dimanche, janvier 20, 2019

L'homme de la porte

Au moins cinq fois par semaine, depuis plus de deux ans, je vois le même homme tenir la porte du métro Jean-Talon. J'ai l'habitude des marginaux qui s'improvisent un emploi pour gagner avec un minimum de dignité un peu de sous. Dans mon ancien quartier, ils étaient particulièrement nombreux. Ce faisant, j'en reconnaissais bien quelques uns, mais je ne peux pas dire que j'avais établi aucune forme de relation avec aucun d'entre eux.

Avec cet homme, c'est différent. Il toujours au même endroit et est le seul à s'y installer. Après tous ces mois, nous nous reconnaissons mutuellement. Il me salue sans plus espérer que je lui donne quoique ce soit, sauf un regard et un sourire. Je crois, je crois seulement, que cette attitude fait la job. Par ce que si nous sommes très nombreux à franchir sa porte quotidiennement, peu d'entre-nous prennent la plein de le saluer. Je n'ai jamais vu personne lui donner d'argent, cependant, il doit en obtenir parce que j'ai pu souvent voir les effets sur lui d'une consommation récente de drogue et je reconnais désormais son pusher, même si je fais semblant que je n'ai aucune idée de ce qu'il fait dans le secteur. Une fille se protège comme elle peut des vautours de ce monde.

Cet été, je me suis souvent inquiétée pour l'homme de la porte. Parce qu'il faisait si chaud et qu'il est pratiquement toujours habillé comme si on était quelque part au début du printemps. Je lui ai donné un bouteille d'eau, un fois. Ça m'apparaissait une bonne idée sous la canicule. Et si j'essaie de ne pas trop gaspiller de plastique dans ma vie, je trouvais que dans ce cas précis, c'était de l'argent bien investi dans un bouteille. Il était content, ce jour-là. Il me l'a rappelé tout le reste de l'été.

Depuis quelques temps, une vraie bise hivernale enveloppe la ville. Mais je l'ai vu tous les jours à sa porte. Pas très tôt le matin, pas quand le soleil est couché non plus, mais dans le cœur du jour, il est fidèle à son poste. Je sais qu'il ne fréquente pas les refuges. Pas que je le lui ai demandé, mais à force, on finit par un peu connaître ces étrangers. Et au nombre de fois où j'ai vu les policiers à vélo où les agents du métro lui parler, j'ai fini par comprendre ce genre de choses.

Alors bien entendu, je commençais à me demander sérieusement si je le reverrais jamais après la bordée de neige qui nous est tombée dessus. Pas tant à cause de la neige, mais du froid mordant qui l'accompagne, tout à fait étrangement. Je n'ai absolument aucun souvenir de tempête précédente lors desquelles il faisait froid. Et là, il fait froid de chez froid.

Je m'approchais du métro hier, en fin d'après-midi avec presque dans l'idée de lui demander s'il avait un plan pour la nuit quand j'ai vu la brigade de travailleurs sociaux l'aborder. Trois personnes qui le connaissaient manifestement avaient entrepris de le convaincre de passer la nuit au chaud. Je ne sais pas s'ils ont réussi, j'ai passé mon chemin soulagée de savoir qu'on essayait de lui donner une option.

Et j'ai bien dormi en imaginant qu'il avait accepté.

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jeudi, janvier 17, 2019

Une bête curieuse

Dans l'immeuble où j'habite, il y en gros, deux types de locataires : des personnes seules ou de jeunes familles qui, à ce que je me suis laissée dire, ne restent jamais très longtemps à cette adresse. Je suis moi-même une nouvelle arrivante dans ce milieu. Mais je m'y suis intégrée comme une main dans un gant fait sur mesure. J'ai été accueillie avec gentillesse par les occupants qui y sont depuis longtemps, parce que, je suppose, ils me reconnaissent comme l'une des leurs.

Une fois cela établi, je ne peux pas dire que j'ai largement fait connaissance avec les autres occupants, mais j'en reconnais plusieurs, sur la rue où à l'épicerie. À vrai dire, mon premier contact avec la majorité d'entre eux a eu lieu quand nous sommes retrouvés devant l'immeuble à cause d'une alarme d'incendie. On était collectivement en pyjama ou à peu près, ce qui ne nous présentait pas nécessairement les uns aux autres sous nos meilleurs jours. Ceci était dit, ça nous a permis de nous lancer des petits coups d’œil complices quand on se croisait dans le vrai monde.

À l'étage du dessus, il y a plusieurs personnes qui y sont depuis fort longtemps, dont une femme que j'appellerai Suzie. Je ne l'ai pas vue très souvent. Nous avons des horaires divergents et nos appartements ne donnent ni sur les mêmes couloirs ni sur le même côté de l'immeuble. Mais le jour de Noël, je l'ai croisée alors que je remontais une brassée de linge. Elle était assise dans l'escalier, un gros sac poubelle sous les fesses et elle descendait (dévalait) l'escalier de cette manière. Bien entendu, j'avais eu le goût de rire, mais je m'en étais abstenue. Après tout, sa situation n'était pas enviable, et elle ne pratiquait pas cette descente dans le simple but d'avoir du plaisir. En réalité, elle avait une jambe cassée et elle trouvait beaucoup moins difficile de parcourir les étages de la sorte plutôt que de se battre avec ses béquilles pour arriver à destination. Ce jour-là, elle était accompagnée d'une femme lui ressemblant beaucoup, qui lui apportait un support moral sans doute bienvenu.

Il y a quelques jours, on s'est revues à la salle de lavage. Moi, je suis régulière comme une horloge et j'utilise toujours les machines tôt le matin, un jour de semaine. Je ne l'y avait jamais vue. Elle était entrée dans la pièce quand je venais d'abaisser la porte de la laveuse. Elle m'avait fait une petite face dépitée en me demandant si j'avais l'intention de faire sécher mon linge après. J'avais toute suite compris l'enjeu, il y a deux laveuses et une sécheuse. Et visiblement, elle n'avait pas l'intention de remonter ses étages entre les cycles de lavage. Je l'avais rassurée en lui disant que je pouvais très bien attendre deux heures avant de revenir mettre mon linge à sécher.

J'ai alors eu l'impression d'avoir réussi un rite de passage. Parce qu'elle s'était aussitôt présentée, m'expliquant qu'elle restait ici depuis vingt ans et me racontant les us et coutumes des habitants de longue date de notre immeuble. C'est ainsi que j'ai appris l'histoire d'à peu près tous ceux qui sont partis en même pas cinq minutes, tout à fait surprise d'en apprendre autant en aussi peu de temps. Tandis qu'elle déplorait de ne plus rien savoir depuis que le concierge avait changé parce que celui d'avant expliquait toujours qui partait et qui arrivait à ceux qui voulaient bien l'entendre.

Je l'avais trouvée un peu belette, tout en étant immensément sympathique.

Le l'avais laissée à son lavage, plutôt amusée, en me disant que je ne perdait rien pour attendre qu'elle trace de moi une esquisse aussi vive que précise la prochaine fois qu'elle parlerait à une voisine de palier que je ne connais pas.

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dimanche, janvier 13, 2019

Championne des belles façons

Lundi dernier, j'ai commencé la garderie. Oui, oui. Et j'en suis bien contente. J'aimais beaucoup être toute seule avec Maman, parce que Maman c'est la plus belle, merveilleuse, gentille personne au monde. Mais j'avais envie d'avoir des amis. Et juste quand je suis arrivée à la garderie, j'ai vu qu'il y avait plein d'amis dont une de mon âge qui marche à quatre pattes, exactement comme moi. On s'est reconnues dès que j'ai été sortie de mon habit de neige et je suis partie jouer sans un regard en arrière pour ma mère. Après tout, je n'avais aucune raison d'avoir peur, mon frère y va tous les jours et rentre à la maison après. J'ai donc sauté dans l'aventure sans aucune espèce d'hésitation.

Je suis une jeune personne rieuse et souriante. J'aime les gens. Même ceux que ne vois rarement. Si mes personnes de confiance (Maman, Papa, Zazou et des fois Grand-Mamie) accueillent des gens chaleureusement, je ne vois pas pourquoi je ferais autrement. Alors tout à l'heure, chez Grand-Mamie, je suis allée voir à la porte quand ça a sonné. Là, il y avait Francis et Tatie. Je le sais parce que Maman l'a dit, mais je ne les reconnais pas encore. Je ne les vois pas assez souvent pour dire que je me souviens d'eux d'une fois à l'autre, mais ils ne me font pas peur, ça c'est certain. Alors je les accueille de mon sourire le plus éblouissant et ils semblent très satisfaits.

J'aime beaucoup être indépendante, aller où je veux comme je le veux. Généralement pour trouver des bras qui accepteront de me prendre si je fais d'assez belles façons. Et je suis pas mal championne des belles façons. Alors je réussi pas mal tout le temps à trouver une paire de bras charitables, jusqu'à ce que je décide que c'est assez et que je veux retourner me promener. Si je vois un chat, par exemple, c'est certain que je veux aller le voir. Martini, le chat de Grand-Mamie il ne me laisse pas beaucoup faire. Je peux à peine le toucher et il va aussitôt se cacher. Je trouve ça bien dommage parce que je voudrais tant lui donner des bisous. J'adore donner des bisous. J'en donne à Yata, mon chat à moi, et à mon lapin, et à mon chien et à Maman et à Papa et à Zazou.

Des fois aussi, j'en donne à d'autres personnes. Tenez aujourd'hui, j'ai beaucoup joué avec Tatie. Elle m'a fait rire au souper parce qu'elle parle comme moi. Et elle joue avec moi un peu, même si elle joue aussi avec Zazou qui est, aujourd'hui, un super héros. Et puis, elle m'a fait danser, elle a aidé Papa à mettre mon pyjama, en me faisant des beaux sourires très chaleureux. Je me sentais en confiance et surtout, je voulais lui montrer que j'avais apprécié ses efforts et sa gentillesse. Alors quand elle m'a remise à Maman, je lui ai fait un sourire dévastateur et je lui ai donné un bisous. Je crois qu'elle était ravie parce qu'elle m'en a donné un aussi

Couchée dans mon lit, je suis déterminée à passer une bonne nuit, parce que demain je retourne à la garderie. Mais ça se peut que je me réveille une fois ou deux, ou quatre, juste pour m'assurer que Maman est près de moi.

