dimanche, octobre 15, 2017

La douche

On fêtait ma sœur aujourd'hui et comme la plupart du temps, on s'était réunit dans la maison de ma mère pour l'occasion; il y a quelque chose qui tient de la magie dans le fait de se faire concocter un repas d'anniversaire par sa mère et de le partager avec le reste de la famille. Comme c'est souvent le cas dans ces événements familiaux, je récoltais diligemment les anecdotes et autres observations utiles à la rédaction d'un texte sur l'enfance de l'art que je comptais écrire ce soir. Mais la vie en a décidé autrement.

Après un départ retardé par un embouteillage dans le cadre de la porte et un petit garçon qui courrait partout dans un dernier regain d'énergie avant de tomber sous les assauts du sommeil, j'avais mis les pieds dans les rues d'Ahunstic un peu après 19h30 sous une pluie de grosses gouttes lourdes, chaudes et éparses.

Je n'avais pas franchi le tiers du chemin qui me mènerait au métro quand le ciel s'était crevé complètement. En deux ou trois pas, j'étais détrempée. Totalement imbibée d'eau. Je n'avais même pas pris la peine d'essayer de presser le pas, sachant d'expérience que je risquais davantage de me blesser en tombant que d'arriver à échapper à l'averse qui passait. Plus tôt dans la semaine, j'avais ôté mon parapluie de mon cabas et bien entendu, j'avais oublié de l'y remettre avant de quitter la maison. Au coin des rues Lajeunesse et Sauvé, un jeune homme noir comme la nuit avait étendu le bras pour me protéger de son parapluie. Il m'avait dit en souriant : « On dirait que tu t'es fait prendre madame. Vas-tu loin? Moi je vais jusqu'à Saint-Laurent et je peux te prêter la moité de mon parapluie ». Je lui avais souri de toutes mes dents en lui répondant que le métro était ma destination.

Je m'étais donc engouffrée dans les dédales de celui-ci détrempée, mes souliers couinant allègrement sur les dalles pendant que j'adoptais la démarche maladroite de ceux qui essaient de trouver un endroit sec dans une vêture qui n'en a point. Le train était entré en gare à mon arrivée sur le quai et j'avais monté dans un wagon sous l’œil abasourdi des autres passagers. J'avais passé le trajet debout, à essayer tant bien que mal de me faire sécher, mais en ne réussissant en fait, qu'à m'entourer d'une belle flaque qui pouvait donner l'impression que j'avais fait pipi dans mes culottes. À quelques mètres, une dame ne pouvait s'empêcher de pouffer à toutes les fois où elle me regardait. Je présume que j'avais, un peu, l'air ridicule.

Bien entendu, l'autobus qui mène près de ma maison avait décollé sous mon nez me laissant mariner dans mes souliers imbibés. Ceux-ci d'ailleurs en ont profiter pour rendre l'âme. Ça fait longtemps, genre deux ans, que je sais que je dois les changer, mais ce sont des pantoufles tellement confortables que je remets continuellement leur mise au rebut (et accessoirement l'achat de chaussures de replacement) à plus tard. Sauf que là, les semelles ont toutes les deux décoller et en plus de couiner, ces dernières parlaient sans aucune forme de discretion dans les les derniers mètres qui me menaient chez moi.

Heureusement que le ridicule ne tue pas, sans quoi je serais vraiment morte plusieurs fois, à ce jour.

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jeudi, octobre 12, 2017

Enfermement involontaire

On a le wifi en saut de puces à la maison depuis quelques temps. D'ordinaire, ces manifestations se produisent lors des heures de pointe et ne durent que quelques secondes, allant parfois jusqu'à la quinzaine de minutes, rien de bien grave somme toute.

Sauf qu'hier, mon ordinateur ne voulait rien savoir de se brancher sur le réseau. Pendant plusieurs heures. Je me sentais complètement emprisonnée à l'intérieur de moi. Parce qu'on était mercredi et que je devais, au moins commencer, à réfléchir à un texte à présenter. Mais comment on fait pour présenter un texte, une réflexion sur un quelconque sujet si on a pas accès à notre principal outil de diffusion? Sérieusement, j'étais incapable d'écrire, malgré la page ouverte sur le traitement de texte. Comme si en n'ayant pas de point de chute qui rencontrerait éventuellement un certain lectorat, ma plume, mes idées, n'avaient plus de raison d'être.

Ce n'est certes pas l'exacte vérité, mais cet événement a fait en sorte de me permettre de vérifier pleinement à quel point mon lectorat m'importe. Pas que je passe des heures à regarder les statistiques de lecture de mes texte, en fait, je ne les regarde que vaguement, mais je vous sais quelque part à l'autre bout de mes mots et de mes maux. Je sais que lorsque je m'exprime quelqu'un quelque part entend ce que je dis. Et ça fait toute la différence du monde. Surtout lorsque je vis des choses qui me sont ardues. Pas nécessairement des choses sur lesquelles j'écris, du reste. Il arrive souvent que les sujets les plus tendus, je les passe sous silence. Par souci d'équité envers une personne qui pourrait m'irriter, par exemple, parce que si je me suis créé une tribune d'expression, il n'est absolument pas garanti que cet autre individu pourrait se défendre si j'exprimais en ces pages des frustrations trop précises. Et le plus souvent parce que je n'ai pas envie semer l'intimité d'autrui sur une plate-forme qui ne lui appartient pas.

Néanmoins, mes exercices littéraires sont essentiels pour ma santé mentale. Je le sais depuis fort longtemps et je le mesure actuellement. Depuis le début de l'année, j'ai vécu assez de situations stressantes pour ébranler la plupart des gens, et moi au premier chef. Sauf que je ne me suis pas choquée une seule fois. J'ai versé des larmes de rage comme de dépit, j'ai fait des discours enflammés qui sont tombés dans des oreilles amicales et surtout, j'ai canalisé ici mes peurs et mes angoisses en les mutant en autre chose.

Cependant, il est clair que sans ces yeux qui se posent sur mes écrits, l'exercice d'évacuation n'aurait pas du tout la même portée. Parce que je ne pourrais être certaine que quelqu'un m'ait entendue.

Et je crois que, fondamentalement, j'ai besoin de l'être.

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dimanche, octobre 08, 2017

L'accordéoniste

Au carrefour d'une station de métro mal éclairée, un vieil homme assis sur un minuscule banc qui semblait tout droit sorti du mobilier d'une garderie, jouait de l'accordéon. Quand le train de 19 heures en provenance du centre-ville s'était vidé de ses passagers, il avait tenté de se faire entendre un peu plus fort pour attirer davantage l'attention et risquer, peut-être, de se faire offrir une obole bien méritée pour le divertissement qu'il prodiguait. Bien entendu, les passant le regardaient sans le voir, la plupart du temps.

Son petit bout de territoire avait rapidement été envahi par une bande d'ados bruyante et mal dégrossie. Ils étaient une petite douzaine, peut-être un peu plus. Ils hurlaient plus qu'ils ne se parlaient et riaient encore plus fort. Dans l'escalier qui menaient vers le centre de la terre, un bambin s'accrochait à la main de sa mère, visiblement perturbé par cette avalanche de bruits malvenus. Mais les ados n'en avaient cure et ne se préoccupaient aucunement des malaises qu'ils pouvaient créer.

Évidemment, la bande s'était mise à arpenter l'escalier mobile qui montait vers la surface dans tous les sens bousculant sans compromis tous les autres usagers, sans aucune forme de respect : ils étaient les rois du monde et le reste importait peu. Une fois tous montés sur l'engin, ils avaient eu la brillante idée de sauter en cœur sur le mobilier, l'immobilisant, brusquement de ce fait. En haut, une dame avec son cabas avait dangereusement perdu l'équilibre et s'était rattrapée à la toute dernière seconde pour ne pas basculer vers l'arrière sous le choc brutal de l'arrêt.

Dans un élan, l'accordéoniste fait mine de se lever, comme pour rattraper la femme si jamais elle chutait, mais s'était interrompu dans son élan se rendant probablement compte qu'il n'aurait eu aucune chance d'adoucir l’atterrissage, étant donné la distance.

Sur le quai de la gare, le bambin pleurait une peur que la maman ne pouvait calmer. Il ne comprenait visiblement pas cette dose d'agressivité. Les ados eux, continuaient à hurler et à rire à gorges déployés, suprêmement inconscients des dommages collatéraux de leur arrogance sa merci.

L'ambiance n'était pas agréable pour la majorité d'entre nous, seuls les ados étaient imperméables aux miasmes qu'ils avaient semés.

Du bord de sa passerelle, le vieil accordéoniste s'était levé avant de commencer à jouer « Quand les hommes vivront d'amour ».

Et tout ceux qui l'avaient entendu s'étaient sentis consolés.

jeudi, octobre 05, 2017

L'effeuilleuse

C'était une soirée de septembre qui se prenait pour une soirée de juillet. Montréal étouffait sous une canicule tardive et l'impatience était palpable parmi les usagers du transport en commun. Par chance, la foule était assez parsemée pour préserver un peu d'espace vital autour de tout un chacun. C'était, en tout cas ma réflexion en mettant les pieds dans un train Azur. Je n'étais pas sitôt assise que j'ai perçu un drôle de cri venant du centre du train. Toutes les têtes s'étaient tournée dans cette direction et nous avions pu voir une jeune femme qui avançait péniblement vers la tête du train, à coup de spasmes physiques et vocaux..

À chaque pas, elle poussait un cri aigu, douloureux, comme si elle était poignardée à tous les coups. Ses spasmes corporels pour leur part étaient violents et désordonnés. Si au départ, j'avais imaginé qu'elle était peut-être atteinte d'un syndrome de Gilles de la Tourette, il m'était vite apparu que c'était en réalité une femme sur un mauvais trip de quelque chose que je ne pouvais identifier. Je sais depuis longtemps qu'il vaut mieux éviter les contacts visuels avec des gens dans de tels états, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas de tous les quidams qui arpentent le métro de Montréal.

