dimanche, novembre 11, 2018

Éclats de rêves

Ça faisait plusieurs mois que je me disais que je devrais aller me promener dans les rues de mon quartier. Mais je trouvais toujours le moyen de remettre cette activité à plus tard pour toutes sortes de raisons, plus vaines les unes que les autres. J'ai fini par faire part de mon projet à ma mère et à l'inviter à m'accompagner, histoire de me donner une forme d'obligation à tenir parole envers moi-même. C'est ainsi que nous avons entrepris de nous balader dans le Parc de l'île-de-la-Visitation. J'avais envie de voir un endroit qui serait à peu près resté identique au souvenir que je m'en faisais.

Si effectivement, j'ai trouvé un parc bien préservé, je dois me rendre à l'évidence que mes souvenirs eux, le sont pas mal moins. Du moins une partie d'entre-eux. Je ne sais pas pourquoi, j'avais dans l'idée que mes grands-parents paternel avaient un jour changé de domicile durant mon enfance. J'en étais totalement persuadée. À un point tel que je pouvais identifier un immeuble et une adresse correspondant à ce souvenir. Ma mère me dit que c'est faux. Comme elle était adulte et moi enfant, je crois que sa mémoire est beaucoup plus fiable que la mienne sur ce sujet. N'empêche que ça remet en question beaucoup de choses que je crois savoir parce que ça met en lumière les biais de mémoire involontaires qui jalonnent nos parcours de vie.

Bien entendu, je sais très bien que parfois, surtout quand j'écris et pour les bienfaits du texte, je modifie un peu la réalité. Je ne l'annonce d'ailleurs pas toujours, après tout, mon blogue n'étant pas un journal, je peux bien me permettre de jouer un peu avec le réel afin de le faire caser dans la forme que j'ai choisi de lui faire adopter. Mais d'autres fois, je me rend compte que les souvenirs se tordent et se teintent sans vraiment qu'on s'en aperçoive et on fini par ajouter à ce faux réel des couches et des couches d'impressions qui finissent par en faire une réalité jusqu'à ce que celle-ci soit calmement révoquée par un veto maternel. Troublant.

N'empêche que, mis à part, ce rêve (parce que je ne sais pas comment nommer autrement cette invention de ma pensée) qui a volé en éclat, j'ai passé un très bel après-midi à discuter à bâtons rompus avec ma mère tout en profitant d'un site magnifique. Au retour, pour tester mes théories, nous avons emprunter le boulevard Gouin qui est une rue que je trouve totalement fascinante dans cette partie de la ville car elle possède le charme suranné des vieux villages de cartes postales qu'on ne croit pas rencontrer ici. Bien entendu, aux maisons d'antan s'additionnent des bâtisses de tout acabit qui n'améliorent pas nécessairement le paysage, mais j'aime beaucoup m'inventer (cette fois sciemment), une vie de village d'une époque depuis longtemps révolue.

En somme, j'ai passé une bonne partie de la journée en voyage. En voyage dans mes souvenir erronés, dans le passé, le mien et celui de la ville et aussi dans un bout de campagne à deux pas de grosses autoroutes sans que j'en ressente ne serait-ce qu'un peu la présence.

Ce qui m'amène à penser que je devrais me botter les fesses un peu plus souvent pour aller arpenter ce quartier que j'aime à tous les jours un peu plus, pour ses particularités, son histoire et ses habitants.

Il y a des choix comme cela, que l'on ne regrette pas.


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jeudi, novembre 08, 2018

Transport en égoïsme

J'ai la chance d'avoir plusieurs trajets possible du travail à la maison et l'inverse. Avec le temps, j'ai appris lesquels choisir selon mes heures de déplacement. Par exemple, lorsque je travaille de jour, il est plus simple et plus rapide de me rendre à la station Fabre pour attraper le 45 vers le nord parce que cet autobus roule à une fréquence de 10 minutes, en théorie. C'est donc le trajet que j'avais choisi hier, mais j'ai été bien mal avisée de le faire.

D'abord, il ventait à écorner les bœufs tandis qu'une fine pluie s'abattait sur les quidams pris comme moi à l'arrêt. Inutile de sortir le parapluie, ceux qui s'y risquaient voyaient les leurs se retourner à tout bout de champ. La lecture n'était pas non plus recommandée, pas plus que l'utilisation du téléphone pour patienter. On ne pouvait qu'attendre. C'est bien entendu dans ce genre de circonstances que lesdits autobus se font rares. Alors, plutôt que 10 minutes, j'ai du patienter quelque chose comme 25 minutes avant de voir arriver la bête, plus que bondée.

Se faufiler à l'intérieur tenait de l'exploit. Je me suis donc retrouvée coincée près de la première porte arrière à me faire rentrer dedans à chaque arrêt quand quelqu'un essayait de sortir. Dans ce genre de situation, je fais toujours bien attention à prendre le moins de place possible, en commençant par placer mon sac à mes pieds et en évitant de sortir téléphone ou livre. Il faut savoir vivre en société.

Mais, ce n'est pas le cas de tout le monde. Je venais de me dénicher une place quand je me suis aperçue qu'à deux bancs de là, une dame tirée à quatre épingles utilisait deux espaces. Un pour elle et un pour son ses sacs (deux incluant sa sacoche). Malgré le fait que le chauffeur, hurlait à chaque arrêt de svp circuler vers l'arrière, elle ne semblait pas du tout se sentir concernée. Même que lorsqu'une dame âgée lui a demandé de libérer l'espace pour qu'elle puisse en profiter, Madame Quatre-Épingle a répondu que non, qu'elle ne voulait pas se sentir compressée par ses sacs. J'en ai conclu que la jeunesse n'avait pas l'apanage du manque de savoir vivre. J'ai voulu me lever pour céder ma précieuse place à la vieille dame qui en avait visiblement besoin, mais elle a refusé arguant que mon siège était juché un peu trop haut pour ses moyens.

Pendant ce temps, une jeune femme jouait sur son téléphone, son gros sac-à-dos bousculant tout le monde autour d'elle pendant qu'elle s’accotait sur une barre de soutient, la monopolisant à son usage exclusif pour mieux profiter de ses deux mains pour jouer à sa partie de poker en ligne. Elle avait une espèce d'attitude super nonchalante, pas du tout alerte aux signaux de ceux qui voulaient circuler autour d'elle. À un arrêt, un homme l'a enguirlandée copieusement en français puis en anglais tandis qu'elle levait sur lui des yeux perdus en lui demandant « es-tu raciste? » Ça n'avait strictement aucun rapport, même si les deux personnages n'avaient effectivement pas la même couleur de peau.

Moi, j'étais découragée devant cet étalage d'individualisme patent.

Aujourd'hui terminant à la même heure que la veille, j'ai tenu à effectuer le même trajet comme pour m'assurer de briser le mauvais sort et comme de bien entendu, je n'ai pas attendu ni non plus croisé de femme, vraiment, mais alors là, vraiment mal élevée.

dimanche, novembre 04, 2018

Choc de valeurs

Il y a certains types de personnalités avec lesquelles j'ai de la difficulté à composer. Ce ne sont, généralement pas de mauvaises personnes, juste des gens qui heurtent tellement mes valeurs que je dois perpétuellement me tourner la langue dans la bouche 7 fois avant de parler. J'appelle cela des allergies humanitaires.

Tenez cette jeune fille qui fréquente la librairie. Elle porte perpétuellement une moue boudeuse et ça ne lui prend pas d'encouragement pour laisser aller de petites doses de venin sur un paquet de sujets. Souvent, elle est frustrée par ses patrons ou professeurs et c'est généralement parce que l'un deux ne lui a pas accordé la valeur qu'elle croit avoir. Elle fait partie de ces jeunes qui pensent que leur droit est d'obtenir au moins la note de passage. Même si elle n'a pas mis les efforts qu'il faudrait pour réussir un examen ou un travail.

Hier, son sujet de récrimination était ses patrons parce qu'elle s'est fait dire qu'il était inadmissible qu'elle soit en retard, même de quelques minutes. Je ne sais pas pourquoi elle me prend pour sa confidente, d'habitude je suis plutôt transparente avec ce type de personnalité et il est assez évident que je ne les prise pas particulièrement. M'enfin, il semblerait qu'avec elle j'ai complètement raté mon coup. Bref, elle pestait allègrement sur ses méchants patrons parce qu'on lui reprochait ses retards. Elle me disait : « Je ne comprends pas, qu'est-ce que ça leur fout que j'ai cinq ou six minutes de retard? Anyway ils ne me paient pas ces minutes-là! » Il va sans dire que j'étais interloquée. Pour moi, la ponctualité est une valeur cardinale.

Comme je sais d'expérience qu'elle attend de moi une réponse, j'ai continué à classer mes jeux en pensant à ma réponse. J'ai fini par lui dire que selon moi c'est parce qu'un retard même minime avait un impact sur les horaires et la charge de travail de ses collègues et que par respect pour l'ensemble de son équipe de travail, il me semblait important de respecter les horaires qui lui étaient impartis. Elle me regardait de ses grands yeux ronds totalement incapable de comprendre les concepts que je trouvais pourtant clairs. Je n'ai pas poussé plus loin la discussion, après tout, j'étais au travail et elle n'est pas mon amie, mais je me suis demandé quand quel espèce de milieu elle avait grandi si pour elle il était si compliqué de comprendre que sa liberté s'arrêtait là où celle des autres débute.

Heureusement, ce travers n'est pas si répandu, en fait des retardataires il y en a toujours eu, sauf que jusqu'à cette discussion, tous les retardataires que j'ai connu étaient au courant que ce non respect de l'horaire n'est pas leur plus grande qualité, si je peux l'exprimer ainsi.

Entre vous, moi et le barreau de chaise, je ne suis pas certaine d'avoir hâte à la prochaine fois où elle viendra me trouver pour déverser son fiel tout en me disant en même temps que je fais peut-être minimalement œuvre utile en la confrontant dans ses convictions...