Bientôt, je serai assez grande pour dormir d'une traite toute la nuit. En tout cas, je l'espère.

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jeudi, janvier 10, 2019

Toquade imposée

Quelque fois, on loupe son arrêt de métro parce qu'on est dans la lune, ou trop concentré sur le livre que l'on lit. Ça m'arrive assez régulièrement et quand je suis sur le chemin du retour, il existe à la station suivante un autobus fiable que je peux prendre pour rentrer à la maison. C'est plus long et j'ai une bonne petite marche à me taper de l'arrêt à chez-moi, mais je perds beaucoup moins de temps à suivre cet itinéraire qu'à revenir sur mes pas, surtout quand il est pus de 21 heures le soir. Parce que c'est exactement ce qui m'est arrivé ce soir, je me suis retrouvée plongée dans les balbutiements de mon adolescence, devant une image vive d'une scène que j'ai vécue il y a plus de 30 ans.

J'ai changé deux fois d'école durant mon parcours secondaire. La première fois, j'étais bien jeune et j'allais rentrer en secondaire 2. J'étais fébrile et heureuse de ce changement à l'époque si je m'en rappelle bien. Je ne connaissais pas encore les airs de la maison et on m'avait désigné une porte comme celle de l'entrée des étudiants. C'était donc vers elle que je me dirigeais par belle journée de fin d'été. J'avais bien quelques appréhensions, je ne connaissais après tout personne dans ma nouvelle école, mais comme je suis généralement positive, il me semblait qu'il ne serait pas trop difficile de rencontrer de nouvelles personnes et de me faire des amis. De fait, je ne me trompais absolument pas à ce sujet précis.

J'étais rendue à l'arrêt d'autobus du collègue quand un ado était descendu dudit autobus me bousculant presque au passage, avançant avec toute la confiance d'un ancien, mais arborant un visage qui trahissait un très jeune âge. Il ne pouvait pas être bien plus vieux que moi, je n'imaginais pas qu'il puisse être en secondaire trois où quatre. Alors, j'avais décidé que je devais tomber amoureuse de lui, prenant notre rencontre fortuite comme un signe. Il n'était pas particulièrement beau, mais il répondait précisément à l'idée que je me faisais de l'adolescent de mon âge duquel il me semblait que je devais tomber amoureuse. Ce qu'il peut y avoir d'étrange dans la cervelle d'une jeune fille... Et dire que je trouvais cela normal.

Honnêtement, lui ne s'était jamais rendu compte qu'il avait croisé ma route. Il ne m'avait pas vue et ne s'apercevrait de mon existence que des mois plus tard. Nous n'étions pas dans la même classe, ni même sur le même étage. Et je n'étais pas une personne des plus populaires tandis que lui faisait indéniablement partie de la gang de notre année. Mes chances étaient donc très minces et de toute manière, je sais très bien aujourd'hui que nous n'avions pas grand chose en commun. Ma toquade auto-imposée aura duré presque toute cette année scolaire-là.

Nous n'avons jamais été amis lui et moi, mais on a bien fini par échanger quelques mots de temps en temps. Au début, j'étais impressionnée par ce que j'imaginais être lui. Et puis, je me suis rendue compte qu'il n'avait pas une discussion très stimulante et qu'il ne s'intéressait pas à grand chose en dehors du sport. C'est avec cette expérience que j'ai appris les danger de se fabriquer un personnage factice à partir d'une personne réelle.

Et j'ai bien pris soin, par la suite, de rencontrer les gens dans ce qu'ils sont avant d'en tomber amoureuse.

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dimanche, janvier 06, 2019

Faire frémir mes blues

Je dirais que je n'ai pas vécu le temps des fêtes le plus convivial de mon existence. Ni le pire loin s'en faut. Il fut une époque où j'appréhendais cette période de l'année avec beaucoup de réticence, mais heureusement pour moi, j'ai changé et pris un certain nombre de décisions qui me rendent la vie plus simple, si je puis l'exprimer ainsi.

N'empêche que, ces dernières semaines se sont déroulée sous un voile d'inquiétude. Pas pour moi, mais la santé de ma maman, n'était pas au beau fixe et ça a forcément des incidences sur la manière dont ses enfants, même grands, vivent une période supposément de réjouissances. Elle va mieux, sans être complètement rétablie, à mon immense soulagement. Alors, les fêtes ne se sont pas exactement déroulées comme c'était prévu, puisqu'elle n'avait pas l'énergie qui l'anime habituellement et que nous avons dû annuler un souper, ce qui n'est pas grave, mais qui peut en décevoir certains. En tout cas, moi, ça m'a déçue parce que j'aime beaucoup ces rencontres familiales.

Ce n'est pas la seule choses qui ait mis du plomb dans mes ailes. À chaque année, nous embauchons du personnel supplémentaire pour le cette période très achalandée de l'année et à chaque année, il faut mettre un terme à certains liens d'emploi, parce que nous n'avons plus besoin d'autant de personnel etc. Par une erreur de circonstances tout à fait inhabituelle, j'ai eu l'odieux de le faire pour tous les employés que nous avons dû laisser partir. Ordinairement, la tâche se répartie entre tous les membres de la direction. Pas cette année.

J'ai beau l'avoir fait plusieurs fois dans ma vie, je ne peux pas dire que je sois friande de ce genre d'exercice. Il y a des blessures que l'on inflige à des gens qui ne le méritent pas, ou si peu. Et même lorsqu'il est temps de signifier à quelqu'un qui ne cadre absolument pas dans l'équipe, qu'on ne poursuivra pas l'aventure ensemble, ce n'est ni aisé ni agréable. On dirait que moins les gens sont à leur place dans une entreprise, moins ils sont compétents, plus ils sont surpris d'être remerciés de leurs services. Et parfois, parfois ils tentent de nous faire changer d'idée et en deviennent presque verbalement violents.

Et puis, une amie a perdu une parente qu'elle aimait beaucoup. J'ai personnellement rencontré la dame en question à une occurrence. Cela faisait longtemps qu'elle vivait avec la sclérose en plaque, mais elle m'était apparue comme une femme chaleureuse et animée et je savais que mon amie avait une tendresse toute particulière pour cette femme résolument forte dans son adversité. Si la situation ne me touchait pas directement, la peine de mon amie oui.

Alors, je dirais que j'avais un peu les blues de mon temps des fêtes 2018-2019 quand une alerte musicale sur mon téléphone a changé la donne. L'alerte signalait un message tout simple de quelqu'un qui disait, dans un groupe de discussion, à quel point cette personne se sentait heureuse et fière de nous compter parmi ses amis.

Pas grand chose, juste une pensée joyeuse pour faire frémir les bourrasques de mes blues.

Et je l'en remercie.

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jeudi, janvier 03, 2019

2018

Ah 2018, j'ai erré pendant plusieurs jours à me demander que penser de toi. Tu auras été, une année mitigée, même si au bout du compte, je dirais que tu auras été très profitable. Pas tant monétairement que dans tous les autres aspects de ma vie.

Tu auras débuté, ou presque, par la très jolie fête d'anniversaire de Maman, lors de laquelle nous avons, sans doute pour la dernière fois, été capables de réunir quelques membres de la génération précédant la sienne. Un beau et touchant moment qui l'avait totalement prise par surprise et complètement réjouie.

Il y a aussi eu l'arrivée de la Coccinelle, ma nièce, qui sourit avec confiance au monde, heureuse d'y participer, sans urgence mais avec une bonne détermination. Mais ça, évidemment, ce n'est pas au cours de ses premiers jours que nous l'avons su, c'est tout au long de l'année que nous avons tranquillement découvert une petite fille qui aime aimer et qui se sent souverainement en sécurité du moment où sa mère, son père ou son frère sont à portée de vue.

J'ai aussi vu la fin d'une situation très toxique. Ce n'est pas de mon fait, mais les aléas de la vie ont fait en sorte que cette épine dans mon pied est tombée d'elle même. Je mesure chaque jour à quel point c'était inconfortable, même si j'arrivais à sillonner dans des eaux troubles sans vraiment laisser paraître l'étendue du malaise dans lequel j'évoluais. Et ça fait un bien fou.

2018, tu es aussi l'année où j'ai assisté au mariage d'un couple d'amis que j'aime de tout mon cœur et qui ont célébrer leur union en toute résonance avec ce qu'ils sont profondément. Pas de grande messe, pas de robe hors de prix ni de réception à faire des jaloux. Juste une belle cérémonie, vraie et apaisante dans un décors qui leur ressemblait tant qu'on l'aurait cru créé pour eux.

Mais tu auras aussi été une fin d'année mouvementé, pleine de sons de toux un tantinet inquiétants et des heures glauques à l'urgence ce qui comporte, bien entendu, des festivités de fin d'année un peu chamboulées pour dire le moins. Tellement que j'ai eu bien de la peine à remonter le fil des événements de l'année entière comme si les deux dernières semaines étaient garantes de tout.

Mais ce matin je me suis souvenue que ton plus haut fait aura été de me voir m'établir toute seule dans un petit appartement. J'avais si peur de m'ennuyer, si peur de ne pas savoir m'occuper de moi, de ne pas être bien. Mais je me trompais. J'étais rendue à ce passage, semblerait-il parce que non seulement je survis tout à fait convenablement à ma solitude, mais en plus je la cultive. Je n'ai même pas branché ma télévision, elle sert davantage d'accessoire décoratif que d'objet de consommation. Je fais des casse-têtes, je lis, je cuisine, je perds mon temps sur mon ordinateur ou sur mon téléphone. Et lorsque je m'ennuie trop, je fais le ménage. En somme, je me suis fabriqué un petit nid qui me ressemble et qui me permet d'être juste bien où je suis.

Alors, oui, au final, 2018 je dirais que tu auras été une année enrichissante, même si je ne peux pas dire que c'était parfait...

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dimanche, décembre 30, 2018

L'infirmier

Moi, les fêtes de famille du côté de ma mère, j'aime ça et je n'aime pas ça en même temps. Je n'aime pas ça parce qu'il n'y a pas d'autres enfants que Coccinelle et moi et j'aime ça parce que j'aime ma grand-mère de tout mon grand cœur de petit garçon. Et puis Noël, c'est bien parce que je peux mettre mes beaux vêtements neufs et que Geoffroi est là et il n'est pas souvent là. Geoffroi c'est mon oncle et lui il sait jouer. On a eu beaucoup de plaisir avec mon joli train en bois. Et j'ai eu presque autant de plaisir à déballer mes cadeaux et ceux de Coccinelle, et ceux de Papa et ceux de Tatie aussi. Je suis le meilleur déballeur de cadeaux de cette famille, c'est certain. Heureusement qu'ils m'ont pour les aider.