Ce soir-là, une femme discrètement voilée avait osé regarder la personne en crise dans les yeux et s'était fait copieusement invectivée sur un ton et avec des mots que je n'oserais pas rapporter ici. L'altercation n'avait duré que quelques secondes puisque la femme qui criait avait poursuivit son chemin jusqu'à un banc libre au bout du train, à quelques pas de moi. Une fois assise, elle s'était déchaussée, à cris forts, puis avait entrepris de se dévêtir, comme si quelque chose dans ses vêtements était la cause de son mal-être. En quelques instants, elle s'était retrouvée en petite culotte et en soutien-gorge et tirait sauvagement sur ses sous-vêtements, donnant l'impression qu'elle essayait à toute force de chasser un malaise physique.

Il va sans dire que cela créait une tension parmi les passagers qui essayaient tant bien que mal de l'ignorer. Nous étions plusieurs à nous dire (intérieurement) qu'il fallait aviser les équipes d'urgence. Mais ce n'est pas évident de le faire dans un train Azur parce que comme il n'y a plus de compartimentation, tout le monde entend les interventions avec le conducteur du train. À la station Laurier, un travailleur de la STM attendait pour prendre le train et une jeune fille l'avait informé de la situation avant qu'il ne monte dans celui-ci. Il avait choisi de passer son tour et était remonté à la guérite pour aviser les services d'urgence.

Ça avait pris jusqu'à Berri avant que les agents entrent dans le train que je quittais, calmes et détendus, visiblement bien préparés à l'intervention qu'ils devaient faire. Je n'étais pas restée pour voir la suite des événements, par conséquent, je n'en connais pas la conclusion.

Mais je revois la femme presque quotidiennement autour de mon travail, le visage marqué, le corps voûté par des conditions que je ne connais pas.

À toutes les fois, je suis triste, pour elle et je souhaite qu'un jour, quelqu'un trouve le moyen de lui tendre la perche qui lui permettrait de sortir de cet état-là.

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dimanche, octobre 01, 2017

Nouvelle entrée

Tu es jeune, pleine de vie, il te semble que tout est devant toi et bien peu derrière, même si du haut de tes vingt ans, il t'arrive de parler avec nostalgie des années paisibles de ton enfance confortable. Tu ressens la rage de vivre, de dévorer tout ce qui t'es offert, le sommeil t'ennuie parce qu'il est synonyme pour toi de temps perdu et tu n'es jamais aussi heureuse que dans de grands rassemblements festifs, desquels tu deviens pratiquement toujours le centre d'attraction.

Tu as les nuits fastes et excessives, comme s'il fallait coûte que coûte que tu les consommes jusqu'au bout pour que tu puisses ensuite les raconter. Tu déboules régulièrement les escaliers, molle et disgracieuse, en éclatant d'un rire mou et tu perds tout aussi souvent ton téléphone dans les plates-bandes de tes voisins que tu cherches en hurlant à qui veut l'entendre qu'on doit t'appeler pour que tu le retrouves. Peut-importe au fond qu'il soit quatre heures du matin. Tu suis la courbe de tes envies de tes élans.

Tu trouves cependant beaucoup plus difficile de suivre le cours diurne de ton parcours. Tes cours t'ennuient, ton travail aussi. Il te semble que le Cégep soit un passage aussi insipide que l'école secondaire avec tous ces cours de tronc commun qui ne te disent rien. Pourtant, tu te refuses le moindre droit à l'échec, même relatif. Tu as été élevée à performer; ta liberté d'ado se mesurait à tes résultats scolaires et c'est comme encré en toi jusqu'à la moelle des os. Petite pression auto-imposée qui finit par laisser des squames aux endroits où elle frotte.

Pis au travail, c'est pareil. C'est de l'alimentaire qui ne te définit en rien. Mais tout t'atteint comme des balles en plein cœur, le moindre commentaire qui pourrait avoir l'air négatif, les changements d'horaires, d'équipier. Tout ça te donne l'impression qui te concerne, toi et ta performance. Une autre petite pression qui laisse elle aussi des marques.

Même tes amours sont devenues pugnaces. Tu as la colère et la jalousie prééminentes. Elles se jettent sur toi comme des louves affamées et te laissent quotidiennement dans les limbes du doute. Toutes ces choses font en sorte que lorsque tu poses la tête sur l'oreiller, le sommeil ne vient plus, à moins que tu ne l'assommes en courant jusqu'au bout de la nuit. Et le cercle recommence, tous les jours, avec une pression un peu plus puissante à chaque lendemain parce que tu la conscience aigue que non seulement tu te déranges toi-même mais que tu commence à irriter férocement l'ensemble de tes connaissances et de ton voisinage.

Et tes pas de plus en plus lourds te mènent inexorablement à l'entrée du pays des zombies. Il n'y a pas de formule magique pour t'en détacher, il est là, présent et inéluctable. La seule chose que tu puisses faire c'est demander de l'aide. Mais c'est probablement le geste le plus difficile à poser quand on est jeune, pleine de vie et d'allant et qu'on se dit qu'à cet âge, franchement, on ne peut pas tomber.

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jeudi, septembre 28, 2017

L'autre côté de la chance

Y'a des journées comme ça qui donnent l'impression qu'on se soit levé de l'autre côté de la chance. J'ai le rhume, pas un très gros, mais je tousse et je mouche suffisamment pour me faire bien remarquer par quiconque croise mon chemin. La plupart du temps, ce genre de chose m'arrive quand je tombe en vacances ou que je change de travail, comme si le destin voulait s'assurer que je sois totalement à mon avantage à ces moments. Cette fois-ci ce même destin a plutôt misé sur une semaine particulièrement active culturellement pour moi.

Ainsi, lundi j'allais voir Alexandre Desilets. Bon, vous me direz que ce n'était pas la première fois et qu'un petit rhume n'y changerait pas grand chose, sauf que moi quand j'ai le rhume, j'ai les oreilles qui bouchent, invariablement et disons que c'est un peu moins agréable d'aller voir son chanteur favori avec une audition en alternance gauche droite au gré de ses fantaisies. J'ai quand même passé un excellent moment en très bonne compagnie et je dois avouer que ce soir là, mon rhume n'était pas encore tout à fait apparent.

Mardi, par contre, c'était autre chose. Je pouvais à peine faire un mouvement sans tousser et comme c'est la période faste des arrivages des quantités de Noël en succursale, je me devais de m'activer pour faire les casses-tête des cubes et de la mise en marché. En plus, je commençais à être singulièrement fatiguée parce qu'avec la canicule, je ne pouvais m'abstenir de faire fonctionner mon ventilateur, qui m'asséchait la gorge ce qui fait que mes deux dernière nuits avaient été syncopées par des coups de toux qui étaient tout sauf reposants.

Et mercredi, j'avais ma plus grosse journée de la semaine. C'était une journée de présentation des nouveautés en livres jeunesse et en jeux. Je pense que toute la salle de plus de 60 personnes a été à un moment ou l'autre, dérangée par mes quintes de toux. Heureusement pour moi, les gens étaient plutôt sympathiques et empathiques à mon état de santé. N'empêche que ce n'est jamais agréable de se faire remarquer pour de telles raisons.

En soirée, j'allais voir un concert de l'Orchestre de Chambre McGill. Et c'est évidemment pendant la première partie que ma toux s'est largement mise à contribution. En fait, je crois qu'en essayant d'en retenir les première salves parce que je savais que mon voisin du devant était particulièrement intolérant à ce genre de manifestation (il l'avait démontrer avant le début du spectacle), ça avait rendu les quintes encore plus violentes et ledit voisin s'était effectivement retourné pour me dire « Franchement sortez! » Ce que j'avais fait, en manquant de m'étouffer dans ma toux en quittant les lieux.

C'est ainsi que j'ai manqué la deuxième partie du spectacle, celle que j'avais le plus envie de voir, et qui selon la personne qui m'accompagnait valait vraiment la peine d'être vue.

Au prochain concert, peut-être que la chance se décidera a venir avec moi...

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dimanche, septembre 24, 2017

Là-bas

Ça faisait TRÈS longtemps que je n'avais pas vu Francis et Tatie, alors quand Maman m'a dit qu'on allait souper chez Grand-mamie et qu'ils seraient-là, tous les deux, j'étais bien content. C'est que j'avais des histoires à leur raconter, et maintenant que je connais tout plein de mots, eh bien, je deviens un grand conteur.

Évidemment, quand on est arrivés, je voulais juste mon papa et ma maman. Il n'était pas question que je chante, ou que je fasse mes chorégraphies. Je fini toujours par me dégêner et sortir de leurs pattes, autour du souper par exemple. J'ai fini par comprendre que je suis aussi bien de participer aux discussions pendant qu'on mange sinon personne ne s'occupe de moi, et je n'aime pas beaucoup être ignoré. Alors j'ai profité du repas pour raconter à tout le monde que j'avais pris l'avion dans le ciel avec mon ami Édouard pour aller Là-bas.

Pour moi, Là-bas, c'est n'importe où, où je ne me trouve pas. Ça peut être le salon quand je suis dans la cuisine, comme dehors quand je suis à l'intérieur. Ainsi, je disais tout le temps qu'il faisait chaud Là-bas, et les adultes on mis beaucoup de temps à comprendre que je parlais du dehors. Des fois, je trouve qu'ils ne comprennent pas vite, vite.

Bref, dans ce Là-bas en question, on d'abord été logés chez les grands-parents de mon ami, c'était chouette. Il a une toute petite sœur qui s'appelle Margot, moi j'aime Margot. Peut-être que lorsqu'on sera grands, elle sera mon amoureuse, mais j'ai encore beaucoup de temps devant moi pour y penser. Mais c'est plutôt avec Édouard qu'on est allés voir des singes. Ils étaient très proches de nous, sur ma poussette même. Édouard avait très peur. Lui, il a peur de tous les animaux, même de mon chat, sauf que même si je n'ai pas peur de mon chat, les singes sur ma poussette, franchement, ça m'a fait un peu peur et Papa et le papa d'Édouard ne faisaient que rire et pas nous aider. Après, Papa m'a offert un joli singe en peluche sauf que je l'ai perdu la journée même. Le singe existe sur des photos, et je veux toujours voir et montrer les photos.

