dimanche, juillet 22, 2018

De beaux costumes de terre

C'était le jour des régates, au club. J'avais vu les bateaux le matin. C'était tellement plein qu'on ne voyait plus le gazon. Mais ce n'était pas pour les petits garçons, il faut avoir 10 ans pour y participer, je suis encore loin du compte. Alors j'ai plutôt joué près de la piscine avec mes amis. Je me suis encore amélioré à la nage et je veux très fort faire comme mes amis et nager sans flotteur. Oh que je veux réussir cet exploit!

Alors, je les regarde. Adé est une sirène, elle nage la tête sous l'eau pendant longtemps. Presque tous mes autres amis aussi nagent sans flotteur, si un parent est dans l'eau avec eux. Mais pas moi et je n'ai pas très envie de rester en arrière comme ça. En attendant, je nage « crès, crès » loin tout seul et je saute régulièrement du tremplin. Dès fois, je réussi même à me lancer à l'eau la tête la première. En fin d'après-midi, Maman m'a permis d'ôter mon flotteur pour que j'essaie de nager tout seul. Je bats très fort des pieds, mais j'ai un peu de difficulté à agiter mes bras en même temps, j'ai plutôt tendance à bouger la tête, ce qui ne me fait pas avancer beaucoup. Mais je compte bien persévérer et réussir.

Après le souper, Grand-Mamie et Tatie sont venues lire sur le bord de l'eau, près de la table où on mangeait. Je trouvais qu'elles avaient de bien curieuses lectures parce qu'il n'y avait pas d'images dans leur livre. J'ai demandé à Tatie pourquoi il n'y avait pas d'image. Elle m'a répondu que les mots qu'elle lisait lui permettaient de mettre des images dans sa tête. J'ai trouvé que c'était une drôle de réponse. À ce moment, j'ai vu que le petit frère d'Adé avait un petit objet dans la bouche. Je lui ai dit qu'il ne fallait pas mettre des petits objets dans sa bouche. Alors il l'a craché dans ma main. Moi, je m'en suis servi pour faire une pelle. Et je me suis mis à verser de la terre dans la main de Tatie.

Cha-Cha est venue me rejoindre. Elle ne se contentait pas de mettre la terre dans la main de Tatie, elle essayait de l'enterrer je crois. Tatie riait et disait d'arrêter. On l'a fait mais on a continué à creuser. J'ai dit à mon amie : « Dans ma tête, des fois je pense que je suis assez grand pour aller à l'école ». Cha-Cha m'a regardé en demandant : « Pourquoi? » J'ai bien réfléchis avant de répondre « Ben pour cravailler, il faut cravailler bien fort à l'école. » On a donc continuer notre besogne, en nous tartinant l'un l'autre allègrement, au passage. Un moment donné Tatie a dit : « Vous êtes sales comme des petites crasses!» J'ai dit que ce n'était pas vrai, mais Grand-Mamie a dit que c'était tellement vrai qu'on devrait prendre une douche avant de se baigner.

Quand Cha-Cha et moi on s'est présentés près de la piscine, tous les parents sont partis à rire. Papa a pris des photos de nous dans nos beaux costumes de terre et après il nous a passé sous le boyau d'arrosage. C'était très froid et très rigolo en même temps. Après, je suis allé rejoindre Maman dans l'eau pour qu'elle m'aide encore à apprendre à nager sans flotteur.

Ensuite, j'ai mis mon pyjama de dinosaure et je suis resté avec Papa pendant que Maman rentrait à la maison avec Coccinelle.

C'était mon privilège de grand.

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jeudi, juillet 19, 2018

Crever d'ennui

J'avais si peur de m'ennuyer en déménageant toute seule, si peur de la solitude justement. Ça fait vingt jours que je suis arrivée et je constate avec surprise que mon plus gros problème, actuellement, c'est justement que je ne me suis pas ennuyée une minute. Parce que l'air de rien, ces plages d'ennui sont nécessaires à la création, en tout cas à la mienne.

Je crois que je vivais pas mal seule depuis environ trois ans. En fait, mon ancien coloc et moi ne nous fréquentions que peu. On soupait ensemble par-ci par-là, ou on jasait un peu dans le couloir mais c'était presque comme si on avait des appartements contigus sans vraiment les partager. Ce n'est pas une décision qui s'est prise, c'est arrivé tranquillement, sans vraiment qu'on s'en aperçoive ni l'un ni l'autre je suppose et le clou dans le cercueil a sans doute été posé lorsque Ex-coloc a rencontré quelqu'un avec qui il a rapidement formé un coupe. Forcément, au fil du temps, il s'est mis à passer beaucoup moins de temps seul à la maison ce qui signifiait, entre les lignes, que les longues soirées de discussions que nous avons un jour partagées, finirait par s'étioler d'elles-mêmes.

Ça fait en sorte que pas grand chose n'a changé dans mes habitudes et mon mode de vie. Je mange seule, je lis seule, j'écoute la radio seule, je regarde un film seule ou je fais un casse-tête seule. Soit exactement ce qui était mon quotidien depuis fort longtemps. En plus, je n'ai plus à subir les jérémiades du chat qui n'était pas le mien et qui avait la voix et la dépendance pas mal fortes. Plus nécessaire non plus de rythmer mes allées et venues à la salle-de-bain en fonction des autres occupants des lieux. Ce côté des choses me plaît bien. Par contre, je ne peux pas sauter une semaine de ménage parce que c'est autour de l'autre de s'y coller; on ne peut pas tout avoir faut croire.

Et puis, malgré le fait que j'ai grandi dans ce quartier, il n'est pas resté inchangé durant toutes les années où j'ai vécu ailleurs. J'ai donc la curiosité éveillée. Je regarde et j'observe attentivement autour de moi à chacun de mes déplacements. Je me fais des espèces de courses au trésor mnémoniques pour essayer de retrouver le nom de commerces depuis longtemps disparu, ou le nom des familles qui habitaient à tel ou tel endroit.