Cette année, comme je suis grand, j'ai mangé à table avec tout le monde entre Tatie et Papa. Ça fait longtemps que j'ai compris que ça ne donne pas grand chose d'essayer d'attirer l'attention de Papa quand il est en train de parler avec les cousins et les frères de Maman. Il est beaucoup trop occupé à écouter. Du côté de Tatie, c'est plus efficace, comme ça je peux manger plein de noix sucrées que j'aime beaucoup, même si je suis obligé de dire merci à toutes les fois où elle en met dans mon assiette.

Mais cette année, c'est aussi celle où Grand-Mamie elle est malade. Je le sais depuis avant Noël parce qu'on devait aller au théâtre ensemble il y a quelques jours, mais on n'a pas pu parce que déjà était malade ce jour-là. D'habitude, Grand-Mamie passe la soirée assise au bout de la table. Sauf que là, elle était assise dans sa chaise de lecture. J'en ai profité, vous pensez bien. Je me suis faufilé par en dessous de la table pour aller la retrouver et on a lu des livres ensemble. Je pense par ailleurs, qu'elle devrait renouveler son stock de livres, parce que ce sont des livres de petits qu'elle a, je trouve. Moi, j'aime les livres de grands, ceux dans lesquels il y a beaucoup de mots, comme mon livre de légendes québécoises que j'ai à la maison. Des livres avec presque pas de mots et beaucoup d'images, c'est pour les bien plus petits que moi voyons, alors je l'ai dit à Grand-Mamie.

Après la lecture, j'ai mis mon pyjama et je me suis installé devant la télé pour écouter un film. Moi, je n'écoute pas souvent de film. C'est juste pour les moments spéciaux. Et Noël, c'est spécial. Je suis allé chercher Grand-Mamie et je lui ai dit de se coucher à coté de moi pendant mon film. J'étais vraiment content, me semble que c'est bien meilleur le cinéma quand on a une grand-maman avec soi.

Mais le lendemain de Noël, Grand-Mamie était toujours malade. Maman a décidé d'aller l'aider à aller faire du ménage. Moi, je suis allé avec elle pour m'occuper de Grand-Mamie, elle en avait bien besoin. On s'est collés, je lui ai raconte plein de choses et on a encore lu les livres qui sont chez elle.

Maintenant, elle va mieux. Je suis certain que ma visite a fait toute la différence.

Quand, je serai grand, peut-être, je deviendrai infirmier...

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jeudi, décembre 27, 2018

Premier Noël

Noël, je ne sais pas ce que c'est. En tout cas, pas vraiment. Après tout, je n'ai que 9 mois et 4 dents. Mon frère en parle beaucoup, il est très content que ce soit Noël et de mettre ses beaux habits. Moi, tant que Maman, Papa et Zazou sont là, je suis contente. Même si je ne sais pas trop ce que c'est Noël, on est allés chez Grand-Mamie et il y avait là plein de gens. Des gens que je ne connais pas et qui parlaient fort, mais comme toute ma famille semble aimer ces étrangers j'ai affiché mes plus jolis sourires et je ne me suis pas faite trop sauvage.

On a déballé les cadeaux près beau sapin illuminé. J'étais personnellement beaucoup plus intéressée par la crèche et le village sous le sapin que par ce qu'il y avait dans les paquets. Sauf si c'était des jeux pour Zazou. Parce que tout ce qui est à Zazou m'intéresse. Je suis chanceuse, il me laisse jouer avec ses jouets, la plupart du temps. Mais des fois, quand je veux participer à la création d'une ville ou autre chose du genre il dit non. Je ne comprends pas pourquoi, parce que le morceau de plastique de sa ville est aussi bon que la petite voiture de bois dans ma bouche.

Maintenant, j'ai acquis beaucoup d'indépendance, je marche sur mes quatre pattes et je peux aller à peu près où je veux. Je vais moins vite que Zazou sur ses deux pattes et je me perds encore un peu quand on est chez Grand-Mamie. Alors je m'assois tranquillement et j'écoute bien fort les bruits autour. Dès que j'entends une voix connue, je reprends ma route jusqu'à ce que j'arrive triomphalement devant Maman ou Papa qui eux ne savent pas encore quelle étrange aventure que viens de vivre, ni surtout que j'ai pensé les perdre mais que je les ai retrouvés toute seule.

Des fois Tatie me prends dans ses bras, je ne la reconnais pas vraiment, mais elle est gentille, elle me tient bien et me chante toute sorte de comptines que je connais. Alors je ris un peu et j'accepte de rester là. J'ai mangé un bon repas pendant bien dissimulée dans ce que Maman appelle mon costume nucléaire, parce que je veux participer activement à me nourrir et que ça signifie le plus souvent que j'agite ma cuiller dans toutes les directions avec les conséquences que je vous laisse imaginer.

Après mon souper, tout le monde s'est mis à table, sauf Grand-Mamie, alors je suis allée me coller sur elle et elle me racontait toutes sortes de choses doucement. Ensuite Zazou est venu jouer au train avec Geoffroi, mais il ne voulait que je participe. Papa est venu me prendre pour me ramener à table et j'avais les joue rouges de chaleur et de fatigue, j'ai même un peu dormi, mais pas trop, parce que je voulais savoir ce qui se passait. Je ne pouvais quand même pas être la seule personne de cette maisonnée à être plongée dans l'ignorance.

Quand je me suis réveillée à la maison, le lendemain. C'était encore Noël, mais chez-moi avec encore plein de gens que je connais un peu pas. Au moins, j'étais dans mes affaires, sur un plancher qui n'a plus de secret pour moi.

Alors, au bout du compte, je ne sais toujours pas vraiment ce que c'est Noël, mais c'est ben, ben fatigant.

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dimanche, décembre 23, 2018

Ma professeure de maths

Ça fait des jours que je cherche le client de Noël qui me fera sourire et qui deviendra le personnage annuel de mes récits. Je ne l'ai pas croisé cette année, il faut croire que celui-ci a décidé de fréquenter un autre endroit que celui où je travaille, peut-être n'avait-il pas envie de se faire pincer par ma plume cette année. Même si, je dois l'avouer, la plupart de mes victimes ne savent pas que je les décris, et si elles le savaient, je pense qu'elles en seraient plus amusées qu'offensées.

Mais tout de même, il y a cette femme, que j'ai failli nommer ici fille, que je vois seulement une fois par année, généralement entre le 21 et 24 décembre depuis presque aussi longtemps que je travaille dans le milieu du livre. De manière tout à fait étonnante, elle a suivi à peu près tous mes mouvements de succursale sans jamais à l'avance que je changeais de localisation. Je la connais depuis bien longtemps, depuis 1988 en fait. Nous avons fait notre secondaire ensemble. Enfin une partie.

Elle était très douée en mathématique, ce qui a été une bête féroce dans mon cheminement scolaire. Et je suis encore convaincue aujourd'hui que si j'ai passé mes années de secondaire 2 et 3 en cette matière, c'est à elle que je le dois. Les professeurs de mathématique de mon adolescence avaient souvent l'habitude d'ordonner leur classes en imposant l'ordre alphabétique pour le choix des place dans leurs salles. Ce faisant, elle et moi étions souvent assises dans un secteur bien rapproché si ce n'était carrément l'une devant l'autre.

C'est ce qui m'aidait parce que dès que nous tombions en pratique, je me tournais vers elle avec des yeux ahuris, démontrant muettement mon incompréhension totale de la matière. Alors, elle prenait le premier exercice en haut de la feuille, et m'expliquait, dans ses mots, ce qui venait d'être démontré et que je n'avais pas compris. Et elle le refaisait jusqu'à ce que je réussisse un exercice en lui expliquant de quelle manière j'avais procédé et comment je l'avais fait.

En secondaire 4 nos chemins ont divergé et j'ai échoué la partie enrichie de mon année. On s'est perdues de vue pour se retrouver, des années plus tard à l'Université de Sherbrooke. Elle étudiait alors en mathématiques pures. Ce qui ne m'avait pas du tout surprise. Re-perte de vue après trois ans et c'est au magasin, quelques jours avant Noël il y a une douzaine d'années qu'on s'est revues. À tous les coups, je prends la peine de jaser quelques minutes avec elle, pour prendre des nouvelles d'elle et de sa famille, en donner à mon tour. On se quitte toujours sur un grand éclat de rire, ce qui résume assez bien les années où nous avons partagé une amitié plus assidue.

J'en arrive presque à croire, même si honnêtement, je ne l'attends pas vraiment, que mes Noëls seraient un peu moins joyeux sans nos petits échanges d'éclats rieurs en catimini.

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jeudi, décembre 20, 2018

Dernier droit

Ça y est, je n'ai plus la moindre petite idée de quel jour on est tellement je n'ai pas le temps de penser, Mes journées ressemblent à n'importe quoi, si ce n'est à marcher des kilomètres dans des rangées trop étroites occupées par des qui semblent se multiplier par elles-même et des véhicules motorisés pour personnes à mobilité réduite. Généralement, on a à peine terminer de répondre à une requête que déjà une petite file s'est créée autour de nous. Et ça ne donnerait pas grand chose qu'on soit vraiment plus nombreux parce qu'un moment donné, ce qu'il faut ce sont des personnes qui connaissent les livres, les jeux, les films et la musique et leur classement davantage que de personnes qui, de toute manière, finiront pas demander de l'aide à un collègue parce que leur temps parmi nous n'aura pas été suffisamment long.

J'aime cette période de l'année. En fait, ma paie, c'est le service à la clientèle, ce l'a toujours été. Je suis heureuse quand je déniche la chose qui convient exactement aux besoins du client. Même si parfois, je suis un peu coincée. Je n'ai pas tout lu et n'ai absolument pas l'intention de tout lire. J'en serai de toute manière bien incapable. Mais certaines personnes semblent croire qu'il faut avoir lu un livre pour pouvoir le conseiller. Heureusement que ce n'est pas le cas, parce que sinon, je serais une bien mauvaise libraire. Parce que je ne suis pas friande de biographie, ni d'essais de sciences, par exemple, ne veut pas dire que je sois incapable de dénicher l'ouvrage qui nourrira l'esprit de qui en est adepte. Je réussi généralement à faire comprendre cet état de fait aux sceptiques.

