jeudi, septembre 29, 2016

Némésis

J'ai rencontré celui qui allait devenir ma première Némésis à l'âge de 4 ou 5 ans. Je ne pouvais pas savoir, ce jour-là que ce serait une personne à ce point marquante dans ma vie, ni qu'il allait me rendre rocailleux, un sentier qui me semblait jusqu'alors, joyeux. Ce n'est certes pas lors de ce premier contact que j'aurais pu imaginer à quel point il pourrait être méchant à mon endroit, quelque part dans un avenir que je n'envisageais même pas étant donné que ce simple concept était beaucoup trop complexe pour ma petite tête d'enfant.

C'était sans doute le nœud de mon problème avec lui, d'ailleurs. J'avais eu tellement de plaisir à jouer avec lui, cette toute première fois, que je ne comprenais pas que dans un groupe de personne il pourrait me rejeter parce que je cadrais moins bien que d'autres dans ce qu'il envisageait comme groupe de personnes auxquelles se rallier, ce faisant, il y avait là un levier pour m'atteindre, parce que j'étais et je suis toujours, profondément fidèle dans mes affections.

Bref, point n'est besoin de raconter toute cette histoire, je crois qu'il sait parfaitement qu'il n'a été gentil avec moi que lorsqu'il avait le choix entre se montrer sympathique à mon endroit ou s'ennuyer. Je n'en suis pas tout à fait certaine parce que je ne lui ai jamais posé la question aussi directement et que cela n'a plus tellement d'importance aujourd'hui. Nous n'avons de contacts que de loin en loin par réseaux sociaux et parents interposés.

Mais s'il fut le premier, il n'aura pas été le seul. Si dans l'enfance et l'adolescence, je puis affirmer que les gens que je puisse placer dans cette catégorie étaient méchants, plus tard, des gens m'ont heurtée sans avoir cet objectif précis en tête. Je dirais même que certains d'entre eux ne me voulaient que du bien. Sauf que le bien que l'on me veut n'est pas nécessairement celui qu'on me fait.

Je ne suis pas toujours courageuse, pas toujours assez aguerrie pour tout affronter. Certaines de mes Némésis ont le chic d'apparaître et de réapparaître quand je ne les attends pas et surtout quand je ne le veux pas. Dans ma boîte de courriels, au détour d'une conversation qui ne porte pas sur eux mais qui les impose me rendant ainsi friable.

Et quelquefois même, il y a ces questions auxquelles je suis la seule à pouvoir apporter une réponse, impliquant un nombre conséquent d'autres personnes. Et j'essaie, je jure que j'essaie dans ma tête de me dire que je peux réussir. Sauf qu'arrivée à la sommes de mes hypothèse j'en arrive à la conclusion qu'une rencontre serait possible si, et seulement si, cette Némésis m'ignorait totalement, sauf peut-être pour m'envoyer discrètement la main. Et là encore, il y a des chances que je trouve cela envahissant.

C'est impossible, bien entendu. Alors je me sens un peu harpie et énormément coupable de faire, du mal à des gens que j'aime parce que je ne suis incapable de faire front à ces Némésis, qui au fond, ne le sont que pour moi.

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dimanche, septembre 25, 2016

Une question de goûts

Je vois fréquemment la même femme bizarrement attifée près de la station de métro que je fréquente quotidiennement. Quelquefois à l'intérieur, pas toujours cependant. C'est difficile de ne pas la voir ; elle semble affectionner les couleurs vives, voire criardes et les mêle toutes. Je ne sais pas son âge, mais cela doit s'approcher du mien, même si elle a l'air beaucoup plus vieille que moi.

Elle porte généralement une jupe trop large, bien roulée autour de ses hanches pour ne pas la perdre en route, qui est d'un jaune violent. Elle a différentes couches de chandails à fleurs immenses qui crient les uns par rapport aux autres et elle est chaussée d'espadrilles blanches desquelles surgissent des bas blancs qui remontent jusqu'à ses genoux. Ses cheveux gris, presque blancs sont noués en une queue de cheval dont la moité s'est échappée et qui lui retombe perpétuellement sur les yeux.

Il m'arrive parfois d'être distraite, à l'épicerie, et de passer à la caisse derrière elle. À tous les coups, c'est d'une longueur inimaginable. Visiblement, elle a beaucoup de peine à bien comprendre les prix et doit continuellement réviser les achats prévus pour rentrer dans son maigre budget. Si je ne la juge pas, d'autres le font sans vergogne. Combien de fois aie-je entendu des quolibets et des commentaires disgracieux sur sa tenue ou la lenteur avec laquelle elle complète ses achats ? Je ne saurais le dire, le pire selon moi, ce sont les caissiers qui ne sont pas toujours très cléments avec elle.

Il y a quelques jours, je suis sortie de l'épicerie juste derrière elle. Et sur le trottoir, se tenait un homme vêtu d'un chandail des Nordiques usé à la corde. Il portait un pantalon de fortrel carrelé dans drôles de tons orangés. Il avait des lunettes trois fois trop grosses pour son mince visage et avait un serre-tête rouge avec des oreilles de diablotin sur la tête. Lorsqu'il a vu surgir la dame que je suivais, son visage s'est fendu d'un sourire aussi généreux que radieux. Elle s'est arrêtée, lui a tendu sa petite menotte fripée qu'il n'a pas prise tout de suite, il s'est plutôt chargé de la délester de ses sacs. J'étais coincée dans la porte derrière eux, témoin involontaire de cette scène touchante tandis que dans mon dos, on me disait pas très poliment de me pousser de là.

Eux, ne voyaient rien de la vilenie de leur entourage. Il se sont dignement dirigé vers la station de métro, fiers, avec raison, d'avoir accompli la mission qu'ils s'étaient fixés.

Je les ai regardé disparaître dans la station, me laissant bousculer par tous les quidams pressés qui n'avaient pas eu la chance de les trouver beaux.

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vendredi, septembre 23, 2016

Un visage de la peur

Ligne verte. Extrême ouest. Je crois que j'y avais atterri après être allée voir un spectacle à l'extérieur de Montréal et que mon transport m'avait laissée à cet endroit que je ne connaissais que peu. Il était tard, la rame était vide, ou presque. Je n'avais pas encore l'habitude des excentriques qui forment la vaste faune que je croise, aujourd'hui quotidiennement.

Je me rappelle que j'étais fatiguée et passablement irritée contre moi, parce que dans l'excitation de l'activité d'où j'arrivais (et don je ne me rappelle pas du tout), j'avais oublié mon livre et de changer les piles de mon lecteur de cd. Il va sans dire qu'à cette époque, je n'avais pas l'ombre d'un téléphone entre les mains.

Ça peut paraître absurde, mais les œillères qu'on peut se mettre quand on est en transport en commun, pour se donner une contenance, sont comme des remparts intangibles autour de soi. Cette nuit-là, je n'avais rien pour me donner l'air occupé et j'essayais, tant bien que mal de ne pas fixer trop les autres passagers. Il me semblait que le train passait un temps infini dans les tunnels, entre deux stations. Sauf que ce sentiment n'était chimère de mon imagination.

Toujours-est-il, que je voyais deux jeunes hommes se disputer violemment dans le wagon voisin depuis quelques temps. J'essayais vainement de ne pas y porter attention, sans grand succès. Je faisais mon possible pour me concentrer sur les craques du plancher.

Comme on s'approchait de Lionel-Groulx, je me disais qu'on atteindrait une certaine foule, malgré l'heure tardive et qu'enfin, je pourrais me sentir un peu plus en sécurité. C'est alors qu'un des deux jeunes hommes qui se disputaient a décidé de franchir les portes entre les deux wagons. J'étais assise juste à côté de la porte, à cette époque, ça se pouvait sur la ligne verte. Il était fort jeune, mais il me faisait penser à Samuel Jackson dans ses personnages les moins rassurants, cheveux et yeux fous en sus. Comme j'avais évité soigneusement de porter de trop près attention à la scène que je ne pouvais m'empêcher d'apercevoir, je ne savais pas très exactement ce qui s'était passé entre les deux protagonistes. Sauf que j'avais sous les yeux, un gars plus jeune que moi d'une dizaine d'années, qui avait visiblement été atteint par un objet tranchant : il saignait abondamment, sur moi.

Je n'écrivais pas ce blogue à l'époque. En réalité, je ne savais même pas ce qu'était un blogue. Mais j'avais pris une note sur l'anecdote dans un cahier. Ce qui l'a ramené à ma mémoire, cependant, c'est une photo de Samuel Jackson à la une d'un magazine pour le film Miss Peregrine's home for peculiars children.

Depuis, je revis cet événement en boucle dans ma tête. Et la peur que j'avais alors ressentie est intacte.

Malgré le fait que je n'ai pas été en danger ni à l'époque, ni aujourd'hui.

Cependant, pour moi, il s'agissait de ce qui s'approche le plus, du visage de la peur et cette image refuse, obstinément, de s'effacer de mon esprit.

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dimanche, septembre 18, 2016

Bonheur perlé

Dans l'église du village, les bancs se remplissaient lentement. Ça et là les familles se regroupaient entre elles. Tous les individus, étaient, bien entendu, sur leur 31. Entre deux rangées de immuables, des mères tançaient les enfants qui jouaient à cache-cache en attendant que la cérémonie débute. Cette scène aurait pu se passer n'importe quand dans l'histoire du Québec, si ce n'avait été du fait que les papas s'occupaient des poupons qui pleuraient devant ce décors inconnu tandis que leurs compagnes poursuivaient une discussion, confiantes que leurs bambins était entre bonnes mains.