J'ai parfois des petites surprises, comme de voir sortir une amie du secondaire de la maison parentale et d'apprendre, étonnée, qu'elle l'a rachetée et qu'elle y habite désormais avec ses trois enfants. Mais la plupart du temps, je n'ai que des images un peu floues parce que les années ont fait leur chemin sur les bâtiments comme sur moi.

Moi qui croyais crever d'ennui au bout de quelques minutes à peine, me voilà bien détrompée quand à mon propre caractère. Pour cultiver ma plume je vais devoir, comme ce soir, m'astreindre à l'écriture, que j'aille autre chose à faire ou pas.

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dimanche, juillet 15, 2018

Sortir dehors

S'il y a une chose que j'apprécie dans mon nouveau chez-moi c'est que j'ai un balcon. Avant, c'est vrai, il y avait une cours, mais pas de mobilier pour l'égayer et elle était très sombre, ça ne donnait pas tellement envie de la fréquenter. En tout cas, je ne le faisais que très peu. Il faut dire que la faune de la rue Dorion était plutôt particulière, je l'ai souvent raconté en ces pages. Et si j'évitais de vivre à l'extérieur de l'appartement, la faune elle s'y adonnait régulièrement, ce qui rendait mes extérieurs encore moins invitants parce que si j'ai entretenu, avec la plupart de mes voisins immédiats, des relations cordiales, je ne peux pas dire que je les fréquentais ni que j'en avais envie. Oh, ils n'étaient pas méchants, simplement nous n'avions pas grand chose en commun. Et j'avais vite fait de comprendre que si j'occupais l'extérieur, ça serait venu avec une certaine forme de fréquentation, après tout, dehors était leur terrain.


Bref, j'ai vécu à l'intérieur durant les neuf dernières années, sauf quand occasionnellement, j'allais visiter quelqu'un qui avait un extérieur acceptable. Je ne me doutais pas à quel point ça me manquait. Ici, j'ai un tout petit balcon que je trouve magnifique, parce qu'il est juste à moi et qu'il surplombe un petit bout de terrain gazonné. Devant ma porte, il y a un gros lilas qui parfumera agréablement les printemps à venir. Pour le moment, il se contente d'être beau et de bien habiller le mur de l'édifice d'à côté, incidemment, un Renaud-Bray, j'ai une vue imprenable sur la réserve de jeux, ce qui m'amuse beaucoup.

J'adore mon balcon. Il est juste assez éloigné de la rue pour que je n'entende pas la circulation, sauf d'occasionnels autobus, mais ils ne sont pas assez fréquents pour que cela me dérange. En plus, pour des raisons qui m'échappent, seule une autre locataire utilise son balcon. Les autres s'en abstiennent tous collectivement, à mon grand plaisir. Ça fait en sorte que j'ai comme une pièce de plus et que j'ai la foutue paix quand je suis-là. Alors, j'en profite. J'ai mangé à peu près tous mes repas sur le balcon depuis mon arrivée. On dirait que la nourriture goûte meilleur dehors, même quand ladite nourriture est un sandwich plate.

Pendant que je n'avais pas d'internet, j'ai lu dehors des heures durant. Exactement comme ce que je fais quand je pars en voyage dans un tout inclus. Mais la magie c'est qu'en revenant à l'intérieur j'étais dans mes affaires.

Le seul désagrément, ce sont les moustiques. Je ne sais pas s'il y en a beaucoup dans le secteur, mais en tout cas, ils m'ont trouvée. Je suis couverte de piqûres de la tête aux pieds (et de calamine aussi). J'en ai même une dans l'oreille droite, ce qui n'est pas du tout agréable, croyez-moi.

Malgré cela, je vais continuer à occuper l’appendice de mon appartement avec délectation. Il me semble que je suis juste un peu plus heureuse depuis que je le fréquente...

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jeudi, juillet 12, 2018

Nouvelles communications

Après un gros 10 jours sans rien pour communiquer avec le monde extérieur, me voici de retour dans la vie actuelle. J'ai enfin l'internet à la maison et je dois dire que je suis à la fois ravie de l'efficacité du service et du prix. Comme quoi, ça peut en valoir la peine de magasiner même si ça implique d'être débranchée sur une période un peu plus longue qu'anticipé à l'origine.

Mais aussi et surtout, j'ai changé de téléphone et de forfait téléphonique. Là aussi, j'ai magasiné et je me suis obstinée à retourner souvent sur toutes sortes de sites pour essayer de trouver quelque chose qui me convienne dans les prix qui me conviennent aussi. Je détestais mon ancien téléphone. Il était certes très joli, mais il n'avait pas de mémoire. Donc, impossible de prendre des photos de mes neveux et nièces sans avoir à en effacer des précédentes. J'avais toutes les peines du monde à faire les mises à jour et je ne pouvais pas avoir plusieurs applications par manque d'espace. Bref... Et puis, j'avais un forfait pas cher, pas cher, mais disons qu'il était mal adapté à ma vie. Je devais continuellement surveiller mon utilisation sur tous les plans, à la fois en données cellulaires et en minutes téléphoniques. Ce qui fait que je me suis retrouvée presque totalement coupée du monde dans les derniers jours. Il ne me restait que quelques minutes d'appel avant que je me tanne et que je décide qu'il était vraiment temps de changer de téléphone et de forfait.

Évidemment, tout est arrivé en même temps, l'internet et le téléphone. J'ai essayé de synchroniser mes deux téléphones, mais j'en ai été complètement incapable. En me sentant idiote au passage il va sans dire. J'ai fini par comprendre que mon ancien téléphone ne collaborait que très peu avec moi, ce qui empêchait la réussite de mon projet. Mais bref, j'ai dû passer des heures à transférer manuellement tout ce que j'avais d'un appareil à l'autre, y compris les numéros de téléphone de mes correspondants. Me connaissant, j'ai certainement fait une série d'erreurs de retranscriptions. Alors, si vous trouvez que je suis soudainement bien absente, j'utilise probablement un numéro comportant une faute de frappe.