D'autant que plus le temps passe, plus il les clients seront pressés et, presque forcément, bougons. Oh, ils ne le sont pas tous, je dirais même que la grande majorité est très conviviale et bien consciente que c'est un peu de sa faute si elle se retrouve dans une foule sans bon sens et que tous les objets sur la liste en mains ne sont pas forcément trouvable dans l'immédiat ni même, avant Noël. Mais quelques uns sont de mauvais poil, année après année, il me semble et eux, eux on les entend. Généralement, ils sont tellement bruyant que c'est tout le magasin qui les entend.

Aujourd’hui, j'en ri. Après leur départ, bien entendu. Ça ne me touche plus personnellement. Je les laisse tempêter en tentant tout juste de contrôler les dégâts et de les calmer. Il m'arrive même parfois de réussir à trouver un quelque chose en compensation de l'objet de désir évanoui depuis longtemps des tablettes des commerces. Et à tout les ans, il y a ce quelque chose que tout le monde veut en même temps et que franchement, on n'avait pas vu venir. Cette année, ce sont les cartes à gratter et le jeu Exploding kitten. Il n'y en a plus dans le réseau ni nulle part que je connaisse et quand bien même que les gens se mettraient à grimper sur les murs, je ne peux pas les inventer.

M'enfin, c'est une bien courte période dans l'année, pas si désagréable, somme toute, même si c'est vraiment épuisant.

Après ben, je participerai au souper de Noël de la famille.

Et ça c'est vraiment un des meilleurs moments de mon année.

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dimanche, décembre 16, 2018

Ligne dilettante

Jeudi soir à la fin de l'heure de pointe, j'attendais l'autobus sous une pluie constante et glaciale depuis une vingtaine de minutes, peut-être davantage. J'avais bien vu des véhicules sur un trajet alternatif passer plusieurs fois, mais je ne me sentais pas l'optimisme de descendre les quatre coins de rue sur la chaussée devenue presque impraticable à cause du verglas. Une fois encore, je me maudissais de n'avoir pas choisi des bottes à crampons lorsqu'était venu le temps de remplacer mes bottes d'hiver.

Je savais, avant de décider quel trajet emprunter que celui pour lequel j'optais était hasardeux. Je blaguais beaucoup avant de revenir vivre dans Ahuntsic au sujet de cet autobus qui ne m'avait pas manqué parce qu'il est plutôt dilettante dès que le mauvais temps se met de la partie. Cependant, sur à peu près le même parcours, il y a aujourd'hui une seconde ligne qui peut, parfois s'avérer fort utile.

Il était frustrant de voir des bus décharger leur passager un coin de rue plus haut avant d'afficher un « en transit » qui les renverrait certainement à leur garage. La grogne commençait à se faire entendre de plus en plus fort autour de moi parce que visiblement, il y avait un souci avec la ligne 140 puisque, selon ce que j'ai compris, 3 autobus avaient omis de se présenter. Et bien entendu, ce genre de chose arrive quand la température est dégueulasse. Et franchement, ce soir-là c'était épouvantable.

Comme beaucoup d'entre-nous, lorsque l'autobus de la ligne alternative s'est présenté, j'ai décidé de me diriger vers le second arrêt afin de finir par arriver à bon port. C'est à ce moment qu'une dame immense s'est jetée devant l'autobus pour l'empêcher d'aller rejoindre son point de départ. Il n'y a pas eu de heurt, la conductrice de l'autobus ayant pu s'arrêter avant de frapper la dame. Celle-ci criait à la conductrice de prendre le trajet du 140 parce qu'elle était tannée d'attendre, frigorifiée. Elle était visiblement en furie. Un homme l'a tirée vers le trottoir pendant, qu'avec un peu de honte, je continuais à me diriger vers l'arrêt où je pourrais monter dans ledit bus.

Je ne sais pas trop comment elle s'y est prise, mais elle a atteint la porte du 41 deux personnes avant moi. Pourtant, j'étais certaine de l'avoir laissée en arrière quand l'homme l'avait sortie de la rue. Une fois à l'intérieur, elle s'est remise à enguirlander la pauvre chauffeuse. Avec des mots que je préfère ne pas répéter. C'était violent. Pendant ce temps, une bonne partie des gens qui avaient attendu le 140 s'agglutinaient derrière-moi, forts mécontents de ne pas pouvoir se mettre au sec. La dame hurlait qu'elle empêcherait tout le monde de monter et l'autobus de partir tant que celui-ci ne se transformerait pas en 140.

J'ai fini par lui toucher le bras en en lui disant : « Madame, je comprends que vous soyez furieuse, mais la chauffeuse n'y est pour rien et tout ce que vous réussissez à l'heure actuelle c'est de braquer une vingtaine de personne contre-vous. Potez plainte à la STM, vous aurez raison, mais la conductrice elle, elle ne peut pas régler votre problème » Elle s'est retournée vers moi encore plus furieuse et j'ai eu peur qu'elle ne me frappe, ce qui semblait être son prochain mouvement. Mais le même homme qui l'avait sortie de la rue a tiré sur son bras pour l'écarter de la porte tout en me poussant à l'intérieur.

J'ai eu le temps de voir des agents de la STM arriver pour apostropher la cliente mécontente avant que le bus soit tellement plein pour qu'il soit possible de voir ce qui se passait à l'extérieur.

J'espère sincèrement qu'ils n'étaient là que pour la calmer, parce que je suppose depuis deux jours, qu'une affaire plate de plus n'aurait absolument rien amélioré à une journée déjà gâchée.

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dimanche, décembre 09, 2018

La fille

Quand j'étais adolescente, peut-être même pré-adolescente, le Québec a été balayé par une vague qui s'appelait RBO. Je ne les ai pas connu à la radio, mais je les écoutais régulièrement à la télévision, fascinée, comme bien d'autres par leur irrévérence généralisée. Je pourrais même ajouter que j'ai compris certaines choses de la société dans laquelle je m'inscrivais en regardant les caricatures que ce groupe en faisait. Beaucoup de mes connaissances étaient capables, à l'époque, de citer des sketchs complets dans l'ordre ou dans le désordre des épisodes récemment passés à la télé.

Bref, ils étaient incontournables dans notre environnement culturel, tout le monde les connaissait et même si dans la chanson d'ouverture on disait que c'était un groupe de 5 garçons, tous savaient qu'il y avait un fille dans le groupe; elle était LA fille de RBO.

La fille en question, Chantal Francke, visite le magasin ou je travaille depuis son ouverture. Je l'ai reconnue la première fois où elle y a mis les pieds. Comment faire autrement quand on a mon âge et qu'on a vécu toute sa vie au Québec? Impossible. Elle n'est pas la seule personnalité connue qui viennent faire son tour d'ailleurs, beaucoup de musiciens dans le vent ont captés qu'on est encore juste assez peu connu du grand public pour que ce soit facile pour eux de venir chercher leur cordes de guitare en toute discrétion. La plupart du temps, je joue le jeu de l'innocence. Je sais très bien qui est devant moi, mais je m'abstiens de tout commentaire. Après tout, ces gens ont aussi droit à une vie privée et ils devraient pouvoir faire leurs courses sans se faire agresser par des groupies de mon acabit.

Mais dans le cas de Chantal Francke, je sais que je suis la seule personne du magasin à savoir qui elle est. La plupart des employés sont très jeunes, ils pourraient être mes enfants. Comme elle n'a pa continué à faire un métier public, elle s'est progressivement effacée de la mémoire collective, et je pense qu'elle ne s'en porte pas plus mal, que peut-être c'est beaucoup par choix qu'elle s'est faite très discrète dans l'espace public.

Toujours est-il que je l'ai servie cette semaine et que comme elle faisait une partie de ses courses de Noël, c'était plus long que ses passages habituels. Il n'y avait pas grand monde, ce qui nous a permis une discussion à bâtons rompus, comme si nous étions de vieilles copines. Je me suis arrangée pour lui faire comprendre que je savais qui elle était et elle m'a regardée franchement surprise avant de m'avouer qu'il était très, très rare que quelqu'un la reconnaisse aujourd'hui. Je lui alors dit mon âge, expliqué l'importance de son ancien groupe dans mon espace culturel adolescent, ce qui l'a bien amusée. Puis, je lui ai dit que ce n'était pas la première fois dans ma vie que je la servait dans mon travail puisque je l'avait déjà abonnée à un club vidéo de quartier, sans doute 30 ans plus tôt.

Évidemment, qu'elle ne se souvenait pas de moi à cette époque, mais elle s'est franchement bidonnée quand je lui ai dit à quel point j'étais impressionnée, à l'époque, d'avoir fait son abonnement. Elle m'a dit : « Je vous regarde-là, pis vous n'avez pas l'air d'être sur le bord de perdre connaissance! » Avant d'ajouter : «Heureusement, d'ailleurs, parce que que je ne suis qu'une femme ». L'humour ironique qui avait fait la marque du groupe, juste pour moi. Dans un clin d'oeil je lui ai réorqué : « La femme de quarante-cinq ans que je suis le comprend très bien, mais la jeune fille de 16 ans de l'époque, vous voyais sans doute une peu plus grande que nature et se plaisait sans doute beaucoup à vivre une émotion aussi forte ». Elle s'est mise à rire en me lançant un « au revoir » bien senti avant de gagner la sortie.

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jeudi, décembre 06, 2018

6 décembre

6 décembre,

Comme à chaque année, dès mon réveil, je guette les signes de toi dans les médias avec une attention fébrile. Je n'y peux pas grand chose, tu es pour moi, une marque indélébile dans mon identité. Peut-être est-ce parce que j'étais une toute jeune adolescence lorsque tu es arrivé et que je garde en mémoire une nuit d'hiver sans fin pendant laquelle je n'arrivais pas à croire ce que les journaux télévisés rapportaient. Tant de mortes, si près de moi. Qui n'avaient rien fait d'autres que d'être nées femmes avec un esprit scientifique.

Je sais bien que la journée internationale du droit des femmes est en mars. Cependant, pour moi, parce que je suis femme et Québécoise, parce que j'étais née et en mesure de commencer à comprendre l'ampleur de ce qui nous a été fait ce soir-là, c'est toi, 6 décembre, qui est mon point d'encrage pour réfléchir à mon féminisme.

