prise avec seulement celles-ci sur mon nez et je ne suis pas certaine que j'ai tant envie que cela d'expérimenter le Sunglasses at Night, peu importe l'affection immuable que je porte à l'auteur de cette chanson.

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