Je ne connaissais personne, ou presque, dans l'assemblée. Ce n'était pas ma famille ni, pour la plupart, mes amis. Bien entendu mon regard curieux et avide d'humanité ne pouvait faire autrement que de faire et refaire le tour de la salle pour épier les personnages qui pourraient s'en dégager. Ma petite enquête fut interrompue par la musique provenant du jubé, et comme tout un chacun j'ai regardé la mariée descendre l'allée pour aller rejoindre celui qui allait devenir son époux. Je l'avais aperçue, un peu plus tôt, je savais donc qu'elle serait magnifique. La réalité ne m'a pas détrompée. J'ai cependant été surprise par le brouillard mouillé qui a obscurci ma ma vision devant le bonheur qui perlait de tous les pores de sa peau.

Je n'ai pas refoulé mes larmes. Je les ai savourées, une à une. Elles étaient aussi belles que la jeune femme que j'avais connue si timide, mais qui, en ce jour dont elle était l'un des deux pôles, jouait son rôle avec grâce et dignité.

Je n'ai pas retenu grand chose de ce que le prêtre a raconté, si ce n'est que la maison qui serait fondée, le serait sur l'amour. Et comme tous les témoins de cet instant, j'en mettrais ma main au feu, j'y croyais fermement. Je me sentais privilégiée d'avoir été invitée à partager des promesses qui venaient à ce point du cœur, quelles que soient mes réticences toutes personnelles à faire une promesse à une dieu ou à un autre.

Lorsque la noce s'est déplacée pour la suite des événements, je ne peux pas dire que la bâtisse qui nous accueillait me faisait bonne mine. À tout le moins de l'extérieur. J'ai gardé mon jugement pour moi, grand bien m'en fit. Parce qu'à l'intérieur, c'était tout elle. Simple, chaleureux et convivial. Une espèce de parabole explicite sur l'anecdotique de l'apparence extérieure, dans une certaine mesure.

J'ai retenu à grand peine un hoquet de pleurs durant le discours de la première demoiselle d'honneur, qui rendait hommage à deux amis d'enfance et plus précisément à cette jeune femme que je connais et qui m'y avait invitée. Elle racontait une femme généreuse, intègre, honnête et sans jugements à priori qui résonnait très fort pour moi dans la perception que j'avais de cette femme. Et surtout dans ce que je connais de l'amitié.

Quand je suis partie, la fête ne faisait que commencer. Et on m'a remercié de ma présence comme si ça avait fait la différence.

Moi je savais que c'était complètement erroné. En ce jour, c'est moi qui avais pris une grande bouffée d'amour, une goulée infinie d'air aussi pur et candide que faire se pouvait.

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jeudi, septembre 15, 2016

Les hamsters dans ma tête

4h50. Dehors, la nuit est d'encre et les murmures de la ville ne se sont pas encore éveillés. Ou si peu. Il me reste encore une grosse heure avant la sonnerie du réveil, mais je sais que je ne me rendormirai pas. Il me semble que j'ai plusieurs hamsters qui courent dans ma tête en même temps.

Parfum d'angoisse que je ne prise pas tellement.

La journée sera longue, je le sais d'avance. Éreintante aussi. Un des hamster s'affaire d'ailleurs à mesurer le nombre de pieds nécessaire à l'installation des cubes pour mettre tout ce qui envahi l'entrepôt du magasin. Un espèce de tétris version géante. Je ne suis pas si bonne à ce petit jeu, lorsque viens le temps de me frotter à la réalité. J'oublie toujours un morceau du casse-tête et je dois sans cesse revoir la solution. Le hamster, n'en fait qu'à sa tête fait tourner sa roue à une vitesse folle.

Pendant ce temps, il y a un autre hamster qui s'affaire à mettre en mots, le plus diplomatiquement possible, une rencontre que je ne peux perpétuellement repousser, malgré tout l'envie que j'en ai. Cependant, je me sens démunie. Parce que j'ai le sentiment qu'avec cette personne précise, j'ai le chic de continuellement choisir les mauvaises expressions. Comme si nous parlions des dialectes totalement étrangers plutôt que de parler la même langue. Je sais très bien que nous allons finir par arriver à nous comprendre, mais toute seule dans le noir, je vois le hamster s'agiter en tous les sens.

5h23, je me sens la larme à l’œil. Pourtant, je vais bien, dans tous les aspects de ma vie. Sauf que j'ai parlé de larmes deux fois dans la semaine qui vient de s'écouler, et j'ai lu sur la force que que les pleurs expriment. J'ai parlé de larmes pour exprimer le fait qu'elles me viennent si facilement depuis un peu plus d'un an. Chasser la colère en acceptant la peine, c'était une belle théorie que je n'imaginais pas mesurer à une telle fréquence. Mais je ne ne pique plus de colère noire. C'est déjà une réussite. Je constate que le hamster de ma roue des émotion trottine beaucoup moins vite que les deux autres.

Et puis, ce matin, j'ai l'impression que ce hamster tourne davantage pour chasser l'angoisse que la colère.. Mais peut-être que l'angoisse précipitait aussi la colère, en ce qui me concerne. Je me dis que c'était le canal d'expression que j'avais privilégié dès que je ne pouvais pas simplement rire pour donner le change.

Ce qui me fait me rendre compte que je ris différemment aussi depuis. Un peu moins fort, un peu moins forcé, un peu moins souvent, mais tellement plus sincèrement.


5h49, le radio s'allume. Je dois faire une trêve sur les supputations de la journée à venir et aller la vivre.

Je sais d'expérience que ça se passera beaucoup mieux que tout ce que j'ai pu imaginer.

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dimanche, septembre 11, 2016

De l'intimidation

Des fois je me dis que je suis une bien drôle de personne. J'ai toujours adoré aller à l'école et pourtant, pas grand chose ne m'y prédisposait. Pas que je sois une crétine finie, loin de là, mais je n'ai jamais été première de classe et contrairement à beaucoup de mes amies, qui elles l'étaient, il ne me suffisait pas d'écouter en classe pour réussir. Je devais travailler, faire mes devoirs et mes leçons, et je ne peux pas dire que j'y étais particulièrement dévouée ; j'avais bien trop peur de passer pour une nerd si j'étais prise à aimer faire ce genre de chose. Et s'il y a un étiquette que je voulais à toute force éviter de porter, c'était celui-là.

Parce que j'avais fait l'expérience de l'intimidation dans mon enfance. À l'époque, on ne disait pas que c'était de l'intimidation. On était dans la gang ou on ne l'était pas. On était in ou on était out. Enfant, je comprenais que je n'étais pas admise par les leaders de ma classe. C'était pas mal tout. Mais une école n'est pas une classe. Il y avait les récréations lors desquelles je pouvais frayer avec des gens qui n'étaient pas dans ma classe avec lesquels j'étais bien. Et ceux qui me rejetaient étaient beaucoup trop occupés à faire les importants pour daigner aller voir de quelle manière je passais le temps libre qui m'était imparti.

Alors, comme beaucoup d'enfants, j'attendais les rentrées qui se succédaient avec impatience, pour revoir mes amis, pour apprendre plein de nouvelles choses et remplir ma petite tête déjà rêveuse, de toutes sortes d'informations, qu'un jour j'apprendrais à lier entre elles, dessinant ainsi les premières esquisses d'analyses sur les sujets que j'aimais.

C'est à l'adolescence que je refusais à toute force l'étiquette de nerd. J'avais réussi à faire le passage à l'école secondaire en laissant le grand rejet derrière moi, il n'était pas question que je m'y replonge juste pour avoir de meilleures notes. Je n'étais pas très bonne, certes, mais en dehors des mathématiques je n'étais pas si mauvaise non plus. Je n'en avais pas du tout conscience cependant, parce que bien souvent, on mesure nos échecs de façon beaucoup plus acérée que nos réussites.

J'avais donc un paquet de bonnes raisons pour détester l'école. Mais il n'y avait rien à faire, j'aimais cela. Je pense que c'est au cégep que je me suis mise à dire à qui voulait l'entendre qu'à mon avis le système scolaire mesurait un potentiel de réussite dans ledit système et pas l'intelligence des gens qui étaient évalués. Un mantra auquel je me suis accrochée pour me rendre jusqu'à une scolarité de maîtrise, malgré certains échecs. Une façon de refuser de me laisser intimider par un système dans lequel je ne cadrais pas très bien.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer, l'intimidation peut prendre bien des formes. Celles de nos pairs en est une et elle est particulièrement douloureuse, mais ça peut aussi venir de gens qui ne nous veulent que du bien. De tout ce qui fait en sorte qu'il faille rentrer dans le moule de l'éducation étatisée qui ne se donne plus les moyens d'accompagner les différences d'apprentissage.

Et je crois, qu'au bout du compte, le plus difficile de ces années ce n'était pas le rejet. C'est les chiffres gigantesques en rouge surlignés qui me montraient que je n'avais pas réussi un test ou un devoir. M'accrocher à l'école, continuer à aimer la fréquenter est à ce jour, je crois, ma plus grande réussite.

Il m'aura fallut treize ans de recul et une dépression pour comprendre que j'avais fait là un cheminement hors du commun.

Et j'en suis fière.

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jeudi, septembre 08, 2016

Canicule

Il me semble que les saisons se décalent, depuis quelques années. Je les sens un mois en retard sur leurs habitudes, mais nos vies, elles sont toujours réglées sur les us anciens de la nature. Il y a peu, prendre des vacances en début septembre signifiait, pour moi à tout le moins, beaucoup de bouffe, une température confortable, ni trop chaude ni trop froide, de belles marches dans la ville qui m'invitait à la fouler de mes pas.

Pas cette fois-ci. La température est chaude et moite. J'ai le sentiment que tout effort physique, même minime, fait couler la sueur dans mon dos et me pique les yeux. Je n'ai cependant aucune envie de passer tout mon temps à l'ombre de mon ventilateur. Alors, je me donne des objectifs, des courses à faire un peu plus loin que l'environnement immédiat, malgré la sueur, malgré la fatigue inhérente à ce genre d'étouffement.