Peut-être que tu es si marquante pour parce que j'ai croisé, à quelques reprises, un dommage collatéral de ta violence. Un être blessé dans sa chair, jamais cautérisée et encore moins cicatrisée, malgré le temps qui passe, malgré les années qui fuient. Une plaie béante ouverte sur le cœur et l'âme qui ne peut être reprisée, réparée ou oubliée.

Nous avons fait du chemin depuis toi, le plus grand est sans doute la vague de dénonciation de toutes les petites violences qui ont été si longtemps socialement acceptables. Ces petits mots susurrés ou lancés par la la tête comme des armes de fiel pour assouvir un besoin de domination que que l'on ne taira plus, ou du moins que l'on commence à dénoncer. Quel que soit la grandeur de ce pas, il n'en demeure pas moins insuffisant parce qu'il ne rejoint certainement pas celles qui marchent sur les routes des migratoires ni une multitude d'autres qui n'ont ni les outils ni les connaissances pour s'insurger devant le mal qu'on leur fait parce qu'en réalité, elles ne le reconnaissent pas comme tel.

6 décembre, depuis bientôt trente ans, à chacun de tes anniversaire, je pense à toutes celles qui se sont évanouie dans une nature proche ou lointaine de ma propre réalité et qu'on a omis de chercher. Parce qu'elles étaient pauvres, trop usées par la vie, trop jeunes ou trop vieilles pour que les tireurs de ficelles des pouvoirs (hommes et femmes, malheureusement), ne leur accordent assez de valeur pour vraiment mettre en place ce qu'il faudrait pour les retrouver, mortes ou vivantes et surtout qu'aucun filets ne les retiennent avant qu'elles commencent à avancer vers ces lieux figurés ou réels qui les mettra, un jour en danger.

6 décembre, tu es un drame horrible, que je n'oublierai jamais et surtout ne veut pas oublier. Mais je t'aime parce que ton souvenir me permet, année après année, de me rappeler que toutes les luttes ne sont pas gagnées et que quand bien même ce serait le cas, le recul peut toujours exister si on n'y prend pas garde.

J'espère 6 décembre, que pour tes trente ans on te fera une fête digne de ce nom, un vrai commémoratif qui durera plus de vingt-quatre heure pour crever les voix du silence.

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dimanche, décembre 02, 2018

Famille buissonnière

J'attendais l'autobus depuis quelque chose comme une minute quand un petit bout de femme (déjà que je ne suis vraiment pas grande, lorsque je dépasse mon interlocutrice de presque une tête, on parle d'un petit bout de femme) m'avait abordée : « L'autobus? Il passe dans cinq minutes ou moins? » J'avais regardé ma montre avant de lui affirmer que l'autobus devait arriver d'ici cinq minutes effectivement. La dame avait poussé un long soupir avant de me dire qu'elle s'était pointée à l'arrêt à 8h30 avant de s'apercevoir qu'elle en venait de manquer le passage du précédent. Puis, elle avait ajouté avec un sourire en coin : « mais je me suis sauvée sans regarder l'horaire... »

Parce qu'elle était souriante, pétillante et fort sympathique avec son accent chantant j'avais demandé pourquoi. Elle avait répondu à peu près ceci: « Tu vois, ma petite fille, je suis italienne et j'ai 64 ans. J'ai trois fils, dont un qui vit au-dessus de chez-moi. Je crois que je les ai trop gâtés eux et mon mari parce que tous s'attendent tout le temps à ce que je m'occupe de tout dans la maison. Mais je travaille moi, à temps plein toute la semaine. Ça ne change rien, ils débarquent tous la fin-de-semaine, avec leurs femmes et les enfants et il faut que je fasse un gros souper pour tout le monde. Et quand je demande de l'aide, ils me câlinent et me disent tous que personne le fait bien comme moi. Mais, je suis fatiguée et j'ai décidé d'avoir un jour de congé ».

J'étais amusée. Je ne doutais pas un instant qu'elle disait vrai ni qu'elle soit fatiguée, même si en toute honnêteté elle semblait avoir de l'énergie à revendre. En contre-partie, je pouvais tout à fait comprendre qu'elle en avait plus qu'assez de servir tout son monde tout le temps. Je lui avais alors demandé qu'est-ce qu'elle comptait faire de son congé.

« Oh, je vais faire les courses, c'est bien entendu, parce que demain on est dimanche et que le dimanche c'est sacré et on aura un souper de famille. Après mes courses, je vais aller chez ma sœur, elle ses brus son Québécoises, alors elle a de l'aide quand elle reçoit, ce qui n'est pas mon cas. Alors, quand je suis fatiguée, elle m'aide à son tour et me permet de cacher mon épicerie chez-elle sans avoir à rentrer chez-moi. Ensuite, je vais aller au cinéma puis je vais aller souper avec des copines du travail ».

Elle me racontait tout cela l'air coquin. J'avais l'impression d'écouter une adolescente qui tentait de s'affranchir des décrets parentaux. C'était peut-être un peu vrai du reste, elle semblait réellement en réaction à sa famille et son milieu. J'avais le sentiment que quoiqu'elle dise, elle ne se sentait pas écoutée et encore moins comprise. Juste avant que l'autobus n'arrive elle m'avait avoué : « Et puis, je suis fâchée contre mon mari, il a dit à mon fils que nous pourrions gardé sa fille après-midi, mais ça, ça veut dire que c'est moi qui la garde parce que mon mari, lui, ne change pas ça une couche. J'ai bien hâte de voir comment il se sera débrouillé après ma fuite. Mais en attendant je vais profiter de ma journée ».

Je l'avais aidée à grimper dans l'autobus en souriant et en lui souhaitant la meilleur journée de famille buissonnière possible. Elle m'avais renvoyé un sourire absolument ravie, heureuse, je crois, de s'être sentie entendue...

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jeudi, novembre 29, 2018

Noir réveil

On avait été avertis : à 6h30 le matin du 28 novembre, l'électricité serait coupée dans notre secteur pour des travaux d'infrastructures. Le savoir ne change pas grand chose aux désagréments ressentis. Heureusement, je travaillais. À l'origine je devais travailler de soir, mais j'ai des collègues généreux et souples dans leurs disponibilités ce qui fait que j'ai pu sans trop forcer, changer mon horaire de travail pour m'adapter à la réalité de cette coupure électrique.

Je déteste manquer d'électricité. Et, tard ainsi à l'automne, quand les journées sont parmi les plus courtes de l'année et que les bises hivernales ont déjà commencées à souffler doucement sur la ville, je dois avouer que j'étais pas mal stressée avant même de vivre cette réalité. J'ai très mal dormi la nuit avant. Ayant peur, bien entendu, que la coupure ait lieu avant l'heure indiquée et que mon cadran ne fonctionne pas. D'accord, je pouvais mettre une alarme sur mon téléphone, ce que j'ai évidemment fait, mais mon téléphone dort dans le salon tandis que je dors dans mon lit. L'entendrais-je? Je ne sais pas vraiment pourquoi j'en doutais, j'ai une bonne audition et mon appartement n'est pas assez grand pour que je manque le signal. N'empêche que ça me stressais alors je me suis réveillée à peu près à toutes les heures.

Par conséquent, je me suis levée quelques minutes avant que mon cadran ne s'allume et j'ai rapidement fait mon déjeuner et surtout mon café matinal histoire d'être certaine de pouvoir profiter d'une bonne gorgée du breuvage chaud avant que toutes les lumières ne s'éteignent. Tous les occupants de l'immeuble avaient été dûment contacté par la société d'état et la concierge avait pris la peine de mettre des affiches dans les corridors pour s'assurer que tous savaient bien ce qui les attendraient en ce sombre matin de novembre.

D'habitude, lorsque je me lève à de telles heures, j'entends peu de bruit autour de moi, je me sens un peu comme dans un cocon feutré, un peu exclu du monde. Mais hier matin, on aurait pu se croire en pleine fin d'après-midi tellement l'activité était intense dans tous les appartements. Radios, cafetières, télévisions et tutti quanti, fonctionnaient gaiement dans toutes les directions. L'autobus que je voulais prendre passait à 6h43, soit juste au bon moment pour me permettre de quitter l'appartement à peu près au moment de la coupure.

J'étais en train d'enfiler mon manteau quand tout s'est brusquement arrêté. Il faisait tellement noir que j'ai eu toutes les peines du monde à trouver et enfiler mes bottes. Heureusement, des lumières de sécurité éclairaient faiblement le corridor ce qui m'a permis de trouver mon sac sans trop de difficulté avant de m'enfoncer dans la nuit encore présente.

Dans l'autobus, j'ai réalité que j'avais oublié de débrancher mon ordinateur. Alors j'ai eu peur que celui-ci ne grille lors de la reprise du courant.

Comme vous pouvez le constater, il n'en fut rien et votre petite scripteuse bihebdomadaire en est bien soulagée.

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dimanche, novembre 25, 2018

Effets de perspectives

Dans une société où l'on repousse le concept de la vieillesse, l'idée même de la mortalité devient presque floue. Pourtant, personne n'y échappera. C'est écrit dans le ciel, qu'on le veuille ou non. Mais bien entendu, malgré le fait que nous portions collectivement des œillères cette réalité finit tôt ou tard par nous rattraper. Cet automne, elle me frappe de plein fouet. Parce que tranquillement, mais sûrement, ces départs pour l'éternité sont ceux des gens de la génération de mes parents.

Jusqu'à très récemment, il me semblait que la mort venait chercher des gens qui étaient loin devant moi, aïeux âgés que je connaissais que très peu. Sauf que, ce matin j'ai appris le décès de l'ex-mari d'une amie de ma mère. Je ne peux pas dire que je me souvienne bien de lui. Je n'avais pas dix ans quand il s'est séparé ça fait donc quelque chose comme trente-cinq ans que je ne l'ai pas croisé. Il existe cependant, dans ma tête, quelques photos assez vives de l'homme. Généralement en costume de bain parce que nous allions à un chalet dans sa famille et que c'étaient des moments heureux de mon enfance. J'imagine bien que je l'ai aussi vu à d'autres moments que durant ces journées estivales qui me plaisaient tant, mais je n'en garde pas de trace dans ma mémoire faillible.