Tout cela pour dire que j'ai passé la plus grande partie de la journée de mardi la tête dans les écrans. Après un sevrage imposé quand même assez long, je suis sortie de l'expérience avec un mal de bloc à tout casser. Heureusement, je n'avais pas tout à fait terminé la série de romans fantastiques que j'avais entamé avant ma plongée en apnée, alors je me suis vautrée dedans avec bonheur. Ça a fait du bien.

Au final, j'ai réalisé que j'avais réussi avec brio l'adaptation à ma nouvelle existence. Sans me sentir seule ou isolée une seule minute, malgré les conditions adverses. Je crois que j'ai bien choisi, à la fois le quartier et l'appartement juste assez petit pour que je me love confortablement dans mon nouveau cocon.

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mercredi, juillet 04, 2018

Le meilleur plongeur du monde

Il fait très chaud ces temps-ci. Trop chaud pour faire des beaux dodos. Alors, des fois, je me réveille un peu bougon. Mais pas tout le temps. Tiens, l'autre après-midi quand je me suis réveillé de ma sieste, il y avait Papa couché à côté de moi dans mon lit. Oh que j'étais content qu'il soit-là, avec son beau sourire. Je me suis dis que je pourrais lui faire plaisir à mon tour, donc je lui ai dit en lui flattant le visage : « Papa, moi j'ai mis le bordel dans ma chambre avant de faire mon dodo, alors je vais tout ramasser avant qu'on parte au club ». Et je l'ai fait. Papa était très content de moi et Maman aussi, quand je le lui ai dit elle m'a dit qu'elle était très fière de son grand garçon.

Ce qu'il y a de plaisant quand il fait chaud comme ça, c'est qu'on va souper tous les jours au club. Et au club il y a une belle piscine. Maintenant que j'ai pris des cours de natation avec Grand-mamie l'hiver dernier, je suis très, très bon dans la piscine. Avec mon beau flotteur de crabe, bien entendu. Je n'ai pas le droit de jouer sur le bord de la piscine sans mon flotteur. Des fois, je trouve ça un peu plate parce que ça limite un peu mes mouvements quand je veux taper sur l'eau avec une nouille en mousse. Mais la plupart du temps, je m'en accommode très bien.

D'autant qu'avec mon flotteur, je peux sauter dans l'eau. Et je le fais avec ravissement. Même que je saute du tremplin. Oui, oui, pour vrai de vrai. Tatie, elle ne me croyait pas quand je lui ai dit que j'avais sauté du tremplin avec mon ami. Alors, je le lui ai montré. Je me suis avancé bien sur le bout du tremplin et je me suis laissé tombé dans l'eau. Quand j'ai ressorti ma tête de l'eau je l'ai regardée et j'ai dit : «  T'as vu, Tatie? T'as vu? » Elle riait et m'applaudissait avec Papa. Je me suis ensuite dirigé vers le bord de la piscine ou Papa m'a repêché et je suis retourné sur le tremplin, encore et encore.

Ensuite, Papa m'a appris à sauter plus loin du tremplin en pliant mes jambes. Je n'ai pas réussi tout de suite à faire comme il disait, mais un moment donné, j'ai attrapé le tour. Alors là, je sautais vraiment loin. Oh que j'étais content de moi et Papa aussi! Je me sentais grand. C'est agréable de se sentir grand. Il y avait aussi mon amie Cha-Cha et des grands qui sautaient du tremplin. Ce qui fait que je devais attendre en bas du tremplin que la personne devant moi ait sauté avant de grimper dessus. Sinon la sauveteur sifflait. Quand la sauveteur siffle, ça veut dire qu'on fait quelque chose d'interdit, comme courir sur le bord de la piscine. J'étais bien impatient, mais je faisais comme elle dit sinon peut-être qu'elle aurait dit que je n'avais plus le droit de sauter.

Après, mon amie Cha-Cha et moi on a dit à Tatie que c'était à son tour de sauter. On lui a donné un défi, il fallait qu'elle saute la tête la première. Moi, un jour, je vais sauter la tête la première, mais là. Je ne suis pas encore capable. Tatie, elle, a réussi. J'étais très impressionné. Je crois, qu'elle aime moins ça que moi sauter, parce qu'elle ne l'a fait juste une fois. Tant mieux, parce que ça m'a permis de bien me pratiquer pour sauter loin, loin, loin du tremplin. Comme ça, quand Maman est passée tout près avec Coccinelle, elle a rit doucement, fière, fière de moi et m'a dit que j'étais le meilleur plongeur qu'elle connaissait.

Comme Maman elle connaît tout, ça veut dire que je suis le meilleur plongeur du monde entier.

En tout cas, c'est ce que je crois.

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jeudi, juin 28, 2018

Quand le Manitoba ne répondra plus

Ça y est, je suis en vacances. M'enfin, si on peut appeler les prochains jours des vacances étant donné mon déménagement imminent, en pleine canicule. Je sens qu'on va avoir chaud, mais comme le soulignait une amie, comme j'ai convoqué mes aides-déménageurs tôt, on devrait s'en sortir par trop mal.

Mais bon, déménager, n'est pas ce qui me stresse vraiment. Là où j'accroche c'est que comme j'ai tergiversé rien que bien en masse avant de sélectionner une compagnie pour me fournir internet je vais être complètement coupée du monde durant un bon quinze jours. C'est épeurant. Oh, je vais sans doute trouver le moyen de mettre mes textes en ligne, j'ai près de moi, des gens qui ont ce service et qui pourront sans doute me dépanner pour que je puisse me brancher quelques secondes histoire de mettre en ligne les textes bihebdomadaires et le petit message que je met en ligne dans Facebook pour y inclure un lien vers mon blogue.

