dimanche, juin 25, 2017

Fêter Francis

Hier c'était la fête de Francis. C'est vrai! Il y avait un gâteau avec du feu dessus. Mais bizarrement, Francis n'était pas là et c'est Papa qui a soufflé le feu. Francis n'était pas là, mais il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde à la maison. Quand je me suis réveillé après ma sieste, je suis allé dans la cours parce qu'il faisait beau et j'ai vu tout plein de gens avec des amis pour moi. Il en avait plus qu'à la garderie. J'avais un peu envie de jouer avec eux, mais en même temps, je n'en avais pas tant envie. Ils criaient, riaient, courraient partout et je trouvais qu'il n'y avait plus beaucoup de place pour moi. Alors je me suis assis sur les marches de la galerie et je les ai regardé s'amuser pensivement.

Un moment donné, il y a des gens qui sont partis alors-là, j'ai trouvé qu'il y avait juste assez d'espace pour que je puisse jouer à mon tour. Alors j'ai couru, couru, j'ai rigolé, j'ai tourné, je suis même allé voir la piscine, j'ai joué avec les amis qui étaient restés. Maman dit que j'ai dépensé tout mon fou. Après, j'ai mangé un popsicle au yogourt, c'était si bon! Et quand les autres sont revenus, je suis retourné m'asseoir sur ma marche et j'ai recommencer à observer. J'apprends beaucoup en regardant tous ces enfants vous savez. Fa que même si j'étais pas mal tout seul dans mon coin, j'étais furieux quand Maman a décidé qu'il était temps d'aller me coucher.

Et puis, aujourd'hui, on allait chez Grand-Mamie, encore pour la fête à Francis. Mais cette fois, il était-là. Je l'ai dit à Tatie en arrivant : «  Sancis, feu, bâton ». Elle ne comprenait rien du tout à ce que je lui disait, alors Maman lui a expliqué que je lui parlais des chandelles et du gâteau. Je parle beaucoup maintenant, mais des fois, un mot veut dire plusieurs choses. Patate, par exemple, ça veut dire tous les légumes que j'aime, c'est pareil pour poulet et saucisse, ça désigne la viande dans mon assiette. Gâteau, bateau et bâton se mélangent un peu dans ce que je raconte. Il faut juste suivre mon idée pour comprendre ce que je veux dire.

En plus d'avoir appris plein de mots depuis la dernière fête de Francis, maintenant, je sais comment faire des culbutes tout seul. J'ai étendu des coussins par terre et j'ai montré à Tatie et à Francis à quel point je suis agile. Ils ont beaucoup applaudi en disant : « Bravo Zazou! » Ensuite j'ai demandé à Maman de chanter Meunier tu dors et j'ai fait ma toute nouvelle chorégraphie qui consiste à me balancer tranquillement quand la chanson va lentement et à tourner vite, vite, vite pendant le bout rapide.

Et le moment que j'ai préféré, bien entendu, c'était quand on a apporté le gâteau. Je voulais le donner à Francis, mais c'est Papa qui l'a eu. Je ne comprends toujours pas pourquoi. En plus il avait des beaux cadeaux à ouvrir, et je suis rendu tellement bon, que je les ai ouvert pour lui avant qu'il ait eu le temps de s'y mettre. Je n'ai pas trouvé que c'était très intéressant ce qu'il y avait dedans, mais Papa avait l'air content. Il est bizarre comme ça papa des fois. Et après, on a chanté les chansons, mais ça ne m'intéressait plus autant qu'avant, ce que je voulais c'était souffler les bougies. Et je l'ai fait, deux fois.

Quand je suis parti, j'ai fait des bisous à tout le monde et des beaux câlins aussi. Depuis, je me demande c'est quand la prochaine fête de Francis. Bientôt j'espère

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jeudi, juin 22, 2017

Le retour de tous les dangers

Je suis sortie du travail par une soirée idéale pour faire du vélo. Par conséquent, c'est le moyen de transport que j'ai choisi d'utiliser pour rentrer à la maison. Mon voyage de retour allait en être un de tous les dangers, ce que je ne pouvais décemment pas deviner avant d'enfourcher le Bixi.

Une des choses que j'apprécie de ce moyen de transport, c'est qu'il est très bien illuminé. Je ne sais pas si vous avez déjà croisé un Bixi la nuit, mais ce genre de bête brille de tous ses feux des que les pédaliers sont en mouvement, il est donc particulièrement difficile de ne pas les voir. Et pourtant, ce soir, j'ai failli me faire renverser par des voitures trois fois plutôt qu'une et je sais que les conducteurs m'avaient vue.

Je suis une cycliste prudente et bien élevée. Je m'arrête aux lumières rouges et je fais mes stops Souvent je me dis que je suis bien la seule cycliste de Montréal à en faire autant, si j'exclue les petites familles qui roulent sur les pistes cyclables, mais elles sont plutôt rares un mercredi soir après 21heures. Depuis le mois qui me fait revivre mon plaisir de circuler à dos de vélo, j'ai choisi un itinéraire largement semé de voies cyclables.

En empruntant la rue Laurier, dans la voie cyclable, je me suis fait cavalièrement coupée par une voiture qui a décidé de sauter sur une place de stationnement disponible sans qu'elle ai même daigné utiliser ses clignotants. Si j'avais été le moindrement inattentive, c'en était fait de moi.

Presque arrivée au parc La Fontaine, une moto a surgi d'une ruelle, bondissante et tonitruante et est tournée en sens inverse de la circulation et si je n'avais pas donné un violent coup de guidon à droite, elle me rentrait dedans de plein fouet. Rendue-là, je me demandais sérieusement si je n'avais pas un vélo défectueux dont les lumières ne fonctionnaient. J'ai rapidement été rassurée à ce sujet, puisqu'en m'engageant dans une petite rue résidentielle perpendiculaire à la mienne, tous les lampadaires se sont soudainement éteints. Je me suis retrouvée dans une rue d'un noir d'encre, qui me faisait penser à la tanière d'un loup, je ne voyais rien si ce n'était une roue devant moi, gracieuseté des lumières,très visibles, de mon véhicule.

J'étais presque arrivée à l'espace de stationnement que j'avais sélectionner avant de partir, au beau milieu d'une pente abrupte quand une voiture de livraison s'est stationnée en double à quelques cents mètres devant moi pendant qu'un gros camion était à peu près à ma hauteur. J'ai été très heureuse de constater que les freins de mon véhicule fonctionnaient très, très bien.

J'ai retenu deux choses de ce périple : premièrement, plus jamais je n'enfourcherai un vélo sans casque, le mien est désormais attaché à mon sac à main. Deuxièmement, un moment donné une fille se dit que les sensations fortes sur le chemin du retour, c'est bien agréable de temps en temps, mais qu'il y a un moment ou c'est juste trop.

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dimanche, juin 18, 2017

Un détour par le 125

Une petite pluie fine tombait sans réelle interruption depuis que j'étais levée. J'avais donc résolu d'abandonner le projet vélo pour me rendre au métro. Je devais, par ailleurs, aller porter mes emprunts à la bibliothèque et je comptais bien flâner un moment entre les rayons afin de mettre la main sur autre chose avant de me rendre au travail. Parce que oui, j'emprunte des livres en plus d'en vendre quotidiennement. Je ne travaille pas dans ce domaine sans raison.

Mais la rue Ontario durant l'été, depuis trois ans au moins, en tout cas, c'est l'horreur pour les piétons et usagers des transports en commun. Les arrêts deviennent aléatoires et les hordes de camions bloquent la vue empêchant de savoir si oui ou non un autobus est sur le point de pointer son nez. Et la ligne 125 est probablement la moins fiable qu'il m'ait été donné de fréquenter de toute ma vie. Bref, j'étais arrivée un bon cinq minutes avant l'heure prévue de passage et une dame attendait déjà l'autobus avec une poussette dans laquelle souriait et babillait allègrement un petit garçon d'environ six moi. Après tout, si sa maman était incommodée par la pluie, lui était bien au sec et heureux comme tout d'être dehors.

Évidemment le fichu autobus était arrivé avec 15 minutes de retard. Par conséquent, non seulement la ligne s'était-elle singulièrement allongée, mais en plus il était plein. La dame a la poussette m'avait précédée dans l'engin, mais n'arrivait pas à aller plus loin que la station de paiement. Non, ce n'était pas si plein, mais un couple de jeunes vingtenaires était empilé l'un sur l'autre sur le premier banc et un gros sac de sport prenait toute la place dans l'allée. Ils la regardaient sa comprendre jusqu'à ce qu'elle demande : « pouvez-vous déplacer votre sac svp?» Et le gars avait répondu : « Ben, non, yé lourd». J'avais donc empoigné les roues avant de la poussette pour permettre à la dame de lui faire enjamber l'obstacle.

Sauf qu'il y en avait d'autres : quatre autre poussettes, rien de moins. Nous avions tant bien que mal réussi à caser sienne entre deux autres, elle m'avait gratifiée d'un joli sourire, un peu penaud, tandis que les ceux qui nous suivaient poussaient des soupirs exaspérés comme si le contretemps de la poussette était, de loin, plus irritant que celui du sac de sport avachi dans l'entrée tandis que je hochais la tête, un peu découragée, en grimpant les deux marches qui menaient à l'arrière de l'autobus.

Bien entendu, le retard de l'autobus avait considérablement rogné mon temps de flanâge à la bibliothèque, assez pour que je renonce complètement à m'y mettre. Mais surtout assez pour que je me dise que désormais, les jours de pluie, il vaudrait beaucoup mieux pour moi de prendre mon mal en patience et de marcher jusqu'au métro plutôt que d'espérer que la ligne 125 puisse me permettre de prendre un quelconque raccourci.

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jeudi, juin 15, 2017

Sortir des oeillères

Ça faisait bien longtemps que je ne l'avais pas vu. Assez en tout cas pour que l'image de l'homme qui se dressait devant moi semble tanguer quelques temps, dans une foule de souvenirs assez flous et que je n'arrivais pas à arrêter pour en tirer quelque netteté. Je lisais dans ses yeux la même confusion perplexe qui s'était épanouie en sourire franc quand l'hôte du moment avait annoncé mon nom. C'est dans le sourire que j'ai reconnu le jeune homme que j'avais un peu connu, quelques vingt ans plus tôt et que je n'avais pas recroisé depuis au moins une dizaine d'années.