Seul l'avenir nous le dira.

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jeudi, novembre 01, 2018

Halloween

Je ne peux pas prétendre que je sois une grande adepte des déguisements. Depuis longtemps. Oh, je le fais de temps à autres quand des amis donnent une fête costumée pour une raison ou une autre, mais je ne suis pas de celles qui prennent un plaisir fous à concocter un personnage pendant des heures voire même des jours. Ce qui fait qu'il m'arrive d'oublier que c'est Halloween le jour J. En fait, j'y pense un peu parce que j'en entends parler à la radio, mais on dirait que l'information me rentre par une oreille et sort directement par l'autre.

Par conséquent, Halloween est une journée pour moi lors de laquelle je vais de surprise en surprise. Hier par exemple, j'ai croisé un homme avec un trou de balle dans le front à 6 heures du matin et il m'a fallut un bonne seconde avant de comprendre que c'était un déguisement. Dans le métro, j'ai vu quantité de personnages plus ahurissants les uns que les autres et à tous les coups je devais me remémorer qu'on était jour de fête pour éviter de trop dévisager les personnes qui avaient pris la peine de se déguiser.

Près de la librairie, il y avait bien quelques personnes costumées parmi les employés ou la clientèle, mais disons qu'ils faisaient office de courageux. Et traditionnellement, Halloween est une une journée pas mal morte en librairie, la plupart du temps. Tout le monde est pressé d'aller habiller ses propres petits monstres ce qui fait que les jeunes familles qui forment le gros de notre clientèle ont brillé par leur absence. Moi, j'étais complètement plongée dans mes mises en marché de nouveautés qui me tombent dessus comme une tonne de briques, alors, bien entendu, j'ai eu le temps d'oublier qu'on était le 31 octobre avant la fin de la journée.

J'ai été rappelée à l'ordre aussitôt arrivée sur la Promenade Fleury. À croire que les employés de tous les commerces avaient l'obligation de se costumer. Il y avait des monstres et des créatures fantastiques, partout autour de moi pendant que des hauts-parleurs sur la promenades faisaient entendre les trames sonores les plus connues des films d'horreur. J'ai beau n'en avoir vu à peu près aucun, je peux facilement identifier la plupart d'entre-elles et les associer au bon film. Entre deux pièces musicales, la rue résonnait de rires déments ou de cris perçants. Disons que ça vous met une atmosphère.

Je ne me souviens plus si, dans mon enfance, la rue était à ce point animée, ce que je sais cependant c'est que je ne pouvais plus oublier que jour on était et quelle fête on soulignait. Parce que même avec les fenêtres et les portes fermées, j'entendais des bribes de l'animation sonore à l'extérieur. Je ne peux pas prétendre que ça me faisait peur, ça m'amusait plutôt.


Et je me suis dit qu'à tout prendre, je préfère de loin une soirée d'Halloween un peu trop bien appuyée à tous les bruits nocturnes que j'ai enduré au cours des neuf dernières années.

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dimanche, octobre 28, 2018

Aventure nocturne

Sachant que je devrais me lever bien avant le soleil, je m'étais couchée tôt. Mais comme c'est souvent le cas en pareille circonstances, surtout quand cet horaire n'est pas si habituel, le sommeil m'avait fui pendant un bon moment avant que je finisse par me glisser dans les bras de Morphée. Je ne peux d'ailleurs pas dire que ces bras furent d'un accueil parfait, en tout cas pas cette nuit-là parce que chevauchais des songes échevelés qui semblaient s'enchaîner sans relâche.

J'avais l'impression de me sortir d'un mauvais pas pour aussi tôt retomber dans un autre, et si ce n'étaient pas vraiment des cauchemars, ils n'en demeure pas moins que le tout était agité et confus et le repos lui était presque absent. J'avais fini par me lever pour aller grappiller dans un livre une vingtaine de minutes, certaine que le fait de sortir du lit m'aiderait à le reconquérir avec un peu plus de conviction, plus tard. Je suis retournée me coucher vers 1 heure du matin et je suis aussitôt tombée dans un sommeil profond et sans rêve.

Jusqu'à ce que les songes échevelés du début de ma nuit se remettent de la partie ponctué par un bip régulier qui sonnait la transition entre chaque scène, m'entraînant invariablement plus loin dans quelque chose d'inconfortable. Je ne sais pas combien de temps a duré ce sommeil hachuré, je dormais. J'ai cependant fini par réaliser que ce qui m'empêchait de de dormir paisiblement c'est la batterie de mon alarme incendie qui avait décidé de rendre l'âme au milieu d'une nuit où je devais me lever très tôt.

Si, ayant identifié le bruit, je savais que je ne courais aucun danger, il était aussi certain que je ne réussirais jamais à me rendormir avec le petit bruit aigu qui résonnait régulièrement. Armée d'une chaise, j'avais donc diligemment décroché la chose et ôté la batterie. Sans aucune forme de prudence, j'ai renoncé à aller au dépanneur 24 heures le plus proche et résolu de me passer d'alarme pour la fin de la nuit et la journée suivante. Je me voyais vraiment mal arpenter les rues d'Ahuntsic à 2 heures et demie du matin tout en sachant que mon alarme, celle que j'avais soigneusement préparée, sonnerait un peu avant cinq heures.

Étonnamment, je m'étais rendormie au moment même où j'avais reposé la tête sur l'oreiller. Heureusement parce que mon réveil s'est mis à jouer, il me semblait, la minute après que je me fusse rallongée. Ça faisait longtemps que je n'avais pas trouvé un réveil aussi pénible.

J'avais néanmoins traversé la journée suivante sans que personne ne me fasse de commentaire sur mon manque de sommeil évident. Mais je vous garanti que le lendemain la sieste a été longue! Et pour vous rassurer, je dirais que j'ai acheté la batterie nécessaire à l'alarme incendie et qu'elle est bien installée dans son nouveau logis.

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jeudi, octobre 25, 2018

La lectrice

Si Obélix est tombé dans la potion lorsqu'il était petit, moi je suis tombée dans la littérature. Je ne remercierai jamais assez mes parents de m'avoir poussée dans cette voie dès mon plus jeune âge. J'ignore complètement tout de l'enfance sans livres. La mienne en a été nourrie tout du long et si je n'ai pas aimé tous les livres, particulièrement ceux imposés à l'école, je dirais que j'ai toujours su garder mon rapport à la lecture dans une sphère plaisante de ma vie.

Il ne me viendrait pas à l'esprit d'aller me coucher sans un livre. Non plus que de passer une semaine sans lire. Je peux débrancher la télé, ne pas trop utiliser internet, éviter de jouer à toutes sortes de jeux addictifs sur mon téléphone, ne pas regarder les réseaux sociaux durant plusieurs jours, mais m'abstenir de lire me serait tout bonnement impossible. Entrer dans la vie de personnages que j'apprends à découvrir, me laisser prendre au jeu de l'imaginaire, est un plaisir sans cesse renouvelé.

Je me souviens encore du livre dans lequel j'ai réussi à lire ma première phrase toute seule, en première année. J'avais alors eu le sentiment de vivre dans la magie parce que moi aussi, je savais désormais déchiffrer les caractères pour en saisir les sons, puis le sens. Je n'ai donc pas traîné longtemps au rayons des albums et des petits livres sans vraiment d'histoires, dès que j'en ai eu la possibilité que je me suis attaquée à des romans de plus en plus gros. J'ai en mémoire une image très précise de l'endroit où je me trouvais, dans la maison familiale, le jour où j'ai terminé mon premier vrai roman avec plus de mots que de dessins à l'intérieur.

Ensuite, j'ai vagabondé sur les mots des autres autant que je le pouvais. Tellement qu'après avoir lu tout ce qui traînait à la maison et à bibliothèque de quartier correspondant à mon âge, j'avais eu la permission d'aller me chercher des livres du côté adulte, bien avant d'avoir les quatorze ans réglementaires. Mais je devais toujours présenter mes choix à la bibliothécaire avant de me présenter au comptoir d'emprunts afin qu'elle s'assure que rien dans le contenu du livre aurait pu me faire basculer un peu trop rapidement hors de l'enfance.

Comment, alors, pourrait-on être surpris que je travaille dans une librairie? Partager les livres est pour moi un réel bonheur, particulièrement lorsqu'il s'agit de livres pour enfants parce que le plaisir de lire demeure la plus grande découverte de ma vie et que je suis convaincue qu'il peut en être ainsi pour tous, à condition qu'on se donne la peine de présenter des livres aux bambins qui ne demandent généralement pas mieux.

Mais contrairement à Obélix, je n'ai aucune interdiction à cause du fait que je sois tombée en littérature étant toute jeune. Au contraire, il est souhaitable que je continue à me tremper dedans régulièrement afin d'être en mesure de bien faire mon boulot.

Et plus encore, puisqu'à mon tour, je peux manier les mots pour fabriquer un peu de cette littérature que j'aime tant.

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dimanche, octobre 21, 2018

La fête d'automne

J'ai tracé un portrait, il y a quelques années, de ce que j'appelais Noël dans la Terre du Milieu. Ce Réveillon au cours duquel ma mère, en plus de sa propre famille accueille un de ses frères et sa propre descendance. C'est vraiment devenu une tradition chère au cœur de tous les participants. Même si, pour toutes sortes de restrictions contradictoires, il devient parfois presque sportif de trouver le repas qui pourra convenir à tous. Nous ne sommes certainement pas la seule famille à Montréal à jongler avec ce genre d'enjeu, alors on s'en accommode comme on peu.

Depuis que ma sœur à des enfants ce genre peut s'avérer très ardue parce que Zazou a très envie d'avoir tout plein d'attention, particulièrement de la part de sa Grand-Mamie chérie mais que ce n'est pas toujours possible. Alors, évidemment, le petit n'est pas toujours un ange en de telles circonstances. Surtout que plus nous sommes nombreux, plus la soirée a tendance à s'étirer et bien entendu, la fatigue s'ajoutant à l'excitation, ça donne des résultats, détonants mettons. Et plus ce jeune homme est excité, moins il y a de chance que la petite Coccinelle réussisse à s'endormir en cours de soirée.