Mais de nos jours, tout passe par l'internet : en tout cas, la grosse majorité des communications que je fais. J'ai bien peur de me retrouver isolée dans mon nouveau monde à peu près autant que les colons qui débarquaient sur nos rivages il y a quelques centaines d'années. Ben oui, j'exagère, je sais bien. Il me restera encore les appels téléphoniques, sauf que je sens que je vais avoir l'impression d'être terriblement vintage avec des appels plutôt que des communications internet. Il y aura aussi les textos pour me garder un peu dans l'air du temps, n'empêche que...

Une des choses qui me fait le plus peur d'aller vivre seule c'est justement d'être coincée dans ma solitude. Alors, je lance une nouvelle bouteille à la mer : mes amis si vous avez une soirée de libre dans la prochaine semaine, textez-moi, venez visiter mon nouveau logis, j'aurai, je crois, grandement besoin d'une communauté tissée serrée pour passer à travers ces premiers jours parce que je me connais, je vais trouver très difficile d'être seule avec moi-même sans télé ni internet pour me donner le faux sentiment que je suis un peu moins seule qu'il n'y paraît.

L'air de rien, dans 48 heures je sauterais dans la piscines de mes peurs. Heureusement pour moi, j'ai toujours aimé l'eau et je sais nager. Sauf que ça ne change rien au fait que j'appréhende ces moments où je n'aurai que moi avec qui discuter, sans même un colocataire dilettante avec qui briser le mur du silence de temps en temps.

Paradoxalement, je crois que j'opère tous ces changements pour le mieux et que pour la première fois de ma vie, je serai chez-moi et vraiment chez-moi. J'oserais même croire que ce sera une étape au moins aussi importante que celle d'avoir enfin terminé de payer mes prêts étudiants, même si dans ce cas, je ne m'en étais pas trop aperçu sur le coup. Cependant, je mesure quotidiennement le degré de liberté supplémentaire que cet achèvement m'aura apporté.

En conclusion, je dirais, en toute honnêteté que j'ai un grosse trouille colorée devant les jours qui s'ouvrent devant moi, mais que j'ai quand même passablement hâte de découvrir la femme que je serai une fois ce passage franchi.

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dimanche, juin 24, 2018

Mission accomplie

Avoir vécu à Sherbrooke durant toutes ces années comporte ses avantages, à part le fait que j'y ai rencontré des gens formidables. J'y suis devenue experte ès déménagement parce que disons que j'ai souvent eu la bougeotte lors de mon séjour dans cette ville. C'était en partie de ma faute, en partie un effet collatéral d'une vie estudiantine rythmée au pas d'un système coopératif qui faisait en sorte que les logements se remplissaient et se vidaient aux quatre mois.

Donc, quand vient le temps de m'emboîter, je suis plutôt efficace. La plupart du temps. J'ai pogné un nœud aujourd'hui, contre : je me suis heurtée aux pots de plastiques d'une armoire tellement bien remplie de pièces éparses que ça m'a pris une heure et demie en faire le tri. Sans exagération. Ce n'était pas du tout prévu dans mon plan de match, ni le fait qu'ancien colocataire partirait avec mon feutre noir (qu'il croyait sans doute être sien) ce qui fait que je me suis retrouvée avec rien pour identifier mes bien. Trouver un endroit ouvert où ce genre de chose se vend un 24 juin au Québec est, mettons, plutôt impossible. J'ai fini par en obtenir un du dépanneur du coin, parce que les proprios sympathiques ont décidé de me faire une fleur.

Bref, après ces deux incidents j'ai fini par commencer à faire quelque chose sur le sens du monde. J'ai rempli une quarantaine de boîtes de livres cd et dvd au total et quelques sacs de vidanges de textile. Je me suis aussi échinée à essayer de nettoyer une bibliothèque que je me dois de déclarer perte presque totale. Oh, elle tient toujours, mais j'ai fumé à ses côtés durant les 20 dernières années alors, elle est dans un état, pour dire le moins, lamentable.

J'ai aussi dû m'arrêter quand les nouveaux locataires ont commencé à prendre place dans l'appartement parce que les gros morceaux qui étaient ailleurs que dans ma chambre ne pouvaient pas tout à fait se bouger tout seuls. Autre preuve que j'ai manqué ma coche en cette journée personnel du festival des boîtes empilées. Évidemment, je me sentais cheap d'être encore là quand ils sont arrivés, pourtant je sais que je ne devrais pas parce que j'ai payé le loyer jusqu'au 30 et qu'il me reste encore 6 jours avant l'échéance tandis qu'eux n'y ont pas mis un sou. Mais ceci est un autre débat.

Finalement, j'ai terminé mon labeur 8 heures après l'avoir débuté. J'étais épuisée et courbaturée. Je me suis aperçue que le soleil était pratiquement couché et que je n'avais rien mangé depuis 9h30 ce matin. J'ai aussitôt attrapé un tournis tout en ne me sentant pas le courage de faire un détour par un fast food et en ayant aucune espèce d'envie de manger gras.

Néanmoins, je peux dire « mission accomplie ». Mes déménageurs n'auront pas de mauvaises surprises samedi, ni dans la lourdeur des boîtes ni dans leur dimension.

Si vous saviez à quel point j'ai hâte d'être enfin arrivée à destination...


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mercredi, juin 20, 2018

Opérer un changement

Dans quelques heures, je vais fermer mon ordinateur sur neuf ans de ma vie. À mon réveil, demain, il n'y aura plus d'internet dans le secteur, plus de télé, bref, absence de plein de petites choses qui débutaient mon quotidien.

Neuf ans. C'est l'endroit où j'ai vécu le plus longtemps si l'on oblitère la période lors de laquelle j'ai résidé sous le toit familial. Je n'aurais pas cru, quand j'ai aménagé ici que j'y resterais si longtemps. Après tout, c'était un peu une erreur de circonstances : je voulais quitter une relation de colocation qui devenait désagréable avant de perdre une amie (pari réussi) et la personne chez qui j’emménageais désirait buter de chez lui un colocataire importun. Et comme, à l'époque, je n'avais pas de crédit, une dette d'études dont il me semblait impossible de voir la fin, c'était pour moi une situation parfaite.