C'est ainsi que je me suis retrouvée à déambuler au milieu du chantier de la rue Ontario Est. Il était là l'été dernier. Il me semble que c'était exactement au même endroit. Comme s'il fallait refaire tout ce qui avait été effectuer. La poussière me collait à la peau, et je devais fréquemment fermer les yeux pour ne pas y coincer un grain qui créerait à coup sûr une inflammation dans ces organes sensibles.

Après un de ces brefs passage dans le noir, un homme devant moi, avait une démarche bizarre. Ça m'a pris un certain temps avant de comprendre que c'était dû au fait qu'il portait des pantoufles d'hôpital et que, forcément, le gravier éparpillé sur le trottoir rendait son cheminement difficile. J'ai passé une dizaine de minutes à le suivre, sans trop le vouloir, et à me faire du cinéma dans ma tête sur ce qui pouvait amener un jeune homme à se promener en pantoufles d'hôpital sur une rue en chantier.

Lorsqu'il a tourné sur la rue qui mène à l'hôpital Notre-Dame, je me suis dit qu'il devait approcher de sa destination. Et puis, une toute jeune fille s'est matérialisée à l'endroit qu'il venait de quitter, soit quelques cinq pas devant moi. Elle était vêtue de noir, short très, très courts, chandail particulièrement échancré et transparent, grimpée sur des talons hauts sans bon sens.

Ce coup-là, je n'avais aucune envie de me raconter sa vie. C'était forcément trop triste. Quand je l'ai vue se diriger à l'arrière du camion de rue du Chic resto Pop, j'ai pensé qu'au moins elle avait une toute petite ressource pour l'aider.

Je suis rentrée chez moi, épuisée par la lourdeur de l'atmosphère et par la brève rencontre avec cette réalité que je ne connais que de vue.

Et je me suis prise à penser qu'une canicule était un bien mince tribut à payer à l'existence.

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dimanche, septembre 04, 2016

Légumes d'automne

J'ai grandi à une époque où toutes les télévisions n'étaient pas en couleurs. Mes parents, qui plus est, mettaient des limites de temps devant l'écran et nous envoyaient régulièrement jouer dehors hiver comme été. J'avais des amis qui n'avaient pas de telles limitations et qui me trouvaient bien malchanceuse de devoir vivre avec cela. Personnellement, ça ne me dérangeait pas outre mesure ; j'y étais accoutumée et puis, j'avais des livres à découvrir dans les moments lors desquels les amis n'étaient pas disponibles. Il me semble que je ne m'ennuyais jamais.

Si la télévision ne prenait pas encore tout l'espace qu'elle occupe aujourd'hui, il va sans dire que les appareils électroniques mobiles étaient une denrée encore plus rare. Certes, les voitures étaient munies de radio-cassette auto-réversibles, mais on oubliait souvent de prendre différentes cassettes avec nous. Ça évitait probablement aussi un certain nombre de chicanes fraternelle à savoir qui aurait le haut du pavé quand à ce que tout le reste de la tribu aurait à endurer. Alors on finissait toujours par écouter les deux mêmes albums de Robert Charlebois et Julien Clerc. Je suis d'ailleurs pas mal convaincue que nous connaissons encore tous par cœur l'ensemble des chansons de ces albums.

Comme nous avons beaucoup voyagé en voiture, il va sans dire que nous devions trouver une quantité appréciable de jeux à faire pour les trajets. Étant victime d'un solide mal des transports, je n'ai jamais été particulièrement assidue à la lecture ni a d'autres activités qui demandent une concentration, à mon avis surhumaine, lorsque les lignes dans sous mes yeux. Je préférais, déjà à l'époque, m'inventer des histoires que je me racontais jusqu'à ce qu'elles aient trouver une fin qui méritait mon attention.

Une des activités que nous faisons beaucoup lors de ces longs périples, qui prenaient parfois plus d'une journée, c'était de chanter ensemble. Ma mère connaît un nombre fantastique de chansons du répertoire traditionnel québécois recensé par l'Abbé Grandbois et nous les a transmises. Je m'amuse souvent à me moquer de mon pas de talent en ce domaine, mais bien entendu j'exagère. Non, je ne chante pas très bien, mais pas aussi mal que ce que je laisse entendre, en tout cas pas assez pour avoir reçu une quelconque interdiction de me joindre à la fête familiale lorsque nous entonnions en cœur les airs que nous aimions.

Le hic avec tout cela, c'est qu'il m'arrive assez régulièrement d'avoir une de ces chansons dans la tête et que pas grand monde autour de moi ne peut comprendre ce à quoi je réfère. Souvent, un simple mot où une idée me colle une de ces mélodies dans le cerveau sans que je sois capable de l'en décoller. Et le truc d'écouter ladite chanson jusqu'à ce qu'elle s'évapore de ma mémoire échoue lamentablement dans ces cas-là.

Ces temps derniers, je prépare une journée de cuisine d'automne une de mes amies. Et depuis que nous avons établit les plans de cette activité, j'ai la chanson de la ratatouille dans la tête. Ce n'est pas qu'elle soit si mauvaise, mais quatorze jours à me chanter la même ritournelle sans pouvoir m'en défaire, ça commence à être long.

Je m'ennuie presque de la chanson de l'escargot de Zazou...

Presque...

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mercredi, août 31, 2016

Un pas dans l'Univers

Je suis un petit garçon curieux. L'exploration c'est mon domaine. J'aime me promener à quatre pattes, glisser mes petites menottes sous les divans, dans les fentes des parquets, ouvrir et fermer la porte de mon armoire. C'est la mienne parce que c'est la seule que je suis capable d'ouvrir. Et je peux même la vider au complet. J'adore me retrouver assis au milieu des plats en plastiques, armé d'une cuiller en bois et chanter en m'accompagnant de la belle musique que je produis.

J'aime aussi ma grand-mamie. Je la connais bien, je la vois souvent. Elle sent presque aussi bon que Maman. Elle me fait rire et me fait faire plein de choses comme qui font applaudir les autres grandes personnes. Comme les beaux yeux ou le lapin. À tous les coups, ça fonctionne. Et moi, je trouve ça très stimulant quand on me fait des grands bravos ou qu'on rigole à cause de ce que je fais. Alors, quand Grand-mamie me montre quelque chose, je m'efforce bien fort de refaire très exactement ce qu'elle me montre.

Il y a aussi Papi. Oh lui je l'aime ! Avec sa grosse voix qui vibre bien quand il me prend dans ses bras. Il est si drôle ce Papi là ! Il coure et coure après-moi avec les mains qui veulent me chatouiller pendant que je me sauve le plus vite possible jusqu'à ce que je sois coincé, plus capable d'aller ni en avant, ni en arrière et encore moins sur les côté pendant que Papi me dit : « Je vais te manger ! » Alors je ris, je ris et je ris encore. Des fois, je ris tellement que j'en deviens tout fatigué et que je soupire bien, bien fort pour reprendre mon souffle.

Mon préféré de tous les préférés, c'est mon papa ! Il est si... Papa. Quand je le vois, je veux qu'il joue avec moi, qu'il me donne mon bain, qu'il me chante des chansons qu'il me prenne dans ses bras. J'aime particulièrement lorsqu'il me fait doucement sauter sur son genou pendant qu'il mange. Maintenant que je suis grand, je peux même manger la même chose que lui, dans son assiette. C'est vraiment meilleur que sur la tablette de ma chaise-haute.

Évidemment, il y a Maman. Elle est toujours-là. Ben presque. L'autre jour, elle m'a laissé tout seul avec Grand-mamie. Ça ne me dérangeait pas d'être tout seul avec Grand-mamie. Elle m'a encore montré plein de choses et m'a chanté tout plein de chansons que j'aime. Mais quand Maman est revenue, je n'étais pas content. Enfin, j'étais content, mais pas content en même temps. Alors, je le lui ai fait sentir, je me suis blotti bien fort dans les bras de Grand-mamie, même si Maman me tendait les bras et me demandait : «  Tu veux du lait, Zazou ? » Pfff ! J'ai résisté longtemps. Sauf que j'ai fini par me rendre pour me lover contre cette odeur que je connais depuis toute ma vie. C'est toute ma sécurité.

Aujourd'hui, ce sera une nouvelle journée d'exploration pour moi. Je vais à la garderie. Sans Maman ni Papa ni Grand-mamie ni Papi. Ouf ! Ce sera toute une une aventure.

J'ai déjà hâte de leur raconter.

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samedi, août 27, 2016

Une accusation lancinante

C'était un soir de canicule. L'un de ceux où l'impatience de tout le monde était à vif parce que ça faisait déjà plusieurs jours que la moiteur nous enveloppait comme un paletot de plumes à un moment où nul n'en a besoin. La rame de métro n'était pas particulièrement remplie et pourtant chaque nouvelle entrée étrivait la patience générale parce que qu'elle fournissait une source de chaleur supplémentaire.

L'irritabilité était palpable autour de moi. J'entendais beaucoup de soupirs exaspérés à chaque fois que le train prenait un peu plus de temps qu'à l'ordinaire à quitter une gare. Comme si chacun des personnages en présence avait un rendez-vous urgent à honorer dans les délais les plus brefs. Même les groupes de gens ne semblaient pas en mesure de se faire la conversation tellement tous étaient épuisés par l'air ambiant.

À Mont-Royal, un homme s'est engouffré dans le wagon. Un homme que j'ai vu souvent ; que j'ai entendu souvent. Il s'est planté au beau milieu de l'engin et s'est mis à haranguer les passagers : « Bonsoir, j'ai un message important à faire. » Pas de réponse. Les yeux de chacun se sont résolument baissés sur leurs appareils électroniques ou perdus dans l'observation du décor fascinant que les fenêtres laissent voir dans les tunnels.