Je savais qu'il en avait vu de toutes les couleurs depuis notre dernière rencontre. Déjà que celle-ci me laissait une impression d'étrangeté et je n'étais pas certaine qu'elle soit tout à fait fiable étant donné que sa maladie s'était déclarer quelques mois plus tard. Me connaissant, je me doutais bien que mes souvenances s'étaient probablement mêlés de récits postérieurs et que j'avais tout mélangé, sans le savoir ni vraiment le vouloir, pour modeler mes souvenirs de la soirée en question.

Je n'avais nullement l'intention d'aborder ce sujet de front, surtout qu'il y avait là un paquet de gens que je ne connaissais que peu et j'imaginais bien que c'était la même chose pour lui. Je me voyais donc mal aborder la maladie mentale devant des presque inconnus, surtout qu'il ne s'agissait pas de la mienne. Mais il l'avait fait, de lui même. Il avait répondu très honnêtement à la question générale que je lui avait posée. Je n'en étais pas si surprise parce que c'était, somme toute, son quotidien. La schizophrénie ayant plutôt l'habitude d'être tenace et omniprésente.

Sincèrement, il avait l'air bien, même si selon ses propres dires, il avait passé quelque chose comme dix ans avec une vie entre parenthèse, incapable de s'occuper comme la plupart des gens, incapable de travailler normalement. Mais il était fier de lui, et à raison, parce qu'il avait réussi à conserver le même appartement depuis de nombreuses années. Il m'avait glissé, l'air de rien, qu'il avait, un temps au moins, vécu l'itinérance et qu'il était bien content d'en être sorti. Son regard sombre s'était alors vissé au mien et il m'avait demander de lui promettre de ne jamais mettre l'obole dans les mains que l'on tendait forcément devant moi, vu l'endroit ou je réside. Je lui avais répondu que je ne le faisais pas de toute manière. Il m'avait alors répondu : «Bien, bien, alors continue » sur le ton d'un professeur faisant comprendre à un élève que le chemin de la réussite serait tout près, si ce dernier se donnait la peine de persévérer.

De tout ce qu'il m'avait dit ce soir-là, une seule chose m'avait réellement laissée sans voix. Il était convaincu que sa maladie était beaucoup moins pire que la mienne parce que moi, je n'avais pas pu l'apprivoiser pendant des années. Elle était arrivée comme un bulldozer et était repartie sans tambour ni trompette me laissant seule avec des lambeaux de moi tandis que la sienne serait toujours-là et qu'il aurait continuellement la possibilité de s'obstiner avec.

Question de point de vue, je présume. Une chose est certaine, ça m'aura permis de lever un coin de voile sur une réalité que je ne connais, ne comprends ni ne mesure vraiment.

La vie, en somme, a encore beaucoup à m'apprendre, pourvu que je me sertisse pas d’œillères ni de trop de préjugés.

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dimanche, juin 11, 2017

Sillonner le plaisir

Je crois que j'avais oublié à quel point j'aime faire du vélo au cours des dernières années. Pourtant, je sais de longue date que c'est pas mal le seul sport que je pratique avec plaisir. Adolescente, je passais des journées entières à sillonner les pistes cyclables du nord de l'île avec des amies, faisant ainsi passer le cours d'une journée de fin de semaine, l'air de rien.

C'est un peu comme l'écriture, quand je ne le pratique pas, je me convainc de toutes sortes de façons que ça ne me manque pas, mais dès que je me remets en selle, je ne peux faire autrement que de constater que je me fais très plaisir quand j'avale les kilomètres à coups de pédales.

Lorsque j'ai décidé de m'abonner à Bixi, je me disais que je reviendrais à la maison, lorsque le cœur m'en dirait à vélo, et que ce serait très bien ainsi. J'en suis assez loin. En fait, je crois que j'ai en un mois, rentabilisé mon abonnement. Rien ne me déçoit davantage qu'un matin de pluie quand je ne peux pas enfourcher de bolide pour me rendre au métro Berri. Il me semble alors que la journée part sur des bases qui tanguent.

Évidemment, comme je n'ai pas vraiment pratiqué de sport, quel qu'il soit, durant les dernières années, cette remise en forme, me rendre inévitablement dans le corps. Je refais connaissance avec un certain nombre de muscles que j'avais oublié avec insouciance. Surtout qu'un Bixi, par définition, doit être utilisable par un paquet de personnes ayant des formats fort différents. Comme je ne suis pas très grande, je trouve que les guidons sont très larges. Les muscles de mes épaules itou. Ce qui ne m'empêche pas de récidiver quotidiennement et de redescendre allègrement du Marché Jean-Talon à la maison, même si je dois souvent marcher assez longtemps avant de trouver un vélo pour trouver vélo à mon pied.

Mais hier, je me sentais paresseuse en finissant ma journée. J'ai donc pris le métro au lieu du vélo. Pourtant, il faisait beau, je n'avais donc aucune raison valable, si ce n'est l'espèce d'effervescence que je sentais autour de moi, comme si les différents festivals en cours, ajouté à la foule de la formule 1 composait un joyeux pot-pourri de passants aux comportements routiers, disons aléatoires.

Ce matin, je me sentais bouette et lourde. Je n'étais pas contente de moi parce que j'avais choisi de paresser. Alors j'ai décidé de monter au travail en vélo. N'étant pas complètement maso, j'ai tout de même choisi de marcher jusqu'à la station sur Sherbrooke, il y avait 8 vélos disponibles à ma sortie de la maison. Évidemment, ils s'étaient tous envolés avant mon arrivée, mais j'en ai trouvé un pas tellement plus loin.

Il faisait chaud aujourd'hui. Dire que je suis arrivée au travail en nage, tient de l'euphémisme. N'empêche que je me suis sentie particulièrement énergisée et fière de moi, considérant au bout du compte que d'avoir eu à me passer à peu près trois litres d'eau au visage avant de pouvoir commencer à travailler.

Tout cela pour dire que, franchement, je ne devrais jamais arrêter de faire les choses que j'aime, quelles que soient les raisons que je m'invente pour cesser de les pratiquer. Parce que je me rend invariablement à l'évidence que ces petites choses sont des assises solides pour que je me sente bien. Et, ça, ça n'a pas de prix.

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jeudi, juin 08, 2017

Apprivoiser la boîte

Une des choses que j'aime le plus au monde, c'est les trucs qui font de la lumière quand on pèse dessus. Sauf que mon accès à ces choses est très limité. Maman et Papa me disent toujours : « Non Zazou, ce n'est pas un jouet pour toi ». Mais eux, ils jouent toujours avec ces choses-là et je veux faire comme eux. Alors dès que j'ai une occasion, je les attrape et je pèse sur tous les boutons jusqu'à ce que je me fasse attraper. Ce qui arrive invariablement, très, très vite.

En fin de semaine, j'ai fait dodo chez Grand-mamie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais content parce qu'on joue beaucoup ensemble. Et puis, quand je fait dodo chez Grand-mamie, je l'ai pour moi tout seul, pas de cuisine interdite, pas de longs repas qui s'étirent et s'étirent même après que tout le monde ait terminé de manger. Mais pas de chansons de bon anniversaire non plus. Sauf que Grand-mamie a des musiques juste pour moi et on les écoute ensemble, ça c'est chouette.

Et puis, quand je suis tout seul avec Grand-mamie, ça me donne un instant de plus pour jouer avec les trucs qui font de la lumière quand on pèse sur les boutons. Parce que c'est un adulte qui me surveille de moins qu'à la maison. Un de ces machins-là, je vois les grands les utiliser beaucoup. Ils les mettent près de leurs oreilles et ils parlent. Papa le fait beaucoup. Moi, je veux faire comme papa. Alors, pendant que Grand-mamie regardait ailleurs, par un beau matin ensoleillé, j'ai appuyé sur pleins de boutons, ça faisait des drôles de bruits et je parlais, comme Papa.

Et puis, j'ai été un peu surpris parce que j'entendais « dring, dring » pendant que parlais. Je trouvais ça un étrange, mais j'ai continué à parler. Et là, j'ai entendu « Allo? » Mais, c'était mon tour de parler, alors j'ai continuer à raconter ce que j'avais fait depuis que j'étais levé. Étrangement, j'ai entendu Tatie dans le truc qui fait des sons et de la lumière. Elle a dit : « Allo Zazou! Tu me téléphone? Comme c'est gentil! » Euh? Je ne savais pas de quoi elle parlait. Et de toute manière, ce n'était pas le jeu. J'ai regardé Grand-mamie, sans comprendre. Elle a attrapé le machin et se l'est placé contre l'oreille. Fini le jeu pour moi... J'étais déçu, mais je suis rapidement passé à autre chose. Il y a toujours plein de choses intéressantes autour de moi.

De temps en temps, Grand-mamie me remettait le truc sur l'oreille et j'entendais Tatie qui me disait « Allo Zazou! » Moi, je regardais la petite boîte qui me semblait soudainement très étrange, parce que c'était supposé être moi qui parlais, pas la boîte avec la voix de Tatie.

J'ai fini par me dire que si la boîte avait la voix de Tatie, mon oncle ne devait pas être bien loin; je les voix pratiquement toujours ensemble. Alors je j'ai pointé la boîte qui était toujours collé sur l'oreille de Grand-mamie et j'ai dit très distinctement « Sancisssssssssssssssss ». Parce que si personne je le savait à l'origine, sauf moi, c'est à lui que je racontait mes dernières aventures. Il écoute si bien ce Francis-là, il ne me pose jamais de questions pendant que je discute. Ça fait longtemps que j'ai compris que si je veux pouvoir parler, c'est à lui que je dois m'adresser.

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dimanche, juin 04, 2017

Le pharmacien

C'était un jeune homme dont les yeux bleus-gris illuminait un visage mangé par une barbe très forte. Il semblait un peu hésitant, voire un peu timide tout en dégageant ce genre de charisme très rare qui vous colle au plancher. Pas un charme à caractère sexuel, non, le genre de charme des leaders naturels qui le portent sans trop le savoir et peuvent avoir une grande influence sur leur entourage. Il portait un de ses survêtements confortable, d'un gris clair, comme d'autres auraient arboré un habit cravate. En somme, il ressemblait à n'importe quel jeune universitaire qui fréquente le Marché Jean-Talon.