Bref, en regard de ces circonstances, ma mère a eu l'idée cette année, de devancer notre souper inter-familial et d'en faire un souper d'automne. Ça adonne bien, on a une pluie d'anniversaires à célébrer à cette période de l'année. Elle croyait, à raison, que le temps des fêtes étant tout sauf reposant, d'avoir un Réveillon en famille réduite serait sans doute plus facile pour la plupart d'entre-nous. Pour ma part quand je l'ai appris, j'ai été un peu triste, mais je me suis résolue à bien profiter de la fête d'automne à la place.

Elle a eu lieu hier soir, avec beaucoup de moments cocasses, malgré le petit garçon excité et enrhumé décrit plus haut. Il y avait quelque chose de précieux dans cette fête inventée, parce qu'il fallait bien chanter Bonne fête et souffler le feu. On a même eu le droit à la version anglaise chanté par un presque trois ans, très fière de montrer à la tablée qu'il est capable de chanter tout seul cette chanson là.

En tournant les coins ronds, pour les besoins du récit, je dirais que ma sœur a annoncé qu'elle était bien triste qu'on ne répète pas Noël cette année. À cet instant précis je suis presque certaine que tout le monde a eu envie de lui répondre : « moi aussi! » Elle a continué en expliquant que si ça se refaisait, il faillait changer certaines choses, comme l'heure de début, et peut-être avoir l'audace de sortir le dessert avant les fromages pour que Zazou puisse en profiter et que sa famille puisse s'éclipser plus tôt, si le cœur lui en disait sans que ça ne devienne compliqué.

Il y a eu une grande émotion et tout le monde s'est regardé pour se dire que oui, on avait vraiment envie de passer Noël ensemble cette année. Moi, j'avais la gorge serrée et les yeux mouillés, parce que je trouve assez extraordinaire d'avoir l'occasion de choisir ma famille de Noël.

C'est ce que j'appelle le vrai luxe.

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jeudi, octobre 18, 2018

Mon Afrique (imaginaire)

Depuis que l'été s'est évanoui aussi brutalement qu'il était arrivé, je passe un peu moins de temps sur mon fabuleux balcon. Parce que je veux bien utiliser toutes mes pièces, mais un moment donné, une fille a froid. Je suis heureuse de constater qu'il fait bon être à l'intérieur à faire des casse-têtes. Je suis un peu cinglée en cette matière, j'en ai fait plus de vingt en trois mois. Sauf que ça permet de faire passer le temps et comme j'ai décider de ne pas brancher la télé, ni m'abonner à des service télévisuels en ligne, il faut bien que je trouve le moyen de meubler mes heures.

Cependant, je retourne dehors malgré le fond de l'air frais. Pour assouvir ma dépendance à la cigarette, en partie, mais surtout pour rêver. Il me semble qu'on rêve mieux dehors. Et ça faisait un bail que je ne m'étais pas livrée sciemment à cette activité. Ça ne nourrit pas nécessairement mon sac à histoires pour celles que j'aurai à raconter deux fois semaine, mais ça m'apaise l'âme je dirais. Ainsi, j'adore être assise là au moment où le soleil disparaît à l'horizon. De mon perchoir, qui n'est pas très haut, j'ai la vue bloquée par un paquet d'édifices et beaucoup de verdure aussi.

Je n'ai jamais vu l'Afrique, sauf que tous les soirs, à la brunante, j'ai l'impression d'avoir une vue d'Afrique. J'ai dans la tête des images empruntées à divers documentaire sur ce continent que je n'ai pas foulé, additionnées à celles du cinéma en dessins ou en vrai. Bien entendu, ce sont des images clichées, au moins autant que celles concernant le Canada que j'entends quotidiennement sortir de la bouche des touristes en quête d'un bout du nous de carte postale dont ils rêvent, mais qui n'existe pas vraiment, du moins plus de nos jours.

Toujours est-il que dans mes propres préjugés sur un continent que je ne connais pas, j'ai cette image qui ne décolle pas de l'arbre solitaire qui se dégage à contre-jour dans la vaste savane qui semble déserte, mais qui on le sait, regorge de vie. À tout coup, je me met à me raconter toutes sortes d'histoires plus fantaisistes les unes que les autres qui me permettrais de m'être transporter l'espace d'un coucher de soleil, dans cet univers dont j'ignore à peu près tout. Mon imagination part parfois dans des directions qui me laisse moi-même bouche-bée, je crois que même mon neveu trouverait un tantinet bizarre. Il faut savoir qu'il a un jour réussi à terminer un récit dans la savane alors que ses personnages principaux étaient un homard et des écureuils.

Le plus souvent, cependant, je me contente de me faire croire que je suis sur cet autre continent où il ne fait pas quelques degrés sous zéro, pour le plaisir d'avoir moins froid juste parce que je me rappelle des rayons du soleil sur ma peau.

Et la plupart du temps, j'y crois.

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dimanche, octobre 14, 2018

Une funambule

La première fois où je l'ai vue, c'était par une belle journée d'automne. Il me semble que le soleil était radieux et que les arbres arboraient des couleurs éclatantes. Elle ne le savait pas, mais moi, du haut de mes neuf ans et demi, j'attendais depuis bien longtemps de faire sa connaissance. Honnêtement, sur le moment j'ai été déçue. Elle était toute fripée, et il m'apparaissait évident qu'elle ne pourrait pas être ma meilleure amie la semaine suivante. J'aurais dû m'en douter pourtant, j'avais déjà deux petits frères qui avaient eux aussi été des bébés. Enfin bref, j'avais fait contre mauvaise fortune bon cœur et pris la décision de l'aimer de tout mon être.

Elle a été une petite fille joyeuse et vive qui aimait profondément les animaux. Un de nos frères était allergique à bien des animaux, mais ça n'a pas empêché la petite d'adopter un chat lorsqu'elle avait quelque chose comme quatre ans. On venait de comprendre, en famille, que ma sœur n'irait jamais sans chat, quelles que soient les circonstances. Ce sont deux concepts qui vont ensemble, ma sœur et un chat. Mais c'était aussi une petite fille rayonnante, à l'oreille impeccable. Elle comprenait l'anglais avant que je ne le fasse, malgré nos presque dix ans de différence. J'ai un souvenir vivace d'une marche sur la rue Prieur, durant laquelle elle m'a chanté les vraies paroles d'une chansons qui jouait continuellement dans ma chambre, alors que je n'aurais absolument pas pu les citer parce que je ne les comprenais pas.

Je n'ai pas beaucoup connu l'adolescente, je vivais dans une autre ville et je ne revenais à Montréal que quelquefois par année. On se parlait un peu au téléphone, de son camp qui était le centre de son univers, ou des Girlmore girls parce qu'on l'écoutait ensemble, à distance. Et l'air de rien, pendant qu'elle devenait une femme, moi je m'enfonçait dans le pays des zombies, alors bien entendu, nos relations n'étaient pas si fameuses. D'autant que je me choquais beaucoup. Ce qui n'amieutait pas les relations familiales.

Elle est vite devenue une jeune adulte bien dans sa peau et active dans son milieu. Je crois, que pendant un moment de sa vie, elle trouvait qu'elle était devenue un peu ma grande sœur, parce qu'elle atteignait des paliers de vie que je ne rencontrerai jamais. Elle avait le début de l'âge adulte quelque peu intransigeant.

Et puis, elle est devenue mère. Une belle et bonne maman. Douce sans être gâteuse. Ferme mais pas rigide. Et comme femme, ses angles se sont arrondis sans qu'elle ne s'en aperçoive. Un plus grande tolérance ajouté à un peu moins d'impatience généralisée. Elle aura appris à manœuvrer sur un fil de fer à hauteur de ciel tout en gardant obstinément ses deux pieds sur terre.

C'est une des choses qui me fascinent le plus chez elle, sa capacité à avancer toujours quelque soit l'étroitesse du chemin quelle décide d'emprunter.

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jeudi, octobre 11, 2018

Kidnappée

Je suis tombée sur une entrevue radiophonique, un peu par hasard, dansa la nuit de samedi puisqu'elle était en rediffusion. C'était à La soirée est encore jeune et l'homme qui répondait aux questions était Jean-François Roberge, député de la CAQ et enseignant au primaire dans sa vie précédente. Je le connais parce que je suis allée au Cégep avec lui et il était, à l'époque, mon ami. Je dirais que deux minutes après de début de son entrevue, j'ai retrouvé le sens de l'humour dont je me souviens si bien, parce que le premier lien qui nous a uni c'est sans doute que je riais beaucoup de ses niaiseries.

Si mes souvenirs sont exacts, on s'est d'abord rencontrés dans un cours et, étant ce que je suis, je me suis mise à m'intégrer un peu à son groupe d'amis tout en continuant à butiner largement dans toute sortes d'autres groupes. J'ai fait quelque chose ressemblant à cela pas mal toute ma vie du reste, fréquenter plein de groupuscules tout en maintenant certaines amitiés plus profondes, généralement à l'extérieur de ces groupes.

Bref, en l'entendant avoir du répondant face aux animateurs, disons, abrasifs, de cette émission, je reconnaissais bien mon ancien camarade malgré le fait qu'il soit désormais un politicien depuis plusieurs années et que beaucoup d'analystes le compte parmi les candidats au poste de futur ministre de l'éducation. Personnellement, je verrais cette nomination potentielle d'une assez bonne venue, parce que je sais que l'homme en question est préoccupé par l'éducation depuis nos années collégiales, il a donc eu largement le temps de réfléchir à ce sujet important.

Mais, ce dont je me rappelle le plus de l'homme en question, c'est que c'était un grand taquin. Il ne ratait jamais une occasion de me mettre en boîte ou de me faire marcher, et comme je suis naïve généralement, je ne marche pas je cours. Et ce, au plus grand plaisir des personnages qui s'amusent à mes dépends.