Au bout de quelques jours, on est allés dans une autre maison, voir la mer. Il faisait trop froid pour que je me baigne dedans, mais c'était très beau. Il m'est arrivé un accident pendant que j'étais à la mer; mon bras droit ne voulait plus du tout bouger. J'avais un problème avec mon coude, ça a l'air. Je l'ai raconté au souper. J'ai répondu d'un « oui » très soulagé d'avoir été rapidement compris quand Tatie a dit le mot difficile (luxation) pour moi. Et ça m'a rappelé qu'au début de mon voyage, j'avais eu des bobos à la bouche, aux mains et aux pieds. Ma bouche et mes mains vont très bien, mais mes pieds perdent encore de la peau. Ça chauffait vraiment beaucoup, je crois que je vais m'en souvenir longtemps.

J'étais content de voir Francis et Tatie pour leur parler de mon grand voyage. Je pense que je vais les revoir un peu bientôt et je sais que même si je ne fais pas d'autre voyage, j'aurais encore de belles choses à leur raconter, surtout que je commence à inventer des histoires de mon cru. Personne ne me crois quand je les raconte, mais j'ai bon espoir, un jour, de rencontrer mon public.

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jeudi, septembre 21, 2017

De généralités en clichés

Cher dilettante,

Tu me fais bien rire quand tu débarque dans un magasin, quel qu'il soit d'ailleurs, avec une idée de cadeau de génie, disons, un peu trop vague. Je ne peux pas traiter de toutes les demandes invraisemblables que mes collègues d'autres commerces entendent, mais je peux facilement traiter de ce que je rencontre dans mon quotidien, depuis près de quinze ans, et quelquefois, je dois dire que ça étrive la patience sur un moyen temps.

Si tu me dis : « Madame, je voudrais que vous me suggériez un roman »; tu dois comprendre que la demande est un tantinet vague. Bien entendu, je te poserai des des questions pour cerner tes besoins. Quel genre de roman : policier, fantastique, québecois, étranger, récent? Pour quel type de lecteur :son âge, son niveau de lecture, ses intérêts ce qu'il a déjà lu bref, n'importe quoi pour aider à trouver la perle rare. Alors, svp, ne te fâche pas contre moi parce que je pose ces questions simples, ce n'est pas parce que je veux, au départ, jeter la serviette. Mais il est possible que je finisse par te planter devant le palmarès pour que tu fasses un choix, si la seule chose que tu puisses me dire pour m'aider c'est que que le livre doit contenir une histoire d'amour mais que ce n'en soit pas la trame principale. Il arrive parfois que même avec la meilleure volonté du monde, il soit très, très difficile de t'aider.

Si tu débarque d'un quelconque ailleurs, il se peut aussi que tes demandes paraissent incongrues. Du genre : « Je voudrais voir vos exemplaires du Petit prince en amérindien, j'achète toujours une copie de ce livre en langue locale quand je voyage ». Bon, l'idée est bonne, mais le problème, c'est que des langues amérindiennes, il y en a beaucoup. Et platement, ce n'est pas précisément les langues d'usage à Montréal, même si je crois qu'il serait tout à fait pertinent que ce genre d'ouvrage soit disponible plus largement, si d'aventure de telles traductions existent, ce dont je ne suis pas certaine, en tout cas, mes recherches ont fait chou-blanc.

Si tu me demandes de la musique indienne, je vais naturellement te diriger vers la section de musique indienne, c'est-à-dire, qui vient de l'Inde. Ne me regardes pas comme si j'étais une crétine finie si ce que tu souhaites c'est de la musique des Premières Nations. Et si nous n'avons pas de section attribuée à ces Nations, il est inutile de me faire les gros yeux parce que je me force à te trouver des albums de créateurs amérindiens qui n'ont rien à voir avec les clichés qui s’égaient dans ton cerveau, mais qui sont exactement ce que tu avais demandé, même si ça ne correspond pas du tout à ce à quoi tu t'attendais.

Ne t'en fais pas cependant, je t'aime quand même, tu me pousse à me dépasser en terme de service à la clientèle, et il arrive même que j'arrive à trouver exactement ce que tu cherches, même si la plupart du temps, je me retrouve confinée aux limites de ma mémoire où à celles des associations d'idées que je suis capable de générer.

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dimanche, septembre 17, 2017

Perséïdes en septembre

Nous avions collectivement oublié de prendre rendez-vous pour l'observation annuelle des Perséides. Évidemment, lorsque l'un d'entre nous s'est manifesté, il ne restait que quelques jours avant le début de l'événement, qui n'est pas si long et comme de bien entendu, il n'est pas si facile de trouver un moment ou 6 adultes ayant une vie active, sont capables de se trouver une disponibilité avec un préavis aussi court. Bref, nous avions mis une croix sur notre activité estivale, mais on s'était dit qu'à la mi septembre c'était l'anniversaire de Lew et qu'on pourrait déplacer l'activité à cette date. Étrangement, ça été super facile d'être toutes disponibles à cette date.

On s'était donc rendues à la campagne par une chaude journée d'été, une des plus belle de la morne saison qui s'achevait sur des souvenirs de grisailles un peu trop fraîches pour que nous puissions dire que nous avions eu un bel été. Malgré le fait que nous ne rencontrons pas bien souvent, la voiture qui emportait trois d'entre nous au lieu du rendez-vous n'avait pas encore atteint les rives de l'autoroute que nous étions déjà largement prises dans les dédales de sujets profonds, vrais et sans aucune forme de bémols pour en adoucir les angles. Ça change agréablement de toutes les fois où nous sommes en représentation dans nos vies et de de répondre sincèrement à la sempiternelle question factice « comment ça va? » pourrait avoir des effets contre productifs, si je puis m'exprimer ainsi.

Arrivée à destination, sans aucune surprise, on s'était retrouvées devant un repas improvisé, préparé et mangé sur le tard, à la bonne franquette, comme si c'est totalement à la dernière minute. Nous étions sortis de table autour de 22 heures et on s'était décidé à se faire un feu en plein air, histoire de profiter de cette belle soirée d'été à la campagne. Pour ma part, c'était ma première sortie rurale de l'été, et le fait d'être loin des festivités du 375ème de Montréal qui m'ont enclavée entre les murs de ma résidence depuis presque trois mois, me faisait un bien fou.

Ont s'était donc rassemblée en arc de cercle autour du foyer extérieur, à boire sans excès et à se parler, mais surtout à s'écouter. Comprenant sans doute mieux dans les silences et les non-dits l'étendue des évolutions, embûches, accros, tournants, réussites et autres considérations que ce que les meilleurs descriptions auraient pu nous apprendre. Et surtout en oubliant de temps à autres de nourrir la conversation pour regarder les étoiles, même si celles-ci ne nous filaient pas au-dessus de la tête, sans que qui que ce soit n'ait eu l'idée de s'en sentir mal à l'aise.

Terrassée par la fatigue, j'avais regardé ma montre presque par réflexe, et je m'étais aperçue que j'étais presque levée depuis 24 heures. J'avais alors annoncé que je rendais les armes et les autres avaient suivi le mouvement vers le sommeil. Le matin était évidemment arrivé trop tôt, nous remémorant les réveils d'autrefois ben lendemain de veille, sans les inconvénients que nous en ressentions à l'époque. On avait laissé le brunch s'étirer comme si le matin n'avait pas d'avenir, pour mordre dans chaque seconde.

Et on s'était séparés en se disant que l'importance de nos traditions n'était certainement pas de les tenir à date fixe mais plutôt de ne jamais oublier d'être intègres et sans trop de filtres les uns avec les autres et de profiter de ces parenthèses dans lesquelles on peu simplement être bien.

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jeudi, septembre 14, 2017

Éclats nocturnes

C'était un soir de milieu de semaine, l'école n'était pas tout à fait recommencée, mais les familles étaient de retour dans le quartier, l'achalandage dans le magasin en faisant foi. Un jeune homme dans un drôle d'état s'était présenté à la caisse pour récupéré une commande qui n'était pas à son nom et il n'avait rien sur lui qui nous indiquait qu'il était autorisé à la récupérer. Je lui avais donc fermement dit que je ne pouvais pas la lui donné simplement parce qu'il affirmait que la personne ayant passé la commande était sa mère.

Il m'avait lancé un regard torve tandis qu'un gros mottons de mucus lui coulait de la narine gauche pour se loger fermement dans sa moustache mal coupée. Une quinzaine de minutes plus tard, je recevais un appel de la dame courroucée qu'on n'ait pas remis son film à son fils. Il était clair qu'elle était soûle, d'ailleurs elle le disait sans ambages, elle ne parlait pas, elle hurlait, sans s'apercevoir du volume hallucinant de son ton. Elle n'écoutait rien de mes arguments, se contentant de me traiter de tous les noms et surtout d'incompétence. J'avais fini par lui dire qu'elle pouvait renvoyer son fils avec une note signée de sa main à elle et que je remettrait la commande au jeune homme.

Finalement, elle s'était pointée elle même en succursale, en hurlant, bien entendu. Tous les clients encore présents voulaient rentrer dans le plancher tellement ils se sentaient mal devant ce personnage rocambolesque. L'employée qui l'avait accueillie pour aller chercher sa commande avait voulu lui expliquer que c'était par mesure de sécurité que nous avions refusé de remettre à un tiers une commande pré-payée et elle s'était fait répondre : « Va chier » d'une manière assez tonitruante pour être entendu dans les moindres recoins de la succursale. Non contente d'avoir été, disons, impolie, avec la libraire, la dame avait insisté pour me voir. Je m'étais donc rendue à l'échafaud, parce qu'une part de mon travail est justement de servir de bouclier entre ce genre de client et les employés.