Il voulait avoir des livres sur des médicaments, quelque chose de récent, car disait-il, il était pharmacien et que les normes ici n'étaient pas nécessairement celles auxquelles il était habitué. Durant le bref moment qu'aura duré notre rencontre, j'ai eu l'occasion d'apprendre beaucoup sur lui. Il semblait très gêné de ne pas maîtriser parfaitement le français, et s'excusait constamment d'avoir à utiliser des mots bien simple en effectuant des rallonges de langage pour exprimer ce qu'il avait à dire.

Pour ma part, je trouvais son français plus que convenable, ayant eu maintes fois à discuter, surtout dans cette nouvelle succursale, avec des gens qui ne savent que dire « s'il-vous-plaît » et « merci » et à peine s'exprimer en anglais. Je savais qu'il existait un livre qui répondait à peu près à ce que le jeune homme cherchait et j'avais été tout à fait surprise de le trouver en rayons étant donné que c'est un ouvrage très spécialisé et ce genre de volume n'est pas coutumier des très petites succursales, comme la mienne.

L'édition présentement en circulation datant de 2006, le client craignait un peu que les données qu'il contenait ne soient pas tout à fait assez à jour pour ses besoins. J'avais beau lui dire que c'était largement encore utilisé dans les facultés de médecine, il restait dubitatif. Et comme tous les ouvrages de ce genre, il était cher. C'est finalement le prix qui l'avait décidé à ne pas l'acheter, et qu'il m'avait expliqué qu'en tant que réfugié Syrien, il n'avait vraiment pas les moyens de dépenser une telle somme pour un livre.

J'avais été saisie. Je lui avais alors demandé depuis combien de temps il parlait le français. Il avait ri avant de rétorquer, qu'il essayait bien fort de parler ma langue depuis un peu plus d'un an. Il était arrivé par le parrainage d'une communauté religieuse, ou quelque chose s'en approchant, et n'avait jamais dit un mot en français avant février 2016. Il me répétait sans cesse que le français était si difficile et recommençait à s'excuser de le massacrer à tout vents.

Moi, je restais ébahie. Qu'un jeune homme ait pu apprendre à se faire si bien comprendre dans une langue très éloignée de celle qu'il avait parlé toute sa vie, sans jamais utiliser ne serait-ce qu'un mot en anglais, utilisant plutôt des synonymes à sa portée, me laissait pantoise.

Je ne sais pas de quoi son parcours parmi nous sera fait, mais sincèrement je souhaite fortement qu'il réussisses ses études ou ses équivalences pour devenir pharmacien ici. Parce qu'une personne comme celle-là mérite pleinement d'avoir un avenir fait d'autre chose que de petites misères et autres stigmatisations qui sont le lot de beaucoup de personnes fraîchement immigrées, malheureusement.

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mercredi, mai 31, 2017

Déconfiture

Quelquefois, je me dis que je suis passablement innocente en ce qui concerne la technologie. Comme chacun le sait, j'écoute continuellement la radio d'Ici Première. Par conséquent, ça fait des lunes que j'entends causer de toutes sortes de baladodiffusions qui semblent plus stimulantes les unes que les autres. Et comme j'ai des horaires très variables, je manque souvent des émissions qui me plaisent ce qui fait que j'ai fini par m'abonner auxdites balados. Dans ma très grande naïveté, je croyais que celles-ci étaient stockées sur mon appareil et fonctionnaient un peu comme un enregistrement musical. Que nenni, aie-je appris à mes dépends : ça prend de la bande passante ces petites bêtes-là. Aussi me voici actuellement, avec 18 jours encore à faire sur mon forfait de téléphone avec plus (dans le sens de zéro) de données.

Parallèlement à cela, j'ai obtenu ma clé Bixi il y a une semaine et depuis je frétille quotidiennement en utilisant ce service. Il m'est si agréable de prendre un vélo, devant la maison, le matin pour me rendre au métro Berri, gagnant ainsi un temps précieux dans mon transport. Et puis surtout, je reviens à la maison en vélo, du moins, quand la température le permet. Mais bon, le Bixi demeure un service de transport en commun et en libre service, ce qui implique forcément qu'il y a un paquet de petits irritants potentiels.

Ce matin donc, j'avise un beau vélo tout neuf, cuvée 375e anniversaire (donc mis en service le 17 mai dernier). J'aime bien les nouveaux vélos parce qu'ils ont sept vitesses plutôt que trois et que cela facilite les montées. Bon d'accord, je ne monte pas grand chose pour me rendre à Berri, néanmoins, c'est ce vélo que j'ai choisi. Mal m'en pris. Sitôt déverrouillé, je m'aperçoit que le vélo a une crevaison sur le pneu avant. Visiblement, la tripe est fendue d'un bout à l'autre. Évidemment, je ne pouvais pas remettre le vélo dans les bornes où je l'avais pris. Je me suis donc rendue à la borne la plus près, tant bien que mal et j'ai essayé de verrouiller la chose. Rien n'y fait. Je commence à être un peu découragée, comme il se doit, et je continue mon chemin vers la prochaine borne. Pas plus de succès. Et comme mentionné en début de texte, je n'ai plus de données sur mon téléphone et je commence à avoir vraiment peur de ne pas être capable de remettre le vélo à une borne avant la fin de ma période de gratuité.

Les nerfs en boules, je tourne sur une petite rue au coin de laquelle je sais qu'il y a une borne et je vois un technicien Bixi en train de monter un vélo abîmé dans son camion. Me sentant sauvée, je vais le voir et lui explique mon problème. Le gentil monsieur m'explique que je ne suis pas capable d'encrer le vélo parce que le pneu est tellement bas qu'il ne rejoint pas le mécanisme de verrouillage. Il le verrouille, pour libérer mon utilisation. Il reste bien un vélo, que je peux pas utiliser parce que trop peu de temps s'est écoulé entre la fin d'une utilisation et le début d'une autre. J'étais, pour dire le moins, déconfite. Mais le gentil technicien m'a déverrouillé un vélo pour me permettre de me rendre a destination. Sauf que, lorsque j'y suis arrivée, il n'y avait plus de borne à l'endroit où j'en ai toujours vue une durant les dernières et où j'ai garé les vélos toute la semaine passée. Punaise...

Revenant sur mes pas, j'ai garé le vélo à quelques 200 mètres et je me suis rendue au métro. Résultat, j'ai mis 27 minutes pour me rendre à Berri ce matin. Itinéraire qui dure 20 minutes à pieds ou 6 a vélo. Comme j'ai une trouille indescriptible d'être en retard dans la vie, j'ai fini par arriver au travail juste à l'heure, mais franchement, je ne peux pas dire que mon expérience matinale du vélo en libre service fut concluante.

N'empêche qu'en voyant le beau soleil à ma sortie du magasin ce soir, j'ai récidivé et j'ai pédalé jusqu'à la maison. Mais j'ai vérifié l'état des deux roues avant de choisir mon véhicule...

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dimanche, mai 28, 2017

Gérer mes extensions

J'ai toujours eu de la difficulté à gérer mes extensions. Comprendre par-là que j'ai une certaine tendance à oublier un paquet de trucs un peu partout, surtout des affaires utiles. Toutes les personnes qui me connaissent, dans mon quotidien. vous diront que je dois souvent revenir sur mes pas, parce que j'ai oublié mes clés sur le bureau en quittant et que je dois ouvrir le lendemain, et autres petits détours du même genre. Gérer mon téléphone fut un long apprentissage : penser quotidiennement à le mettre dans mon sac ou mes poches avant de quitter maison ou travail, n'a pas été facile. Combien de fois, particulièrement quand j'avais un rendez-vous amical tout de suite après le boulot, me suis-je aperçue que mon téléphone était resté quelque part à la maison et que j'étais rendue beaucoup trop loin pour revenir sur mes pas? Je ne saurais le dire.

Et voilà que dans ce fabuleux mois de mai que je viens de vivre, je me suis munie d'une autre extension. En effet, j'ai enfin décidé de changer mes lunettes. Je portais la même paire depuis 10 ans. Et si j'ai beaucoup aimé ces lunettes, je savais depuis longtemps qu'elles étaient plus que dues. Quand le métal est rongé, on peut dire que l'objet a atteint le bout de sa vie utile. Mais bon, remplacer ses lunettes n'est pas donné et j'ai préféré, dans les dernières années, investir dans des voyages, histoire de me changer le mal de place. Et puis, ma vue ne s'est pas dégradée durant toutes ces années alors à tout prendre, je préférais m'épivarder sous d'autres tropiques plutôt que d'investir dans des lunettes.

Sauf que, changement de prescription ou pas, je commençais à craindre que ces appendices finissent par se rompre au moindre choc et que je trouvais que le look papier collant sur l'arrête du nez ne serait pas des plus seyant. J'ai fini par faire affaire avec une lunetterie qui offre un deux pour un et je me suis ainsi procuré une paire de lunettes soleil adaptée à ma vision. C'est la première fois que j'en ai et je dois dire que ça fait une agréable différence de voir quelque chose quand on se protège les yeux du soleil.

Mais bien entendu, cela suppose une nouvelle extension à gérer. L'étui de mes lunettes soleil à l'air d'un gros portefeuille obèse moucheté comme la fourrure d'un léopard. Il n'est ni subtil, ni discret. Quel que soit l'endroit où je le pose, je le vois. Ce qui ne m'empêche aucunement de l'oublier un peu partout. Encore hier soir, je suis partie de chez une amieS en le laissant sur la table de la cuisine, lunettes solaires incluses. Évidemment, aujourd'hui, il fait un soleil radieux, rien que pour narguer ma tête de linotte...

Dans le bureau de la direction à Laval, j'avais une liste au mur qui me rappelait de vérifier que j'avais bien mes clés de bureau, celles de la maison, mon baladeur, mon téléphone et les bonnes chaussures avant de partir. J'avais fini par ne plus vraiment en avoir besoin, ayant appris à vivre avec toutes ces extensions.

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il me faut revenir à la case départ et réapprendre une nouvelle liste qui inclus un étui à lunette, parce que si je peux vivre quelque jours sans les lunettes soleil, je me vois d'ici prise avec seulement celles-ci sur mon nez et je ne suis pas certaine que j'ai tant envie que cela d'expérimenter le Sunglasses at Night, peu importe l'affection immuable que je porte à l'auteur de cette chanson.