Bref, une fin de semaine, je m'étais foulé la cheville au métro Jean-Talon. J'étais sortie danser avec d'autres amis et c'est un bête accident de changement de ligne qui m'avais vue tomber plutôt que la soirée en tant que telle. Quelque que soit le lieu de l'incident, le résultat était que j'étais considérablement ralentie dans mes déplacements la semaine suivante.

En étant consciente, j'avais entrepris de prendre de l'avance pour me rentre à mon cours de Philo quand je fus interceptée par Jean-François et son ami Étienne et qu'en moins de temps qu'il ne m'en a fallut pour réaliser ce qui m'arrivait, je me suis ramassée assise sur le dessus d'un frigidaire, dans une pièce de circulation avec mes deux bourreaux assis devant moi, interdisant à tout le monde de me venir en aide, pendant que je ne savais plus trop si je riais ou si je pleurais. Je ne me rappelle plus pour quelle raison ils m'avaient kidnappée sur un réfrigérateur, je suppose que c'était par simple plaisir de voir ce qui arriverait. N'empêche que ça demeure un souvenir marquant.

Battu peut-être seulement à mon panthéon, par celui du prof qui passant par là après son cour qui m'a lancé : « Ah, c'est là que vous étiez mademoiselle Cazelais. J'espère que vous serez sortie de votre fâcheuse condition, lors de mon prochain cours ».

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dimanche, octobre 07, 2018

Mariage d'automne

Il y a quelques années déjà, il y avait ce grand jeune homme qui traînait ses savates à la librairie. Il venait souvent chercher une personne, mais on commençait à se dire qu'il s'attardait toujours un peu longtemps auprès d'une des nôtres. Celle-ci en tout cas, le trouvait séduisant et ne s'en cachait presque pas. À l'époque, elle était, je dirais fragile, en perpétuel déséquilibre sur sa propre ligne de vie. Si, la plupart du temps, elle était joyeuse, il lui arrivait de se lever au beau milieu du pays des zombies et ces jours-là, qui s'étiraient parfois en semaines, elle peinait sincèrement à mettre un pied devant l'autre. C'est avec beaucoup de courage elle continuait à avancer, malgré tout.

Alors quand ce grand jeune homme s'est mis à la visiter pas tout à fait subtilement et que nous, ses amies, l'avons vue s'illuminer de l'intérieur, nous étions heureuses de voir qu'elle se portait bien en sa compagnie et surtout qu'elle semblait croire qu'il pourrait peut-être y avoir pour elle un brin d'amour ou d'affection sans qu'il lui faille s'émietter le cœur dans d'atroces douleurs pour que le sentiment existe. Elle disait, et dit toujours, que cette homme était pour elle un ancrage dans ses tempêtes, alors après l'avoir attrapé, elle ne l'a plus lâché. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire : « lapin » il a été intégré au groupe de filles du boulot qui allait prendre une bière le jeudi.

Au départ, je dirais que je n'étais pas certaine que cette histoire allait durer, tout en sachant qu'ils s'aimaient très fort. Mais eux y croyaient, et c'est là, je crois, l'essentiel. Ensemble ils ont construit des ponts entre toutes sortes de sujets les faisant se rapprocher de telle manière que ceux-ci ont fini par se toucher. Ils ont franchi leurs étapes dans l'ordre, pour eux. L'achat d'une maison, pour commencer, un fils pour continuer et un autre quelques années plus tard. Et au bout de douze ans, ils se sont dit qu'il était plus que temps de passer à autre chose, c'est-à-dire de se marier. C'est ainsi que, un an plus tard, par une journée grise d'octobre, égayée par une flambée des couleurs particulièrement réussie, ils ont convié parents et amis à être témoins de leur union.

Comme on pouvait s'y attendre connaissant les principaux intéressés, ce n'était pas tout à fait traditionnel, à commencer par une mariée en pantalons et un marié en espadrilles. Ce qui ne les empêchait absolument pas de briller d'une élégance tout à fait dans leur genre. Et le décor était lui aussi à leur image, chaleureux et bon enfant.

Ils se sont échangés leurs vœux en toute simplicité avec un clin d’œil de leurs enfants qui participaient fièrement à la fête. C'était un magnifique moment, tout en douceur et en complicité. Je leur souhaite encore un grand bout de chemin côte-à-côte parce qu'ils se complètent et s'équilibrent particulièrement bien.

Grâce à eux, hier soir, personne n'aurait pu croire que pour certains, l'automne est une saison triste.

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jeudi, octobre 04, 2018

Dépenser sans compter

Je ne me décrirais pas comme quelqu'un de particulièrement négligente avec les gens ou les choses. Je n'ai pas une force excessive et, hormis mes livres que je fini toujours par corner à force de les lire et de les relire, je suis plutôt économe avec mes objets personnels. Je dirais même que j'ai une tendance certaine à user les vêtements que j'aime jusqu'à la corde avant de me résoudre à les mettre à la poubelle. Peu pour moi de recyclage vestimentaire sinon pour ceux qui ne me font plus.

Il en va de même avec tous les produits électroniques que j'ai utilisé. Avant de me décider à en changer, il faut généralement que l'objet en question fasse preuve de beaucoup problèmes avant que je ne commence à mettre de côté les sous nécessaires pour me procurer un machin de remplacement. Tout cela pour dire que j'avais le même téléphone depuis fort longtemps, et celui-ci me faisait souvent enrager parce qu'il n'avait pas de mémoire et que la pile se vidait à une vitesse effarante. Genre un appel et puis oups, plus de pile.

Bref, en déménageant, je l'ai changé. Mon nouvel appareil n'est pas de dernière génération, je n'ai pas vraiment besoin d'avoir la dernière bébelle à la mode et surtout, je trouve absurde de financer un appareil avec un forfait hors de prix quand je peux avoir un très bon forfait, a prix beaucoup plus raisonnable pour un appareil qui est, disons, un peu passé de mode. Je suis, jusqu'à maintenant très contente de mon achat, sauf que si je continue comme ça, je vais finir par le payer à peu près deux fois. Et ce ne sera que de MA faute.

En effet, j'ai dû faire changer la vitre deux fois en trois mois. Ce qui, en soit, n'a aucun sens. Jamais auparavant je n'avais même fait une égratignure sur mes vitres et maintenant, je les ai fait exploser deux fois. La première fois, mon téléphone a fait une toute petite chute de ma table extérieure au balcon, sauf que ledit balcon est en béton, ce qui ne pardonne que très peu, surtout que je n'avais pas encore pu me procuré d'étui protecteur. J'ai fait réparer la vitre et me suis munie d'un étui le lendemain, certaine d'être désormais à l'abri.

Mais non. Il y a deux soirs, je parlais à l'homme à tout faire de l'édifice qui travaillait sur le balcon supérieur. Pour ce faire, j'ai éteint la radio qui jouait sur mon téléphone, l'ai posé sur la table et me suis levée pour continuer notre discussion. J'ai genre oublié entre les deux que j'écoutais la radio avec mes écouteurs dans les oreilles. Fa que le téléphone a fait un vol, pas du tout plané vers le rez-de-chaussé. La vitre s'est fatidiquement une nouvelle fois fracassée. À un point tel que si l'appareil fonctionnait toujours, je ne voulais plus me risquer à y glisser les doigts.

Alors rebelote pour le changement de vitre.

Là, je pense que j'ai assez abusé de l'appareil, et je me souhaite d'avoir un peu plus la tête sur les épaule parce que franchement, je commence à trouver que je me fais payer bien cher mon nouvel achat...

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dimanche, septembre 30, 2018

Couch surfing

Si je suis toujours ravie d'avoir déménagée, je commence à comprendre que si les nuits sont bien moins souvent agitées par ici, lorsqu'elles le sont, cela a un impact beaucoup plus fort. Comme si le fait d'entendre des bruits qui ont pourtant « bercés » mes nuits durant près d'une dizaine d'années en dehors du contexte dont j'avais l'habitude les rendaient encore plus tonitruants.

Il y a deux nuits j'ai été réveillée par un homme audiblement soûl qui hurlait des insultes colorées à plein poumons. J'ignore où il était exactement, ne résidant plus exactement sur la rue. Mon logement étant situé à l'arrière de l'édifice il m'est difficile, au cœur de la nuit de savoir d'où viennent les bruits. Et non, je ne traverserai pas l'édifice à cinq heures du matin mue par la curiosité pour identifier l'origine des sons. Toujours est-il que la personne après qui il criait le suivait en voiture et klaxonnait de manière quasi continue. Je ne sais pas combien de personnes ont été réveillées par ce vacarme nocturne, mais pour ma part, ça m'a pris un temps fou pour me rendormir.

Étrangement, dans l'ancien appartement, les bruits étaient beaucoup plus forts parce que beaucoup plus près de moi, mais généralement, je ne me réveillais pas tout à fait, après avoir identifié la source du vacarme : cela faisait partie des bruits normaux. Ici, c'est le calme plat. Je n'entends même pas les autobus qui roulent sur la rue Fleury, J'entends à peine mes voisins du dessus de temps en temps quand ils se disputent ce qui n'arrive pas assez souvent pour que je leur en tienne rigueur. Et j'ai l'habitude des pas sur ma tête que j'entends depuis tellement longtemps que je ne les remarque même plus.

C'est ainsi qu'après avoir fini par comprendre ce qui me tirait hors des bras de Morphée, j'étais beaucoup trop réveillée pour me rendormir. Je n'avais pas envie de me sortir du lit, mais je sais d'expérience que de traîner au lit en jouant à « pis tourne » est la pire manière d'essayer de retrouver le sommeil. Ce qui ne m'empêche en rien, à tous les coups de rester au lit, les yeux grands ouverts à regarder passer le temps qui raccourci indubitablement ma nuit de sommeil.