Il avait soixante-quatorze ans. Mes grands parents maternels sont morts beaucoup plus jeunes que lui. Et je les trouvais si vieux. Peut-être l'étaient-ils davantage que ceux des générations suivantes au même âge. Je ne sais pas. Ce que je sais cependant, c'est que par un effet de perspective biaisée et sans doute particulière, je ne trouve pas ma mère vieille. Ni la plupart de ses amis d'ailleurs, en tout cas, ceux que je croise encore de temps à autres. On ne se voit pas vieillir, on passe les jours sans trop s'en rendre compte et on se réveille un matin avec quelques cheveux blancs sans trop savoir quand ils sont venus agrémenter sa chevelure.

Si le temps qui passe me heurte particulièrement cet automne, c'est sans doute parce que parallèlement, beaucoup de personnages publics que j'ai toujours connus, s'éteignent jalonnant de leur fin de parcours l'année qui s'achève. Et dans la plupart des cas, on s'accorde pour dire qu'ils ont eu une belle vie bien remplie et qu'ils sont mort de leur belle mort. Pour ma part, j'en voyais une bonne part comme des géants immuables qui seraient toujours présents. Mais, évidemment je me trompais.

Ça remet en perspective la brièveté de l'existence, de ce passage conscient sur une planète qu'on malmène en refusant de voir plus loin que le bout de notre éphémère présence. Je n'ai plus vingt ans, je n'ai même plus trente ans. J'ai sans doute vécu plus de la moitié de ma vie. Je vieilli. En fait, je ne le réalise pas très souvent, sinon en regardant grandir les enfants de ma sœur. Parce qu'eux changent à une vitesse si fulgurante qu'on ne peut faire autrement que de réaliser que le temps a passé, même si ce n'est que deux semaines ou un mois.

Je vais devoir me préparer mentalement à voir s'étioler la génération qui me précède, et, inévitablement la mienne.

Ça laisse bien des réflexions philosophiques en perspective...

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jeudi, novembre 22, 2018

Changement de garde

Il fait froid, très froid et pourtant l'automne n'est pas encore terminé. Mais quel automne? Il me semble que cette saison n'a pas existé cette année, nous sommes passés sans transition de l'été caniculaire à un hiver précoce. Comme a chaque transition saisonnière, j'ai pu observer des changements dans les habitudes des teneurs de portes des différentes stations de métro comme si tout le monde se préparait à reprendre ses quartiers hivernaux. Ainsi qu'une certaine passation de connaissance. J'ai vu un habitué expliquer les rouages du métiers à un tout jeune homme, qui visiblement débutait sa carrière de teneur de porte. Je ne savais plus si je devais être triste, choquée ou soulagée de constater cette forme d'entraide, même si c'est pour arriver à payer une dépendance qui n'est pas jojo.

Parallèlement, a plupart des marginaux qui vivent dehors ont réintégré les corridors du métro. Je ne les en blâme absolument pas, au contraire, c'est un moyen accessible de se tenir au chaud et en vie, selon toute probabilité. Ceci étant établi, ça signifie aussi que la quête recommence dans les wagons. Après la trêve estivale, les usages du transports en commun doivent se préparer à se faire quasi harceler durant leurs trajets, le plus souvent par des hommes pas très polis et très insistants. Si je n'aime pas tant me faire solliciter de manière pressante, je suis parfois presque soulagée de les revoir, année après année, parce que si je ne les connais pas vraiment, les savoir en vie apaise ma conscience.

Le retour de la bise signifie aussi le retour d'Éric dans les wagons de métro. Sur toutes les lignes à toutes les heures, m'enfin dès que que le soleil est descendu derrière la ligne d'horizon sans quoi son discours perdrait de la portée. J'ai déjà parlé de lui dans ces pages parce que je l'avais croisé deux fois dans un intervalle très court. Il raconte toujours la même chose, sur le même ton. Les refuges sont pleins, il n'a pas pu trouver de place, c'est l'hiver et il veut se laver et dormir dans un lit chaud quelque part où on l'acceptera pour une somme très modique.

Je ne sais pas ce qu'il fait avec l'argent qu'il récolte, je serais très surprise qu'il l'utilise vraiment pour se loger et se laver à tous les coups. C'est une manière comme une autre de quémander. Et comme je le vois souvent, je sais qu'il ramasse beaucoup plus que la somme dont il a censément besoin. Lui ne me reconnaît certainement pas, mais moi, ça fait un moment que j'ai imprimé son visage dans le fond de mes rétines. Je sais qui il est avant qu'il ne parle et j'ai généralement une bonne idée du moment ou il débutera son laïus. Il s'arrange toujours pour quitter les wagons lorsqu'il peut facilement changer de ligne

Évidemment, avec le froid de canard qu'il faisait hier soir, il arpentait les wagons. Mais je ne l'ai pas cru davantage cette fois que les fois précédentes. De toute manière, ça fait longtemps que j'ai décidé que je ne donnais pas dans ces circonstances et le fait que je ne demeure plus dans le centre-ville n'y change rien.

C'est pourquoi j'ai eu un petit pincement au cœur quand j'ai allumé la radio au sortir des tunnels pour entendre un responsable de refuge pour hommes annoncer que tout était plein pour la soirée, parce que la froidure était tombée tellement tôt cette année que ces derniers n'avaient pas encore eu le loisir d'organiser les rallonges nécessaires aux grands froids.

Je ne crois plus Éric depuis longtemps et pour la première fois depuis que je le croise, je me suis sentie vraiment coupable.

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dimanche, novembre 18, 2018

L'anniversaire d'un Roy

Cette semaine, j'ai eu trois ans. Et ça a été ma fête tout le temps! Parce que mon anniversaire c'est le 14 novembre, je le sais et je le dis fièrement. Mais des fois, ma fête, c'est en même temps que la fête de quelqu'un d'autre. C'est arrivé à la garderie. Maman m'avait fait un gâteau au chocolat de Minion Batman. J'étais content, il était bon et je trouvais que c'était le plus beau. On a chanté bonne fête à moi et aussi bonne fête à l'ami dont c'était aussi l'anniversaire. On a partagé. C'est important de partager, même sa fête. En tout cas, moi j'ai appris cela cette année.

Un autre jour, hier en fait, on a eu de la visite à la maison. Il y avait Papi et Guy-Guy et les cousins et leurs parents. J'ai beaucoup joué avec les cousins. Ils sont grands, grands, grands et ils connaissent plein de jeux. J'ai couru partout et j'étais bien fatigué à la fin de ma journée. Mais avant, on a mangé du chili. Moi j'aime beaucoup ça le chili. Sauf qu'il est arrivé un petit accident : mon beau chapeau d'anniversaire est tombé dans mon chili et après je ne pouvais plus le mettre. Ça a fait rire les autres, alors moi aussi j'ai ri plutôt que de pleurer.

Aujourd'hui, je croyais que c'était fini, mais il me restait une surprise. Quand je me suis réveillé de ma sieste, Grand-Mamie est arrivée avec Francis et Tatie. J'étais content. Ça faisait longtemps que je ne les avais pas vus chez moi tous en même temps. Ils m'ont apporté des cadeaux. Un casse-tête de chat, des livres que j'ai bien hâte de lire avec Papa et Maman et un beau Playmobil d'aquarium. C'est mon premier jeu de grand. Il faut que je fasse bien attention à ne pas jouer par terre parce que Coccinelle pourrait mettre les petits morceaux dans sa bouche et s'étouffer. Elle, elle ne sait pas encore qu'il ne faut pas manger les petites pièces. Alors, je dois faire très attention quand je joue avec mon jeu de grand garçon.

J'en ai bien profité. Mais ce que j'ai préféré c'était de danser avec Maman quand on écoutais le disque de Madame Bidoune. Maman dit que madame Bidoune c'est Coccinelle, parce qu'elle aussi elle fait ses choses dans son coin. Elle sort les jouets de sa boîte, et les apporte avec elle un peu partout. Elle marche sur ses quatre pattes maintenant Coccinelle. Pendant que je dansais avec Maman, ma sœur elle dansait avec Grand-Mamie et Papa chantait avec nous. Francis et Tatie eux riaient en nous regardant. C'était très agréable.

Et comme aujourd'hui je suis un grand, j'ai décidé d'appeler Tatie « Mathilde ». Personne n'a eu l'air de trop s'en apercevoir, mais moi je trouvais que quand on est grand on peu dire des fois Mathilde et des fois Tatie. On a aussi chanté « bonne fête » Cette fois c'était juste pour moi, avec toutes les chansons qu'on de fête qu'on chante dans cette famille. Et j'ai soufflé d'un coup et tout seul, toutes mes bougies. J'étais ravi. Presque qu'autant que lorsque j'ai demandé à tout le monde d'attendre avant de m'écrier : « 1-2-3... Mangez! »

Finalement les invités sont partis, Maman et allé coucher Coccinelle pendant que je restais au salon avec Papa pour enfin découvrir mes nouveaux livres et peut-être aussi en relire quelques uns que je connais déjà.

Cette semaine c'était l'anniversaire d'un Roy et j'ai beaucoup, beaucoup aimé ça.

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jeudi, novembre 15, 2018

Tourneboulée

Hier, c'était l'anniversaire de Zazou. Trois ans. Depuis quelques mois, lorsqu'on lui demandait quel âge il avait, il répondait qu'il avait 9 ans et demi mais qu'il aurait 3 ans le 14 novembre. Il est à une période de sa vie où les chiffres n'ont pas tellement de sens, en tout cas, c'est ce que je crois. J'ai eu l'idée de l'appeler pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, même si je sais que nous ferons une fête de famille en fin de semaine pour souligner l'événement.

Parce que je travaillais de soir le jour de son anniversaire, je l'ai appelé la veille. Mais appeler Zazou, ça veut dire le faire via facetime, pour lui, parler au téléphone, ça se fait de visu beaucoup plus qu'avec un appareil collé sur l'oreille. Les temps changent. Mais les enfants eux, restent des enfants. Je crois qu'il était content que mon appel soit pour lui. Même si comme à bien des moments où je suis en contact avec lui, il est un peu timide au début, pas tout à fait disponible et surtout passablement excité.

Je dirais que je n'ai pas appris grand choses de ses récentes activités. J'avais beau poser des questions, il passait le plus clair du temps qui nous a été imparti à tourner le téléphone dans tous les sens pour me montrer qu'il savait sauter par-ci ou courir par-là, etc. Il m'a bien montrer de jolis bricolages de sa création et quand je m'étonnais de son talent, il souriait satisfait, et passait à un autre sujet en promenant le téléphone dans tous les sens.