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jeudi, mai 25, 2017

Allumer des étoiles

Il me semble que j'avais quelque chose comme 11 ans, peut-être un peu plus. J'étais dans une allée d'épicerie quand j'ai entendu, pour la première fois Sunglasses at night. Je ne sais toujours pas très exactement ce qu'il y avait dans cette chanson, mais ça m'est tombé dessus comme une tonne de briques. Je commençais depuis quelques temps à m'intéresser à la musique pop, même si ce n'était pas une activité franchement recommandée à l'école que je fréquentais. Mais, les voisinage n'allait pas à la même école que moi et conséquemment je subissais son influence. C'était l'époque où il fallait choisir entre Michael Jackson et Boy George, celle ou une fille ne pouvait pas aimer Corey Hart et Brian Adams. Je préférais Boy George, je le trouvais différent et bien entendu, mon faible pour Corey Hart n'a fait que se développer de plus en plus, jusqu'à ce que ce penchant devienne une source d'amusement pour mon entourage.

Je n'avais été voir la tournée Boy in the Box, mes parents me trouvaient trop jeune pour un spectacle au Forum. Ils avaient sans doute raison. J'avais cependant été immensément déçue. Il n'était donc pas question que je manque le concert suivant. Je ne me rappelle plus du tout du prix des billets, je sais que la plupart de mes amis trouvaient que cet artiste était dépassé. Mais, ma cousine et moi on était convaincues que c'était LE spectacle à voir dans nos vies. Nous avions eu le droit d'y aller à condition qu'un adulte nous accompagne et c'est ma mère qui s'y était collée. Je me rappelle du spectacle, bien que vaguement. Néanmoins, je sais que j'en suis sortie revigorée, émerveillée et heureuse. Ceci étant dit, je crois que j'avais eu au moins autant de plaisir à préparer cette aventure avec ma cousine à en parler des heures et des heures au téléphone et à compter les dodos jusqu'au jour J.

C'était une sorte de rite de passage : la première grosse activité culturelle que je choisissais de faire en dépit de l'avis de tout un chacun, parce que j'en avais envie, parce que je voulais voir les étoiles s'allumer moi aussi. Pas celles du ciel, celle de mes yeux et de ceux de tous ces autres qui étaient présents ce soir-là. Je mettais le premier pas dans mon indépendance d'être humain. Une première étape dans l'affirmation de ma personnalité en développement. J'aurais pu ne plus du tout aimer l'artiste en vieillissant, il s'avère que cela arrive fréquemment de nos jour, mais comme je suis une indécrottable fidèle, je n'ai pas encore cesser de l'apprécier.

Ce sont les réflexions qui me viennent, quand je pense au massacre de Manchester. Je trouve odieux qu'on ait ciblé des jeunes filles en fleurs qui ne voulaient rien d'autre que d'avoir l'impression de faire partie, ne serait-ce que pour une seule seconde, de la vie de l'artiste qu'elles aimaient de tout leur cœur. Elles voulaient, elles aussi allumer des étoiles, devenir tranquillement une personne à part entière.

Assassiner des fleurs parce qu'on a peur de perdre un pouvoir qu'au fond on n'a pas vraiment.

Je saigne pour elles et pour toutes celles qui n'auront jamais la chance d'aller voir ce type de concert parce que la peur aura tisser des entraves à leur développement.

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dimanche, mai 21, 2017

Un certain degré de liberté

J'ai eu un choc quand on m'a appris, récemment que j'avais terminé de payer mes dettes d'études. Je ne suis pas certaine d'en avoir mesurer, sur le coup, toutes les conséquences. Un peu comme à un jour anniversaire, on ne se sent pas plus vieux que la veille, mais on sait qu'une année de plus s'est écoulée et qu'on doit l'ajouter à notre curriculum personnel. Au fond, ça ne change rien de bien tangible, mais ça modifie tout en réalité.

Pendant toutes les années durant lesquelles j'ai patiemment payé mes dettes, j'ai été pauvre plus souvent qu'à mon tour. J'avais fait des choix, des choix discutables, mais en toute honnêteté, j'oserais affirmer qu'à certains moments, je m'étais retrouvée en l'absence de choix, et que ma survie impliquait de ne pas toujours payer ce que je devais, genre à des compagnies de crédit. Ce qui fait que je n'ai aucune espèce de forme de crédit depuis quelque chose comme 2004.

L'air de rien, c'est assez limitant. Surtout avec l'explosion des nouvelles technologies. Si certains me trouvent vieux jeu de m'acheter encore des films et des albums musicaux sur support physique, il y a une part de fait que je ne pouvais rien obtenir autrement. Parce que même s'il existe un paquet de cartes pré-payées de toutes sortes de machins, la plupart des abonnements demandent tout de même une vraie carte de crédit pour ouvrir un compte. Il me fallait donc tout le temps quémander. Auprès de ma mère, en premier lieu, de certaines amies aussi quelquefois. L'un dans l'autre, je dirais que j'avais beaucoup le sentiment que si j'étais adulte dans mes responsabilités et mon travail, je ne l'étais pas tout à fait dans ma vie personnelle.

Lorsque j'avais parlé à la responsable de mon dossier au Ministère de l'éducation (je payais mes dettes d'études directement à cet endroit tellement je n'avais pas de crédit), elle m'avait annoncé toute joyeuse, que je pouvais désormais faire une demande de crédit parce que le gouvernement ne s'opposait plus à ce que j'en obtienne. Bon... C'est tout dire. Dire que je n'y croyais pas, est un euphémisme. Par peur de la déception, j'ai repoussé la demande pendant un certain temps. Et puis, je me suis dit que je voudrais bien m'abonner à Bixi pour revenir du travail en vélo. Alors, j'ai osé et obtenu.

J'ai bien l'intention de bien utiliser ce minuscule degré de liberté qui m'est imparti. Je n'ai aucune espèce d'envie de me retrouver à nouveau coincée dans des dettes plus grandes que moi. Mais... Je me suis effectivement abonnée à Bixi (j'attends ma clé avec impatience), j'ai acheté des billets de tennis et je me suis offert un nouvel ordinateur. Pas un bolide de fou super cher, un petit ordi léger comme tout, dont la pile fonctionne et qui ne met pas 10 minutes à démarrer à chaque fois que je veux l'utiliser. D'ailleurs, ma famille a contribué largement à cet achat pas du tout impulsif. C'était mon cadeau d'anniversaire.

Cependant, le plus beau cadeau d'anniversaire que je me suis offert cette année c'est d'entrer enfin complètement dans ma vie adulte puisque je puis désormais m'assumer toute seule. Ça m'aura pris du temps, mais au fond, j'y suis arrivée...

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mercredi, mai 17, 2017

L'angle du rire

J'avais passé la journée à bouger des tables de présentation. Celles-ci sont particulièrement lourdes, même vides. J'étais donc fourbue. C'est ainsi que je m'étais laissée tomber dans un banc vide avec une certaine forme de délectation. D'ordinaire, je lis ou je joue à n'importe quoi sur mon téléphone. Je lis plus souvent. Mais il m'arrive de ne rien faire parce que j'ai le cerveau qui baigne dans sa propre bouillie. Après une telle journée, j'étais dans cet état de vide mental. Alors je me suis rabattue sur l'observation des autres passagers, au cas où je pourrais y trouver un sujet.

Je n'avais eu l'occasion de jouer à l'observatrice muette bien longtemps puisque juste devant moi se trouvait le journaliste que j'avais servi un peu avant Noël et dont j'avais reconnu la voix. Il ne m'avait pas vue, de toute manière, je serais fort surprise que mon visage lui eut rappelé quoique ce soit. Étrangement, je m'étais demandée récemment, en écoutant un de ses reportages si moi je le reconnaîtrais, en supposant que non puisque mon contact avec lui était demeuré sa voix. Faut croire que de le saluer hebdomadairement de mon salon (sans qu'il n'en sache rien, évidemment) a imprimé son visage dans ma mémoire, parce que dès que je l'ai vu, j'ai su que c'était lui.

Je me suis prise à m'imaginer quelle serait sa réaction si je me levais pour lui dire : « Bonjour monsieur B, je suis la libraire qui vous a reconnu à la voix l'hiver dernier, là c'est votre visage que j'ai replacé ». Et je me suis mise à rigoler toute seule au grand plaisir de quelques quidams qui me voyaient et ne comprenaient pas pourquoi une femme assise toute seule dans le métro avait un tel fou-rire. Lui ne m'avait pas vue, il y avait désormais une foule entre nous. Ce qui, au bout du compte n'avait aucune espèce d'importance, parce que je m'amusais tellement toute seule avec mes idées saugrenues que j'aurais eu sans doute beaucoup moins de plaisir si d'aventure il aurait fallut que je les partage.

Lorsque de temps à autres, les passagers s'écartaient assez pour que je risque de le voir encore, je baissais systématiquement les yeux, histoire de me donner une chance de rester anonyme. Évidemment, je continuais à me raconter des chimères le concernant, rien de fleur bleue ou d'un tant soit peu romantique, seulement une flopée d'accroches plus absurdes les unes que les autres qui me faisaient juste rire davantage. Quand il était sorti de sa bulle, un peu ahuri, pour sortir précipitamment une station avant moi, j'avais rentré ma tête dans mes épaules et tourné celle-ci dans l'autre direction, comme s'il y avait une chance qu'il m’aperçoive, et surtout qu'il me reconnaisse suffisamment pour comprendre ce qui me faisait rire à ce point.

Bref, la conclusion à laquelle mes fabulations étaient arrivées, c'était que je peux bien me dénoncer dans le cadre du travail, ce sera perçu comme un compliment, mais qu'il y un pas qu'il vaut mieux ne pas franchir si on ne veut pas passer pour une jeune femme énamourée. Et que je ne crois pas qu'un journaliste radio, un peu timide ait le même genre d'accueil à ce sujet qu'une vedette pop, par exemple.

Décidément, quand on prend le parti de prendre la vie du bon côté, on peu passer un bon moment à peu près dans n'importe quelle circonstance, même quand on est vanné.

Peut-être surtout dans ce cas, en fait.

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dimanche, mai 14, 2017

Grosse semaine

On a eu une bien drôle de semaine. D'abord Papa et Maman on décidé qu'on ne dormirait plus dans nos chambres au sous-sol, mais qu'on dormirait en haut. Je n'ai pas très bien compris pourquoi, ce que je sais par contre, c'est que mon Papi, lui, est toujours au sous-sol depuis quelques jours. Alors je cours très vite jusqu'à la barrière quand je me lève le matin et je l'appelle : « Papapa ! Papapa ! » Des fois, il ne réponds pas, mais des fois, j'entends sa grosse voix pleine de rire et je le vois monter les marches pour venir me faire un câlin.