J'ai tout de même fini par me tanner. Je suis allée travailler sur le casse-tête qui était en route. J'ai vu le le ciel s'éclaircir tranquillement pendant que le soleil se levait. Par chance, je ne travaillais pas de jour, j'avais donc le loisir de faire une sieste. C'est donc dans cet état d'esprit que je me suis installée sur le divan avec un livre et une grosse couverture bien chaude. Je n'ai pas dû lire beaucoup plus que 10 lignes avant de m'endormir pour de bon et de terminer ma nuit.

Je me suis réveillée deux heures plus tard, bien reposée et même pas courbaturée. Alors j'ai pensé, encore une fois que j'avais donc bien fait de déménager..

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jeudi, septembre 27, 2018

Mademoiselle Autonomie

Enfin! Enfin la vie, du moins la mienne, devient franchement intéressante. J'ai franchi plusieurs étapes importantes dans les derniers temps, importantes pour moi. D'abord, je suis capable de m'asseoir. Oh comme j'aime ça! J'étais pas mal tannée de toujours être couchée sur le ventre ou sur le dos si je n'étais pas dans une coquille dans les bras de quelqu'un. Pas que je chialais tant à cause de cela, mais ça me fatiguait. Il me semblait que j'avais un millier de choses à découvrir et que couchée, ce n'était pas la meilleure manière d'y arriver.

Ensuite, j'ai une dent. Le perçage n'a pas été agréable et celle qui tente de faire son chemin est aussi agaçante. Mais le résultat est fantastique. Je peux manger! Imaginez, faire comme tout le monde et surtout faire comme Zazou. Parce que moi, je veux faire tout ce que Zazou fait le plus vite possible. Marcher et parler en premier lieu. Sauf que je dois, semblerait-il, passer certaines étapes avant d'en arriver-là. N'empêche que je vais m'appliquer très fort à lui ressembler.

En attendant, je peux manger toute seule. Et désormais, je refuse que mes parents me nourrissent. En tout cas, je les laisse faire le moins possible. J'exige d'avoir ma propre cuiller même si je ne suis pas tout à fait douée pour mettre la nourriture dans ma bouche. Mettons que je ne beurre le visage pus qu'autre chose. J'attrape les bouchées que me tendent mes parents, parce qu'il faut bien qu'une fille se nourrisse, sauf que je ne l'accepte pas de gaieté de cœur. Cependant, l'autre matin, Maman avait fait des bonnes crêpes aux bleuets. Zazou les aime beaucoup, alors bien entendu, moi aussi. J'ai dévoré ma portion comme une championne, sans aide. Là, j'étais fière de moi. Je pense que je serai une jeune personne très indépendante et autonome.

Pendant que Zazou est à la garderie, je m'entraîne à lui ressembler. Je lis des livres, comme lui, je joue avec ses jouets et je m'occupe à grandir afin de l'impressionner quand il reviendra à la maison. La plupart du temps, il ne remarque pas tous les efforts que j'ai fait durant son absence, mais ça ne l'empêche pas de me couvrir de bisous doux, de me parler, de me montrer comment on joue avec ceci ou cela, alors j'ai bon espoir d'arriver à atteindre mes objectifs d'ici peu.

En fait, je crois que je suis une petite demoiselle bien pressée. Tellement que j'ai continuellement les cheveux dans le vent. Comme s'ils étaient perpétuellement ébouriffés par toutes mes activités. On pourrait dire que j'ai un petit airde joli épouvantail de dessins animés, mais Tatie croit que ça me fait ressembler à Reggedy Ann, une petite poupée de tissus que je ne connais pas encore.

Tout ça pour dire que je suis bien contente d'avoir enfin pu adopter un nouveau point de vue sur l'existence. Mon prochain objectif est de me déplacer à quatre patte le plus vite que je pourrai. Je me donne quelques semaines pour y arriver.

Les sapins de Noël n'auront qu'à bien se tenir.

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dimanche, septembre 23, 2018

Mes degrés de popularité

Ça fait longtemps que je prétends que si j'avais à me trouver un amoureux, il faudrait que je pige dans bassin de petits garçons âgés entre six mois et cinq ans. Je ne sais pas ce que mon visage a de séduisant pour cette tranche d'âge, mais j'y mesure quasi quotidiennement mon degré de popularité. J'y vois deux problèmes majeurs, le premier c'est que que j'ai la fibre pédophile à zéro moins mille et le second c'est que ça ne fonctionne à peu près juste avec les enfants que je ne connais pas.

Prenez Zazou par exemple, il est pratiquement imperméable à mes efforts de rapprochement. C'est lui qui décide s'il me parle où si nous faisons une activité ensemble. Et règle générale, surtout depuis qu'il a atteint l'âge vénérable de deux ans et demi, il s'occupe beaucoup à m'interdire toutes sortes de choses comme d'aller courir dans le court de tennis du Club, de me baigner quand la canicule rugit, ou de jouer aux petites voitures. D'ailleurs depuis un petit moment, je me dis que je devrais attendre qu'il vienne me voir plutôt que de lui dire bonjour quand on se voit, histoire de voir si ça pourrait un peu changer nos rapport.

Ceci étant dit, j'ai un succès bœuf avec les enfançons que je ne connais pas, en général. Je le vois souvent au travail. Ils me regardent de leurs grands yeux et semblent complètement fascinés par tout ce que je dis en tétant diligemment leur suce. Ou encore, ils viennent me montrer fièrement leur prochain achat, évidemment payé par leur parent. La grande aventure de Monsieur Caca est un des titres qui me sont le plus souvent agités sous le nez, comme si en ayant ce livre en particulier, les enfants étaient décidément plus à la page que moi. Je m'exclame toujours aux bons moments et j'approuve avec enthousiasme tous les choix qu'on me présente, même s'il m'arrive régulièrement de ne pas être d'accord avec ces derniers.

Mais ma popularité auprès des petits garçons s'étend aussi dans les transports en commun. À tous les jours, ou presque, je croises des enfants qui me zieute de manière presque gênante. Je leur fait des « tata » et des sourires, parce que bon, je les trouve mignons. Quelquefois, les parents semblent mal à l'aise de nos échanges et je les comprends, enfin je crois, parce que j'imagine que si j'étais mère, je crois que je serais louve et protectrice. Cependant il arrive des situations un tantinet incontrôlables.

Comme tout à l'heure, quand le métro était plein et que la maman de trois enfants visiblement débordée a demandé à ses enfants de s'asseoir par terre histoire de lui permettre à elle de voir un peu le bout. Son enfant mitoyen a sans doute pensé que le plancher ne serait pas tout à fait confortable, alors il est venu s'asseoir sur mes genoux. Sérieusement, j'ai trouvé cela très mignon, mais la maman elle a incontestablement trouvé que c'était la goutte qui faisait déborder son vase.

Elle ne s'est pas choquée mais m'a promis d'expliquer à son garçon que tous les étrangers n'étaient pas nécessairement des personnes gentilles.

Moi, je n'avais rien demandé et j'ai pris le câlin avec autant de plaisir que de surprise.

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jeudi, septembre 20, 2018

Vent de fraîcheur

Une des choses que je trouve profondément amusante en habitant dans une contrée qui vit quatre saisons fort différentes les unes des autres, c'est de constater, année après année, que l'arrimage entre deux saisons est parfois un peu confusant pour plusieurs d'entre nous. Hier matin, je me suis levée dans un matin frisquet. Pas vraiment froid, mais avec une température somme toute normale pour la saison sauf que l'été s'était évanoui dans la nuit sans crier gare nous plaçant devant un changement de température assez impressionnant.

Selon l'habitude que j'ai prise depuis mon déménagement, j'avais bu mon café sur mon balcon, pour le plaisir, même si bon, pour le boire chaud, j'ai dû me dépêcher. N'empêche, avec une bonne veste, j'étais très bien et je me sentais en réalité, assez heureuse parce que la température à l'intérieur de mon appartement avait enfin atteint un niveau acceptable. À l'arrêt d'autobus que je fréquente, il y avait trois faunes : les frileux qui avaient sortis les bottes d'hiver et les parkas, les non-abonnés à la météo qui étaient toujours en sandales et en bermudas et les autres qui avaient ajouté un lainage et des vêtements longs à leur accoutrement habituel.

Je crois que les premiers sont souvent des personnes récemment arrivées ici, qu'ils y soient pour un long ou un court terme. Il y avait cette jeune femme à l'accent européen qui avaient de grosse moufles, un foulard et une tuque en plus d'une grosse veste que je ne sortirais personnellement pas avant que le mercure ait commencer à descendre sous zéro. Mais elle, elle avait visiblement très froid et sautillait d'un pied sur l'autre en attendant que le bus se décide à pointer le bout de son nez. Paradoxalement, il y avait la meute adolescente qui était encore toute en bras et en jambes. Celle-là je la soupçonne d'agir un peu par effronterie, en tout cas au moins autant que par indifférence au froid.

Personnellement, j'utilise le système de la pelure. J'en ajoute de temps en temps et celles-ci s'épaississent au fur et à mesure que les degrés baissent. C'est d'ailleurs le seul moyen de survivre aux wagons de métro bondés à cette période charnière de l'année. La jeune Européenne que j'avais remarqué plus tôt l'a d'ailleurs appris à ses dépends la pauvre : elle était toute rouge et en sueur après une seule station. Je crois qu'elle ne s'attendait absolument pas à ce choc climatique.

Et surtout, ce changement d'humeur de la météo laisse présager la flambée des couleurs de l'automne, ce moment magnifique où les arbres se parent de toutes leurs couleurs avant de tranquillement laisser tomber leur feuillage. J'ai déjà prévu aller me promener dans un certain parc du quartier lors de ma prochaine journée de congé, histoire de vivre un minimum ce moment. Parce que si j'ai bien profité des largesse de cet été caniculaire, j'ai bien l'intention de vivre chaque minute de la transition automnale qui me sera impartie.

J'adore vivre sur une île qui rivalise de beauté à chacune de ses saisons. Je crois que c'est la meilleure manière de sentir la vie évoluer.