Elle m'avait alors dit : « Heille, cocotte, on peut tu s'entendre sur quelque chose? Quand je suis trop soûle pour venir chercher mes commandes, c'est mon gars qui va venir pis tu vas y donner. C'est clair hein? » Je lui avais répondu que si, et seulement si, elle nous appelait ou envoyait une note pour nous en aviser, on pourrait lui remettre sa commande. Mais pas autrement. Elle était partie exaspérée en claquant la porte devant mon manque de la collaboration.

J'étais allée prendre le métro complètement vannée de mon expérience, bien heureuse de retrouver l'anonymat paisible des wagons. Ben non, j'étais tombée dans un wagon rempli de jeunes adultes en périodes d'initiation. Disons que la paix n'était pas tout à fait au rendez-vous. Ils n'étaient pas déplacés, simplement tout à fait bruyants c'était bien la dernière chose dont j'avais besoin après ma très joyeuse expérience de service à la clientèle.

Il y a des soirs, comme ça, où la vie ne veux pas être paisible.

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dimanche, septembre 10, 2017

Précéder la tempête

Lundi dernier, les nouveaux résidents de l'hôtel parlaient d'un ouragan en formation dans l'océan Atlantique. Rien que de bien normal, on est en pleine saison et je le sais depuis longtemps. Je suis bien consciente que cela participe au fait que les voyages en solo soient si abordables dans les les Antilles à cette période de l'année. Il y a deux ans, j'avais vu de loin la queue d'un ouragan qui avait touché l'île d'Hispaniola, Haïti plus particulièrement, je n'en avais eu qu'une conscience approximative. Donc, lorsqu'on m'a parlé de cette tempête, j'ai haussé les épaules avec une certaine nonchalance, ne me sentant pas tant que cela concernée.

Et pourtant, je l'étais. Mais en bonne petite égocentrique, mon plus gros souci en ce lundi torride sous le ciel cubain était de ne pas pouvoir profiter de la plage en ce dernier jour de voyage parce que le vent était un peu plus fort qu'à l'habitude et que le ciel était nuageux. J'avais tout de même pu passer l'après-midi sur mon transat à terminer la série que j'avais entamé quelques jours plus tôt.

J'avais quitté l'hôtel et sa magnifique plage à l'heure des poules avec un petit serrement au cœur, parce que je savais laisser derrière moi des gens formidable et une belle semaine de farniente qui m'avait beaucoup reposée. À l'aéroport, les messages sur les écrans concernant les arrivées et départs étaient bizarres, cependant mon avion s'était pointé à l'heure, déposant un lot de voyageurs avant de nous prendre à bord. J'avais souri dans ma barbe imaginaire en me disant que c'était Cuba, et j'avais chassé toute inquiétude de ma petite cervelle.

Je n'avais réalisé l'ampleur de ce qui se développait qu'à mon arrivée à l'aéroport de Montréal, parce que j'avais des messages d'une amie qui me demandait comment j'avais survécu à Irma. Je n'avais aucune idée de ce dont elle me parlait. Mais j'ai illico envoyé un message à ma mère pour lui dire que j'étais de retour, en un morceau, parce que, même en toute ignorance de cause, je me doutais bien que son cœur tout maternel, s'inquiétait pour moi. À ce moment, l'aéroport était tellement plein que nous avions pris un transbordeur pour nous rentrer dans l'aérogare. Il va sans dire que les douanes étaient bondées. Normalement, entre mon arrivée à l'aéroport et le moment où je mets la clef dans la porte, il s'écoule environ 1h30. Ça m'en avait pris le double, mais au bout du compte, j'étais arrivée à mon domicile sans heurts.

J'avais alors allumé la télé et vu la dévastation. Je n'ai pas vu d'images de l'hôtel où je résidais, mais les vagues, hier, atteignaient 7 mètres sur la côte où j'étais mardi matin. Ça donne froid dans le dos. Je me compte chanceuse, tous les copains de voyage sont de retour au Québec. Mais j'ai le cœur sous pression pour tous les autres qui ne sont pas rentrés même si je ne les connais pas. Et surtout, surtout, je me sens concernée par les milliers de Cubains dans leurs îles dévastées. Je les ai rencontrés, j'ai fait des blagues avec eux, j'ai vu leurs maisons fragiles à travers les vitres des autocars de touristes et je connais leur joie de vivre collective, malgré tout.

Ce soir, j'ai l'impression d'être une rescapée vraiment très chanceuse simplement parce que je vis du bon bord de l'Amérique.

Décidément, la vie est beaucoup trop injuste.

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mercredi, septembre 06, 2017

Une belle journée de vacances

La journée avait bien commencé. Le soleil était radieux, la température chaude et humide comme on peut l'espérer quand on voyage dans les tropiques. Le catamaran qui amenait les touristes faire de la plonger en apnée était assez rempli pour créer des rencontres agréables, mais pas assez pour que les passagers se sentent empilés les uns sur les autres. La plupart des gens étaient simplement heureux d'être en mer, de voguer sur le turquoise si particulier de ces latitudes, mais un couple semblait déterminer à en profiter jusqu'à la dernière goutte, c'est-à-dire en étant le plus soûls possible.

Cela ne faisait pas deux heures que le bateau avait quitté terre que déjà, ils avaient bu la moité des bières disponibles et s'étaient approprié une bouteille de rhum qu'ils descendaient au goulot en s'aspergeant et se léchant l'un l'autre comme s'ils étaient en représentation et surtout comme si ce genre de démonstration pouvait intéresser le reste des vacanciers. Entre deux excès d'intimité, ils se livraient, sans en demander l'autorisation, à la moindre oreille disponible, racontant les tenants et les aboutissants de leurs vies privées. Ainsi tous savaient qu'ils avaient eu, pas ensemble, des enfants très jeunes, qu'elle travaillait plus où moins, et lui de même, en fait il racontait à qui voulait l'entendre, et à ceux qui ne voulaient pas, qu'il vendait de la drogue.

Elle répétait sans cesse que son nom venait d'une chanson et qu'elle avait échapper à pire tout en invitant les autres couples présents à venir les rejoindre à leur hôtel après l'excursion pour un petit échange de couple. Elle se permettait aussi d'ajouter, entre deux rire et deux gorgées d'alcool, de faire bien attention à son homme qui était déjà chaud, parce que quelquefois en de telles circonstances, les coups pleuvaient.

Dans le car qui ramenait tous les touristes à leur point d'ancrage respectifs, elle hurlait en se tapant la poitrine, réclamant câlins et bisous à tous les hommes en présence, sous le regard admiratif du sien. Mais à force d'insistance et de gestes déplacé, elle s'était retrouvée à se battre avec un gars à sa descente de l'autobus. Selon, elle, c'était parce que le gars était trop soûl pour avoir de l'humour. Selon à peu près tous les témoins, c'était plutôt l'inverse.

Non contente de sa journée d'excès, après s'être douchée, elle s'était imposée dans un groupe de femmes, buvant son vin à même la bouteille, tandis que son homme s'était écroulé, comme mort dans le lit. Elle, elle avait trouvé des oreilles sympathiques, compatissantes, ce qui lui permettait d'arranger les vérités selon son point de vue. En résumé sa vie avait été difficile et elle n'en était en aucune façon responsable.

Elle avait terminé sa soirée en accueillant les nouveaux arrivants masculins de l'hôtel à coups de câlins presque larmoyants et en vérifiant, auprès au moins un d'entre eux, physiquement, l'état de ses couilles. Très tard dans la nuit, elle avait été reconduite à sa chambre, sans autre heurt.

Et pour le reste des vacances, elle avait soigneusement éviter de parler à quiconque, se faisant le plus petite possible et ignorant ostensiblement les femmes qui lui avaient été sympathiques, malgré toutes les perches que ces dernières avaient continuer de lui tendre.

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dimanche, août 27, 2017

Petite leçon d'espoir

Lorsque j'ai aménagé dans cet appartement, je me plaisais à dire à tout venant que j'habitais désormais à côté de chez les vrais Bougons. C'est une véritable smala, nombreuse et bruyante. Leur balcon donnait sur le trottoir et c'était devant celui-ci que se rassemblait le voisinage. Le mobilier était constitué de la banquette arrière d'un véhicule qui gisait entre deux immeubles complètement vidé. Ledit véhicule semblait être le projet unique de la communauté, dans un garage à ciel ouvert et tous venaient voir l'évolution de la bête. Ils étaient partis une nuit de printemps, voiture comprise, pour je ne sais trop quelle destination certainement pas très distante, puisque je n'ai jamais cessé de croiser les membre de cette communauté depuis le temps.

C'est un asiatique d'environ mon âge qui s'était ensuite installé dans le logement. Avec son fils, un tout jeune bambin qui selon mes estimations devait avoir deux ou trois ans. À leur arrivée ici, ni l'un ni l'autre ne parlait un mot de français et le papa ne baragouinait que quelques mots d'anglais. Je ne sais pas de quelle origine exacte ils sont, je ne suis pas très douée pour ces différences qui me semble si subtile à moi, occidentale, m'enfin, ils communiquaient ensemble dans un langage que je ne peux même pas imaginer commencer à comprendre.

Il va sans dire que dans secteur où je suis l'étrange, eux l'étaient d'autant plus. Les gens les regardaient de travers, un peu inquiets. Ils ne faisaient pourtant rien de mal. Je sais, pour avoir vu les travaux, que l'homme a refait l'intérieur du logement de A à Z seul. Ça lui aura pris des années, mais je suis prête à parier que les anciens locataires ne reconnaîtrait absolument plus l'endroit, de l'intérieur s'entend.

Aujourd'hui, l'homme ne parle toujours pas français. Il s'y essaie tant bien que mal, sauf que cette langue lui semble très ardue. Pour son fils cependant, c'est une toute autre histoire. Je présume qu'il a fréquenté une garderie en milieu francophone avant de débuter les classe à l'école au coin de la rue, elle aussi francophone parce qu'il parle le même français que moi. Je le sais parce qu'il vient souvent jouer avec le petit hispanophone qui reste de l'autre côté de ma porte. L'un derrière les barreaux de son balcon, l'autre devant. La clôture, ne semble en rien les déranger dans leurs jeux, j'oserais même avancer qu'elle sert bien souvent au déroulement de leurs histoires.