Il avait une voix de stentor au phrasé bien posé. À chaque fois que ma route avait croisé la sienne, j'avais été frappée de cet état de fait. Pour un peu d'abstraction on aurait pu croire un animateur de radio. Malgré l'indifférence généralisée, il avait continué : « Mon nom est Éric, et je vis dans la rue. Je n'ai pas pu me trouver une place aujourd'hui pour dormir et prendre ma douche, mais j'en ai une réservée à La Maison du Père demain. Je n'ai rien mangé depuis hier matin. Là, j'aurais besoin de treize piastres pour pouvoir me laver, prendre une hostie de bonne douche. Ce n'est pas beaucoup treize piastres, pis à la gang c'est vraiment peu. Et pour moi, ce serait vraiment beaucoup. »

J'avais pensé que c'était un très joli discours. Mais personne, moi la première n'avait mis la main dans sa poche pour l'aider. Le problème, c'est qu'on ne peut pas décemment donner à l'un sans en voir un autre se substituer au premier dans la fraction de seconde qui s'en suit. Et puis, ces interpellations sont un peu épeurantes quand la il fait noir dehors, malgré les lumières blafardes du métro. On a honte aussi de ne pas tendre la main. En tout cas, moi j'avais honte. Je craignais aussi qu'il ne me suive à la sortie, m'arrive quelquefois. Peut-être que je ne joue pas assez bien de l'indifférence apparente.

Je m'étais donc ruée hors du wagon, la toute première. J'avais jeté un regard par dessus mon épaule pour voir ce qu'Éric faisait. Il était resté accroché à son poteau, le regard désespéré. Vraiment désespéré et mon cœur s'était fendu devant autant de détresse.

Mais je n'étais pas retournée lui faire l'aumône qu'il demandait.

Depuis, sa voix résonne dans ma tête à toutes les fois où je mets les pieds dans un wagon de métro quand la nuit est tombée.

Comme une accusation lancinante de mon manque de générosité.

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jeudi, août 25, 2016

Récolter les bribes du réel

Il me semble que c'était pendant les vacances d'hiver. Celles qui le coupent en deux. Je jouais à la poupée dans ma chambre avec une amie, Marie qu'elle s'appelait, nous avions conçu une maison dont les chambres étaient sous mon bureau. Quand la porte s'est ouverte, nous étions toutes les deux sous le bureau, bien affairées à nos chimères et ma mère nous a dit : « Il y a Jacques au téléphone, il veut savoir si ça vous dirait d'aller voir La guerre des tuques au cinéma dans une heure ? » Jacques, c'était le papa de Marie. On s'est regardées toutes les deux avant d'exploser de joie et de nous exploser la tête sur les arrêtes du meuble, en trépignant sur place.

On ne savait pas vraiment ce qu'était ce film, sinon qu'on en entendait beaucoup parler déjà. On savait que c'était un film avec des enfants ; des vrais enfants. Alors forcément, on était curieuses d'aller le voir et qu'on ne pouvait pas refuser une telle proposition.

C'est étrange, parce que je me rappelle précisément le moment de la proposition du film, mais absolument pas de la séance de cinéma. Le film par contre, m'a profondément marquée, comme il a marqué une bonne partie des gens de ma génération. C'était un film, au cinéma et les acteurs avaient mon âge, ou peu s'en faut. En plus, ils parlaient ma langue. Pas le français, j'avais vu déjà plusieurs films en français, beaucoup de films d'animation dont les personnages étaient des enfants, mais ils parlaient un français qui n'était pas le mien. Qui plus est, les décors ne ressemblaient généralement en rien à ma réalité.

Ce jour-là cependant, j'avais sous les yeux une histoire de vacances de Noël dans un décors que j'avais déjà vu, de mes propres yeux. Pas le fort on s'entend, mais le reste, je le connaissais. C'étaient des enfants qui n'avaient pas peur de la neige ni du froid. Des enfants qui bougeaient pour ne pas se retrouver transis. Ce jour-là, j'ai compris que les histoires dans ma tête pouvaient s'inscrire dans le décors que j'habitais. Ce n'est pas rien. Un raz-de-marée de possibilités.

Plus besoin d'écrire Il était une fois avant de débuter quelque chose, plus besoin de camper un décors dans une lointaine contrée ; une histoire pouvait vivre, faire rire et faire pleurer en même pas deux heures avec mon accent, mes référents et ma poésie.

J'ai pensé toute l'année à cette anecdote, celle des deux petites filles qui se cognent la tête de concert sous un meuble parce qu'on leur propose une activité stimulante et parce que j'ai baigné dans la version 3D de ce long métrage qui m'avait tant parlé. Je n'avais pas trouvé l'angle pour l'aborder. Mais ce soir, au soir des soirs de la vie de monsieur Melançon, je me suis dit que je pouvais prendre ma plume pour le remercier de m'avoir ouvert ces portes sur mon imagination.

Parce que je suis avant tout une portraitiste fantaisiste de mon réel, aussi traficoté soit-il.

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dimanche, août 21, 2016

L'analyste

C'était par une belle journée de l'automne 1992. Je ramassais mes affaires à la fin d'un cours de français quand une fille dont je n'avais jamais retenu le nom lors des prises de présences vint se planter à côté de la place que je tentais, tant bien que mal de libérer. Elle m'avait lancé : « Je dois manquer les deux prochaines semaines d'école, nous avons deux cours ensemble, sur les quatre auxquels je suis inscrite. Est-ce que tu accepterais de me prêter tes notes de cours ? Et je te le dis tout de suite, ça va arriver souvent au cours de l'automne. » J'avais accepté illico, sans poser aucune question. Elle en était restée sidérée.

Deux semaines plus tard, nous nous étions donné rendez-vous dans un des nombreux locaux étudiants avant le début des cours et elle avait diligemment photocopié mes notes de cours. Je me rappelle avoir beaucoup ri avec elle en lui traduisant certaines de mes abréviations toutes personnelles qui n'avaient de sens que pour moi. Juste avant de nous rendre en classe, elle m'avait dit que j'étais la seule personne à qui elle avait demandé ce service qui lui avait spontanément dit oui, sans lui en demander la raison.

J'étais perplexe. Je ne voyais pas pourquoi refuser ce service, ça ne m'enlevait rien et les raisons de son absence lui appartenaient. Je n'aime pas quand les gens me poussent dans mes retranchements pour avoir mes confidences, alors j'accepte celles que l'on me fait, mais me fait un devoir de ne pas gratter pour les obtenir. Et cette fille était si mince qu'il était possible qu'elle fut malade ce qui aurait pu expliquer ses absences.

Ce n'était pas du tout le cas. Au bout de quelques mois, nos collaborations ayant duré un an et demi, elle m'avait expliqué qu'elle faisait partie de l'équipe canadienne de plongeon et qu'elle quittait régulièrement pour des compétitions à l'international. Elle m'avait invitée à aller la voir s'entraîner un jour. Et j'avais été impressionnée. Par sa prestation, bien sûr, mais aussi par les prouesses que j'avais vues au centre Claude-Robillard. Je ne m'étais jamais intéressée à ce sport avant ce jour, mais depuis je regarde toutes les compétitions auxquelles je peux avoir accès.

J'ai quitté le cégep sans prendre son numéro de téléphone. Ce n'était pas mon amie, simplement une fille à qui j'avais rendu un tout petit service. J'ai cependant continué à la suivre de loin, l'oubliant régulièrement, entre deux prestations.

Elle a gagné une médaille de bronze en 1996, vivant par la suite une tempête médiatique à laquelle elle n'était certainement pas préparée parce qu'elle n'était pas la plongeuse la plus en vue au Canada avant sa médaille. Dans les mois qui ont suivis sont exploit, elle a été jugée et vilipendée. J'étais triste pour elle parce que je me rappelais d'une fille allumée et intelligente et que j'aurais été fort surprise que ces qualités se soient évaporées en quelques années.

Désormais je l'entends aux quatre ans, analyser les prestations des plongeurs actuels. Avec beaucoup de simplicité et aussi un don certain pour faire comprendre aux citoyens lambda les figures qui sont faites par les athlètes. À tout coups, je revois la mince jeune fille qui s'était planté devant moi pour me demander mes notes de cours, avec ses yeux bleus immenses et brillants, sa formidable détermination et son sourire désarmant.

Je me plais, parfois, à penser, que j'ai peut-être un peu aidée, à atteindre les sommets qu'elle visait et qu'elle avait atteint, selon moi.

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mercredi, août 17, 2016

Noir d'encre

À ma sortie du travail hier, il pleuvait. C'était dru, froid et il y avait des piscines en bordures des trottoirs. Je ne fais jamais cela, mais j'avais demandé un lift à une employée jusqu'au métro histoire de ne pas faire la ligne orange complètement détrempée. Grand bien m'en fit, pour le temps précieux que j'ai gagné.

Je suis arrivée au métro Papineau vers 22h05 et me suis engouffrée à l'épicerie du coin, histoire d'aller me chercher le lait nécessaire à mon café matinal. Je revenais vers les caisses quand tout s'est éteint. Pendant une dizaine de seconde, j'étais figée dans le noir le plus complet, avant que les génératrices ne prennent le relais. C'est très court, dix secondes ans une vie, sauf que ça m'a parut fichtrement long avant que ne s'allument ces espèces de phares qui m'indiquaient où se trouvaient les abords du magasin. Je suis passée à la caisse avant de franchir la porte pour me précipiter dans une noirceur intense.

Je voyais, à l'ouest, des lumières si lointaines qu'elles étaient floues. Dans toutes les autres directions, c'était le néant. La station de métro était bien entendu illuminée, cependant je l'ai rapidement laissée derrière moi pour me rendre à la maison. Et j'avais peur. Pas de me faire attaquer, la température horrible étant garante de cette forme de sécurité. J'avais peur parce que j'ai peur des pannes d'électricité en partant, mais surtout parce que je devais traverser les voies d'accès du pont Jacques-Cartier pour me arriver à bon port. J'avais froid et je ne voyais pas où je mettais les pieds. Bien entendu, j'ai dû les mettre dans tous les nids de poule que j'ai croisé.