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dimanche, septembre 16, 2018

Rentrée gratinée

Depuis que je pends mes vacances en septembre, je me plais à dire à qui veut l'entendre que je retourne au travail et que c'est déjà Noël, même si la rentrée scolaire est à peine terminée. Dans le commerce où je travaille, c'est un peu vrai. D'abord, il faut bien recevoir les choses que l'on va vendre un peu avant de les vendre justement. Et mieux vaut pour nous débuter bien tôt que de tout recevoir en même temps. Je l'ai déjà vécu et je peux vous garantir que c'était épuisant. Ensuite, c'est la rentrée littéraire d'automne, donc c'est l'effervescence des nouveautés. Oh, il y en a bien durant les autres saisons, mais l'automne est une saison toute particulière, ne serait-ce parce qu'à Montréal on prépare la grande fête du Salon du livre.

Cette année, mon retour au travail a été, je dirais, gratiné. Je travaillais depuis longtemps avec un libraire à temps complet sur laquelle je pouvais me fier pour faire avancer les tâches durant mes absences. Mais elle avait envie de relever des défis et a accepté un poste de gestionnaire dans une autre succursale. Je n'ai pas perdu de temps et aussitôt embauché quelqu'un pour la remplacer, mais nous n'avons travaillé que 4 jours ensemble avant que je parte. En même temps, les deux libraires à temps partiel qui travaillaient avec nous depuis plusieurs années m'ont remis leurs démissions pour aller voir ailleurs ce que la vie pourrait leur apporter. Dans un cas, j'ai pu remplacer avant mon départ, dans l'autre, j'ai du faire confiance aux autres gestionnaires pour combler le poste dans mon équipe. Il me restait donc une ancienne (de 5 mois), et plein de nouveaux.

Manque de bol, pour des raisons bêtement administratives, elle a aussi dû démissionner pendant mon absence. En plus la personne que j'avais embauché pour le temps complet ne se plaisait finalement pas parmi nous et a remis sa démission avant la fin de sa seconde semaine de travail.

Pendant ce temps, les livraisons ont continué à entrer en magasin. Alors je suis arrivée au magasin et j'ai découvert une montagne de chose à faire (au sens propre comme au figuré) et tout plein de nouveaux employés à former. Dire que j'avais l'impression que je n'arriverai pas à me sortir la tête de l'eau avant longtemps tient de l'euphémisme. Je me sentais un peu comme à l'ouverture du magasin, au moment où tous les employés étaient nouveaux et que personne, ou presque n'était capable d'effectuer une opération de base sans aide.

Disons que la semaine a passé très, très vite et que je n'ai pas fini de grimper ma montagne. Ce qui ne m'a pas empêché d'avoir beaucoup de plaisir à travailler parce que j'aime faire de la formation et de voir tranquillement les employés voler de leurs propres ailes.

N'empêche que je me permet de souhaiter que le reste de mon automne soit un peu moins rempli de roulement de personnel.


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mercredi, septembre 12, 2018

Figue ou raisin?

Je n'avais jamais été en République Dominicaine. Je ne regrette pas ce voyage, même si ce ne fut pas mon favori pour plusieurs raisons, la première c'est que n'en connaissant pas grand chose, j'ai peut-être mal choisi l'endroit où j'allais. Il m'est apparu assez évident, peu après mon arrivée sur place que c'était un endroit où beaucoup d'hommes blancs allaient retrouver des Dominicaines entretenues. Je ne suis pas à l'aise avec ce genre de commerce ni ici ni là-bas. Ceci a fait en sorte que j'ai eu beaucoup plus de difficulté à nouer des relations intéressantes avec les autres voyageurs. Mais j'ai bien compris pourquoi les prix étaient si alléchants pour une personne seule.

Ensuite, hors saison comme cela, le site était passablement vide. Alors il accueille, durant les fins de semaines, des Dominicains en pause. Si je trouve l'idée géniale, l'application elle a été plus ardue. Parce que c'est un peu comme si deux faunes totalement distinctes étaient plongées dans la même arène avec des règles complètement différentes. Les Dominicains prennent une chambre en famille, ils sont souvent plus nombreux que les places disponibles dans un chambre. Cet état de fait ne me pose aucun problème, sauf quand autour de ma chambre, il y a un groupe qui s'installe et qui fait la fiesta toute la nuit. Ainsi, j'ai été réveillée à 2h00 du matin par des fêtards qui se criaient d'une chambre à l'autre, sans aucun respect pour le reste de occupants. Ils cassaient de la vaisselle, riaient et se lançaient des insultes pendant que les enfants de leurs chambres réveillés aussi en sursaut hurlaient à mort devant ce vacarme.

Je présume aussi que beaucoup d'entre eux ne sont pas précisément riches. Aussi, ils se jettent sur la nourriture comme si c'était leur seule occasion de manger pour les mois à venir. C'est peut-être le cas, je n'en sais rien. Toujours est-il qu'ils se précipitent collectivement sur le buffet à son ouverture et que munies de tupper ware et de zipplocs, les femmes vident des assiettes complètes dans ces contenants empêchant tous les autres de goûter à quoi que ce soit. J'ai ainsi vu disparaître un plat complet de salade de pomme de terre et toute une table d'assortiments de fromages et de viandes froides. J'ai dû attendre une heure complète avant de pouvoir me sustenter, et je ne suis pas la seule dans ce cas.

Mais le pire, c'est qu'ils jettent tout autour d'eux. Au premier matin de leur séjour, je suis descendue à la plage et je me suis retrouvée devant une gigantesque poubelle à ciel ouvert. Des tonnes de verres en plastiques partout, partout, partout, comme si le tout allait se ramasser tout seul. Eux n'ont visiblement pas conscience que tous ces petits contenants menacent la santé globale de la terre. Vous me direz que mon voyage en avion aussi et vous auriez raison, m'enfin ce matin-là, je voyais des dizaines de verres menacer de se faire repêcher par la marée montante, alors j'ai pris un gros sac de vidange au bar le plus proche et j'ai commencé à ramasser jusqu'à ce que les employés de la plage arrivent et viennent prendre mon relais.

Par conséquent je reviens de vacances mi-figue mi-raisin, heureuse d'en avoir appris un peu sur une culture que je ne connais pas, mais pas tout à fait convaincue d'avoir vécu une expérience confortable.

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dimanche, septembre 02, 2018

Intermède

Je vais me déconnecter pour quelques jours. Une semaine en fait parce que je repars en voyage, seule encore une fois. Non, cette fois ce n'est pas à Cuba, même si c'était mon idée originelle. Mais en vagabondant sur le site de voyages que j'aime beaucoup fréquenter, je suis tombée, en juin dernier sur une offre abracadabrante pour la République Dominicaine. Je n'y suis jamais allée. J'ai donc tout un trac parce que je ne sais pas trop dans quoi je m'embarque et que c'est la première fois de ma vie que je m'aventure dans une destination lointaine totalement inconnue sans accompagnateur.

Évidemment à cause de la finale de mon dernier périple, je ne pensais pas refaire un voyage de fin d'été dans cette région du monde. Mais faut croire qu'une fois qu'on y a goûté, la farniente sur les plages sans aucune responsabilité, porte une sorte d'appel auquel plusieurs ne peuvent résister, moi la première. Il faut dire que ça me fait du bien. Pas tant que je sois en manque de soleil ou de chaleur cette année, de ce côté ça va, disons que nous avons étés largement servi au Québec au cours de l'été. En fait, c'est le fait de changer d'air et de n'avoir à penser à peu près à rien qui me comble. L'eau de mer aussi.

Je suis prête, j'emporte dans mes bagages huit livres. Je ne pense pas tous les lire, mais j'ai besoin d'avoir des options si jamais un titre ne me plaît pas. Après tout, les livres sont mes seuls véritables compagnons durant ces périples à des bouts du monde divers. Ma valise n'est pas encore faite, j'aurai toute la journée de demain pour ce faire et me connaissant, je vais l'avoir complétée en moins de deux.

Je n'ai pas tellement peur d'être à nouveau rattrapée par les tempêtes tropicales se changeant en ouragan : cette année aura été douce dans l'Atlantique comparativement à la précédente. Et puis, si l'an dernier j'ai eu toute une frousse, je n'ai pas envie de me laisser encabaner par elle. Cependant, je ne pars pas le cœur seulement léger puisque comme je l'ai mentionné plus haut, c'est ma première visite en ce pays, en plus je vole avec une compagnie aérienne que je n'ai jamais fréquentée. Mais bon, je vais m'en sortir, j'en suis pas mal certaine.

N'empêche que j'ai bien hâte de plonger mes orteils dans le sable et de voir quels personnages je vais rencontrer. Peut-être plus d'Américains que de Québécois, peut-être pas de francophones du tout; je l'ignore, mais ce que je sais c'est que j'aurai un belle semaine pour observer noter et transposer mes impression, me faire une nouvelle collection personnages pour les moments de l'automne à venir durant lesquels, je le sais d'expérience, je n'aurai plus le temps de penser.

Au final, je dirais que je ne vais pas seulement paresser au soleil, non, je m'en vais me remplir la tête d'idées que je pourrai raconter dans les jours mornes de novembre quand mon imagination m'aura désertée.

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jeudi, août 30, 2018

Vacances agitées

Quand on est en vacances et qu'on a décidé de passer ce temps à la maison, on s'attend à ce que rien de bien bien excitant se passe dans notre quotidien. Ouais... c'est de la pensée magique, en tout cas, c'est ce que je crois étant donné que les deux derniers jours n'ont pas tout à fait été de tout repos.