Quelquefois aussi, s'ajoute, un étage au dessus, les personnages de l'arabophone comme autant de spiderman qui descendent au bout de leurs cordes s'ajouter aux mêlées festives qu'ils savent créer.

Ce sont tous des enfants de gens pauvres, que d'aucun pourrait juger à leur apparence, leurs valeurs et autres petits détails de la vie aussi. Mais moi, ce que j'ai constaté c'est que des petits garçons de toutes origines savent trouver le moyen de jouer par delà les barrières physiques ou imaginaires et qu'au fond, c'est exactement ça l'espoir de l'humanité.

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jeudi, août 24, 2017

D'un encombrement à l'autre

Sérieusement? Moi qui pensais en avoir fini avec les festivités dans mon quartier, me voilà devant une toute autre réalité.

Hier, mon colocataire et moi on se disait justement que le parc en face prenait bien du temps à reprendre sa forme habituelle, on trouvait que le montage avait été beaucoup plus rapide que le démontage et que bizarrement, c'était toute la zone qui fait face aux domicile qui restait en place. À notre très grande surprise, lorsque nous avons tourné le coin de la rue vers les 22 heures, non seulement est-ce que le parc était toujours largement défiguré par des structures qui ne lui sont pas habituelles mais il y avait là un spectacle. Pas près de la cuvette où ces derniers ont toujours eu lieu dans les dernières années, non à environ 200 mètres de la façade de la maison.

Je dois admettre qu'en terme de bruit, malgré l'orientation de la chose, c'est nettement moins pire que durant la Fierté et qu'en plus j'aime beaucoup plus les musiques que j'y entends. Musicalement, ça me semblait très années 1920 à 1940 dans un style de jazz ou de swing que je connais, sans être particulièrement douée pour en identifier les pièces. Après le boum-boum, tonitruant des dernières semaines, ça me semblait presque reposant. Presque. Je rêve d'une soirée à peu près silencieuse, ce qui dans le cas du quartier que j'habite, se résume généralement à des discussions échevelées de personnes soûles sporadiquement.

Ce soir, en rentrant, j'ai constaté que la fête battait toujours son plein en face de chez-moi. Franchement, j'étais découragée. Je suis plus que lasse de devoir me plier à ces aléas, beaucoup trop nombreux depuis juin. Comme les affichages des événements en cours est toujours placé sur Ontario, j'ai fait un petit détour par cette rue pour voir de quoi il en retournait et surtout pour savoir j'en avais encore pour combien de temps.

C'est ainsi que j'ai appris que dans le cadre de Montréal 375, on a décidé de rendre hommage à Camilien Houde. L'événement s'appelle d'ailleurs « Le festin de Camilien Houde, le p'tit gars de Ville-Marie ». Et il se tiendra du 22 août au 2 septembre de 18h00 à 23h00. Bon. Ça veut dire deux choses. Premièrement, je n'étais pas tout à fait dans le champs en terme d'identification musicale puisque Monsieur Houde a été maire de Montréal autour de ces années-là. Deuxièmement, la paix dont je rêve pour mon domicile n'arrivera pas de si tôt.

Heureusement, j'avais déjà prévu un second voyage dans une année. Je me trouvais, à ce jour, un peu fofolle de dépenser autant d'argent dans ce poste de dépense, mais en toute honnêteté, avec ces événements qui se succèdent sans préavis et sans arrêts, je crois que c'est la plus sage décision que j'aie prise dans les 20 dernières années de ma vie.

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dimanche, août 20, 2017

Des dents de pirate

Je le dit, je suis un super nageur. Bon, c'est vrai, quand j'étais plus petit, au mois de juillet, j'avais un peu peur de l'eau. J'avais besoin de Papa ou Maman pour me tenir la main, mais plus maintenant. Je saute dans l'eau avec mon beau flotteur de crabe et je nage tout seul. Il ne faut pas que personne me touche parce que je peux aller tout seul au milieu de la piscine et revenir vers le bord comme je veux. Ben, sauf des fois quand il y a trop de monde et que je ne sais pas par où passer, alors j'accepte que Grand-mamie vienne me chercher, mais pas Tatie. Elle peut être dans l'eau avec moi, mais je ne me baigne pas avec elle. Je l'ai dit, c'est non.

J'ai deux façons de me déplacer dans la vie, soit que je chigne et que je veux me faire prendre et sinon, je courre. Pas de moyenne vitesse avec moi. Ce que je trouve pas mal moins drôle, c'est que dès que je met un orteil sur le ciment, je me fait dire : « On ne courre pas autour de la piscine Zazou! » Pfff, ça vous brise un élan pas à peu près, mais comme tous les adultes sans exception tiennent à ce que les petits garçons et les petites filles marchent sur le ciment, je n'ai aucune espèce de chance d'échapper à leur vigilance collective.

Ce n'est pas trop grave, le reste est si plaisant au Club, parce que je connais tout le monde et que j'ai des amis partout. J'aime beaucoup zieuter autour de moi pour voir ce que les autres mangent et s'il y a du mais soufflé quelque part, je vais en quémander un peu. Je suis pas mal bon pour réussir à en obtenir, non seulement un bol, mais aussi un beau sourire et des fois, quand je le veux bien, un beau câlin.

Je commence à savoir quand j'ai envie de pipi et j'en fait de plus en plus sur la toilette. Mais j'ai eu un petit accident au souper, je mangeais tranquillement mon poulet et mes patates (pour vrai, je fais maintenant la différence entre les patates et les autres légumes, idem pour la viande) quand tout à coup je me suis retrouvé inondé de pipi parce que j'avais oublié que je n'avais pas remis ma couche après la baignade. Ce n'était pas très agréable, tout ce pipi dans ma chaise, mais Maman a réglé tout cela très rapidement, et aussi tôt bien au sec, j'ai terminé de manger mon repas et j'ai même pris du dessert. Des bons bleuets avec du gâteau au chocolat que j'ai englouti à une telle vitesse que ça m'a fait des dents de pirate.

Aujourd'hui, Papa n'était pas avec nous, il était à la pêche. Je l'ai bien raconté à Tatie et je lui ai montré (un peu brusquement, c'est certain, mais le mouvement y était) à l'aide d'un bâton courbé, ce que Papa faisait. Je parle beaucoup désormais. Et j'oublie de moins en moins de mots dans mes phrases. J'étais en train de montrer à Tatie et à Francis les belles culbutes que je sais faire quand Papa est apparu juste à côté de moi. Ça c'était une belle surprise parce que je pensais que j'allais aller faire dodo sans son bisou doux et juste le voir demain. Mais non, il était là, tout près, tout vrai et je sais que je vais bien dormir parce que ça dort toujours mieux après un bisou de Papa et un bisou de Maman.

Ah, comme j'ai hâte de me réveiller demain et de voir ce que la journée pourra m'apporter!

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jeudi, août 17, 2017

Ville-Marie Janis

Les premières fois lors desquelles je l'avais entendue parler, je croyais que c'était un homme. À cause du timbre de sa voix, mais du rocailleux abrupte aussi que celle-ci portait. Et il y avait une puissance dans la portée qui ne me laissait que peu de doutes. En réalité, sa voix ressemble énormément à celle de Janis Joplin à la différence près qu'elle chante incroyablement faux.

Je crois que j'ai mis quelque chose comme trois ans avant d'associer le bon visage à cette voix. Je l'entendais souvent la nuit surtout ou au petit matin. Je savais que c'était un personnage nocturne, de ceux qui font les histoires parce qu'elle portait une partie de la misère de Montréal dans ses récits. Je la savais prostituée, mais il était fort probable dans l'environnement que ce soit un prostitué. Ils existent, et sont d'ailleurs passablement nombreux dans les environs.

Je n'avais fait le bon lien qu'un soir où je revenais d'un souper chez une amie et que j'avais pris le raccourci par le parc devant la maison. Elle y était, dans un état lamentable. Minuscule en hauteur comme largeur, mais elle prenait toute la place. Elle était arrogante, batailleuse, vindicative et vulgaire. Tout en un. Elle m'avait alors haranguée sur je ne me rappelle plus quel sujet, ce qui n'avait, au fond, aucune espèce d'importance, puisque puisque je l'avais dérangée en traversant son territoire et que le reste ne comptait pas tellement.

Cette fois-là, j'avais eu peur. Peur de cette colère immense, de la violence qui l'habite, de ce qu'elle aurait pu me faire ou des chiens (humains) qu'elle aurait pu lancer sur moi, simplement parce qu'elle ressentait le besoin d'affirmer que la seule femelle alpha du secteur c'était elle.

Elle ne fait pas bon voisinage avec les commerces du quartier. Elle vole souvent, dans les épiceries où les dépanneurs. Et lorsqu'elle est confrontée à ses propres actes, elle se met dans des colères noires et traite tout le monde de fou, particulièrement lorsque ses interlocuteurs sont de vieilles personnes qui n'ont pas grand chose à lui opposer. Les policiers la connaissent. Ils l'embarquent et la débarquent régulièrement. Il arrive parfois qu'elle s'absente pendant plusieurs mois. Mais elle revient toujours camper dans la cours du HLM voisin, hiver comme été avec ses jeans d'enfants et sa vieille casquette des Expos trois fois trop grosse pour sa tête. Jusqu'à la prochaine fois où elle sera prise pour on ne veut même imaginer quel délit.

Elle fait partie de ces êtres, prématurément vieillis qui ont tout contre eux. La vie ne lui aura pas été simple. Un voisin m'a d'ailleurs récemment raconté qu'elle ne mangeait jamais rien d'autre que du pain blanc, pas souvent beurré, parce qu'elle prétendrait que la bière sustente davantage que n'importe quelle nourriture.

Ça en dit long sur la misère du monde, je trouve. Et surtout qu'il n'est nul besoin de laisser le regard porter dans des pays lointains pour la rencontrer.