Arrivée à la première traverse, j'ai vite constaté que le trafic n'était pas trop intense et que j'avais largement le temps de passer de l'autre côté de la voie. Mais à la seconde, celle de la rue Papineau direction sud, les voitures étaient nombreuses et allaient très vite dans les circonstances. Heureusement, j'étais du bon côté de la voie, celui où on les voit arriver justement. Dans l'autre sens, il y a un édifice qui coupe complètement la vue sur la rue Papineau ce qui rend quasi impossible la traversée lorsque les feux pour piétons ne sont pas enclenchés.

J'ai traversé rapidement, dès que j'ai eu une fenêtre pour le faire, sans courir, parce que je ne voulais pas prendre le risque de glisser et de me faire écrapoutir au passage. J'ai retenu un cri de mort en mettant le pied sur le trottoir opposé parce qu'il y avait là un homme que je n'avais absolument pas vu avant d'être presque sur lui. J'ai poursuivi ma route et ça m'a pris un temps fou à réussir à entrer ma clef dans la serrure ; je ne la voyais pas. J'aurais bien pu sortir mon téléphone pour m'éclairer, mais avec la pluie diluvienne, je n'étais pas certaine que ce soit une très bonne idée.

Je me suis illico changé, j'ai cherché une chandelle et me suis résolue lire pour éviter de penser à la panne. Je ne me suis pas mise en colère, je n'ai pas paniqué, mais je n'aimais pas ça du tout. Je n'aime jamais ça.

Et puis, je me suis dit que ma situation aurait pu être bien pire ; si j'avais pris l'autobus, comme d'habitude, l'électricité aurait manqué alors que j'étais à Berri. Et faire tout ce chemin à pieds, dans le noir, dans des rues que je connais pas mal moins par cœur, eut été une épreuve dont j'étais bien contente de m'être passée. Cette heureuse supposition a, par ailleurs, contribué à me calmer les nerfs.

J'ai tout de même poussé un soupir de soulagement quand l'électricité est revenue. Permettant à mon corps de se relaxer assez pour que je puisse aller me coucher.

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dimanche, août 14, 2016

Ces bruits du silence

- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !
- Grrriiissshhhh-tchak !

Le bruit se rapprochait sur le quai silencieux. Si tant est qu'un quai de métro puisse l'être. Ça arrive, presque, les matins de fin de semaines. Personne ne parle, les gens ont les yeux encore ensommeillés, et pas un quidam n'a les oreilles encore assez réveillées pour écouter son baladeur à une force assez soutenue pour que les êtres l'entourant en subissent les contre-coups.

Ce matin-là, je n'avais aucune idée de l'origine du bruit. Ce qui ne m'empêchait pas de rire sous cape à cause de tout ce que mes oreilles avaient capté entre mon domicile et ce quai à cette heure à laquelle j'aime marcher dans mon quartier, à cause de sa quiétude justement.

À peine avais-je passé le pas de la porte de mon domicile que je m'étais trouvée face à une escarmouche entre deux hommes maganés. Je n'avais pas essayé de savoir à quel sujet, changeant plutôt rapidement de trottoir, histoire de ne pas me retrouver dans leurs pattes. Il pleuvait doucement sur le bitume, assez pour que mes bras soient un peu humides mais pas suffisamment pour que je sois détrempée à l'arrivée. Ces matins-là, sont ordinairement encore plus paisibles que les autres, puisque les marcheurs de chiens s'y font discrets et que les ruelles ne résonnent pas des babillages infantiles qui les animent généralement.

Mais au coin d'une rue déserte, j'avais entendu un fond musical western. J'avais l'impression qu'il arrivait de tous les côtés en même temps. J'allais regarder derrière moi, histoire de voir si je ne pouvais pas y trouver l'origine de ce son quand une chaise motorisée est sortie de la ruelle que j'allais croiser. Juché à son bord, trônait un cow-boy, aussi fier et digne que s'il eut monté un destrier dans un cadre plus approprié à son tempérament. Un radio suranné, bien installé dans le panier à l'avant laissait fuser les notes que j'avais entendu pendant qu'un homme encore soûl (ou peut-être déjà soûl) sur son balcon s'écriait : « Saint-Tite, calice ! » J'avais étouffé un fou rire avant de continuer mon chemin.

Sur le quai, j'avais fini par localiser une jeune fille qui s'y promenait de long en large en coupant des morceaux de ruban adhésif de la petite roulette qu'elle tenait à la main. Elle collait les morceaux de l'exacte même dimension sur le support en plastique de sa roulette en attendant l'entrée en gare du train, faisant réverbérer dans les tunnels les bruits incongrus que j'avais perçus.

Une fois installée dans le train, j'ai vu la jeune fille changer de wagon à toutes les stations, dans un sens comme dans l'autre entre Berri et Montmorency, s'asseyant trois secondes maximum sur des bancs libres, le temps de coller sur une page blanche un de ses précieux morceaux de ruban.

Je ne sais pas si tel est le cas pour d'autres que moi, mais décidément, j'aime beaucoup tendre mes antennes vers tous ces êtres que je croise, dans les rues, les transports en commun ou encore les mails de centre commerciaux. Ça me donne, il me semble, un aperçu sur l'humanité, malgré le fait que celui-ci soit montréalocentriste.

C'est le biais avec lequel je dois vivre, et je ne m'en plains pas.

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jeudi, août 11, 2016

Vivres l'effet des étoiles filantes

Les gens qui me sont proches savent que je me suis beaucoup laissée emporter dans les dernières années. Je me plongeais dans la colère comme d'autres se plongent dans une activité sportive. Si je savais que ce n'était pas une manière adéquate de gérer des situations émotivement chargées, je n'en mesurais pas très bien les impacts. J'imagine qu'à trop avoir le nez collé sur le tableau, j'en finissais pas en oublier le paysage.

Je ne me suis pas mise en colère depuis un peu plus d'un an maintenant. Oh, j'ai vécu un paquet de situations stressantes, j'ai senti les émotions me submerger plus d'une fois, sauf que je n'ai pas laisser ma violence me happer. Pas de cris à m'en déchirer les cordes vocales et les tympans des auditeurs ; pas de rage de mots qui dépassent la pensée et laissent des traces dans les mémoires ; pas d'actes violents envers moi-même ou des objets inanimés.

Ça n'a l'air de rien comme cela, sauf que de déconstruire ces mauvaises habitudes, ces réflexes de protection, ce n'est pas si simple. Sentir l'adrénaline monter, savoir quelle pourrait être la suite, l'admettre, prendre un battement de cils de recul et aviser mon interlocuteur qu'il vient de me heurter de plein fouet, que ce soit volontaire ou non, et que j'aurais besoin d'une minute ou deux de silence et être capable, après ce délai, de passer à autre chose.

J'en vois aujourd'hui, les dividendes. D'abord, je trouve beaucoup plus facile de vivre avec moi-même. Parce que pas de grosse colère, ça veut aussi dire pas de grosse culpabilité dans les jours qui suivent. Je constate aussi que des personnes que j'aime beaucoup manifestent plus régulièrement l'envie de me fréquenter, ne craignant plus de voir surgir une explosion quasi volcanique au moment où ils s'y attendaient le moins.

C'est ainsi que j'ai passé la nuit dernière debout à regarder les étoiles filantes. Chez des amis et aussi sur les routes qui nous ramenaient vers la ville au cœur d'une chaude nuit estivale. Une nuit tranquille lors de laquelle toutes les discussions étaient aussi amicales que teintées de vérités. Personne ne semblant vouloir prendre tout l'espace. Ce qui me concerne au premier chef. Il m'aura fallut une pluie d'étoiles filantes pour mesurer tous les étapes que j'avais franchies en un an. À commencer par ne plus avoir ni besoin ni envie de prendre tout l'espace de discussion dans un groupe pour plutôt me laisser bercer par les mots de tous (incluant les miens), les yeux levés vers le ciel.

Je suis rentrée à la maison à une heure indue, fatiguée et heureuse. Trop fourbue pour dormir en fait. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas vu le soleil se lever sur une nuit sans sommeil qui ne soit pas causé par le stress ou toute autre forme d'ancienneté. J'ai profité du moment. Seule dans mon lit, les yeux grands ouverts, et le cœur aussi.

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dimanche, août 07, 2016

Reconnaître l'inconnue

Pendant plusieurs années, les matins de fin de semaine, je voyais la même femme venir sélectionner un paquet impressionnant de revues qu'elle feuilletait pendant une heure ou deux sans jamais en acheter, ni acheter quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs. Comme la plupart des feuilleteurs de magazines, elle ne les replaçait pas, j'avais donc l'occasion de constater que ses préférence allaient vers la musique, particulièrement les instruments de musique.

Je trouvais étrange d'être la seule personne de l'équipe à la remarquer puisqu'il s'agissait visiblement d'une transgenre. Ce qui fait qu'elle avait un look et une stature pour le moins visibles. Si je la voyais régulièrement, jamais je ne l'ai entendu parler et malgré le fait que je lui ai souvent souri, elle ne me rendait pas pas la politesse. J'avais supposé qu'elle n'aimait pas le regard que je portais sur elle, ce que je trouvais assez ironique étant donné que je vis dans un des quartiers de Montréal où on en voit le plus. Je ne suis donc ni surprise ni choquée par ce type d'apparence. Qui plus est, je crois que je ne l'aurais pas trop vue si ça n'avait été des piles de magazines que j'ai eu a replacer derrière elle, hebdomadairement.

Elle avait cessé de se présenter en magasin quand nous avions retiré les magazines. Sortant ainsi de ma mémoire.

Toutes les stations de métro ne sont pas pourvues de musiciens de qualité égales. Malheureusement pour moi, j'ai régulièrement l'impression que le métro Papineau n'est pas tout à fait l'espace le plus couru. Souvent, c'est la même petite bonne femme, bizarrement attriquée qui chante a cappella des trucs pêle-mêle sans mélodie réelle dans lesquels il est continuellement question de Dieu. Ses musiques me font beaucoup penser à l’œuvre de Normand L'Amour, si vous voyez ce que je veux dire.