Et puis, il y a des bruits bizarres dans la maison, comme un gros ronron de chat géant. « Vrrrrrrrrrrrrr, vrrrrrrrrrrrrrrr » comme cela, sans arrêt. Et il y a plein d'étrangers qui vont et viennent. Ils vont tous visiter le sous-sol et parlent fort. Je suis toujours un peu gêné avec les gens que je ne connais pas alors je me cache dans les jambes de Maman. Heureusement, il reste des choses normales, comme la garderie avec tous les amis que j'aime.

Aujourd'hui, je suis allé chez Grand-mamie. Tout seul. Papa et maman m'y ont amené passer l'après-midi. Je devais faire ma sieste, mais mon ami Martini, le chat de Grand-mamie, n'arrêtait pas de parler. Alors je n'ai pas dormi. Et puis Francis et arrivé. Je suis toujours content de le voir, je dis « Sansisssss ! » quand je le vois. Quand Tatie-Mathie est arrivée à son tour, je lui ai aussi dit : « allo Sansissssss ». Elle a rit et m'a dit gentiment : « mais non, je ne suis pas Francis, je suis Mathilde, moi. Ma-thi-lde. Je sais bien qu'elle n'est pas Francis, elle n'a pas de barbe ! Mais c'est tout pareil, une grande personne que j'aime et que je ne vois pas souvent.

Tatie-Mathie m'a encore apporté des livres. J'aime les livres, alors je lui ai fait mon plus joli sourire et je me suis décidé à quitter les jambes de Grand-mamie pour aller les regarder un peu. Je lui ai aussi montré un très beau livre que j'ai déjà. Il est plein de couleurs avec des petites portes que j'ouvre très bien tout seul. Je sais ce qui se dissimule derrière les portes alors je peux montrer les camions cachés et toutes ces belles choses que je connais. Quand Maman et Papa sont arrivés, j'ai fait une petite blague à Maman, elle me tendait les bras dans le corridor et moi j'ai couru vers elle, mais au dernier moment j'ai bifurqué et je me suis jeté sur ma grand-maman. Tout le monde a ri et j'étais très fier de ma blague.

On se voyait pour la fête des mères et pour fêter l'anniversaire de Tatie. J'étais très fatigué parce que je n'avais pas fait ma sieste, alors je ronchonnais un peu durant le repas. Mais j'ai repris toute ma bonne humeur quand j'ai vu le gâteau. Comme il était devant Tatie, j'ai voulu être sur ses genoux pour les chansons d'anniversaire. Je disais « feu, feu » parce qu'il y avait des chandelles sur le gâteau. J'ai voulu aider Tatie à souffler ses bougies, mais elle a été trop rapide pour moi et je n'ai rien soufflé du tout. Comme j'étais déçu, Grand-mamie a rallumé une bougie et je l'ai soufflé comme un grand. Après j'ai applaudi bien fort.

On est parti presque tout de suite après avoir mangé le gâteau, il était si bon que j'ai volé un morceau de celui de Tatie. Mais avant de partir, je lui ai donné mon cadeau à moi, j'ai dit bien clairement : « Tatie » en lui envoyant un bisou d'au revoir.

C'était une belle journée, pleine d'aventures. Je suis si fatigué que je pense que je vais dormir bien fort jusqu'à demain en rêvant à toutes ces belles choses qui me sont arrivées.

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jeudi, mai 11, 2017

Pays candide

Lorsque j'ai changé de succursale à l'automne dernier, j'ai fait la connaissance avec une jeune personne avec laquelle j'ai tout de suite su que la collaboration serait féconde et stimulante. Je crois que nous avons rapidement compris que nos sens de l'humour étaient précisément compatibles. Il émane d'elle une telle candeur, une absence presque complète de la peur du ridicule qui ne pouvaient faire autrement que de m'amuser grandement, si ce n'est de me charmer carrément.

Si je me plais à écrire des histoires, elle a le chic de les raconter de vive voix. Son sujet de prédilection est incontestablement les aventures qui la mettent en scène lorsqu'elle s'est retrouvée dans une situation ridicule. Alors elle me les raconte spontanément, sachant que je serai un public de premier ordre pour ce genre d'anecdote.

Un midi qui suivait une matinée rude pour moi, le genre de matinée où j'avais eu maille à partir avec des clients mécontents pour des raisons diverses, elle avait entrepris de me raconter comment elle avait un jour décidé de suivre les indications d'un GPS pour aller de la région de Québec à celle de Sallaberry-de-Valleyfield et que d'une mauvaise indication à une autre, elle avait fait un petit détour par Terrebonne, avant de finalement arriver à destination. Le tout avec moult détails sur toutes les pensées qui avaient accompagné les diverses étapes de ce rocambolesque retour à la maison. J'avais ri à en avoir mal aux côtes et il vaut encore mieux aujourd'hui que je ne m'attarde pas trop à penser à cette aventure sans quoi j'ai le rire qui me reprend de manière assez intempestive. Il va sans dire qu'elle avait grandement contribué à changer l'humeur de ma journée.

C'est le type de personne qui, même dans ses mauvaises journées, prend systématiquement le pari de faire contre mauvais fortune bon cœur. Elle m'avisera, à l'avance, qu'elle ne sera pas au mieux de son efficacité, et si je peux de visu constater qu'elle est capable de multiplier les bourdes de manière assez ahurissante, aucune d'entre elles n'a d'effet désastreux si ce n'est un ralentissement évident de son rythme de travail. Ce qui est préférable à une attitude boudeuse ou agressive, selon moi.

Quelquefois, je crois qu'elle a le sentiment que je me moque un peu d'elle, tellement tout ce qu'elle me dit me fait rire. Jamais je n'oserais cependant, j'aurais beaucoup trop l'impression de saper une force vive dans son élan immatériel. Ceci dit, je suis tellement ricaneuse qu'il m'est souvent impossible de me retenir.

Je présume que, comme tout le monde, elle a ses heures de bouette lors desquelles elle n'est pas la jeune personne pétillante avec laquelle j'ai l'habitude de travailler, mais elle les garde à la maison. Ce qui fait qu'elle est devenue, pour moi, dans les six derniers mois un îlot de frâcheur, un petit pays candide auprès duquel il fait bon respirer.

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dimanche, mai 07, 2017

Les pieds dans l'eau

Dans la maison où j'ai grandi, les printemps humides étaient chose fréquente. Il y avait bien une pompe près de la porte menant à la cave, mais on constatait fréquemment qu'elle peinait à sa tâche et les dernières marches devenaient inexistantes quelque temps. Par conséquent, j'ai longtemps assimilé l'odeur d'humidité à celle d'une cave. Comme je détestais me laisser surprendre par une mince couche d'eau quand je devais aller chercher quelque chose dans le congélateur qui était situé au fond de ladite cave.

Je ne sais pas comment mes parents géraient la situation, financièrement s'entend. Moi, je disais que nous étions inondés, sauf que j'ai compris qu'il s'agissait davantage de dégâts d'eau que d'inondation. Nous n'avons pas eu à évacuer la maison pour ces raisons, jamais. J'ai toujours dormi les pieds au sec, quoique j'aie pu en penser à l'époque. Bien entendu, le 14 juillet 1987 avait laisser entrer quelques millimètres d'eau dans la cave, cependant je garde davantage un souvenir de panne d'électricité, de chatte qui accouche et des images étonnantes de l'autoroute Décarie qui avait l'air d'une rivière davantage que d'une autoroute avec des voitures dont on voyait à peine l'habitacle, le reste étant sous la ligne de l'eau.

Il y a quelques années, ma sœur, fraîchement propriétaire d'une nouvelle maison, a vu son sous-sol être complètement inondé. Je sais que ça été une période très difficile pour elle et son amoureux, mais je ne crois pas en comprendre la réalité encore aujourd'hui. Je n'ai vu que des photos et si j'ai eu des échos de ce qu'ils vivaient, j'avais encore trop de colères et de frustrations latentes en moi pour être apte à en mesurer toute la portée. Je n'étais pas particulièrement familièrement fréquentable, aussi aie-je été sagement laissé dans l'ignorance de ce qui se passait au quotidien. Je sais cependant qu'ils ont tenu le coup, en partie, parce qu'ils avaient le Club à quelques minutes à pieds pendant l'été qui a suivi ce désastre. Alors ils y vivaient plus que moins pendant qu'ils reconstruisaient leur nid, pierre par pierre, c'est le cas de le dire.

Le temps passant, ma mère en est aussi devenue membre, pour profiter d'un bout de campagne à la ville et aussi de sa nouvelle vie de grand-maman. Cet endroit bucolique est donc devenu, un haut lieu de plaisirs estivaux. Mais voilà que ce matin j'ai vu des photos du Club totalement inondé. Plus de piscine, plus de terrain. Juste la rivière qui s'est étendue tout partout. Le refuge n'a même plus une île pour se réfugier lui-même.

Ce n'est pas grand chose, comparativement au drame réel que vivent plein de Québécois de toutes origines qui perdent beaucoup plus que simplement un lieu convivial ou il fait bon se reposer. Néanmoins, j'ai aujourd'hui le sentiment que ce printemps trop mouillé est en train de faire un énorme pied-de-nez à l'été et ses jours de farniente programmés.

J'ose quand même espérer que nous saurons collectivement tirer un certain parti de ces événement éprouvants. Un petit brin de solidarité, serait, me semble-t-il, bienvenu.

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mercredi, mai 03, 2017

Question de dignité

À mon arrivée sur le quai, celui-ci était déjà bondé et pourtant le tableau afficheur indiquait que le prochain train entrerait en gare seulement cinq minutes plus tard. C'était un jour de semaine quelque part entre 11h30 et midi, la foule était à la fois dense et bigarrée. Ce qui m'avait frappée, par ailleurs, ce n'était pas tant la densité, cela arrive souvent à ces heures comme si toute la population s'était donnée rendez-vous pour sortir dîner quelque part, et la pluie qui battait les pavés à l'extérieur coupait toute envie de faire une petite ou moyenne distance au grand air. Ce qui m'avait frappée, en réalité c'était l'ambiance anxiogène qui régnait sur le petit bout de quai sur lequel je m'étais arrêtée.