Mardi soir, j'étais innocemment sur mon balcon à lire en suant à grosses gouttes. Il faisait chaud et humide, toutes les pièces de ma maison me semblaient étouffantes, j'avais peine à me concentrer sur quoi que ce soit. Il était autour de 23 heures et je commençais à envisager de migrer vers mon lit tout en sachant pertinemment que j'aurais beaucoup de peine à trouver le sommeil à cause de la ixième canicule de cet été torride. J'allais me lever quand le système d'alarme du bloc s'est mis à retentir. Quand je dis retentir, je veux dire par là que c'était assourdissant. Je n'ai fait ni une ni deux, j'ai attrapé mon téléphone et mon sac à main et j'ai descendu l'escalier en colimaçon qui s'accroche à la galerie et je me suis pointée à l'avant de l'édifice. J'avais tout juste eu le temps de me rendre compte qu'une forte odeur de fumée émanait du corridor jouxtant ma porte.

Tranquillement, les autres locataires se sont amassés sur le bord du trottoir avec moi. Moins de cinq minutes après le déclenchement de l'alarme, deux camions de pompiers étaient à la porte. Étant donné qu'il n'y avait pas de flamme visible, ils nous ont demandé si on savait d'où ça provenait et mes voisines et moi avons indiqué notre corridor. C'est à ce moment que le ciel a décidé de crevé et nous nous sommes tous retrouvés détrempés sur le trottoir. Compatissants, les pompiers nous ont laissés rentrer dans le hall étant donné qu'aucune structure n'était en feu. Il sont resté 6 ou 7 minutes le temps d'éteindre un feu de cuisson et d'aérer le logement concerné.

Et puis hier, je venais de partir un film quand le ciel s'est obscurci comme si la nuit tombait. Pourtant il était à peine 15 heures. Le vent ayant décidé de se mettre de la partie en plus d'une violente pluie, j'ai dû me résoudre à fermer portes et fenêtre afin de ne pas retrouver des mares sur mes plancher. Comme je ne prise pas particulièrement les orages, je me suis enfermée dans l'écoute du film que j'avais choisi quand l'électricité a lâché. Heureusement, j'écoutais le film de mon ordinateur qui était bien chargé, j'ai donc pu le terminer, ce qui m'a permis de passer le temps. Parce qu'il ne faut pas oublier que j'HAÏS les pannes électriques.

Évidemment, le ciel s'est dégagé presque qu'aussi rapidement qu'il s'était obscurci, cependant l'électricité elle a pris son temps pour faire une réapparition. En fait, ça a pris un peu plus de quatre heures. Je me sentais assez isolée parce que mon téléphone était à plat ou presque. Heureusement, j'avais la radio pour me tenir informée de ce qui se passait à la suite de cet orage violent, j'ai donc réintégrer mon balcon pour attendre que la lumière revienne dans l'escalier de secours de l'édifice à côté.

Étonnamment, je n'ai pas paniqué, même si j'ai eu à revoir le menu que j'avais prévu pour le souper. Je me suis rabattue sur une salade et des fromages, parce que franchement des côtelettes de porc crues ne me tentaient pas plus qu'il ne le fallait.

En bref, j'ai dû admettre que malgré toute ma meilleure volonté, vouloir se reposer n'est pas toujours de tout repos...

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dimanche, août 26, 2018

Du soleil dans la pluie

Depuis deux ou trois ans, avec mon amie Geneviève, nous avons beaucoup de plaisir à aller passer des après-midis au Céramik Café. C'est une bonne manière de libérer notre créativité, de nous voir, mais pas tant de parler, parce que concentrées comme nous le sommes, nous oublions souvent de dire quoique ce soit. Ainsi on a coloré des gnomes, une tasse, un lion un repose cuiller et pour moi aujourd'hui, un petit animal pour ma nièce, son frère ayant obtenu le lion plus haut mentionné.

À tous les coups, je dois me pousser dans le dos pour me rendre au rendez-vous et je ne le regrette jamais parce que j'en sors reposée, calme et heureuse. Je devrais vraiment reprendre une pratique artistique plus fréquente (autre que l'écriture, bien entendu) tant ça me fait du bien. Et puis, si je ne suis pas une grande dessinatrice, j'ai appris très jeune à manier les pinceaux, crayons et autres outils d'artistes en herbe. Alors je dirais que je me défend honorablement en ces domaines. D'ailleurs, les enfants présents en même temps que nous dans le café s'exclament souvent positivement devant mes œuvres.

Par un journée grise, remplie d'averses, l'option du Céramik nous semblait particulièrement bienvenue pour meubler les heures de la journée. Nous n'étions pas les seules à avoir pris cette option. L'endroit était plein et particulièrement bruyant. Des enfants criaient et s'agitaient dans tous les sens. Si l'activité était reposante pour le cœur et l'esprit, elle ne l'était pas du tout pour les oreilles. Ce qui ne nous dérangeait pas vraiment, en tout cas, pas suffisamment pour briser notre concentration.

Derrière moi, il y avait une famille dont un des enfants était trop petit pour participer à l'activité. Pendant une vingtaine de minutes, qui m'ont parues beaucoup plus longues, le petit pleurait pour obtenir l'attention de sa mère ou celle de son père. Il était tout seul dans son carrosse tandis que les autres peinturluraient joyeusement les objets qu'ils avaient choisis. Alors il battait furieusement des pieds accrochant fréquemment ma chaise au passage. Au final, le papa a décidé de sortir promener le poupon qui a fini par s'endormir assez lourdement pour que tous deux puissent revenir au café, un peu plus calmement.

Évidemment, je me suis amusée à espionner les œuvres des autres et si certaines de celles produites par des enfants m'arrachaient un sourire attendri, j'ai pu, encore une fois, constater que ces céramiques permettent de montrer beaucoup de talents tout à fait divers. Si j'hésite à franchement me glisser entre les tables afin de zieuter adéquatement toutes ces œuvres, je n'hésite jamais à m'exclamer positivement devant quelque chose que je trouve particulièrement réussi. Ça appelle des sourires et des hochements de tête ravis.

En résumé, je dirais qu'aujourd'hui mon amie et moi avons fait du soleil avec la grisaille qui nous était impartie.

Je vois difficilement comment on aurait pu mieux occuper notre journée.

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mercredi, août 22, 2018

Madame Bidoune

Je suis à l'époque de ma vie où je découvre tout, ou presque, par ma bouche. J'ai Clémentine, que j'aime beaucoup et qui m'aide à me faire les dents. Elles ne sont pas encore apparues, mais elles me fatiguent beaucoup. Mais surtout, en goûtant, je commence à comprendre ce à quoi j'ai à faire. Et je suis chanceuse, dans ma vie, j'ai trois personnes qui m'aident beaucoup dans mes découvertes. Il y a d'abord Maman; c'est ma personne préférée parmi toutes celles que je connais. Elle a une voix si rassurante, et puis elle et moi on se connaît depuis si longtemps. Après tout, j'ai passé neuf mois dans son ventre, alors je connais toutes les rondeurs de sa voix par cœur et je me dis souvent que lors qu'elle me parle, chante, me souri c'est un peu comme dans ce temps-là ou on était une.

Ensuite, il y a Papa. Il bouge beaucoup. Quand j'ai mal aux dents à venir et que j'ai de la misère à me supporter, c'est la seule personne qui peut me prendre en restant assis, parce qu'il m'assoit sur sa jambe et la secoue vigoureusement. Je ne suis pas certaine que ça fasse du bien, mais en tout cas, ça me change assez les idée pour que j'arrête de penser à l'inconfort. J'aime beaucoup mon papa et ses grandes mains sécuritaires.

Enfin, il y a mon grand frère. Oh lui je l'aime! Je le regarde de mes grands yeux bleus jeans totalement subjuguée. Il est gentil mon grand frère, il s'occupe de moi parfois, me donne des bisous doux. Il me fait rire en en faisant vibrer ses lèvres sur mon ventre. Alors, j'essaie de l'attraper. J'aimerais beaucoup ça réussir à le mettre au complet dans ma bouche, pour comprendre comment il fait pour être si grand, déjà savoir parler, être aussi agile avec ses mains et surtout savoir marcher.

Dès qu'il apparaît dans mon champ de vison, je souris, ravie de le voir. Je tends mes menottes vers lui pour en attraper un morceau. Maman ne veut pas que je mette son nez ou ses mains dans ma bouche, je ne comprends pas pourquoi. Moi, je crois que je comprendrais mieux comment faire pour lui ressembler si je pouvais seulement y goûter.

Il est si merveilleux mon frère, il connaît des histoires. Des fois, il prend des livres et me le lit. Il fait beaucoup de bruits et essaie de voir si je tente de faire comme lui. Oh, j'essaie, mais je ne suis pas encore capable. Je dois donc me contenter de babiller allègrement pour bien lui montrer que ça m'intéresse. Et quand il me chante la chanson de Madame Bidoune, je trouve que c'est la chose la plus merveilleuse du monde. J'aime la chanson; quand Maman la chante c'est bien, quand papa la chante aussi, mais quand mon grand frère me la chante, c'est juste parfait.

Quand je vais être grande, je voudrais lui ressembler. J'espère de tout mon cœur que je vais y arriver.

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dimanche, août 19, 2018

Assassine

Disons que je vis dans un spacieux 3 ½ que je prends pour un 4 ½ puisque j'utilise largement la mince extension extérieure qu'est mon balcon. Je le vis réellement comme une pièce supplémentaire. Et c'est pas mal la pièce que j'utilise le plus. Par voie de conséquence, ma porte est pratiquement toujours ouverte. Je me plains souvent de me faire bouffer par les moustiques continuellement. Disons qu'en laissant la porte grande ouverte tout le temps, je ne m'aide pas vraiment. Enfin bref, ce sont des désagréments mineurs à tout le bonheur que je trouve à fréquenter ainsi mon extension.

Toutefois, hier en rentrant du travail, j'ai eu une drôle de surprise. Dans la fenêtre de ma pièce principale. J'ai deux beaux panneaux de rideaux blancs agrémentés de belle grosses fleurs rouges et oranger. Ça habille la fenêtre et ça donne du pep à la pièce. Dessous, il y a trois panneaux de plein jour ce qui me permet une certaine intimité à l'intérieur, mais surtout ça empêche les rayons du soleil de trop réchauffer un appartement dans lequel les courants d'air sont absents. Et avec l'été qu'on vient de connaître, ces pleins jours valent leur pesant d'or.