Aie-je été heureuse ici? Je ne saurais répondre. Je n'ai pas été malheureuse en tout cas. Mais je n'étais pas non plus chez-moi. J'étais un autre qui avait fermement implanté ses racines avant mon arrivée. Ceci n'est pas une critique, simplement un état de faits. Si l'envie lui prenait de faire une nouvelle décoration dans un corridor ou dans une pièce, il ne lui passait pas par l'esprit de me demander mon avis sur la chose. Par ailleurs, il ne me venait pas d'avantage à l'idée de lui dire que je n'aimais pas toujours ses choix : je me sentais pas tout à fait concernée. Où plutôt, je reconnaissais sa préséance sur l'appartement.

Ceci étant dit, je ne suis pas une martyre des dernières années de ma vie. J'avais besoin pour pouvoir étendre mes ailes. Ici, j'ai pu avoir un passeport parce que j'avais les moyens de me le payer. Ici, j'ai voyagé. Dans des tous inclus, c'est possiblement réducteur, j'en suis consciente, mais j'aime le côté « prise en charge » de ce genre de formule. J'aime la plage et surtout j'adore l'eau depuis aussi longtemps que je me souvienne. Jouer dans l'eau c'est la chose qui m'est le plus agréable. Alors mettez moi une plage, de l'eau chaude, un bon livre et beaucoup de temps, forcément, je m'épanouis.

Et surtout, à mon arrivée ici, je n'avais pas de crédit, j'avais besoin d'espace financier pour me refaire un peu. J'y suis arrivée, sans trop m'en apercevoir, donc sans heurts et c'est, à mon avis, ce qu'il a de plus important.

À l'aube, demain matin, j'aurais terminé ma résidence ici. Mon déménagement personnel attendra quelques jours de plus. Je quitterai l'appartement avec ma grosse valise pour aller camper sur le divan maternel parce que j'ai la chance d'avoir une maman généreuse qui m'accueillera dans son quotidien avant que je finisse par déplacer mes pénates.

J'opère un tournant majeur dans mon existence, que je le veuille, ou non.

Et je crois, qu'au bout du compte, j'en ai envie.

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dimanche, juin 17, 2018

Les voyageuses de livres

L'activité avait pourtant bien mal commencé. Par un malentendu majeur, pour dire le moins. J'avais demandé de l'aide pour rapporter des boîtes à la maison afin de pouvoir, un moment donné dans un avenir rapproché, commencer à faire mes boîtes. Mais comme c'est souvent le cas dans un appel à l'aide dans un réseau, j'ai un peu tourné les coins ronds dans ma demande et la Sauterelle qui y a répondu avait compris que je voulais de l'aide pour faire mes boîtes.

Nous avons découvert hier, pendant que je m'apprêtais à ficeler toutes les dites boîtes (150) avant de quitter le travail, qu'on s'était mal comprises. Alors rebelote le taxi. Il me semble que je n'en ai jamais pris autant dans un laps de temps aussi rapproché. M'enfin, comme la température était radieuse à Montréal hier, j'ai pu avoir une grande voiture sans attente supplémentaire et j'ai pu rapatrier ici toutes les précieuses boîtes que j'avais soigneusement sélectionnées au cours du dernier mois.

Comme la Sauterelle avait libéré sa journée du dimanche pour moi, je l'ai convié à un brunch matinal et elle m'a relancée en me proposant d'aller porter les livres dont je voulais me départir avec moi. J'ai aimé l'idée tout en lui soulignant que sans voiture, ce serait bien lourd. Elle m'a alors soumis l'idée d'utiliser nos valises pour rouler les livres vers une autre destination que mon futur logis. J'ai pensé que la suggestion était bonne et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvées attablées sur une terrasse pour un déjeuner plus que copieux en fin de matinée.

Après ce joli moment de détente, nous sommes revenues chez moi prendre empaqueter les livres que j'avais préalablement triés. Je n'étais que passée à travers les livres grands formats. Je ne sais pas trop par quel miracle nous avons réussi à tout caser dans nos valises, mais toujours est-il que, beauté du hasard, un autobus montait vers Mont-Royal dans les minutes qui suivaient. J'ai rapidement trouvé preneur, même si je ne pouvais pas en obtenir une somme sonnante et trébuchante. Honnêtement, cela m'importait peu. Pour moi, l'essentiel était de faire en sorte qu'ils trouvent un prochain lecteur. Et je dois avouer que nous avons été soulagées de nous délestées du poids qui encombrait nos valises aussi rapidement que possible, parce que franchement, elles n'avaient jamais été aussi difficiles à manier, malgré leurs roulettes.

Ensuite, notre plan était de commencer les boîtes. Mais nous avons fait la découverte que le ruban gommé deux pouces était aux abonnés absents dans mon quartier. Après cette déconvenue, nous avons mon amie m'a offert son restant de ruban, sauf que celui-ci se trouvait à Verdun. On s'est alors dit que tant qu'à y voyager, on pourrait faire un autre voyage de livres avec les formats poches, cette fois-là. On a eu beaucoup de plaisir à faire le tri, parce que je me suis surtout départie d'une multitude de romans rouges (je dirais une centaine, sans exagérer beaucoup) ce qui nous a permis de beaucoup nous amuser des titres et des pages couverture desdites œuvres.

On a fini la journée sur sa galerie, épuisées, à boire tranquillement du Bonheur. Ça été une magnifique journée qui me donnait un peu l'impression de me substituer à La petite marchande de prose de Pennac. Malgré le fait que moi, je n'édite pas, j'ai tout de même voyager des livres, jusqu'au prochain lecteur, que je ne connais pas.

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jeudi, juin 14, 2018

En retard

Fa que c'est l'histoire d'une fille qui est arrivée au travail avec 1h30 de retard ce matin.

Comment aie-je réussi un tel exploit? En finissant par être vraiment mêlée dans mes changements d'horaire.