J'ai vite compris qui en était la cause. Un grand et beau jeune homme, entièrement vêtu de noir, avec à la taille le genre de linge que porte souvent les serveurs de restaurants chics. J'ignore quel était le point de départ de tout le tintamarre qu'il faisait, mais il haranguait copieusement une minuscule vieille dame qui semblait avoir peur de lui. Il parlait de propreté et d'estime de soi et visiblement tout le monde était aussi mal que la vieille dame et personne ne réagissait, moi comprise, ce dont je ne suis pas fière. La pauvre dame était avec une amie, tout aussi vieille qu'elle et elles se tassaient sur le bord du mur pendant que le jeune homme arpentait le bout de quai en vilipendant bien fort le mépris dont il se disait victime.

Sérieusement, j'étais figée, et j'avais peur. Comme tous les autres quidams assemblés sur la scène. Du coin de l’œil, j'avais vu une jeune fille, quatorze ou quinze ans, à vue de nez, prendre les jambes à son cou et se rendre vers le centre de la station. J'avais cru qu'elle fuyait la scène mais je m'étais trompée. Elle seule avait eu le courage de poser un geste, elle était allée chercher un couple de policiers qui étaient arrivés en moins de deux sur la scène. Ils avaient intercepté le jeune homme, tout à fait poliment tandis que le train entrait finalement en gare et que celui-ci déversait un certain nombre de ses passagers pendant que d'autres y entraient à la vitesse grand v, comme pour mettre le plus rapidement possible une distance entre les événements récents et leur personne.

Comme c'est souvent le cas, les jeunes personnes se sont précipitées sur les sièges vides et les deux dames qui s'étaient collées sur le mur se sont retrouvées debout au milieu de la foule. Ça me fâchait, mais comme je ne m'étais personnellement pas pressée pour rentrer dans le wagon, je n'avais aucun siège à offrir à personne. C'est une femme visiblement enceinte qui a proposé son siège à une des dame, celle qui avait été haranguée. La dame avait refusé, mais le premier geste avait comme réveillé les autres passagers et un jeune homme, que je croyais alors pris dans l'autisme de son téléphone, avait poliment proposé son banc. La dame l'avait regardé jusqu'au fond des yeux avant de lui répondre avec gentillesse : « Merci jeune homme, mais vous savez, pour l'instant, j'ai besoin de me tenir debout ».

Ce qu'elle avait fait, avec beaucoup de dignité.

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dimanche, avril 30, 2017

Pierre angulaire

En suivant le fil de mon texte de dimanche dernier, je relis Lucy-Maud et je retrouve une part de la jeune fille que j'ai été, celle qui s'animait si fort au contact du mot juste. Comme ses personnages me parlaient, particulièrement celui d'Émilie, parce qu'elle écrivait et se laissait guider par son inspiration, mais cette femme n'a pas été mon premier coup de foudre avec la beauté des images que les mots pouvaient produire.

En fait, mon tout premier coup de foudre littéraire, je le dois à Gilles Vigneault. Je ne suis plus certaine, dans quel ordre, mais ça été tour à tour une chanson bien précise et ses contes pour enfants. La chanson c'était J'ai pour toi un lac et les premiers contes étaient, évidemment, Les quatre saisons de Piquot, puisque c'est le premier à avoir paru. Nous l'avons tellement écouté à la maison et dans l'automobile, nous connaissions tous les histoires par cœur. Francis avait un faible pour le second opus, Des nouvelles d'Eva, il adorait l'histoire de Quasiment. Il doit encore être capable d'en citer de longs extraits avec exactement les même intonations que monsieur Vigneault.

Ce qui personnellement me fascinait, ce n'était pas tant la trame narrative que la manière dont chaque mot était posé. Il y avait de la magie dans cette maîtrise du verbe et de la verve. Toujours est-il que j'ai, par la suite, sur une très longue période de temps, entrepris d'écouter toutes les chansons du grand Gilles. En commençant par les deux ou trois que nous avions à la maison, sur un desquels se trouvait la chanson mentionné plus haut. Si au début, l'interprétation me causait quelques soucis, j'ai eu tôt fait de ne plus m'en soucier pour me concentrer sur la beauté des textes.

Sérieusement, je ne suis pas tout à fait certaine encore d'avoir entendu toutes ses chansons, je sais que je j'ai lu les contes et les poésies qui ont été publiés et qu'à tous les coups je pleure quelque part. Pas toujours sur la même image. Ça n'a pas vraiment d'importance de toute manière. L'important c'est qu'en poésie ou en prose, Gilles Vigneault m'a mise sur ma propre voie.

Le jour de Noël 2016, je suis allée voir Le goût d'un pays avec ma mère et deux de ses frères. J'aime Fred Pellerin, mais j'ai un vraiment gros faible pour Gilles Vigneault. Et à chacune de ses prises de parole, je me sentais vibrer aussi fort que l'adolescente que j'ai été vibrait en écoutant ses mots.

Et puis, tout de suite après avoir terminé mon texte, dimanche soir dernier, je l'ai vu à Tout le monde en parle. Je me suis encore une fois laissée happer par le personnage fantastique qu'il est. Et je me suis prise à penser qu'on a tendance à attendre la mort d'un homme pour le célébrer. J'ai eu envie de rompre cette tradition et de signifier à quel point sa présence dans l'univers artistique et social de notre coin du monde, a été une pierre angulaire dans le développement de la femme que je suis devenue.

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mercredi, avril 26, 2017

Jamais deux sans trois

Les trains de métro, les soirs de semaines sont des lieux étranges ; ni complètement vides ni particulièrement pleins, juste remplis à capacité agréable. Il y a quelques mois, sur la ligne orange quelque part entre 21h00 et 22h00, j'étais innocemment en train de lire un livre, bien plongée dans mon histoire, quand un homme surgit du wagon voisin (d'un vieil MR-63) et dès que le train se fut remis en marche après son arrêt à une quelconque station il s'était planté à côté de moi (me faisant faire un saut assez incroyable au passage) pour déclamer :

« Bonsoir, j'ai une annonce importante à faire. Mon nom est Éric, je vis dans la rue. Ce n'est pas une vie que j'ai choisie de bon cœur, mais c'est la mienne. Ce que je vis, ça pourrait arriver à tout le monde ou à n'importe qui. Il suffit d'une bad luck et le monde se revire à l'envers. Le dernier repas complet que j'ai mangé remonte à hier matin. J'aurais besoin de votre aide. Il me manque 12,50$ pour pouvoir me payer une nuit à l'hôtel, prendre une douche, dormir dans un vrai lit et manger ».

J'avais trouvé son laïus bien bâti et relativement touchant. Je savais qu'il avait raison au sujet des petites choses qui peuvent pousser les gens à la rue, mais j'ai résolu, il y a longtemps de ne pas donner de main à main, surtout pas dans mon quartier, parce que ce sont des plans pour que je me retrouve moi-même sur la paille, dans le temps de le dire, étant donné la multitude de mains tendues que je croise quotidiennement. Alors j'avais laisser à d'autres le soin de remplir la casquette qu'il tendait en me disant qu'il devait vraiment avoir une histoire à raconter, ne serait-ce que parce que la qualité de son langage dénotait une éducation qui pourrait ressembler à celle que j'ai reçue.

Il y a deux ou trois semaines, dans la même tranche d'heures, je l'ai vu changer de wagon à Berri, au moment où j'y entrais. C'était sur la ligne verte, mais je l'ai tout de suite reconnu. Au moment où le train s'était ébranlé, il avait refait exactement le même discours. Montant d'argent manquant inclus. Comme je m'attendais à son envolée, je n'ai pas cette fois fait le saut, malgré le fait qu'il était encore très proche de moi. J'avais alors commencé à avoir certains doutes sur l'utilisation qu'il pourrait faire du pécule qu'il ramasserait, sans toutefois le juger. Après tout, je dépense moi-même pas mal d'argent dans des choses qui ne sont pas si bonnes que cela pour moi, la cigarette en premier lieu.

Et ce soir, la même scène s'est reproduite. Encore sur la ligne verte. Je me suis même amusée à murmurer le laïus en même temps que lui, juste pour voir si ma mémoire m'était fidèle. Elle l'était.

Je ne le juge toujours pas, sa vie, ne doit pas être rose et toute forme d'aide doit-être la bienvenue. Mais, j'en arrive à la conclusion que je ne peux toujours pas nourrir toutes les mains qu'on me tend et que la solution de donner à des organismes est la seule viable pour moi.

Le plus ironique dans l'histoire, c'est qu'en sortant du métro Papineau, je suis allée m'acheter une pinte de lait pour mon café du matin et que je me suis fait demandé par un autre marginal de mon quartier si je pouvais lui payer un morceau de fromage. Je n'ai pas eu le temps de répondre puisqu'un commis d'épicerie est venu rappeler à l'homme question qu'il n'avait pas le droit de quêter à l'épicerie.

Heureusement qu'il y a des remparts comme ceux-là, sans quoi je me sentirais continuellement un peu trop égoïste pour mon propre bien.

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dimanche, avril 23, 2017

Laisser courir son imagination

Depuis quelques semaines, ma mère me pousse dans le dos pour que j'écoute la nouvelle série Anne à CBC. Elle adore le personnage et n'arrête pas de me dire que celui-ci lui fait beaucoup penser à moi. Je n'ai aucune peine à croire que la petite Anne rappelle la petite Mathilde au même âge : une imagination débridée couplée à une verbomotricité évidente sont des qualités qui me définissent bien, en tout cas, qui définissaient bien l'enfant et l'adolescente que j'ai été.

Personnellement, je suis une fan du personnage et de l'auteur depuis fort longtemps, en fait depuis que Radio-Canada a diffusé la série avec Megan Follows, au milieu des années 1980. Sans grande surprise pour personne, j'étais tombée sous le charme de la rouquine au vocabulaire flamboyant. J'avais adoré l'histoire et j'avais voulu connaître la suite au plus vite, ce qui fait que je m'étais procuré la plupart des livres de Lucy-Maud Montgomery traduit en français. À ma connaissance il m'en manque seulement deux et la seule fois où je suis tombée dessus, c'était à la bibliothèque. Mais bref, je me suis délectée des histoires de Lucy-Maud jusqu'à les connaître par cœur, toutes. D'ailleurs, je ne boude pas mon plaisir de temps à autres et je relis cette prose et m'attachant toujours autant aux protagonistes des histoires.