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dimanche, août 13, 2017

Pâté chinois

Honnêtement, Montréal 375, je commence à en avoir plein mon casque. J'appréhendais le festival de la fierté gay sous mes fenêtres, et bien, je peux affirmer sans exagération que mes appréhensions étaient sans commune mesure avec la réalité : c'est bien pire que ce que que je croyais.

D'abord, il a pleins de rues qui sont fermées à des heures bizarres et même les piétons doivent faire des détours. Les commerces du voisinage connaissent des heures de pointe à des moments improbables et imprévus, sans doute très bons pour leurs affaires, mais tout à fait désagréables pour les habitants du quartier.

Avant d'aller plus loin, je me dois de souligner que la sécurité assurée sur le site et dans les environ est particulièrement efficaces; dès l'heure de tombée des activité, tous les festivaliers sont dispersés dans l'ordre, le bruit cesse beaucoup plus tôt que lors des feux d'artifices ou autres activités du genre. Et si certains d'entre eux sont éméchés, nous n'en avons aucune conscience.

Mais aujourd'hui, c'est le bout du bout pour ma patience déjà largement malmenée. Depuis le début de l'après-midi c'est le T-Dance Beach Party. Le nom dit exactement ce que c'est. Du gros Dance très bruyant et parfaitement insupportable. Je n'ai jamais été fan de ce genre de musique. Mon cœur est resté collé dans les années 80 et je préfère de loin la musique disco pour me laisser aller sur des rythmes endiablés. Rien pour me plaire donc. Surtout que depuis des années, je ne peux faire autrement que de penser systématiquement en terme de steak et de patate ce type de rythme.

Il y avait cette fille, à l'université, que je trouvais très drôle. Je la connaissais pas le biais de la ligue d'impro surtout, mais nous étudions à la même faculté, alors on se croisait régulièrement sur le campus. On s'était retrouvée un jour, dans un quelconque party étudiant dans un bar que nous ne fréquentions ni l'une ni l'autre. Un moment donné, il n'y avait plus qu'elle et moi, ou presque autour de la table, parce que danser ne nous disait absolument rien. Et c'est là qu'elle m'avait expliquer, preuve à l'appui (c'est-à-dire qu'elle m'avait chanté sa théorie sur l'air qui jouait à ce moment-là) que selon elle la musique dance, se résumait à du steak pis des patates. Qu'on pouvait chanter n'importe quelle de ces pièces en suivant le rythme sur ces mots : « du steak, du steak, du steak, des patates, du steak ». Je suis en train de le faire en écrivant et je jure que ça fonctionne.

Rien pour me faire aimer le genre, tout pour me le rendre désagréable, sauf qu'au moins je peux en rire ne me disant que ce qui se passe sous mes fenêtre, c'est au fond, le festival du pâté chinois...

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jeudi, août 10, 2017

Je ne perdais rien pour attendre

Je sais bien que j'ai été en vacances il n'y a pas si longtemps, mais je crois que les festivités du 375e anniversaire de Montréal commencent à me peser. Je vis depuis des semaines dans l'oeil du cyclone et les activités saupoudrées de désagréments se succèdent sans relâche autour de chez-moi. Par conséquent, mon sommeil en est atteint ne serait-ce que parce que les différents travaux d'aménagement des sites commencent généralement tôt et se terminent tard.

Bref, j'avais une petite journée de congé à la fois de travail et de construction autour de la maison quand j'ai reçu l'appel que personne ne veut avoir; des punaises de lit avaient été localisées dans l'immeuble. Fini donc la journée de congé. J'avais l'impression d'avoir à déménager à moins de 24 heures d'avis avec une énorme dose de lavage à faire en sus. Je suis bonne dans les déménagements, j'ai un super sens de l'organisation et des priorités, sauf que d'habitude je sais depuis quelques temps déjà que j'aurai un sport extrême à pratiquer; alors je peux me faire à l'idée et commencer tranquillement à faire le tri.

Dans le cas qui nous occupe, le tri s'est fait à la vitesse grand V. J'ai déménagé des vêtements d'un appartement à l'autre pendant des années sans jamais les porter une fois rendue à l'autre domicile. Pourquoi? Sans doute un peu par nostalgie, sans doute aussi par paresse. Mais quand tu penses qu'il y a probablement des bestioles indésirables dans tes chiffons, tu hésites un peu moins à tout envoyer à la poubelle, surtout quand tu sais pertinemment qu'une bonne moitié de cette accumulation sur des années est rende tellement usée que les donner n'apporterait strictement rien à personne. Je me suis découvert une quantité assez effarante de trucs dont les élastiques étaient tellement vieux qu'ils craquaient sous mes doigts.

Et, comme de bien entendu, non seulement est-ce que je devais m'activer furieusement pour arriver à dégager tous les murs de l'appartement dans les délais impartis avant l'arrivée des exterminateur, mais ma tête s'est mise de la partie et ça me grattait de partout. Pourtant, je sais que je suis un buffet à moustiques et je n'avais noté aucune piqûre correspondant à celles des punaises de lit, j'aurais donc dû pouvoir me rassurer et faire taire les manifestations exacerbées de mon subconscient. Mais rien n'y faisait : je suais ma vie en faisant le ménage et toutes les surfaces de ma peau me démangeaient.

Au final, il y avait bien des pensionnaires indésirables dans l'immeuble, mais assez peu, le problème aurait été pris à temps selon l'exterminatrice fort compétente qui s'est déplacée ici. Notre logement en était exempt. Nous en étions bien soulagés, mon colocataire et moi. Mais en même temps, je savais bien que je perdais rien pour attendre depuis des années, puisque ça fait plus de vingt ans que j'habite en appartement et que bon, si je me fie à ce que j'en ai lu, ces bibites se multiplient à une vitesse folle et qu'elles ne font pas de discrimination quand aux humains avec lesquels elles décident de cohabiter.

En somme, je me dis que j'ai payer ma dette à la chance pour un petit bout que je peux souffler au moins pour quelques mois puisque l'immeuble est maintenant bien protégé et qu'après je pourrai compter sur l'hiver pour me protéger.

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dimanche, août 06, 2017

Technicolor

La soirée était fraîche, en tout cas, elle le semblait particulièrement après plusieurs journées consécutives lors desquelles le mercure et l'humidité se disputaient consciencieusement la première place dans l'exaspération collective. J'avais eu la mauvaise idée de me tromper en regardant l'horaire d'autobus dans un créneau qui n'était pas pré-enregistré dans mon téléphone avec le résultat que j'étais arrivée avec beaucoup trop d'avance au coin de rue ou j'attendais impatiemment le passage du prochain transport.

Sauf que je ne rate jamais une occasion d'observer mes congénères. Je ne fais même pas exprès, l'oeil de l'observatrice est toujours à l’affût. Dans la petite foule qui piétinait comme moi, il y avait deux femmes et une petite fille qui devait avoir environ 3 ans. Elle était pétillante de bonne humeur et sa seule présence faisait en sorte que mon temps de patience imposé passait avec une vitesse acceptable. Je n'avais pas l'intention de m'immiscer de quelconque manière dans leurs vies, mais bon, je ne pouvais faire autrement que de capter des mots, de ça, de là.

J'avais vite fait de comprendre qu'il s'agissait d'une famille qui revenait d'une fête d'enfant puisque la petite se tournait vers l'une et l'autre des adultes en les appelant « maman Micheline » ou « maman Louise » selon l'interlocutrice à laquelle elle s'adressait. J'étais contente de voir cette aisance avec laquelle toutes les trois vivaient publiquement leur réalité en espérant pour elles que cette apparence de bien être était une réalité quotidienne aussi tangible que l'image qu'elles m'en projetaient.

Une fois bien installée dans l'autobus, j'étais assise juste devant une jeune femme qui parlait au téléphone en espagnol à une vitesse folle, je n'avais aucune idée de ce qu'elle racontait, mais le ton de sa voix laissait entendre un taux de stress frôlant les azimuts des possibilités. Je la sentait nerveuse, comme si c'était la toute première fois qu'elle arpentait les rues de Montréal dans la nuit, ce qui était en fait, peut-être le cas.

Je n'avais ni envie de lire, ni envie de niaiser sur mon téléphone, alors je me laissait baigner par la présence des autres. C'est ce qui m'avait permis de voir entrer en scène le prochain personnage. C'était un jeune homme de la fin trentaine qui avaient toutes les caractéristiques clichées de l'Améridien des légendes : grand, élancé, souple, avec une chevelure noire ébène lustrée. Sérieusement, ce gars-là pourrait faire une fortune au cinéma américain seulement à cause de son apparence extérieure. Mais ce qui me m'amusais beaucoup, c'était sa tenue vestimentaire : il était habillé en cow-boy de pied en cap.

Et sitôt grimpé dans l'autobus, il était venu serré bien fort dans ses bras la jeune hispanophone qui paniquait derrière-moi avec autant de sourire dans la voix que dans son visage.

Moi j'avais l'impression saugrenue de vivre la finale d'une film romantico-mocheton en direct et je me disais que ça promettait de jolies rêveries pour me bercer avant de m'endormir.

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jeudi, août 03, 2017

Sous slience

L'heure était entre chien et loup, l'enchaînement des mois aussi. Il ne faisait pas tout à fait sombre, mais plus totalement clair non plus. Je savais d'avance que la nuit serait longue, parce que cela arrive régulièrement dans le quartier, particulièrement dans les mois d'été avec tous ces marginaux qui y habitent ou y vivent sans nécessairement y avoir d'adresse domiciliaire.

Je marchais d'un pas alerte, puisque j'étais presque arrivée à mon domicile et que j'avais les pieds en compote. Je ne pensais à rien d'autre qu'au moment presque béni où je pourrais me déchausser et enfin pourvoir me dire que la journée était finie quand la démarche du jeune personnage que je suivais sans le vouloir m'avais poussée à ralentir. Il titubait en prenant maladroitement tout l'espace disponible sur le trottoir. Comme, je ne le voyais que de dos, je n'avais qu'une vague idée de son âge, mais il me semblait assez jeune si je me fiais à sa vêture.