À la fin du mois dernier, une gestionnaire a quitté la succursale. Forcément, son poste a été affiché. Mon directeur a produit un premier horaire pour le mois, un horaire un peu vaporeux, si je puis dire étant donné que nous avions une visons partielle des effectifs des semaines à venir. Par chance l'embauche a bien été. Ce qui fait que nous avons rapidement eu droit à une nouvelle version de l'horaire de gestion.

Et puis, des formations se sont ajoutées, à la fois pour certains membres de notre équipe et pour des gens de d'autres succursales qui venaient se faire former chez-nous ou que nous allions former ailleurs. Ce qui forcément impliquait d'autres modifications à l'horaire. Et puis lundi soir, la nouvelle gestionnaire a remis sa démission. Par conséquent, nous avons eu droit à une nouvelle version de l'horaire.

Ce qui fait que je me suis un peu emberlificotée dans toutes ces versions et que j'étais convaincue que je commençais mon quart de travail à 13 heures aujourd'hui. J'ai donc été très surprise de recevoir un appel de mon boss à 9h07 qui se demandait bien où j'étais. J'étais chez moi, occupée à ne rien faire d'important sinon boire un café quand il m'a annoncé que j'aurais dû être au travail à 8 heures. J'étais sidérée. J'ai regardé l'horaire que j'avais noté dans mon téléphone et selon cette dernière retranscription, j'étais prévue à l'horaire à 13 heures, mais visiblement je m'étais emmêlé les pinceaux.

Alors j'ai appelé un taxi tout en sautant dans des vêtements propres, me brossant les dents et mettant un à peu près lunch dans mon sac. J'ai fini par arriver au travail 30 minutes après l'ouverture, assez gênée de la situation. Par chance pour moi, une employée qui reste très près et qui a les clefs s'était déplacée pour ouvrir les portes avant mon arrivée, ce qui fait que les portes ont été ouvertes avec un petit vingt minutes de retard. J'en dois une à cette personne, je vous le dit.

J'ai passé la matinée à essayer de reprendre le pas les minutes que j'avais manqué plus tôt dans la journée. Ça me donnait l'impression d'être continuellement sur le fil, ce qui qui n'est pas particulièrement agréable pour commencer une journée. Et de temps à autres, j'étais prise d'un irrésistible fou rire à cause de la situation.

Je déteste être en retard, mais tsé tant qu'à l'être, aussi bien l'être pour la peine. Au moins, ça fait une histoire à raconter.

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dimanche, juin 10, 2018

Détours matinaux

Quand j'ouvre le magasin la fin de semaine, je dois y être à 7 heures pour faire entrer les gens qui font le ménage. À cette heure, les transports en commun sont, disons, peu fréquents. Je dois donc quitter la maison à 6h10 au plus tard. Il y a bien longtemps que j'ai découvert que ça me prend plus de temps de prendre la ligne verte puis la ligne orange que de marcher jusqu'à Berri pour cause d'espace temps entre les transferts. Mais, il y a le 125 qui peut me permettre de gagner du temps.

Il y a deux semaines, un samedi matin, il pleuvait des cordes. J'étais détrempée après avoir fait deux pas. Je m'étais donc réfugiée sous un auvent pour attendre l'autobus (il n'y a pas de cabine à cet endroit). Je grelottais dans mes vêtements mouillés quand j'ai vu l'autobus tourner sur la rue De Lorimier pour se rendre vers Sherbrooke. J'avais levé les yeux pour constater qu'en effet, un détour était prévu, mais le site de la STM n'avait pas juger bon de l'indiquer. Je n'avais plus le temps de marcher jusqu'au métro Berri sans arriver en retard à destination. Alors j'avais appelé un taxi pour me rendre à bon port. C'est fâchant comme début de journée, je trouve.

Hier matin, j'ai vu le même autobus effectuer le même détour. Sauf que m'étant récemment fait prendre, je prends désormais la peine de vérifier si un détour est indiqué sur le site ou sur l'arrêt et il n'y avait rien. Je ne sais pas pourquoi le chauffeur a pris la décision de s'en aller sur Sherbrooke, laissant tous les passagers potentiels moisir à leur arrêt, il n'y avait pas de détour indiqué sur les trois arrêts que j'ai franchi à à la course pour essayer d'attraper le 45 qui me permettrait d'aller vers le nord afin de perdre le moins de temps possible.

J'ai été chanceuse, le chauffeur m'a vue arriver et il m'a attendue. Dire que j'étais furieuse contre la ligne d'autobus 125 est un euphémisme. J'avais une énorme envie de déverser mon fiel sur le chauffeur du 45, mais il n'était aucunement responsable de mes malheurs, alors j'ai laissé tomber l'idée. Je lui ai toutefois demandé s'il avait de l'information sur un détour impromptu de cette ligne. Et, évidemment, il n'en avait pas.

Arrivée à la station Fabre, j'ai renoncé à prendre le métro parce que les passages sont vraiment trop rares sur la ligne bleue à cette heure. J'ai donc marché à vitesse grand V jusqu'au magasin pour finir par arriver avec un petit 5 minutes d'avance sur l'heure d'ouverture, sauf que je devais accueillir une nouvelle gérante et que je lui avait dit que je serais là 15 minutes plus tôt. Ça froissait sérieusement mon sens du professionnalisme qui n'a été freiné cette fois que par mon sens de l'économie, parce que franchement, je n'ai pas envie de payer des taxis à toutes les fois où un autobus ne passe pas.

Bref, ce matin, je n'ai pas pris de chance, j'ai quitté la maison à 6 heures et j'ai marché jusqu'à Berri pour finir par arriver à la même heure que lorsque je prends l'autobus.

Cette ligne de bus, franchement, fera partie des nombreuses choses que je laisserai derrière moi avec grand plaisir lors de mon déménagement prochain.

J'ai cependant le pressentiment que je vais pester au moins autant au sujet de la ligne 140...