Pas hier soir, cependant. Dès ma sortie du wagon, j'ai été agréablement surprise d'entendre une énorme voix masculine, claire et juste. Un homme jouait du clavier tandis qu'une femme, dont je ne voyais que les pieds l'accompagnait à la basse. Je m'abstiens, la plupart du temps, de verser l'obole aux musiciens du métro, je ne le fais que lorsque je suis franchement impressionnée. C'est donc en relevant la tête après avoir déposé mes quelques dollars que j'ai réalisé que la bassiste était ma cliente de magazines depuis longtemps disparue. Je l'ai regardée quelques instants interloquée et elle m'a souri, d'un espèce de sourire de connivence fort charmant.

Et c'est sorti tout seul, je lui ai dit : « Oh, je suis contente de vous voir ! » simplement et naturellement. Son sourire s'est élargit jusqu'à ses yeux.

Je crois que j'ai fait sa journée.

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jeudi, août 04, 2016

Une forme de magie

Depuis que la folie Pokémon a atteint le monde, il me semble que je suis souvent la seule personne, dans un autobus, à ne pas avoir les yeux systématiquement rivés sur mon écran à la recherche de la créature rare à attraper. Combien de fois, déjà, me suis-je fait dire : « Mathilde, ne bouge pas, tu as un Pokémon derrière l'oreille ! » Ce qui, vous l'admettrez, est un peu déconcertant. Il y en a même plusieurs sur mon lieu de travail, un centre d'achats, est semble-il un très bon lieu pour la chasse.

C'est ainsi que je vois clients et employés arpenter les allées du centre commercial, dès que possible, à la recherche de la prochaine bête à attraper. Je ne peux pas dire que je ne comprends pas cet engouement, je suis moi-même joueuse, mais pas à ce jeu-là. Pour toutes sortes de raisons, en commençant par le fait que je me sais susceptible d'être complètement accro, ma folie des casses-tête en faisant foi.

Une drôle de bise a cependant commencé à souffler sur cette folie vers la fin de la semaine dernière. Une autre forme de folie, tout aussi réjouissante pour ceux qui y participent. La librairie vibrait d'effervescence depuis que 14 grosses boîtes bien scellées prenaient une bon part de notre espace d'entrepôt. Les employés tournaient autour en essayant d'apercevoir un peu du contenu de celles-ci. Tout le monde a, par ailleurs, respecté l'embargo.

Beaucoup d'entre-eux, m'ont offert de rentrer plus tôt dimanche matin pour m'aider à faire la mise en place. J'avais choisi de déplacer mon quart de travail entre 7h et 15h, plutôt que de faire le 9h à 17h habituel. Ils m'arrivaient aussi avec un paquet d'idées aussi bonnes qu'inusitées pour faire une vitrine accrocheuse et jolie. J'ai trouvé cela amusant et touchant à la fois, parce que d'ordinaire, pas grand monde ne se précipite pour se lever aux aurores un dimanche matin. Sauf qu'il s'agissait ici de la sortie du dernier Harry Potter (même s'il s'agit en réalité d'un texte théâtral, plutôt que d'un roman en bonne et due forme), un personnage qui a marqué leur vie de lecteurs.

Pour un certain nombre d'entre-eux, c'est ce qui les amené à la lecture. Ou plutôt qui les a accrochés à la lecture. Ça leur avait ouvert un monde qui les sortaient des écrans cathodiques en étant au moins aussi intéressant que ce que les consoles avaient à leur proposer. Ils connaissent souvent par cœur de longs passages des romans, parlant de Harry et de ses acolytes comme s'ils étaient leurs amis intimes.

C'est ainsi qu'employés et clients se sont rués sur la librairie à son ouverture dimanche, en me disant qu'ils vivaient une grande émotion puisqu'ils retrouveraient leurs personnages favoris et qu'ils ont collectivement troqué le téléphone pour un bouquin le temps de se replonger avec délectation dans le monde créé par J.K. Rowling.

C'est ce que j'appelle de la magie.

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dimanche, juillet 31, 2016

Exagération, quand tu me tiens

Je crois que je peux affirmer que je suis née conteuse. J'ai toujours adoré les histoires, surtout celles d'avant le dodo dans ma petite enfance. Mais pas seulement. En fait, c'est une qualité que je partage avec mes frères et ma sœur. J'ai des souvenirs d'enfance, lorsqu'on se faisait garder et que nous écoutions attentivement la gardienne nous lire les albums que nous avions à la maison et que nous connaissions par cœur. Nous avions aussi beaucoup de disques qui avaient le même rôle.

J'étais tellement impatiente de pouvoir lire à mon tour pour découvrir les mots sans avoir besoin d'un adultes pour me les traduire. Pas tant parce que ce n'était pas bien fait, mais bien parce que j'étais lasse d'avoir à attendre que ce soit l'heure du conte, elle n'arrivait jamais assez vite pour moi.

Je me rappelle encore de la première fois où j'ai lu, une phrase toute seule. C'était de la magie. L'image au dessus des lettres m'aidait, bien entendu, mais j'avais décodé moi-même les signes mystérieux. Après cette première réussite, le reste a été très vite et pas tout à fait un an plus tard, je lisais un premier roman qui ne contenait presque pas d'images.

Je ne sais pas vraiment à quel moment j'ai commencé à écrire des histoires, mais je sais que je n'avais pas encore quitté l'école primaire. Même dans mes journaux intimes, j'organisais la vérité comme disait ma mère. Je la magnifiais, mais je finissais invariablement par écrire un post-scriptum qui m'expliquait à moi-même que j'avais exagéré.

Ce trait de caractère, je l'ai gardé, voire même cultivé. Le sens de l'exagération, je veux dire. Tellement que ma supérieure immédiate, dit à qui veut l'entendre, qu'il faut diviser par cinq tous les chiffres que j'avance. Tout cela pour dire que, comme j'amplifie tout, il arrive que lorsque je n'amplifie pas, les gens ne me croient pas tout à fait.

Alors, quand j'affirme que je suis aussi souple que du bois mort, je présume que la majorité des gens se gaussent un peu de l'expression sans y attacher d'importance. Sauf que c'est l'exacte réalité.

La semaine dernière, je faisais un casse-tête. Quand je tombe là-dedans, je m'y lance à fond. J'ai une table à café sur laquelle je fais aller mes doigts et mes méninges en me chantant l'air de Pruneau qui « cherche, cherche dans sa tê-ê-te, où vont les morceaux de son casse-tête ». Et je peux faire cela des heures durant. Généralement, je perds tout sens du temps. Je dois me mettre des alarmes afin d'éviter de me coucher trop tard, pour tout avouer.

Alors donc, la semaine dernière, je faisais un casse-tête et je me suis étiré un muscle en voulant aller placer une pièce dans un coin dudit casse-tête. Pas un muscle du bras ou de la main, non, ce serait bien trop normal. Non, je me suis étiré l'aine gauche. Bien comme il faut. J'ai passé trois jours à avoir toutes les peines du monde à marcher et mes nuits étaient quasi blanches (sans l'aide de mes voisins) parce qu'à toutes les fois où je roulais sur le dos en dormant, je me réveillais avec l'envie de hurler à la lune.

Fa que, la prochaine fois que vous m'entendrez dire que je suis aussi souple que du bois mort, ayez une petite pensée gentille pour ce manque de souplesse que je qualifierais, disons, d'handicapant...

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jeudi, juillet 28, 2016

Une chanson à détester

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'impression qu'une certaine pièce musicale avait été conçue uniquement pour vous tomber sur les nerfs? Dans mon cas, c'est Nothing esle matter de Métallica. Je n'ai jamais particulièrement aimé ce groupe et la toune me tombait sur les nerfs à l'époque de mon collégial, son côté sirupeux et mièvre n'avait pas su me charmer.

Une dizaine d'année après sa sortie, cette chanson est revenue me hanter, cette fois, par le biais d'une voisine en peine d'amour. En plein moins de février elle faisait jouer en boucle la foutue chanson. Pendant plusieurs jours, elle m'a presque rendue folle. Je l'avais avertie souvent, mais elle ne semblait pas comprendre qu'il y a de la basse dans cette chanson et que ça réverbère le son assez intensément. Et puis, quatre heures consécutives d'une chanson unique, ce serait assez pour tomber sur le système de n'importe qui, surtout si ça ce répète dans le temps. J'avais fini par appeler la police, de concert avec d'autres habitants de l'immeuble tout aussi tannés que moi de sa musique et des demandes polies qui n'aboutissaient à rien. Elle m'avait traitée de tout et n'importe quoi, le jour où elle avait eu une contravention salée. Mais elle avait finalement compris.

Hier soir, j'ai eu le droit à une interprétation à tue tête de tout l'album sur lequel figure cette chanson. Comme, ça avait lieu pendant les feux d'artifices, j'ai supposé que c'était la trame de la présentation de la soirée. Mais non, c'était une lubie de mes voisins anglophones. Ceux pas rassurants du tout avec le bulldog. Ils étaient audiblement très maganés. Je crois qu'il y avait quatre personnes sur le balcon (aussi bien dire dans ma chambre en terme de distance), trois gars et une fille.

Dès que les feux se sont terminés, ils ont éteint la musique, du moins, ils l'ont sensiblement baissée. C'est là qu'ils se sont mis à s'engueuler. En fait, un d'entre eux s’engueulait tour à tour avec les autres. Les gars au départ, parce qu'il n'y avait plus de bière, je pense. Un moment donné, ma voisine du dessus a voulu rentrer chez elle et les gars trop soûls lui lançaient des insanités. En autres parce qu'elles les ignoraient. J'aurais fait la même chose à sa place, franchement j'aurais eu beaucoup trop peur d'eux pour leur parler. Finalement, un mec du voisinage leur a dit que la jeune fille était rentrée chez elle et d'arrêter d'hurler comme cela parce qu'il était rendu pas mal tard pour tout le monde (il était un peu passé minuit). Et soudainement, je l'entend dire : Men! T'es un gros %$/!* de pervers! , You're a pervert! Parce que le gars en question avait décidé de se branler en public (enfin, c'est ce que j'ai compris, je ne suis pas allée vérifier ma perception ).