Au départ, j'avais pensé qu'il revenait d'un 5 à 7 un peu trop arrosé et j'avais souri dans ma barbe imaginaire, mais j'avais été assez rapidement détrompée quand, même en essayant de ne pas le rattraper, les zigzags de son parcours nous avaient forcément rapprochés et qu'il avait jeté un coup d’œil par dessus son épaule. Alors j'avais vu.

J'avais vu qu'il était très jeune, entre 16 et 20 ans je dirais. Avec le corps complètement usé, déformé par toutes sortes d'abus que je ne pouvais pas vraiment identifier et arborant ce regard complètement et entièrement vide des gens qui prennent des substances qui assomment leurs adeptes. Et si comme si son tangage n'était pas suffisant, il avait un téléphone intelligent dans les mains et semblait chercher quelque chose sur l'écran. Franchement, vu son état et la qualité de la lumière, je me demandais bien comment il faisait pour comprendre quelque chose à ce qui se passait sur son écran.

Je l'avais dépassé au prochain coin de rue, croisant au passage une voiture de sport rouge qui avait ralenti à sa hauteur. Du coin de l'oeil j'avais vu qu'ils s'étaient mis à parler dans la position cliché du prostitué et du client potentiel, accoudés tous deux sur le bord de la fenêtre du conducteur, mais j'avais soupçonné que l'échange n'avait pas été concluant pour les deux parties puisque la voiture rouge avait décollé dans un crissement de pneus tandis que le jeune homme hurlait : « anyway t'es juste un vieux dégueulasse ». J'avais alors été saisie, parce que l'homme au volant de la voiture avait au moins un dizaine d'années de moins que moi et que pour la première fois de ma vie je constatais que je faisais désormais partie de la génération des vieux dégueux, que je le veuille ou non.

Le lendemain matin, j'avais croisé un autre homme aux yeux vides qui tenait la porte extérieure d'une station de métro pour les quidams qui y entraient ou en sortaient. Cet homme fait partie de mes visages familiers, que ce soit à cet endroit précis où à d'autres, dépendamment des saisons. Il est souvent dans un état tellement comateux que des passants appellent la police, inquiets pour lui. Moi, je ne le fais plus parce que ça se répète tout le temps. Je me contente de le saluer à toutes les fois où il est assez allumer pour me répondre « merci madame » et je sais pertinemment que d'une fois à l'autre il ne me reconnaît pas.

De l'un à l'autre, j'avais le cœur en charpie devant tant de détresse humaine, pour laquelle je ne peux rien faire d'autre que de l'observer et de la raconter afin que ces existences ne soient pas complètement passées sous silence.

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dimanche, juillet 30, 2017

Explorer l'indépendance

Moi, j'aime ça l'été. Je sais bien que j'ai dit la même chose l'an dernier, mais ça veut juste dire que je n'ai pas changé d'idée à ce sujet. J'aime l'été parce que je joue beaucoup, beaucoup, beaucoup dehors et que dehors il y a tellement de choses à faire et à découvrir que j'oublie parfois ce que j'étais en train de faire pour me concentrer sur une nouvelle activité. Et puis l'été il y le Club avec tous les amis du club, et j'aime ça! J'ai des GRANDS qui jouent avec moi et me font rire et moi, je veux faire comme eux. Même si les grands que j'aime le plus au monde et à qui je veux le plus ressembler c'est ma maman et surtout, surtout mon papa. Lui c'est un grand extraordinaire, et comme je le vois tous les jours, je peux me pratiquer tous les jours à faire ce qu'il fait.

Et puis, maintenant que j'ai un an et demi, je parle tout plein. Je peux raconter à peu près ce que je veux à pas mal n'importe qui et me faire comprendre. Et j'ai récemment découvert que je peux choisir à qui je raconte mes histoires. Aujourd'hui, par exemple, il y avait tout mon fan club au Club. Il y avait Papi et Guy-guy (c'est l'amie de Papi et c'est elle qui me coupe les cheveux, j'ai récemment montré ma nouvelle coupe de cheveux à Tatie et je lui ai tout expliqué cela), il y avait Grand-mamie, mais ça c'est normal, elle est presque toujours-là quand j'y vais, il y avait Francis et aussi Tatie. Ils voulaient tous me donner des bisous et me faire des câlins. Mais moi je disais « non » et je me cachais sous les tables ou dans les jambes de mes parents. J'ai même fait une blague à Papi, j'ai dit que je ne voulais pas lui faire de câlin mais j'en ai fait un à Guy-guy, il a fait une drôle de face mon papi, je crois que j'ai fait une bien bonne blague.

Mon plus grand plaisir au Club cependant, c'est l'eau. Quand Tatie est là, elle reste longtemps dans l'eau, et moi j'aimerais ça rester aussi longtemps qu'elle mais l'eau est pas mal plus froide que celle de mon bain, alors je grelotte, grelotte, grelotte, et maman me sort de l'eau. De toute manière, il faut absolument que maman soit dans l'eau pour que j'y aille, parole de Zazou. Mes petits pieds ne touchent pas par terre, j'ai besoin d'être certain qu'on va bien m'attraper si jamais je bois la tasse (ce qui m'arrive tout le temps), et ces temps derniers, les seules personnes à qui je fasse confiance dans le domaine, ce sont mes parents. Mes grands-parents? Pffff! Ben non! Ils sont déclassés. Ma Tatie? Pffff! Ben non, elle ne peut pas être aussi bonne que ma maman dans l'eau voyons!

En tout cas, au Club, il y a plein d'enfants, des beaucoup plus grands que moi, des juste une peu plus grands et des plus petits. Moi je veux faire comme les grands, même quand j'ai un peu peur. Alors aujourd'hui, j'ai sauté, debout, du bord de la piscine. Maman me disait : « Ferme ta bouche Zazou » et je la fermais fort juste avant de sauter, mais quand je sautais, j'étais tellement content de moi que je riais et je l'ouvrais toute grande, alors j'ai bu beaucoup d'eau de piscine, ce n'est pas très bon, et ça fait tousser. Mais je disais : « encore, encore Maman » et on recommençait. Même que des fois, je nageais tout seul avec mon joli flotteur de crabe. Pas très longtemps, mais quand même. Un jour, avant la fin de l'été j'espère, je vais faire comme Cha-cha, et sauter tout seul avec mon flotteur de crabe.

Quand Grand-mamie et partie avec Francis et Tatie, je n'ai pas voulu faire de bisou ni de câlin, mais mon ami qui ne connaît du tout ma famille les a trouvé assez gentils pour distribuer toutes ces petites choses que je leur refusais. Et au bout d'un petit moment j'ai voulu les voir et Maman m'a rappelé qu'ils étaient partis. J'étais un peu triste, parce que comme ils n'étaient plus là, j'avais très envie de les voir et Maman a ajouté : « je te l'avais bien dit. »

C'est fou à quel point ça a toujours raison une mère, en ces matières-là.

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jeudi, juillet 27, 2017

Plus ça change, plus c'est pareil

Voix féminine : «  Arrête de me dire que je suis folle, tu dis toujours que je suis folle. »
Voix masculine : « Tu capotes pour rien, tu ramènes toujours tout à toi quand ça a pas rapport. »

En réalité, ils ne parlent même pas si fort. Juste assez cependant pour me tirer du sommeil et me plonger du même élan au cœur de leur vie très privée. Je ne sais pas qui ils sont ni de quoi ils ont l'air. Je suppose que la voix féminine est celle de la nouvelle locataire du logement au dessus du mien et je les imagine jeunes, début vingtaine si je me fie aux voix, et sans aucun doute un peu beaucoup pompettes.

Je n'ai pas envie de me lever, même si évidemment, ma vessie commence à se rappeler à mon bon souvenir, parce que je sais d'expérience que si je me lève, il me sera plus difficile de me rendormir. On est au cœur de la nuit, il fait noire, mes deux tourtereaux ont dû fermer un bar quelconque avant que le jeune gentleman ne raccompagne ma voisine à la maison. Je garde donc obstinément les yeux fermés et tout en tentant de me fermer les oreilles.

« C'est pas vrai que ça avait pas rapport! Elle venait de dire que sa mère lui paie sa carte opus, ça avait rapport en hostie! Et puis va-t-en donc, on tourne en rond dans notre conversation, on s'en reparlera demain. »

La voix masculine s'éloigne, je n'entends plus bien ce qu'elle dit et la fille lui répond en hurlant et en grimpant ses escaliers au galop: « Arrête de dire que je suis foll-E! »

De mon lit, je soupire et me résous à aller aux toilette, au passage, j'allume ma lampe de chevet pendant que la voix masculine se rapproche et s'arrête au milieu d'une phrase pour s'exclamer : « Shit, on a réveillé tes voisins, j'm'en va. »

J'ai fait mes ablutions et suis revenue m'étendre dans un calme plat. Je n'ai même pas entendu la fille du dessus marcher, je dois dire que je ne l'ai jamais entendu se déplacer en haut depuis son arrivée non plus. Si la chicane sous mes fenêtres me rappelait tristement l'ancienne voisine, pour le reste je lui accorde sans hésiter une série d'étoiles bien méritées dans le savoir vivre générale, l'épisode sus-mentionné en étant témoin.

Mais cette discussion me rappelait surtout une jeune Mathilde dans la vingtaine qui tirait souvent le diable par la queue et enviait régulièrement celles et ceux de ses ami-e-s qui l'avaient un peu plus facile, même si j'étais tout à fait consciente que ma situation était principalement due au fait que j'avais choisi de partir jeune de la maison et d'être indépendante. Mais entre un rêve d'indépendance et les prisons de ma pauvreté, il m'arrivait régulièrement d'avoir des fuites de perception, mettons.

J'ai fini par me rendormir, sans avoir le courage de bouger assez pour éteindre ma lampe de chevet en me disant qu'au bout du compte la vie, plus ça change, plus c'est pareil.