Sauf qu'à mon retour hier, j'ai découvert une colonie de mouches prises entre les fenêtres et les pans du plein jour. Il devait y en avoir une trentaine sans exagération. J'ai bien essayé de les chasser, mais c'est nono une mouche, j'avais beau avoir ouvert toutes les fenêtre en plus de la porte, elles se ruaient collectivement vers les résidus de bouts de fenêtre plutôt que de prendre la poudre d'escampette par les ouvertures que j'avais créées. J'ai donc entrepris des les chasser à mains nues. Résultat : je suis désormais une tueuse de mouche en série. Les pauvres étaient épuisées. Parce que dans une fenêtre, il n'y a pas beaucoup de nourriture pour une mouche. Alors, elles ne sont plus du tout alertes et vaillantes. C'est une sensation des plus désagréables de sentir une mouche dans ses mains. En tout cas, moi je ne prise pas trop.

J'ai donc abandonné ma pseudo tentative de sauvetage. De toute manière, je n'avais qu'un succès mitigé. Et puis, si des mouches qui me volent au dessus de la tête quand je dors ça m'horripile, lorsqu'elles sont coincées entre une fenêtre et un plein jour, elles ne me dérangent pas beaucoup. Mais à mon réveil, j'ai découvert un charnier. Il y avait à peu près vingt mouches mortes sur le bord de la fenêtre ou sur le plancher. Quelques unes ne l'étaient pas vraiment, ce qui était assez troublant, je dois le dire.

J'ai ramassé le charnier, fait disparaître tous les corps morts dans le fond de ma poubelles, un peu découragée. J'envisage de me munir d'un de ces trucs collants qui ornent (ornaient?) les chalets québécois envahis par les mouches, pour l'été prochain. Parce qu'il semblerait que je me sois installée juste assez à la campagne pour que j'aie à réfléchir à a cohabitation avec les moustiques de toutes sortes.

Je ne me rappelais pas à quel point Ahuntsic était un espace champêtre. Je croyais que mon idée de la banlieue en ville était un souvenir romantico tordu de mon enfance.

Faut croire que je me trompais.

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mercredi, août 15, 2018

Les règlements

Je ne suis pas allé à la garderie cette semaine, enfin pas encore. Parce que j'ai des boutons partout et surtout dans la bouche. Il faut que je fasse attention à tout ce que je mets dans ma bouche, ne pas prêter ma cuiller ou ma fourchette. Bref, faire beaucoup attention et moi j'oublie souvent que je dois faire attention. Alors je suis resté à la maison avec Maman et Coccinelle pendant deux jours. Comme je suis grand maintenant, j'aide beaucoup Maman avec Coccinelle, quand elle fait le dîner : c'est moi qui m'occupe de ma sœur. Je fais toutes sortes de choses avec elle comme lui mettre un chapeau de chien beaucoup trop grand pour elle, ça lui fait une drôle de tête, ce qui me fait rire. Ou encore, je lui lis mes livres préférés, particulièrement ceux de dinosaures et je rugis bien fort pour l'épater. Coccinelle me regarde toujours très attentivement. Je crois qu'elle aime ça quand je lui lis des livres.

Il fait encore chaud ces temps-ci alors je voulais souper au club. Grand-Mamie et Tatie sont venues nous chercher parce qu'il n'y a plus de rue, ni de trottoir devant la maison alors sortir avec la poussette c'est un peu compliqué pour une seule Maman. Juste avant de partir, j'ai trouvé une belle feuille d'autocollants de dinosaures. Je l'ai attrapée et je me suis dit que ce serait une belle activité à faire avec Tatie avant la baignade. C'est ce qu'on a fait. Sauf que les dinosaures étaient fragiles alors ils se cassaient quand j'essayais de les décoller avant de pouvoir les placer sur ma belle feuille blanche. Alors Tatie prenait les petits morceaux qui n'avaient pas décollés et les remettaient à la bonne place, et des fois, on riait vraiment beaucoup à cause de tous ces dinosaures pas de tête. C'était très agréable.

Après, on a pris la collation. Tatie avait des chips et des concombres. J'aime ça, alors je lui ai dit : « Tatie, nous on partage ok? » Elle a accepté après avoir jeté un regard interrogateur à Maman. Des fois je pense que les adultes croient que je ne les vois pas se poser des questions avec leurs yeux. Mais je vois tout, tout, tout.

Comme j'avais eu beaucoup de plaisir avec Tatie, j'ai omis de lui faire une liste d'interdictions. Surtout celle de se baigner avec moi. Elle nage bien Tatie. Et moi aussi, je suis capable de sauter du bord de la piscine, sans flotteur, et de nager jusqu'à Maman, mais seulement, si elle a les deux pieds pas terre, qu'elle me regarde et qu'elle dit : « go ». Maintenant que je peux faire cela, je ne veux plus mettre mes flotteurs, sauf pour aller sauter du tremplin. Parce qu'avec les flotteurs, je ne peux pas nager en dessous de l'eau, et c'est ça que j'aime moi, bon. Mais Maman et Papa, pensent que je ne peux pas faire ça tout à fait tout seul comme le grand frère de Chacha.

Par conséquent, c'est un peu plus compliqué de me baigner, parce que je ne veux pas mettre les flotteurs et mes parents ne veulent pas que j'aille à l'eau sans eux si je ne mets pas mes flotteurs. Quand je serai grand, comme le grand frère de Chacha, je vais faire comme je veux et nager tout le temps sans flotteur, Je me le promets!

Après la dernière baignade, j'ai pris un beau livre avec des enfants et des pirates et je me suis installé dans le divan du petit chalet et j'ai dit : « Tatie, viens me lire mon livre ». Nous n'avions pas terminé la lecture quand Maman a dit qu'on partait. J'ai attrapé le livre pour le continuer à la maison.

Ça été une belle journée, même si officiellement, je suis malade. Et demain, je passe la journée chez Grand-Mamie, tout seul avec elle.

J'ai hâte de voir ce que cette journée va me réserver.

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dimanche, août 12, 2018

Le 12 août, j'achète un livre québécois

Il y a cinq ans naissait, à l'initiative de deux auteurs québécois que je ne connaissais pas, la journée, j'achète un livre québécois. Déjà, à la première occasion, on en entendait parler en librairie et les clients étaient tout étonnés que nous n'ayons pas fait de mise en place pour l'occasion. Il faut savoir que c'était alors une première et que ça partait d'une page Facebook qui incitait les Québécois à collectivement penser à acheter des livres d'ici de tout acabit, mais ce n'était rien de plus qu'une bouteille lancée à la mer de l'internet. Alors, les libraires ont été surpris par la demande soudaine. L'année suivante, prévenues, la plupart des librairies avaient au moins fait une mise en place.

L'an dernier, nous avions des auteurs en séances de signatures. Plusieurs par succursale, ce qui a occasionné certaines anicroches dans les ballets entre deux auteurs et au final, trop d'événements en même temps c'est comme pas assez, on fini par s'y perdre et le succès est moyennement au rendez-vous, sauf pour l'achat des livres, parce que ça, année après année, c'est un succès qui ne se dément pas.

Cette année, nous avions une auteur de littérature jeunesse, éditée dans une maison d'édition dont j'ignorais l'existence il y a deux semaines. Il va sans dire que je ne connaissais pas davantage cette auteur pourtant prolifique. Elle s'est installée à l'entrée du magasin en début d'après-midi et elle a animé la boutique de très belle manière. D'abord, elle accueillait tous les clients avec un large sourire et expliquait la journée. Bien entendu, elle vendait d'abord ses livres, c'est le jeu, sauf que sa joyeuse bonhomie a fait des miracles pour les ventes d'autres auteurs québécois. Elle disait à tout le monde : « Si mes livres ne sont pas dans votre créneau, au moins faites fièrement votre 12 août ».

Par conséquent, tous les employés ont largement été pris à contribution dans la valse des suggestions de livres d'auteurs d'ici. Sans discrimination; romans, albums, BD, biographies, livres de sport, de cuisine, de croissance personnelle et tutti quanti. Et le personnel a fait sa part, moi incluse avant de quitter la succursale. J'avais appris, vendredi, qu'il y avait eu une augmentation de 323% des ventes de livres québécois le 12 août l'an dernier et ça m'avait réchauffé le cœur, pour tous ces auteurs qui sont trop largement inconnus.

Et en fin de journée, alors que l'auteur avait quitté depuis deux bonnes heures un homme est entré avec ses filles alors que je me battais avec le recyclage. Je l'ai immédiatement reconnu. Il était venu en magasin au début de l'hiver pour me parler de sa petite qui avait des difficultés en lecture et il trouvait ça terriblement triste parce qu'elle se détournait des livres, elle qui les avait tant aimé jusqu'à ce que la lecture devienne un devoir. Je lui avait alors suggéré de prendre un livre qui l'intéresserait lui, pour partager, avec sa fille, la lecture. Et évidemment, de commencer avec des choses faciles pour que la lecture devienne une réussite et un plaisir et non un devoir.

Alors, il m'a présentée à sa fille en lui disant que j'étais celle qui lui avait fait acheter : « Chloé et sa copine de lecture » qui avait permit à la fillette de débloquer de trouver le plaisir de lire, avec son papa. Je dois dire que j'ai vécu une vraie grosse émotion, les larmes me sont littéralement montées au yeux, mais c'étaient des larmes de joie. La petite est partie avec deux beaux livres québécois, fière comme une princesse qu'elle était d'avoir un livre avec presque pas d'images à lire avec son papa. Et lui est parti en me serrant la main et en me disant : « merci, merci, merci », comme si j'avais fait une vraie différence dans sa vie.

Aujourd'hui, c'était une journée de fête qui ne pouvait pas vraiment mieux se terminer.

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