Après, à peu près tout le monde est parti, sauf la fille et le pervers. Il se sont engueulés copieusement jusqu'à trois heures du matin. M'empêchant ainsi de dormir. Et non, je n'ai pas appelé la police et je ne suis pas allée leur dire qu'ils étaient désagréables et dérangeants. Quelquefois, se taire est la meilleure sécurité.

Tout ça pour dire, que j'ai une raison de plus de détester cette chanson précise et que la prochaine fois que je l'entendrai, je ne pourrais pas faire autrement que de réentendre en boucle la trame sonore de ma soirée, ce dont je me serais bien passé.

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dimanche, juillet 24, 2016

Envie de bouger

Je crois bien que j'aime ça l'été. D'abord, il y a plein de choses nouvelles à expérimenter. Je suis né à l'automne de l'automne et mes premiers contacts avec le monde extérieur se sont faits dans les bises hivernales. Mes parents avaient tellement peur que j'aie froid qu'ils me mettaient milles pelures sur le dos, c'est le genre de truc de grands qui vous limite singulièrement les mouvements. Et puis, j'étais vraiment petit dans ce temps-là, je ne pouvais pas vraiment découvrir le monde par moi-même.

Mais l'été, c'est différent. D'abord, il y a le grand bain. Pas celui dans la maison, l'autre, celui de dehors. Il y a plein de monde dedans, en même temps. Des fois, Grand-mamie me tient et je bouge bien fort les bras et les jambes en avalant beaucoup d'eau au passage pendant que Maman me dit : « Nage, Zazou, nage! » Je ne sais pas trop ce que c'est que nager, mais Maman et Grand-mamie rient beaucoup et me disent plein de bravo quand mes bras et mes jambes ont tout éclaboussé autour d'eux.

Et puis, près du grand bain, il y a la petite maison. Je l'aime la petite maison. Je peux en faire le tour comme je veux. Je suis rendu super bon pour courir à quatre pattes. Je vais vite, vite, vite. C'est beaucoup plus drôle ainsi. En plus, il y a plein de choses que je peux attraper dans mes petites menottes pour me mettre tout seul, sur mes deux pieds. Ça c'est la chose la plus amusante au monde, être debout! Bien mieux que d'être pris dans une chaise ou pire encore être mis sur le dos pour changer ma couche ou mes vêtements, ça c'est vraiment, vraiment plate. Je gigote toujours beaucoup et Grand-mamie m'appelle alors « ver à choux ». Je ne sais pas ce que c'est un ver à choux, mais si ça veut dire ne pas vouloir rester sur le dos, alors je le suis.

Aussi, dans la petite maison, il y a un grand divan bleu et plein de coussins. J'aime beaucoup être sur le divan bleu parce que je peux jouer à être debout et me laisser tomber sur les fesses sans que ça fasse mal. J'ai découvert que si je me laisse tomber fort, je rebondis; ça me fait beaucoup rire.

Mais-là, je suis un peu intrigué par les adultes de mon entourage. En effet, ils me disent continuellement : «Zazou, fait ceci ou fait cela ». Moi je tousse. Je tousse très bien. Je leur montre souvent d'ailleurs. Je fais aussi des « Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr » de temps en temps, mais ce n'est pas mon intérêt. J'ai de l'énergie à dépenser, moi. C'est bien plus drôle de bouger, de me lever, de me laisser tomber, de manger tout seul (même s'il faut subir l'épreuve de la débarbouillette après), d'aller battre des bras et des jambes dans le grand bain. Faire des facéties comme « ba-ba » ou « pa-pa » ce n'est pas mon activité préférée. Je vais devoir m'y mettre, je présume, mais je vais marcher avant, par exemple.

De toute manière, tant qu'a faire des sons, j'aime beaucoup mieux chanter. Je le fais tous les soirs avec Maman ou Papa. Après l'histoire, ils me chantent toutes mes chansons préférées et j'en ai beaucoup. Je ne veux jamais m'endormir; tout d'un coup que je manquerais quelque chose, mais à la fin, je me rends et je chante avec eux. Très fort, jusqu'à ce que je m'endorme, épuisé.

Oui, j'aime ça l'été, découvrir le monde qui m'entoure aussi.

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mercredi, juillet 20, 2016

Chapeau, Melon

Je dis souvent que ma première amie a été ma cousine. Ce n'est pas tout à fait exact. En réalité, mon premier ami était Caïd, le chien de mon père qui vivait avec nous à ma naissance. Je n'en ai pas vraiment de souvenirs, sinon des impressions et je sais que j'en ai parlé longtemps après son départ pour la campagne parce qu'il ne cadrait pas dans notre appartement au premier étage d'un duplex. Je me souviens qu'il était mon ami et c'est le plus important.

Chez mes grand-parents maternels, il y avait aussi un gros chien, une chienne en réalité, qui s'appelait Cléo. Je crois qu'elle avait appartenu à un de mes oncles, mais elle vivait toujours chez mes grand-parents quand j'étais toute petite. Elle est morte, j'étais fort jeune, dans ma tête, ça coïncide avec la mort de mon grand-père, d'ailleurs, j'ai longtemps pensé que c'était son chien et qu'elle l'avait accompagné dans une espèce de déménagement qui faisait en sorte que je ne les reverrais plus jamais.

Dans tous les cas, je ne me rappelle pas avoir été particulièrement triste de ces disparitions que je ne comprenais pas vraiment. Bien heureuse insouciance enfantine.

J'ai eu plusieurs animaux de compagnie par la suite, souvent des animaux familiaux qui nous ont tous quittés, un jour où l'autre. Leurs départs ne m'aura pas touchée plus qu'il n'en faut. J'en étais venue à croire que j'avais un certain problème d'attachement avec les bêtes. Je dois avouer que je trouvais généralement que les gens exagéraient largement leurs histoires de deuil d'animaux.

Jusqu'au jour où j'ai emménagé dans l'appartement que j'habite actuellement. Il y avait alors deux chats en résidence et l'un d'entre eux m'a adoptée. Littéralement. Impossible de lui fermer ma porte, le jour comme la nuit, il devenait intenable. Notre cohabitation se passait de la façon suivante : il venait se faire flatter une minute ou deux, ensuite il se couchait sur mon lit pendant que j'utilisais le divan, idéalement sur mon oreiller pour y semer plein de poils longs. Il se déplaçait vers le pied du lit quand j'allais me coucher, jusqu'à ce que je sois endormie, alors il allait s'installer sur le divan pour terminer sa nuit. Dès que je commençais à me réveiller, le matin, je l'entendais sauter en bas du divan et je savais que je n'avais pas beaucoup de temps avant d'aller le nourrir, sans quoi il entonnait une sérénade à réveiller les morts.

J'ai pleuré ma vie quand il a fallut l'euthanasier parce que ses reins avaient cessé de fonctionner. Je l'ai cherché, vu, attendu, des semaines durant.

Aujourd'hui, c'est ma sœur et son amoureux qui pleurent un animal qui les avait adopté. Un gros chien blond, qui était, je dois le dire, un amour de chien. Obéissant, gentil, drôle, mais un peu gourmand. Tellement drôle en fait que j'ai écrit deux textes en me plaçant de son point de vue parce que sa manière de nous regarder me laissait voir une telle intelligence et un amour si inconditionnel pour ses humains que je ne pouvais pas résister à la tentation de le décrire, de raconter cet ami fidèle.

Ce soir, je ne peux que dire : « chapeau, Melon, tu auras eu une belle vie de chien, et surtout tu auras été un un super compagnon pour ceux qui t'aimaient ».

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dimanche, juillet 17, 2016

Trajectoires

C'était un de ces matins à l'aube grise. J'étais debout depuis trop longtemps et il était beaucoup trop tôt pour le commun des mortels. Les rues étaient vides, totalement désertées. Trop tard pour la plupart des fêtards pas encore couchés, mais bien avant l'heure où les bambins ne se lèvent. Pourtant, j'arpentais déjà les rues de Montréal en route vers le premier métro de la journée, pour aucune raison valable sinon que j'avais mal dormi à cause de la chaleur pesante qui lovait la ville depuis quelques jours.

Au coin des rues Amherst et Robin, deux jeunes hommes visiblement amochés étaient assis sur le bord du trottoir, les jambes bien étalées dans l'artère principale vidée de ses habituels occupants. Ils étaient beaux dans leurs approches maladroites pour se draguer. Je sentais, à distance toute l'émotion contenue dans les sourires échangés et les mains qui tâtonnaient l'espace entre elles. J'avais détourné le regard pudiquement, parce que j'avais l'impression de leur voler un moment privilégié.

Quelques pas plus loin, rattrapée par les lumières hallucinantes des néons du métro, je descendais lentement les marches bétonnée quand j'ai été dépassée par une jeune femme radioactive. Vraiment. Elle était vêtue de vert et de noir, cheveux inclus, même si une mèche blonde platine tranchait l'ensemble, évidemment volontairement. Elle portait une salopette dont les bretelles pendaient sur ses hanches et entre lesquelles on pouvait voir un panneau vert fluorescent bardé de l'insigne de la radioactivité. Elle se déplaçait à une vitesse folle, comme si elle courrait le plus vite possible pour échapper à ces éléments chimiques qui la menaçaient.

Cette vision étrange m'avait convaincue que mon insomnie passagère avait été partagée par au moins une autre personne : on ne peut pas déambuler attriqué ainsi sans s'être longuement préparé et elle n'avait absolument pas l'air d'une fille qui venait de passer la nuit debout. Mais bon, je me trompais peut-être, après tout ce n'était qu'une interprétation.