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dimanche, juillet 23, 2017

Panne caniculaire

J'avais passé une partie de la soirée à écrire un texte, prenant bien soin de ne pas mettre mon ordinateur sur mes genoux étant donné la chaleur ambiante. Comme pour faire exprès, les mots de la chute m'échappaient complètement faisant en sorte que je ne me résolvais pas à fermer l'écran et donc une source de chaleur bien malvenue dans cette atmosphère de canicule. Mon corps était gourd, mes doigts enflés par la chaleur et je sentais la sueur me couler tout partout comme si j'étais en train de produire un effort incommensurable. De guerre lasse, j'avais abandonné le texte inachevé et j'avais entrepris de me mettre à la lecture avec un succès mitigé parce que l'inconfort dans lequel je me trouvais atténuait ma concentration malgré mes efforts pour atteindre un degré assez limité dans la dépense énergétique.

J'étais donc allée me coucher pas tout à fait de bonne humeur, si ce n'était pas tout à fait de bonne heure, travail de soir oblige. Parce que j'habite le quartier que j'habite, je m'étais fait réveiller par des fêtards vers quatre heures du matin et ça m'avait pris une bonne heure pour me rendormir, après avoir changé mon ventilateur de place deux ou trois fois avant d'arriver à trouver l'angle pour qu'il rafraîchisse mon corps tout en évitant de m'assécher la gorge jusqu'à me faire tousser.

Je m'étais réveillée vers 9 heures, en sueurs, Comme si j'avais passer la fin de ma nuit à courir un marathon. Je sortais d'un rêve dont je ne gardais aucune mémoire, mais cette impression persistante que ce n'était pas du tout agréable. Je me sentais lourde et absolument pas reposée. Assise dans mon lit, je me demandais bien ce qui avait pu me réveiller aussi soudainement. J'avais alors constaté que mon ventilateur s'était éteint. Étant donné son âge vénérable, pour un ventilateur, j'avais supposé qu'il était mort de sa belle mort.

En sortant de ma chambre pour aller à la toilette, j'avais croisé mon colocataire qui m'avait annoncé qu'en réalité, nous n'avions plus d'électricité depuis au moins une heure. Ça vous part mal un matin ça. Pas de café du réveil, pas d'épluchage lent et minutieux des grands titres des journaux sur l'ordinateur, pas de mots-croisés en ligne, pas de petit déjeuner. Pas de douche, parce que franchement, une douche à la chandelle, ne me disait rien qui vaille. Rien que du temps à tuer. Je n'ai aucune espèce d'affinité avec les pannes électriques en ville, c'est bien connu, et ces événements ne faisaient rien pour changer mon impression généralement négative des coupures de courant.

Dire que j'étais alors de mauvais poil tient de l'euphémisme. Comme je travaillais en soirée, il fallait que je me calme les nerfs à vif avant d'arriver au boulot sans quoi j'aurais passablement malmené mes relations de travail et mon service à la clientèle. J'étais donc aller passer le temps dans un restaurant à déjeuners surchargés de touristes allophones et où le service était plus que discutable. J'avais à tout le moins réussi à me caler l'estomac ce qui était déjà un départ potable pour remettre ma journée sur les rails.

Au final, nous avons manqué d'électricité pendant presque 12 heures. Pour une raison assez banale pour que rien ni personne ne juge pertinent de nous expliquer le pourquoi du comment. Je pense que je déteste ce manque d'information presque autant que les pannes électriques elles-mêmes.

Ce n'est pas peu dire.

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jeudi, juillet 20, 2017

Feux d'artifice

Je dois avoir quelque chose de tordu dans le cerveau parce que je n'ai jamais compris la fascination des gens pour les feux d'artifice. Je trouve cela bien joli à la fin d'un film, quand ça souligne une victoire, la fin d'un cycle particulièrement périlleux et je me contente avec bonheur des deux ou trois fusées qui colorent le ciel.

J'aurais pourtant aimé monter dans le train. Je suis une excellente candidate à l'émerveillement d'ordinaire, mais pas pour les feux d'artifice. Je trouve généralement que c'est inutilement long et je me lasse complètement lorsque la chose occupe plus de 5 minutes de mon temps. Ce n'est d'ailleurs pas faute d'avoir essayé.

Adolescente, j'ai souvent fréquenté les berges du fleuve Saint-Laurent avec des amis, le samedi soir. Mais je regardais très peu ce qui se passait dans le ciel. De un, quelque soit l'endroit où je me trouvais, je ne voyais pas très bien, ou pas du tout, les effets qui se déroulaient à basse hauteur; je ce qui me faisait immanquablement décrocher du spectacle. De deux, j'étais généralement la seule personne sobre du groupe, ou peu s'en faut, ce qui fait que je gérais les hallucinations des autres le temps de nous ramener en sécurité dans Ahuntsic, largement dans les temps de mon couvre-feu.

Même plus tard, avec des compagnons éminemment moins divertissants, je ne suis jamais arrivée à me concentrer sur le spectacle assez longtemps pour en apprécier la saveur, même après que j'eusse appris qu'il y avait des bandes sons qui accompagnait la chose et qu'il était possible des les syntoniser. Rien à faire, je trouve cela d'un désintérêt total.

À un point tel que je me fais avoir au moins une fois par année. J'oublie totalement l'existence de ces festivités, pourtant, je demeure à quelques pas du site où les fusées sont lancée, ce qui me place donc au beau milieu de l'agitation généralisée. Ce soir par exemple, j'ai pris le métro pour rentrer à la maison, frustrée par le fait que toutes les stations bixi aux alentours de mon domiciles n'aient aucun ancrage de disponible. Je me suis donc résolue à prendre le métro dans une chaleur aussi humide qu'étouffante et je trouvais que les wagons étaient vraiment trop pleins. Je n'ai fait le lien avec les feux d'artifice qu'au moment ou les wagons ont vomit des hordes de passagers à ma station.

Je devrais pourtant le savoir, ça fait presque dix ans que j'habite le secteur, sauf que ça ne m'intéresse tellement pas que j'oublie d'une année à l'autre, et même souvent d'une semaine à l'autre. Fa que je me retrouve régulièrement coincée dans une foule de gens qui s'en vont admirer les feux pendant que moi je peste en me disant que j'en ai encore jusqu'à minuit avant de pouvoir fermer l’œil, parce qu'il semblerait que le fait de faire des expériences de pensées alternatives en regardant ces spectacles, reste toujours d'actualité.

Et ce soir, comble du comble en arrivant à la maison, j'ai trouvé une lettre qui avisait les résidents du quartier que pendant 10 jours, à compter de la semaine prochaine, le festival de la fierté gay aurait lieu devant la maison.

J'en conclu que je devrai faire une bonne provision de sommeil dans les prochains jours, parce que je suis pas mal convaincue que malgré toute la bonne volonté des organisateurs, il sera géographiquement difficile de trouver le sommeil avant des heures un peu trop avancées pour mon plus si jeune organisme.

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dimanche, juillet 16, 2017

Rêver l'été

Février : Quelque part, à Montréal, dans une rue enfouie sous la neige, le cœur d'un homme manquait un battement. Ce soir-là, l'appartement était devenu trop grand, même si, dans la réalité, il y avait déjà quelques semaines qu'il en était devenu l'unique occupant. Frappé par une grosse dose de réel, un peu en retard sur sa propre actualité. Comme s'il avait fallut tout ce temps pour comprendre et réaliser l'étendue de l'absence. Comme s'il avait fallut autant froid au dehors pour se rendre à l'évidence de celui qui lui gelait les os. Des lambeaux de douleurs qui s'échouaient sur les plages de février, plus féroces parce qu'il ne savait même pas, un jour avant, qu'une telle douleur pouvait exister. Il s'était alors laisser aller à écouter le cri silencieux et puissant de son cœur qui aboyait une détresse aussi infinie qu'insondable sans savoir si, un jour, quelqu'un la percevrait.

Mars : dans le fond d'une ruelle, un couple et leur chien tentaient tant bien que mal de tromper le froid en se collant les uns aux autres, protégés par de minces couches de carton pas tout à fait étanches. Le plus dur, pensaient-ils, c'étaient les regards torves que leurs lançaient les habitants du secteur, cette petite dose de mépris qui jalonnait leur quotidien.

Avril : les ciels menaçants de novembre s'étaient trompés de saison et prenaient tout l'espace disponible. Une femme se battait contre les moulins à vent des problèmes de communication qui sans être jamais vraiment fondamentaux sapaient confiance et air d'aller. Rien de vraiment dramatique, mais la perpétuelle aiguille au talon qui l'empêchait juste assez d'avancer pour qu'elle ait une envie farouche de retourner de là où elle venait, tout en sachant pertinemment que la guerre civile était sans doute bien pire que sa situation actuelle.

Mai : dans des dizaines de maisons inondées, des gens s'affolaient voyant toute leur vie s'effriter dangereusement sous l'influence de l'eau. Ils avaient beau crier, hurler, tempêter, rien ne pouvait faire en sorte qu'ils seraient remarqués ou écoutés davantage parce que les besoins étaient si nombreux. Comme si dans ce cas précis, la loi du nombre jouait en leur défaveur. S'ils faisaient les premières pages des journaux pendant quelques jours, ils savaient bien que c'était pour être mieux oubliés quelques instants plus tard. Ils prenaient la mesure du fait que la compassion généralisée n'a, en fait, qu'un temps très court, même si le désastre se produit, presque dans notre cours.

Juin : Sur le quai d'un métro, un bandit cravaté, jouait au poker sur sa tablette pendant qu'il discutait d'une transaction louche concernant une fille sans aucune discrétion. Comme si son petit manège absolument pas subtil, n'avait rien de violent.

Juillet : malgré les auspices d'orages, dans un univers champêtre au cœur de la ville, malgré tout, les membres d'une famille élargie avaient décidé de braver les devins et de faire semblant que l'été pouvait exister cette année. Une toute petite moisson de paix et de bonheur en dehors de la saison des fêtes où il devenait un peu plus ardu à chaque année d'en rapailler toutes les parties. À eux tous ils avaient célébré juste assez l'été pour que ce dernier, se décide enfin à arriver.

En tout cas, c'est le rêve que j'en ai.

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