C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai commencé à écouter la série. Premièrement, l'actrice principale est parfaite. J'ai toujours trouvé Megan Follows particulièrement ce qui ne cadrait pas avec la description qu'en faisait l'auteur. On est censé se demander tout le temps si oui ou non on la trouve jolie. Ce qui est actuellement le cas. Donc pour ce coup, je suis d'accord. Mais il y a plein de rallonges dans la télésérie. Ce qui me perturbe grandement. Ce n'est pas tout à fait l'histoire que je connais.

Comme je suis une femme pleine de nostalgie et de mauvaise foi, j'ai commencé par me dire que je n'aimais pas le résultat tant que ça. Pour me prouver que j'avais raison, j'ai relu le premier volume, en anglais de surcroît. J'ai aimé le texte comme je l'ai toujours aimé, sauf que... Sauf que j'ai été bien obligée de m'admettre que les rallonges de la série ne l'altèrent en rien, parce qu'elles permettent d'approfondir un paquet de détails et de les rendre plus crédibles. Il y a longtemps que je pense que toute la série est construite par un paquet de nouvelles littéraires mis bout à bout davantage que comme des romans. Il y a des énormes ellipses dans le temps, ce qui est parfois troublant.

Mais mieux encore, comme j'ignore le contenu des rallonges avant de les voir, je me laisse prendre par l'histoire, comme si je ne le connaissais pas du tout et je pleure tout le temps. À grosses larmes. Je suis touchée jusqu'à la moelle.

Par conséquent, je vais écouter le prochain épisode dès que possible tout en continuant à relire l'auteur dans le texte en parallèle. Et je laisserai courir ma propre imagination pour essayer de combler les ellipses qui ne l'ont pas été.

C'est à mon sens, un de mes plus grands plaisirs de lectrice...

jeudi, avril 20, 2017

Le bon siège

Quand on fait un voyage dans un tout inclus, on s'attend à certaines choses comme passer ses journées sur la plage ou à la piscine, prendre beaucoup de soleil et peut-être aussi faire de belles rencontres. Quelquefois, lesdites rencontres débutent fort tôt, dans l'avion entre Montréal et Cuba, dans le cas qui nous occupe. Quand on voyage seule, on se retrouve souvent près d'un hublot et on coure la chance d'avoir un voisin de siège inconnu. Ce n'est pas toujours heureux. Cette fois, j'ai attrapé la chance de la pas tout à fait débutante.

J'ai été placée à côté d'un couple un peu plus jeune que moi, mais pas tant. Nous n'avions pas quitté l'aéroport que déjà j'étais charmée par le sourire de la jeune femme à mes côtés, il était franc et convivial. Il m'est tout de suite apparu que le français n'était pas sa langue maternelle, mais elle comprenait tout ce que je lui disais et insistait pour que je lui parle dans ma langue, pour la pratiquer, me disait-elle. Elle l'avait dans ses racines, mais à la suite d'une séparation parentale tumultueuse, du moins c'est ce que j'en ai conclu, elle avait perdu à peu près les contacts avec ce langage, sauf qu'elle faisait de gros efforts pour y retourner, parce qu'elle aimait le fait que celle-ci apportait dans son bagage un certain nombre de valeurs qui différaient nettement de celles dans lesquelles elle avait été élevée. Je n'ai pas eu beaucoup de contacts avec le jeune homme étant donné de la géographie des lieux, mais il me semblait tout aussi sympathique. Bref, j'étais presque déçue de les quitter à ma descente de l'avion.

J'avais donc été ravie de me rendre compte que nous étions descendus au même hôtel, quelques heures plus tard. On s'était retrouvés par hasard au bar du lobby et dès qu'ils m'avaient vue, ils avaient décidé de me prendre sous leur aile. Parce qu'ils fréquentaient cet endroit deux fois par année, depuis des années. Ils connaissaient tout le personnel, les trucs à faire qui en valaient la peine et tutti quanti. À peine étions-nous arrivés que déjà ils m'invitaient à un dîner dans un village à proximité, tour de calèche inclus. Dire que de manger dans un resto un samedi midi, entourée de familles cubaines qui profite du congé hebdomadaire pour rigoler comme des fous avant de se rendre à la plage, m'avait complètement changée les horizons tient de l'euphémisme.

En plus de me présenter une kyrielle de personnages plus savoureux les uns que les autres, à la fois dans le personnel et parmi les autres vacanciers ils m'ont amenée à un méchoui de cochon, dans une famille cubaine. Avec les enfants qui courraient partout et tout ce qui s'ensuit. J'ai mangé-là un des meilleurs repas de ma vie, simple et goûteux. En compagnie de personnes charmantes et diversifiée qui jasaient dans un curieux mélange d'anglais et d'espagnol émaillé de français. Mon plus gros défi aura été d'être capable de tout comprendre, et de ne pas trop mélanger les termes anglais et espagnol lorsque je tentais de faire une phrase.

Une semaine dans de telles condition est bien vite passée. Nous nous sommes quittés à l'aéroport de Montréal en se disant qu'on devrait essayer de garder un contact, alors je leur ai donné mon adresse de courriel. Pour le moment, je n'ai pas eu de nouvelles, mais j'espère bien que cela viendra. Parce que des rencontres comme celle-ci, ne sont pas si courantes.

Mais contact à venir ou non, je la garderai en mémoire comme un merveilleux souvenir de voyage.

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samedi, avril 15, 2017

Désagrément mineur

J'ai toujours été agacée par les gens qui se sentent le devoir de partager leur musique au plus grand nombre comme si tout un chacun devait partager leurs goûts. Je dirais d'ailleurs, qu'à de très rares exceptions, je n'aime pas du tout les musiques qui me sont imposées. Bon d'accord, quand on passe une semaine dans un tout inclus, il est fort probables que les musiques des différents bars soient un tantinet redondantes et il est fort possible que la grande majorité des gens n'en puisse plus d'entendre des interprétations en espagnol des grands succès de Céline ou les quelques pièces dansantes du Buena Vista Social Club, mais dans ce cas ce sont des bruits de fonds normaux.

Là où j'étais, au cours de la semaine dernière, il y avait cet homme qui était la caricature du poil qui a mal vieilli. Il portait toujours des camisoles ou des t-shirts aux couleurs de groupes qui étaient très populaires dans les années 1980 et qui faisaient les beaux jours de Solid Rock à Musique Plus. Il portait une queue de cheval chétive sous une casquette de baseball usée à la corde et des shorts adidas qui semblaient tout droit sortis d'une garde-robe de l'époque sus-mentionnée. Il semblait avoir élu domicile dans le bar du lobby, même si je le croisais quelque fois au buffet, un homme doit se nourrir, mais la piscine où la plage ne semblaient pas faire partie de ses champs d'intérêts.

Je ne l'aurais sans doute pas plus remarqué que cela si ce n'avait été du fait qu'il déposait toujours sur sa table un amplificateur aux lumières criardes qu'il allumait à son arrivée et qui jouait tout au long de la journée et de la soirées des boucles et des boucles de musique de poil. Metallica, Def Leppard, AC/DC et autres machins du genre. J'ai été adolescente dans les années 1980, je connaissais donc une partie des pièces qu'il nous imposait. Je ne les aimais pas à l'époque et je ne les ai pas davantage prisées durant mes vacances, moins peut-être, si c'est possible. C'est difficile de ne pas tenir compte d'un individu dans un endroit aussi restreint que le bar principal d'un tout inclus à Cuba.

J'avais rapidement constaté, d'ailleurs, que je n'étais pas la seule à être irritée par ce partage musical inopportun. Certains groupes apportaient à leur tour un amplificateur, mais leurs musiques ne me dérangeaient pas parce que je ne les entendaient pas : elles étaient juste assez fortes pour que les convives en profitent et juste assez discrètes pour les autres vacanciers n'en aient pas vraiment connaissance. Les autres, se contentaient de choisir des tables le plus éloignées possible de la sienne en espérant bien inutilement pouvoir échapper à ce déversement intempestif de solos de guitare.

L'avantage d'avoir un tel personnage en présence, c'est que j'ai rapidement fait la connaissance de gens qui sourcillaient au même rythme que moi devant cet étalage. À coups de petites blagues, pas toujours tout à fait gentilles et de fous-rires bienvenus, nous avons créé des liens et je me suis ainsi retrouvée bien entourée pour le reste de mon séjour.

J'avais apporté 8 livres dans mes valises, mais je n'ai même pas eu le temps d'en terminer trois, tellement j'ai été prise par de belles discussions avec toutes sortes de gens intéressants.

Alors, à tout prendre, un poil qui a mal vieilli, c'est un moindre mal si cela m'a permis de faire d'aussi belles rencontres.

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mercredi, avril 05, 2017

Le prix de la liberté

Automne 2003. Officiellement, je suis toujours inscrite à la maîtrise, mais mon mémoire est sur la glace depuis un petit moment. Je n'ai pas d'énergie. Je travaille à temps complet au salaire minimum et faire aller mes neurones pour établir des liens entre les sources et la problématique (question posée par l'historien dans le but de démontrer une hypothèse) que j'avais émise est un défi que je ne sens plus en mesure de réaliser. Je ne le sais pas encore, mais je suis de plein pieds dans le pays des zombies.

Au cœur de ma détresse, mes dettes. Essentiellement des dettes d'études. Je me percois comme la sommes de ces dettes. Point à la ligne. Je tire le diable par la queue et ne me réalise pas. Mais surtout, je sens que je ne vaut humainement moins que ce que je dois à la société, financièrement en premier lieu. C'est dans ces circonstances que je suis revenue à Montréal et il ne m'aura pas fallut beaucoup de temps pour réaliser qu'en fait, je ne suis même plus en mesure de travailler. Je me sens tellement moche, que je suis persuadée que je n'ai même pas droit à l'aide sociale parce que je dois alors tellement d'argent que la société serait bien nouille de m'en donner d'autre.

À ma très grande surprise, la société me donne cet argent. Bien peu, je sais, mais quand même assez pour que je survive. En plus, elle me donne droit à des services d'aide psychologiques qui lentement, très lentement m'aideront à remonter la pente. Et je ne peux passer sous silence le fait que ma mère m'a hébergée jusqu'à ce que je sois en mesure de me trouver un travail et un nouveau logement. Pendant des années, je n'ai pas fait mes déclarations de revenus, fuite affolée de la petite poulette bien perdue que j'étais à l'époque. Et puis, j'ai commencé à travailler chez Renaud-Bray. Je me suis fait un nouveau cercle d'amis, j'ai recommencé à avoir une petite estime de moi. J'ai tenu ce blogue, ce qui m'a fait le plus grand bien et, éventuellement, j'ai fait face à ma musique, c'est-à-dire, mes dettes.