Entre elle et la guérite, il y avait, bien entendu, quelques marginaux tendant la main, mais comme la matinée était fort jeune et estivale, ils étaient beaucoup moins nombreux que durant les matins d'hiver qui ressemblent à la nuit. Mais il y avait cette femme, bizarrement allumée qui accostait tous les duos qui croisaient sa route en leur demandant ce qu'ils pensaient du bonheur et en leur offrant un poème en échange de leurs confidences.

J'avais pris la décision de sortir à la station de métro de mon enfance, pour tuer le temps, parce que je savais bien trop que si je me rendais au travail de si bonne heure, je ne pourrais faire autrement que de travailler justement. Je m'étais installée sur un banc du parc Ahuntsic pour terminer le roman qui traînait dans mon sac. J'arrivais au dernier chapitre quant un enfant d'environ six ans s'était exclamé : « maman regarde, c'est le BGG! Comme le film qu'on a vu hier! » J'avais relevé les yeux, pour voir la lumière briller dans les siens. Je lui avais tendu le livre en lui demandant : Si je te le donne, le liras-tu » Et il m'avait répondu sur un ton recueilli : « Oh oui, Madame, avec plaisir ».

Je lui avais abandonné le volume, ayant l'air d'être particulièrement généreuse, mais je savais qu'il me restait bien assez de temps pour aller chercher la fin de l'histoire dans une copie du magasin, avant le début de mon quart de travail.

C'est un vieux truc d'adulte pour partager la littérature.

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jeudi, juillet 14, 2016

Bang Bang!

J'ai dans la tête une chanson interprétée à l'origine par Cher, mais qui a été reprise en français à de multiples reprises. La version que j'aime est celle de Stéphanie Lapointe et il me semble à l'heure actuelle qu'elle est une trame de fond très pertinente. Il s'agit de la chanson Bang bang.

Malheureusement, ce qui se passe autour de nous ce n'est pas un jeu qui jette à terre, temporairement, les protagonistes touchés par les balles. Ce n'est pas non plus une métaphore pour illustrer la trahison de l'amour qui s'est éteint. C'est la violence réelle, à bout portant, qui ne fait pas de quartier.

Bizarrement, quand ça se passe aux États-Unis, même si c'est beaucoup plus près que chez-moi, je réussi à me convaincre que ça ne m'arrivera pas. Parce que, aussi absurdes, violentes, sanglantes, qu'elles soient, je peux toujours mettre ça sur le dos de l'amour presque maladif que les Américains ont de leurs armes à feu. Mon esprit reptilien peut me rassure en me disant que ces armes, au Québec sont beaucoup moins faciles d'accès et que de l'autre côté de la frontière qui longe le sud de ces pays.

Quand, par ailleurs, on s'attaque, par trois fois, à des zones éminemment touristiques, là j'ai peur. Et beaucoup de peine. Quand j'ai entendu le premier fil de presse à ce sujet, ma gorge s'est serrée et mes yeux se sont remplis de larmes.

Et puis, il y a le symbole de la date. Que l'acte soit commandité ou non, le fait que la frappe ait eu lieu le jour de la fête nationale des Français sur leur propre territoire, ça me met le cœur en charpie. Est-ce que la conclusion que je dois tirer de toute cette affaire c'est que désormais il sera interdit d'afficher quelque forme de fierté nationale sous peine d'être ciblé par des détraqués?

Je suis lasse de cette violence, lasse de la peur. Lasse de la planète que nous donnons en partage aux générations futures. Lasse des désenchantements.

Et surtout lasse du claquement brusque des fusils qui se déchargent pour tuer des gens aussi innocent que moi, mais qui étaient à la mauvaise place au mauvais moment.

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dimanche, juillet 10, 2016

Revendiquer le réel

Je suis la fille de mes ancêtres et porte en moi quelquefois leurs traits, leurs qualités, leurs défauts, leurs valeurs, leurs cultures, l'éducation qu'on m'a offerte et bien d'autres choses encore.

Je puis en reconnaître l'essence, la valeur et même l'importance dans mon propre cheminement. Mais je crois que je suis devenue ce que je suis à travers les mes expériences, les décisions que j'ai prises qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Peut-être même que j'ai pris plus de pouces dans ma croissance identitaires à travers mes échecs que j'ai pu en prendre à travers mes réussites. J'ai essuyé beaucoup d'échecs. Scolaires en premier lieu. Tellement que je me suis longtemps perçue comme pas très performante dans ce domaine et personne n'a été plus surprise que moi de réaliser qu'en fait, je me classais largement au dessus de la moyenne en terminant mon baccalauréat.

J'ai aussi connu mon lot de travers professionnels. Mes ascensions ne se sont pas toutes faites en lignes droites. La plupart du temps, cependant, j'ai remis l'épaule à la roue, admettant mes erreurs, mes travers pour mieux les faire évoluer dans le sens où je me voyais aller. Ça n'a pas souvent été facile, mais je l'ai fait du mieux que je le pouvais.

J'ai eu ma part d'échecs amoureux aussi. Mon célibat plus que prolongé en faisant foi. Malgré les pressions sociales je suis restée fidèle à mon âme romantique quitte à ne pas trouver de compagnon de vie parce que je n'avais pas envie de troquer les conventions à l'Amour, celui que l'adolescente que j'ai été l'avait rêvé.

Je me sais largement plus encline à avouer mes défauts qu'à m'accorder du crédit. J'ai le censeur intérieur qui parle bien fort et qui se ligue souvent avec un syndrome de l'imposteur. Surtout quand j'écris. Je suis émue jusqu'à la moelle quand on me fait des compliments sur mes textes, même s'il m'arrive régulièrement de ne pas vraiment y croire. En tout cas, pas sur le coup. Il me faut parfois du recul avant de pouvoir regarder un texte dans le blanc des yeux et lui dire qu'il n'est pas si anodin que cela, au bout du compte.

Alors quand on me dit que mon talent je le dois à telle ou telle personne de mon arbre généalogique, ça me tue. Bien entendu, je ne suis pas la première de ma lignée (directe ou indirecte) à manier la plume et j'espère que je ne ne serai pas la dernière à le faire non plus. Sauf que je me suis frayé un sentier à force de mots, de persévérance et de sensibilité. Donc, quand on m'annonce que mon talent vient des autres, j'ai l'impression de me faire spolier mon être pour qu'il soit remis à ces gens qui partagent ou ont partagé avec moi, ce moyen d'expression.

Je suis reconnaissante de tous les dons qui m'ont été faits avant ma naissance, mais je revendique ma propre manière de dire le réel tel que je vis.

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jeudi, juillet 07, 2016

Le problème avec l'imagination

Mettons les choses en perspective, avant de débuter : je sais que ma sœur est une super maman et que ma mère est une fantastique grand-maman. Je n'ai absolument aucun doute sur ces deux assertions.

Hier, j'avais un rendez-vous chez le dentiste aux aurores. Vraiment. Pour un nettoyage annuel que je n'avais pas eu depuis un peu plus de vingt ans, si mes calculs sont exacts. En plus, je travaillais, la veille jusqu'à 21h00, ce qui m'a amenée à m'endormir quelque part entre minuit et une heure du matin. Alors mettons que le réveil à 5h45, était plutôt abrupt.

Il existe peut-être quelques personnes parmi mes lecteurs qui ignorent que je suis une fan finie de tennis depuis des années et que je suis particulièrement fan d'un certain tennisman canadien depuis qu'il est sorti des rangs juniors. C'est Wimbledon en ce moment, alors je passe mes journées de congé rivée à l'écran parce que j'aime ça. Donc, en revenant de chez le dentiste, la fatigue au corps, j'ai écouté la fin de match de mon joueur et débuté l'écoute du suivant, sur lequel, je me suis endormie.

Je ne garde que rarement des souvenirs de mes rêves nocturnes, mais lorsque je fais la sieste, j'en garde presque toujours toute l'intensité.

Ainsi, durant cette sieste, aussi imprévue que nécessaire, j'ai rêvé. J'ai rêvé que ma sœur avait perdu son bébé à la piscine. Dans mon imaginaire déglingué, c'était la piscine trois pieds du Centre-Claude-Robillard. Je serais fort surprise d'apprendre que ma sœur et mon neveu y soient allés depuis la naissance de celui-ci. M'enfin... Donc elle avait perdu son bébé. Simplement, comme ça. Elle l'avait mis à l'eau et ne s'en était pas préoccupé plus qu'il ne le faut. Exactement comme quand on perd une chaussette en faisant le lavage.

Toujours dans mon rêve, je n'avais été avisée de la perte quelques 10 jours après l'événement que personne (c'est-à-dire, ma mère et ma sœur) ne semblait faire grand cas. Et moi je pleurais et je pleurais. Je demandais à ma mère pourquoi on ne m'avait pas informée de la disparition du poupon et elle m'avait répondu : « c'est pas grave, Jean-Lou n'est pas perdu ». Qui était Jean-Lou? Je n'en avais pas la moindre idée. J'en connais bien quelques uns, mais ça faisait fichtrement longtemps que je ne leur avais pas consacré une pensée. J'avais posé la question à maman qui m'avait répondu que c'était un enfant que ses parents touchaient. J'avais rétorqué, de manière véhémente, que mon neveu était régulièrement touché, et ma mère m'avait répondu que ma sœur était négligente avec ses affaires.

Je me suis réveillée là-dessus. Avec les joues marbrées de sillons de larmes, le cœur battant à cent milles à l'heure et les idées totalement confondues. Pour moi, ce rêve était la réalité. Et ça m'a pris quelques minutes avant de comprendre,que rien n'était plus faux. Il aura fallut que mon cerveau embrumé se raccroche au fait que ma sœur avait mis une photo sur les réseaux sociaux, entre la soit-disant perte de son enfant et ce matin-là, pour que me raccroche à cette image et que je me sente enfin soulagée pour la santé et la sécurité de mon neveu.

Depuis, j'ai reçu deux photos et une vidéo du plus beau petit garçon du monde et mon imaginaire débridé est complètement rassuré.

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