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jeudi, juin 07, 2018

Le roi de la montagne

Il y a environ deux semaines, j'écrivais sur ce nouveau voisin qui avait installé des hauts-parleurs à l'extérieur de son domicile, afin de faire partager ses goûts musicaux au voisinage, dans un large élan de générosité (!?). Dans ma très grande innocence, je m'imaginais être la seule à en vivre les désagréments étant donné que sa musique ne joue pas si fort. À preuve, mon colocataire dont la fenêtre est de l'autre côté de la porte d'entrée, ne l'entendant absolument pas.

J'ai récemment été détrompée parce que ledit voisin a été harangué vertement par ma voisine du dessus

Au moment des événements, mon colocataire et moi étions en train de terminer la vaisselle dans la cuisine lorsque notre activité vespérale a été perturbée par des hauts cris provenant de l'avant de l'édifice. Mus par une espèce de curiosité malsaine, lui et moi nous sommes installés sur le bord de mon lit pour écouter, discrètement la joute.

La jeune fille était furieuse, pour une raison que nous ignorons toujours. En substance, cependant, elle disait au voisin qu'il était un personnage désagréable qui s'était déjà chicané avec tout le monde en un très court laps de temps et qu'il était certainement temps pour lui de finir par se mettre dans la tête que ses habitudes ne convenaient pas à l'environnement immédiat. Elle affirmait rester dans le secteur depuis sa naissance et avoir de bonne relation avec l'ensemble du voisinage et que beaucoup de gens lui avaient partager leur irritation généralisée.

Dans ma chambre, coloc et moi retenions nos fou-rires en nous étonnant de la proximité de la voisine avec le reste de la faune. L'homme lui répondait qu'elle ne se mêlait pas de ses affaires et qu'il avait bien le droit de vivre sa vie comme il l'entendait. Elle lui avait rétorqué que c'était vrai tant que le reste de l'univers n'en était pas dérangé. C'est à ce moment que j'avais compris que son système de son était étendu à la cours arrière, là où donnent la plupart des fenêtres des chambres des locataires de notre rue et de celle d'en arrière. Il n'y a pas de ruelle derrière chez-moi, ce faisant la proximité des résidences forme une espèce de caisse de résonance faisant en sorte que beaucoup de gens bénéficiaient, contre leur gré, des goûts musicaux du nouveau voisin.

Bref, la jeune femme l'a entretenu de respect, d'art de vivre et tutti quanti, à ma grande hilarité parce qu'elle n'est pas la personne la moins bruyante à ma connaissance, loin s'en faut. Elle a finit par quitter la scène en montant bruyamment ses marches, toujours furieuse, tandis que pour se venger, le voisin mettait sa musique à plein volume comme pour prouver son point. Sauf que la police est débarquée dans les minutes qui ont suivi et que tout le tintamarre s'est brusquement arrêté.

Depuis, il ne met la musique à l'extérieur que lorsqu'il y est, et pas très longtemps. Je soupçonne fortement le reste du voisinage de le gracier de regards noirs à toutes les fois où il s'y essaie.

Je n'ai jamais vraiment eu l'impression de faire partie de le même espèce que la plupart des gens qui habite autour d'ici, tandis que cet homme bruyant semble partager beaucoup de codes avec cette faune. Visiblement, il vient d'apprendre à ses dépends que s'intégrer au voisinage ne veut pas nécessairement dire de s'imposer en roi de la montagne...

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dimanche, juin 03, 2018

Deux heures et demie avec Mathilde

Aujourd'hui, j'ai fait quelque chose que j'aurais dû faire il y a bien des années. Effet collatéral de mon déménagement imminent, j'ai vidé mes classeurs. M'enfin, j'en ai vidé un des deux. Par conséquent, j'ai passé deux bonnes heures avec moi. Toutes sortes de versions de moi que j'avais un peu oublié.

Ces classeurs contenaient essentiellement des notes de cours que j'ai déménagé pendant vingt ans. Et si je me suis posée longuement au même endroit dans les dernières années, ce ne fut pas du tout le cas dans mes périodes précédentes. Disons que j'avais la bougeotte, pour faire une histoire simple, même si souvent, ces mouvements de meubles et de ma personne étaient pratiquement obligatoires.

En pensant à mon futur logis, je me disais que je devais me défaire de mes classeurs parce que je n'aurai pas vraiment l'espace pour les caser de manière soit discrète, soit en harmonie avec le décor que je fais et je défais dans ma tête depuis quelque chose comme deux mois. Comme souvent, quand on vide des silos de conservation de nos petites choses, on croit savoir ce qu'ils contiennent, mais on se retrouve bien souvent devant beaucoup de surprises.

J'avais oublié que j'y avais rangé toutes les photographies que j'ai en ma possession, ou presque. Des amoncellement de débuts de textes, à l'époque où j'écrivais tout à la main avant de le retransmettre (ou pas) à l'écran. Il y avait aussi tous mes journaux intimes et mes vieux agendas scolaires que je garde parce que je trouve assez amusant d'y plonger le nez pour me retrouver face à face avec ces Mathilde que je ne suis plus tout à fait, mais qui ont contribué à faire la femme que je suis actuellement.

Il y avait aussi toutes sortes de documents officiels dont je devrai me départir avec précaution. J'ai donc entrepris de faire des piles : ce que je garde, ce dont je dois disposer et ce qui se recycle. Heureusement, je pouvais recycler la majeur partie de mes avoirs. Des notes de cours, des photocopies de toutes sortes de textes auxquels je m'abreuvais lors de mes études. Le genre de chose sur lesquelles je n'ai pas posé les yeux depuis quelque chose comme quinze ans. Ces feuilles amassaient tranquillement de la poussière sans demander leur reste, je le savais très bien. Je sais aussi qu'il y a très longtemps que j'aurais dû les mettre aux rebuts, mais je crois que tant que je n'avais pas fini de payer mes dettes, j'étais incapable de poser le geste qui sortirait de mon quotidien, les preuves de ma vie universitaire.