J'ai commencé à payer celles-ci à l'automne 2007, je crois. Après quatre ans à laisser courir les intérêts. Sincèrement, je ne voyais pas à quel moment j'en verrai la fin. Mais j'ai continué. Comme celles-ci avaient été reprises par le gouvernement, tous les retours d'impôts provinciaux auxquels j'aurais pu avoir droit étaient directement attribués au paiement de ma dette. Les premières années, je recevais par courrier un état de compte et puis, avec l'informatisation graduelle, je devais aller voir celui-ci sur le portail du gouvernement. Je n'y suis jamais arrivée, n'ayant jamais compris où ces données étaient cachées. La dernière fois que j'ai vu le solde, je devais encore plus de 10 000$.

Aujourd'hui, j'ai reçu un état de compte. Je ne dois plus rien. Je suis complètement libre de dette. Zéro, nul, néant, nada, rien. J'ai dû regarder le montant pendant une dizaine de minutes, totalement ahurie. Je le sais depuis vendredi, mais entre le savoir et le voir, il y a une différence.

Demain, je pars à Cuba. Ce voyage est prévu depuis la fin janvier. Mais il me semble que c'est une bien belle manière de souligner cette très grande victoire sur moi-même. J'ai gravi un Everest intime, à force de persévérance et de privation. J'y suis arrivée toute seule et sérieusement, je crois que c'est, à ce jour, ma plus grande réalisation.

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dimanche, avril 02, 2017

La prochaine visite

Hier, je suis allé dans un endroit où il y avait plein, plein de gens et de la belle musique. Au début, c'était long parce qu'il fallait faire « chuuuttt » tout le temps. Moi, je voulais lire un livre et le raconter à Maman et Grand-mamie, mais ça à l'air que je ne pouvais pas. Mais après, on pouvait parler et tout le monde le faisait en même temps. Il y avait beaucoup de personnes que je ne  connaissais pas, mais il y avait aussi des visages connus, comme Maman et Grand-mamie. Mais j'étais content quand je suis retourné chez-moi parce qu'au moins, chez-moi, je peux courir comme je veux.

Et magie dans la magie, aujourd'hui on a eu de la visite. Tatie-Mathie, Francis, Geoffroi et Grand-mamie. Tous en même temps dans ma maison. Wow ! J'étais content ! Je sais dire Francis maintenant, je dis « Cissis », il était très content que je sache son nom. D'ailleurs, quand on me demande mon nom, je dis « Nanan ». Je suis bon hein ? J'aime ça quand ils me rendent visite parce que j'ai plein de jouets à leur montrer. Mon robot, par exemple. Il danse et je danse avec lui ; on fait une super équipe tous les deux. J'ai aussi des livres, dont je peux tourner les pages tout seul et aussi faire partir la musique.

Quand je veux écouter la musique du Roi Lion, je pointe la radio du doigt et je fais un gros « Rouarrrrrrrrrrhhh ». On a mangé des bonnes crêpes avec des bleuets dedans et de la salade de fruits. Moi j'aime la salade de fruits parce que tout goûte différent et bon. Mais je n'avais plus du tout le goût de manger quand je me suis rendu compte que mes menottes étaient toutes sales et mauves. Je n'aime pas avoir les mains sales. Papa me les as nettoyées et tout de suite après j'ai fait le ménage de ma tablette (c'est-à-dire que j'ai tout jeté par terre à grands gestes de balayage). Sauf que les autres n'avaient pas fini de manger, alors j'ai fait de la pâte à modeler pendant qu'ils continuaient de manger. C'est moins salissant et je n'avais plus faim du tout.

Après le repas, j'ai joué avec pas mal tout le monde. On a fait des rondes et chanté plein de chansons qui ont des gestes. Je me suis caché et personne me trouvait jusqu'à ce que je sorte ma tête de ma cachette en disant « coucou !» Tatie et Grand-mamie ont couru après moi pour m'attraper. Moi j'allais super vite, mais je me faisais prendre quand même alors je riais, riais, riais. Ouf ! C'est plein de bonheur tout cela.

Et puis, on a chanté bonne fête grand-maman. Dans ma famille, on ne chante, pas juste une chanson, on en a tout plein. Et moi, même si je ne connais pas les paroles encore, je voulais faire partie de la fête alors je me suis levé et j'ai tourné, le sourire aux lèvres, je crois que c'était le moment préféré de Grand-mamie, c'est mon cadeau à moi, juste pour elle.

Mais, ils sont tous partis en même temps. Dans les bras de Maman, je regardais la voiture s'en aller, les yeux un peu tristes et beaucoup fatigués.

J'ai déjà hâte à la prochaine visite...

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jeudi, mars 30, 2017

Une tomate avec ça?

N'importe quel propriétaire de voiture, à Montréal, savait que sa voiture ne pourrait rester indéfiniment sous les bancs de neiges. De toute manière, les affichettes d'un orange violent se faisaient un plaisir de rappeler aux étourdis que l'heure, si elle n'était pas tout à fait venue, approchait à pas de géants.

Profitant de l'éclairage de la fin d'après-midi, les jeunes femmes s'étaient armées de pelles pour aller déblayer et dégager leurs véhicules. Le fond de l'air s'étant réchauffé passablement, la neige était beaucoup plus lourde que quelques heures plus tôt, ce qui leur permettait moult digressions sur tous ces muscles et autres ligaments que cet exercice, quasi forcé, leur permettait de découvrir. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elles avaient entrepris de dégager les voitures, une à la fois, en discutant de choses et d'autres, en riant beaucoup.

Émilie et Catherine avaient remarqué, du coin de l’œil, ce voisin, pas tout à fait commode, qui les observait attentivement. Pas tout à fait commode qu'il avait l'habitude de s'exprimer par une série de grommellements qu'elles ne comprenaient que rarement. Elles n'étaient d'ailleurs pas tout à fait certaines que cette incompréhension soit due tant au ton utilisé qu'à la langue ne pouvant pas affirmer qu'il parlait anglais, français, italien ou un curieux mélange des trois. Elles ne se rappelaient pas avoir eu une discussion quelconque avec l'homme, même si elles l'avaient croisé souvent.

Après avoir terminé de dégager les voitures, les filles avaient constaté qu l'état du trottoir laissait désormais singulièrement à désirer. Aussi s'étaient elles attelées à la tâche de remettre à leur voisinage un espace piéton praticable. Les voyant faire, l'homme avait aussitôt commencé à les invectiver de l'autre côté du rempart de sa fenêtre. Évidemment les filles n'entendaient rien de cette harangue, qui semblait pourtant bien sentie. Se tournant vers Émilie, Catherine avait demandé :
-Tu comprends quelque chose toi
-Pantoute !

Faute de mieux, Catherine avait pointé son oreille droite à l'homme pour lui montrer qu'elle n'entendait pas. Celui-ci s'était alors précipité à l'extérieur, armé d'une batte de baseball, les invectivant à qui mieux mieux. Sidérées elles avaient fini par comprendre qu'ils avait interprété le geste de Catherine comme une accusation de folie. Polies, elles lui avaient calmement expliqué le malentendu et le monsieur les avaient gratifiées d'un « humph ! » avant de rentrer dans son domicile.

Philosophe Émilie avait conclu :

-Ça aurait pu être pire, genre une avalanche de tomates avant qu'on ai eu le temps de s'expliquer.
-Vu d'même...

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dimanche, mars 26, 2017

Toucher juste

- Les équipes sont mal fichues cette années, je trouve.
- Ouain, t'as raison, c'est full pas égal.
- Il aurait fallut qu'il soit dans l'autre équipe pour que ça aille de l'allure.
- Ben là, c'est d'la faute à Pierre Lapointe, il avait juste à se retourner sur le bon gars.

Je ne voulais pas vraiment écouter, en fait pas du tout. Mais j'étais fascinée par l'application des jeunes filles à détruire le banc de neige avec leurs petites espadrilles légères dans la froidure de cette soirée encre bien hivernale. Forcément, mes grandes oreilles traînaient dans leur sillage. Évidemment, je ne comprenais pas grand chose à leur sujet de discussion étant donné que je n'écoute pas La voix, mais j'en sais au moins assez au sujet de cette émission pour avoir compris qu'il s'agissait-là du sujet de préoccupation principal.

Mais une discussion d'ados n'est pas une discussion d'ado si elle ne passe pas du coq à l'âne sans rime ni raison.

- J'pense que pour moi non plus personne se retournerait. 
- Normal, tu ne chantes pas. 
- T'es nouille, c'est pas ce que je veux dire.
- (sourire pas contrit pour deux sous) 
- En tout cas, j'ai été surprise d'apprendre que Koriass était ami avec Isabelle Boulay.

De mon poste auditif, je me demandais bien le lien qu'il pouvait y avoir entre ces éléments. Mais bon, j'avais présumé que l'un ou l'autre avait pu faire une apparition dans l'émission qui venait sans doute de se terminer.

- Moi non plus je ne savais pas, je suis aussi surprise que toi. T'as pogné ça où ? 
- Ben, il l'a pas dit juste tout à l'heure ? 
- Pas Isabelle Boulay, les Sœurs Boulay, ce n'est pas la même chose pantoute franchement ! 
- Ah, je me mélange tout le temps... Faut dire que je n'écoute ni les unes ni l'autre. 
- Les Sœurs Boulay c'est bon tu sauras, Isabelle Boulay c'est juste les vieilles madames qui écoutent ça.

La dernière assertion étant faite en me pointant du menton, j'ai doucement ri dans ma barbe imaginaire. Plus tôt dans la soirée, j'avais eu cette discussion sur les tounes qui font brailler permettent de faire sortir le méchant quand on est en peine d'amour et Isabelle Boulay faisait partie des incontournables. Mais surtout, j'avais admis que ma chevelure se teintait désormais assez de blanc pour que ce soit visible à l’œil nu. La jeune fille avait, comme qui dirait, touché juste.

C'était la première fois de ma vie que je me faisais traiter de vieille.

Je ne suis pas certaine d'avoir tant prisé cette nouvelle expérience.

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