Et quand sa mère essayait de me placer dans une situation plus stable, Coccinelle se mettait de la partie en appuyant un peu n'importe où dans l'écran, le faisant virer au noir, ou en caméra inversée ou encore sur pause. Mettons que j'ai passé beaucoup de temps au téléphone dans mon adolescence, mais jamais je n'aurais pratiqué ces heures de conversation dans des circonstances ressemblent de près ou de loin à l'appel de mardi soir.

Je ne sais pas trop comment ma sœur a réussi son coup, un truc de mère je suppose, mais elle a fini par poser la bonne question à son fils pour qu'il ait envie de me raconter une anecdote de garderie : il avait fait de la pâte à modeler, play doh en anglais, dixit le bambin de trois ans. Il avait commencé par se faire une canne-à-pêche, pour faire comme Papa, sauf que s'il boulait telle partie et tournait telle autre (je n'ai honnêtement pas trop compris où était son mécanisme), la canne-à-pêche se transformait en fusil. Par voie de conséquence j'ai été copieusement mitraillée par sa création imaginaire, parce qu'on ne peut décemment pas parler de fusil sans en faire le bruit.

Cet appel aura duré tout au plus 7 minutes. Mais j'en suis sortie complètement tourneboulée. J'avais sérieusement le tournis à force de me faire promener dans tous les sens. En fait, ce n'est pas assez fort pour décrire mon état d'hébétude et de mal de tête. La réalité c'est que je venait de comprendre à quoi pouvait bien ressembler un passage dans le Traboulidon. Zazou ne comprendra certainement jamais la référence, mais sa maman sans aucun doute.

Ceci étant dit, il n'est absolument pas exclu que je réitère l'expérience pour une autre occasion. Qui sait ce que je pourrais apprendre à mon prochain passage dans le Traboulidon?

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dimanche, novembre 11, 2018

Éclats de rêves

Ça faisait plusieurs mois que je me disais que je devrais aller me promener dans les rues de mon quartier. Mais je trouvais toujours le moyen de remettre cette activité à plus tard pour toutes sortes de raisons, plus vaines les unes que les autres. J'ai fini par faire part de mon projet à ma mère et à l'inviter à m'accompagner, histoire de me donner une forme d'obligation à tenir parole envers moi-même. C'est ainsi que nous avons entrepris de nous balader dans le Parc de l'île-de-la-Visitation. J'avais envie de voir un endroit qui serait à peu près resté identique au souvenir que je m'en faisais.

Si effectivement, j'ai trouvé un parc bien préservé, je dois me rendre à l'évidence que mes souvenirs eux, le sont pas mal moins. Du moins une partie d'entre-eux. Je ne sais pas pourquoi, j'avais dans l'idée que mes grands-parents paternel avaient un jour changé de domicile durant mon enfance. J'en étais totalement persuadée. À un point tel que je pouvais identifier un immeuble et une adresse correspondant à ce souvenir. Ma mère me dit que c'est faux. Comme elle était adulte et moi enfant, je crois que sa mémoire est beaucoup plus fiable que la mienne sur ce sujet. N'empêche que ça remet en question beaucoup de choses que je crois savoir parce que ça met en lumière les biais de mémoire involontaires qui jalonnent nos parcours de vie.

Bien entendu, je sais très bien que parfois, surtout quand j'écris et pour les bienfaits du texte, je modifie un peu la réalité. Je ne l'annonce d'ailleurs pas toujours, après tout, mon blogue n'étant pas un journal, je peux bien me permettre de jouer un peu avec le réel afin de le faire caser dans la forme que j'ai choisi de lui faire adopter. Mais d'autres fois, je me rend compte que les souvenirs se tordent et se teintent sans vraiment qu'on s'en aperçoive et on fini par ajouter à ce faux réel des couches et des couches d'impressions qui finissent par en faire une réalité jusqu'à ce que celle-ci soit calmement révoquée par un veto maternel. Troublant.

N'empêche que, mis à part, ce rêve (parce que je ne sais pas comment nommer autrement cette invention de ma pensée) qui a volé en éclat, j'ai passé un très bel après-midi à discuter à bâtons rompus avec ma mère tout en profitant d'un site magnifique. Au retour, pour tester mes théories, nous avons emprunter le boulevard Gouin qui est une rue que je trouve totalement fascinante dans cette partie de la ville car elle possède le charme suranné des vieux villages de cartes postales qu'on ne croit pas rencontrer ici. Bien entendu, aux maisons d'antan s'additionnent des bâtisses de tout acabit qui n'améliorent pas nécessairement le paysage, mais j'aime beaucoup m'inventer (cette fois sciemment), une vie de village d'une époque depuis longtemps révolue.

En somme, j'ai passé une bonne partie de la journée en voyage. En voyage dans mes souvenir erronés, dans le passé, le mien et celui de la ville et aussi dans un bout de campagne à deux pas de grosses autoroutes sans que j'en ressente ne serait-ce qu'un peu la présence.

Ce qui m'amène à penser que je devrais me botter les fesses un peu plus souvent pour aller arpenter ce quartier que j'aime à tous les jours un peu plus, pour ses particularités, son histoire et ses habitants.

Il y a des choix comme cela, que l'on ne regrette pas.


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jeudi, novembre 08, 2018

Transport en égoïsme

J'ai la chance d'avoir plusieurs trajets possible du travail à la maison et l'inverse. Avec le temps, j'ai appris lesquels choisir selon mes heures de déplacement. Par exemple, lorsque je travaille de jour, il est plus simple et plus rapide de me rendre à la station Fabre pour attraper le 45 vers le nord parce que cet autobus roule à une fréquence de 10 minutes, en théorie. C'est donc le trajet que j'avais choisi hier, mais j'ai été bien mal avisée de le faire.

D'abord, il ventait à écorner les bœufs tandis qu'une fine pluie s'abattait sur les quidams pris comme moi à l'arrêt. Inutile de sortir le parapluie, ceux qui s'y risquaient voyaient les leurs se retourner à tout bout de champ. La lecture n'était pas non plus recommandée, pas plus que l'utilisation du téléphone pour patienter. On ne pouvait qu'attendre. C'est bien entendu dans ce genre de circonstances que lesdits autobus se font rares. Alors, plutôt que 10 minutes, j'ai du patienter quelque chose comme 25 minutes avant de voir arriver la bête, plus que bondée.

Se faufiler à l'intérieur tenait de l'exploit. Je me suis donc retrouvée coincée près de la première porte arrière à me faire rentrer dedans à chaque arrêt quand quelqu'un essayait de sortir. Dans ce genre de situation, je fais toujours bien attention à prendre le moins de place possible, en commençant par placer mon sac à mes pieds et en évitant de sortir téléphone ou livre. Il faut savoir vivre en société.

Mais, ce n'est pas le cas de tout le monde. Je venais de me dénicher une place quand je me suis aperçue qu'à deux bancs de là, une dame tirée à quatre épingles utilisait deux espaces. Un pour elle et un pour son ses sacs (deux incluant sa sacoche). Malgré le fait que le chauffeur, hurlait à chaque arrêt de svp circuler vers l'arrière, elle ne semblait pas du tout se sentir concernée. Même que lorsqu'une dame âgée lui a demandé de libérer l'espace pour qu'elle puisse en profiter, Madame Quatre-Épingle a répondu que non, qu'elle ne voulait pas se sentir compressée par ses sacs. J'en ai conclu que la jeunesse n'avait pas l'apanage du manque de savoir vivre. J'ai voulu me lever pour céder ma précieuse place à la vieille dame qui en avait visiblement besoin, mais elle a refusé arguant que mon siège était juché un peu trop haut pour ses moyens.

Pendant ce temps, une jeune femme jouait sur son téléphone, son gros sac-à-dos bousculant tout le monde autour d'elle pendant qu'elle s’accotait sur une barre de soutient, la monopolisant à son usage exclusif pour mieux profiter de ses deux mains pour jouer à sa partie de poker en ligne. Elle avait une espèce d'attitude super nonchalante, pas du tout alerte aux signaux de ceux qui voulaient circuler autour d'elle. À un arrêt, un homme l'a enguirlandée copieusement en français puis en anglais tandis qu'elle levait sur lui des yeux perdus en lui demandant « es-tu raciste? » Ça n'avait strictement aucun rapport, même si les deux personnages n'avaient effectivement pas la même couleur de peau.

Moi, j'étais découragée devant cet étalage d'individualisme patent.

Aujourd'hui terminant à la même heure que la veille, j'ai tenu à effectuer le même trajet comme pour m'assurer de briser le mauvais sort et comme de bien entendu, je n'ai pas attendu ni non plus croisé de femme, vraiment, mais alors là, vraiment mal élevée.

dimanche, novembre 04, 2018

Choc de valeurs

Il y a certains types de personnalités avec lesquelles j'ai de la difficulté à composer. Ce ne sont, généralement pas de mauvaises personnes, juste des gens qui heurtent tellement mes valeurs que je dois perpétuellement me tourner la langue dans la bouche 7 fois avant de parler. J'appelle cela des allergies humanitaires.

Tenez cette jeune fille qui fréquente la librairie. Elle porte perpétuellement une moue boudeuse et ça ne lui prend pas d'encouragement pour laisser aller de petites doses de venin sur un paquet de sujets. Souvent, elle est frustrée par ses patrons ou professeurs et c'est généralement parce que l'un deux ne lui a pas accordé la valeur qu'elle croit avoir. Elle fait partie de ces jeunes qui pensent que leur droit est d'obtenir au moins la note de passage. Même si elle n'a pas mis les efforts qu'il faudrait pour réussir un examen ou un travail.

Hier, son sujet de récrimination était ses patrons parce qu'elle s'est fait dire qu'il était inadmissible qu'elle soit en retard, même de quelques minutes. Je ne sais pas pourquoi elle me prend pour sa confidente, d'habitude je suis plutôt transparente avec ce type de personnalité et il est assez évident que je ne les prise pas particulièrement. M'enfin, il semblerait qu'avec elle j'ai complètement raté mon coup. Bref, elle pestait allègrement sur ses méchants patrons parce qu'on lui reprochait ses retards. Elle me disait : « Je ne comprends pas, qu'est-ce que ça leur fout que j'ai cinq ou six minutes de retard? Anyway ils ne me paient pas ces minutes-là! » Il va sans dire que j'étais interloquée. Pour moi, la ponctualité est une valeur cardinale.

Comme je sais d'expérience qu'elle attend de moi une réponse, j'ai continué à classer mes jeux en pensant à ma réponse. J'ai fini par lui dire que selon moi c'est parce qu'un retard même minime avait un impact sur les horaires et la charge de travail de ses collègues et que par respect pour l'ensemble de son équipe de travail, il me semblait important de respecter les horaires qui lui étaient impartis. Elle me regardait de ses grands yeux ronds totalement incapable de comprendre les concepts que je trouvais pourtant clairs. Je n'ai pas poussé plus loin la discussion, après tout, j'étais au travail et elle n'est pas mon amie, mais je me suis demandé quand quel espèce de milieu elle avait grandi si pour elle il était si compliqué de comprendre que sa liberté s'arrêtait là où celle des autres débute.

Heureusement, ce travers n'est pas si répandu, en fait des retardataires il y en a toujours eu, sauf que jusqu'à cette discussion, tous les retardataires que j'ai connu étaient au courant que ce non respect de l'horaire n'est pas leur plus grande qualité, si je peux l'exprimer ainsi.

Entre vous, moi et le barreau de chaise, je ne suis pas certaine d'avoir hâte à la prochaine fois où elle viendra me trouver pour déverser son fiel tout en me disant en même temps que je fais peut-être minimalement œuvre utile en la confrontant dans ses convictions...

Seul l'avenir nous le dira.

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jeudi, novembre 01, 2018

Halloween

Je ne peux pas prétendre que je sois une grande adepte des déguisements. Depuis longtemps. Oh, je le fais de temps à autres quand des amis donnent une fête costumée pour une raison ou une autre, mais je ne suis pas de celles qui prennent un plaisir fous à concocter un personnage pendant des heures voire même des jours. Ce qui fait qu'il m'arrive d'oublier que c'est Halloween le jour J. En fait, j'y pense un peu parce que j'en entends parler à la radio, mais on dirait que l'information me rentre par une oreille et sort directement par l'autre.

Par conséquent, Halloween est une journée pour moi lors de laquelle je vais de surprise en surprise. Hier par exemple, j'ai croisé un homme avec un trou de balle dans le front à 6 heures du matin et il m'a fallut un bonne seconde avant de comprendre que c'était un déguisement. Dans le métro, j'ai vu quantité de personnages plus ahurissants les uns que les autres et à tous les coups je devais me remémorer qu'on était jour de fête pour éviter de trop dévisager les personnes qui avaient pris la peine de se déguiser.

Près de la librairie, il y avait bien quelques personnes costumées parmi les employés ou la clientèle, mais disons qu'ils faisaient office de courageux. Et traditionnellement, Halloween est une une journée pas mal morte en librairie, la plupart du temps. Tout le monde est pressé d'aller habiller ses propres petits monstres ce qui fait que les jeunes familles qui forment le gros de notre clientèle ont brillé par leur absence. Moi, j'étais complètement plongée dans mes mises en marché de nouveautés qui me tombent dessus comme une tonne de briques, alors, bien entendu, j'ai eu le temps d'oublier qu'on était le 31 octobre avant la fin de la journée.

J'ai été rappelée à l'ordre aussitôt arrivée sur la Promenade Fleury. À croire que les employés de tous les commerces avaient l'obligation de se costumer. Il y avait des monstres et des créatures fantastiques, partout autour de moi pendant que des hauts-parleurs sur la promenades faisaient entendre les trames sonores les plus connues des films d'horreur. J'ai beau n'en avoir vu à peu près aucun, je peux facilement identifier la plupart d'entre-elles et les associer au bon film. Entre deux pièces musicales, la rue résonnait de rires déments ou de cris perçants. Disons que ça vous met une atmosphère.

Je ne me souviens plus si, dans mon enfance, la rue était à ce point animée, ce que je sais cependant c'est que je ne pouvais plus oublier que jour on était et quelle fête on soulignait. Parce que même avec les fenêtres et les portes fermées, j'entendais des bribes de l'animation sonore à l'extérieur. Je ne peux pas prétendre que ça me faisait peur, ça m'amusait plutôt.


Et je me suis dit qu'à tout prendre, je préfère de loin une soirée d'Halloween un peu trop bien appuyée à tous les bruits nocturnes que j'ai enduré au cours des neuf dernières années.

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dimanche, octobre 28, 2018

Aventure nocturne

Sachant que je devrais me lever bien avant le soleil, je m'étais couchée tôt. Mais comme c'est souvent le cas en pareille circonstances, surtout quand cet horaire n'est pas si habituel, le sommeil m'avait fui pendant un bon moment avant que je finisse par me glisser dans les bras de Morphée. Je ne peux d'ailleurs pas dire que ces bras furent d'un accueil parfait, en tout cas pas cette nuit-là parce que chevauchais des songes échevelés qui semblaient s'enchaîner sans relâche.

J'avais l'impression de me sortir d'un mauvais pas pour aussi tôt retomber dans un autre, et si ce n'étaient pas vraiment des cauchemars, ils n'en demeure pas moins que le tout était agité et confus et le repos lui était presque absent. J'avais fini par me lever pour aller grappiller dans un livre une vingtaine de minutes, certaine que le fait de sortir du lit m'aiderait à le reconquérir avec un peu plus de conviction, plus tard. Je suis retournée me coucher vers 1 heure du matin et je suis aussitôt tombée dans un sommeil profond et sans rêve.

Jusqu'à ce que les songes échevelés du début de ma nuit se remettent de la partie ponctué par un bip régulier qui sonnait la transition entre chaque scène, m'entraînant invariablement plus loin dans quelque chose d'inconfortable. Je ne sais pas combien de temps a duré ce sommeil hachuré, je dormais. J'ai cependant fini par réaliser que ce qui m'empêchait de de dormir paisiblement c'est la batterie de mon alarme incendie qui avait décidé de rendre l'âme au milieu d'une nuit où je devais me lever très tôt.

Si, ayant identifié le bruit, je savais que je ne courais aucun danger, il était aussi certain que je ne réussirais jamais à me rendormir avec le petit bruit aigu qui résonnait régulièrement. Armée d'une chaise, j'avais donc diligemment décroché la chose et ôté la batterie. Sans aucune forme de prudence, j'ai renoncé à aller au dépanneur 24 heures le plus proche et résolu de me passer d'alarme pour la fin de la nuit et la journée suivante. Je me voyais vraiment mal arpenter les rues d'Ahuntsic à 2 heures et demie du matin tout en sachant que mon alarme, celle que j'avais soigneusement préparée, sonnerait un peu avant cinq heures.

Étonnamment, je m'étais rendormie au moment même où j'avais reposé la tête sur l'oreiller. Heureusement parce que mon réveil s'est mis à jouer, il me semblait, la minute après que je me fusse rallongée. Ça faisait longtemps que je n'avais pas trouvé un réveil aussi pénible.

J'avais néanmoins traversé la journée suivante sans que personne ne me fasse de commentaire sur mon manque de sommeil évident. Mais je vous garanti que le lendemain la sieste a été longue! Et pour vous rassurer, je dirais que j'ai acheté la batterie nécessaire à l'alarme incendie et qu'elle est bien installée dans son nouveau logis.

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jeudi, octobre 25, 2018

La lectrice

Si Obélix est tombé dans la potion lorsqu'il était petit, moi je suis tombée dans la littérature. Je ne remercierai jamais assez mes parents de m'avoir poussée dans cette voie dès mon plus jeune âge. J'ignore complètement tout de l'enfance sans livres. La mienne en a été nourrie tout du long et si je n'ai pas aimé tous les livres, particulièrement ceux imposés à l'école, je dirais que j'ai toujours su garder mon rapport à la lecture dans une sphère plaisante de ma vie.

Il ne me viendrait pas à l'esprit d'aller me coucher sans un livre. Non plus que de passer une semaine sans lire. Je peux débrancher la télé, ne pas trop utiliser internet, éviter de jouer à toutes sortes de jeux addictifs sur mon téléphone, ne pas regarder les réseaux sociaux durant plusieurs jours, mais m'abstenir de lire me serait tout bonnement impossible. Entrer dans la vie de personnages que j'apprends à découvrir, me laisser prendre au jeu de l'imaginaire, est un plaisir sans cesse renouvelé.

Je me souviens encore du livre dans lequel j'ai réussi à lire ma première phrase toute seule, en première année. J'avais alors eu le sentiment de vivre dans la magie parce que moi aussi, je savais désormais déchiffrer les caractères pour en saisir les sons, puis le sens. Je n'ai donc pas traîné longtemps au rayons des albums et des petits livres sans vraiment d'histoires, dès que j'en ai eu la possibilité que je me suis attaquée à des romans de plus en plus gros. J'ai en mémoire une image très précise de l'endroit où je me trouvais, dans la maison familiale, le jour où j'ai terminé mon premier vrai roman avec plus de mots que de dessins à l'intérieur.

Ensuite, j'ai vagabondé sur les mots des autres autant que je le pouvais. Tellement qu'après avoir lu tout ce qui traînait à la maison et à bibliothèque de quartier correspondant à mon âge, j'avais eu la permission d'aller me chercher des livres du côté adulte, bien avant d'avoir les quatorze ans réglementaires. Mais je devais toujours présenter mes choix à la bibliothécaire avant de me présenter au comptoir d'emprunts afin qu'elle s'assure que rien dans le contenu du livre aurait pu me faire basculer un peu trop rapidement hors de l'enfance.

Comment, alors, pourrait-on être surpris que je travaille dans une librairie? Partager les livres est pour moi un réel bonheur, particulièrement lorsqu'il s'agit de livres pour enfants parce que le plaisir de lire demeure la plus grande découverte de ma vie et que je suis convaincue qu'il peut en être ainsi pour tous, à condition qu'on se donne la peine de présenter des livres aux bambins qui ne demandent généralement pas mieux.

Mais contrairement à Obélix, je n'ai aucune interdiction à cause du fait que je sois tombée en littérature étant toute jeune. Au contraire, il est souhaitable que je continue à me tremper dedans régulièrement afin d'être en mesure de bien faire mon boulot.

Et plus encore, puisqu'à mon tour, je peux manier les mots pour fabriquer un peu de cette littérature que j'aime tant.

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