Mais là, c'est fait. Deux gros sacs de récupération plus tard. Et un constat navrant à l'arrivée : je ne peux pas me départir des deux classeurs; je dois en conserver un pour y ranger mes petites choses personnelles dont je ne désire par faire l'étalage devant les visiteurs à venir.

Ce qui fait que j'ai recommencé à jouer à Tetris dans mon cerveau pour trouver une place pour un classeur dans mon appartement.

Il y a de quoi m'occuper l'esprit pendant de longues heures.

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jeudi, mai 31, 2018

Dilapider ma fortune

Alors, c'est par une magnifique matinée ensoleillée que j'ai dépensé plus d'argent en une seule fois que je ne l'ai fait de toute ma vie. Une expédition chez IKEA qui m'aura délestée de la plus grande partie de mes économies. Ce sont des choses qui arrivent à une fille qui part vivre en appartement toute seule et qui a décidé que cette fois, elle entrerait chez-elle et non plus dans un ramassis de toutes sortes d'affaires disparates pigées un peu partout, surtout sur le coin des rues.

J'avais déjà fait la visite du magasin cité plus haut avec une amie, quelques semaines plus tôt. Ce qui m'avait permis de faire deux choses importantes : premièrement établir mes besoins réels, deuxièmement établir un budget. À la seconde visite, j'étais accompagnée de ma mère. Nous étions comme deux gamines entre les rangées, occupées à remplir nos paniers un peu n'importe comment jusqu'à ce que les empilades deviennent des tours à écrouler et que je mette mes compétences à l’œuvre pour remplir les paniers de manière ordonnée afin de nous permettre de les remplir encore davantage.

J'avais prévu passer à peu près heure trente pour ce genre d'activité. Mais quand on a tout à acheter, toutes les pièces à meubler, même si elles ne sont que trois, il peut arriver que ce soit beaucoup plus long. Deux fois plus long en réalité. L'air de rien, il faut essayer les divans avant d'opter pour celui qu'on va adopter. Et que dire du matelas... Je me suis donc laissée choir sur beaucoup de matrices avant de finalement en choisir une qui conviendrait à ma nouvelle vie. Il faut dire que je dors sur un futon depuis plus de vingt ans. Alors, il me semblait que tous les matelas à ressorts étaient passablement mous. Sauf que je ne veux plus de futon justement parce que l'absence de moelleux fait en sorte que je me réveille de plus en plus souvent engourdie dans le bas du dos. Je vieilli, que je le veuille ou non.

Meubler mon nid. Ce n'est pas la même chose que de prendre un appartement dans lequel je mettrai des morceaux raboutés que je n'ai pas choisi. Meubler mon nid, ça signifie imprimer une partie de ma personnalité dans tous les choix que je fais. Et de plus en en plus, il me tarde d'y être enfin. En partie parce que j'en ai plus qu'assez de mon voisinage actuel et en partie parce que j'ai bien envie de déballer mon nouvel environnement pour découvrir quelle femme je suis devenue depuis que j'ai quitté le logis parental. Je crois que je vais au moins un peu me surprendre. En tout cas, je l'espère.

Mais surtout, il me tarde d'avoir atterri en un seul morceau afin de pouvoir inviter toutes les personnes que j'aime à venir me visiter dans cette nouvelle version de moi, celle que je me se serai créée. Et j'ai la chance d'avoir une maman extraordinaire qui non seulement m'aura accordé une matinée de sa vie pour me voir dilapider ma minuscule fortune (je dois souligner qu'elle m'a dit plusieurs fois avoir beaucoup de plaisir durant cette sortie), mais qui en plus a accepté d'être celle qui attendra les meubles et les monteurs de meubles deux matinées durant dans le but de me permettre d'arriver en douceur.

Je suis en train de tourner une page de ma vie et j'ai la chance d'avoir l'occasion de m'en apercevoir.

Et je sais que c'est précieux.

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dimanche, mai 27, 2018

Dis Tatie, Zazou, c'est qui?

Hier, c'était une grosse journée, pleine de rebondissements. D'abord, c'était mon dernier cours de natation avec Grand-Mamie. Comme d'habitude, dès qu'elle m'a sorti de la voiture, je me suis mis à courir vers la porte en criant : « attend-moi! Attend-moi! » J'ai fait tous les exercices comme il faut et Grand-Mamie était fière de moi. Et puis, j'ai vu que Papa était venu me voir pour mon dernier cours. Je ne le savais pas, c'était une surprise. Moi, j'étais très content de lui montrer comment j'étais bon maintenant.

Alors, je suis retourné à la maison avec Papa. J'étais déçu un peu en arrivant parce que Maman et Coccinelle n'étaient pas-là. Après ma sieste, je suis allé dans un grand magasin avec Papa. Dedans, il y avait des grosses bêtes presque vraies, comme un orignal et un ours. C'est gros, ces animaux-là, beaucoup plus que dans mes livres en tout cas. Papa m'a acheté un filet pour que je puisse aller pêcher avec lui. J'ai bien hâte qu'on s'y mette tous les deux. On est aussi allés au Club, mais il n'y avait pas grand monde parce que la piscine n'est pas encore ouverte.

Ensuite, on est allés chez Grand-Mamie parce que c'était l'anniversaire de Tatie. Je pensais que Maman et Coccinelle seraient arrivées avant moi, mais elles n'étaient même pas là. Je trouvais que la maison manquait d'activité alors j'ai mis la musique, presque tout seul, j'ai eu à peine un peu d'aide pour mettre le disque dans le lecteur. Après, j'ai couru tout le long du corridor dans un sens puis dans l'autre plein de fois. Je crois que les adultes trouvaient que je m'activaient un peu trop parce qu'un moment donné Tatie a dit qu'il y avait un nouveau livre pour moi, à laisser ici. Je me suis précipité pour le découvrir et demander à Tatie de me le lire.

Quand Maman est arrivée, j'ai fait plein de bisous à Coccinelle, mais j'ai peut-être été un peu trop enthousiaste parce que je l'ai fait pleurer. En tout cas, après je me suis collé sur Maman parce que je m'étais ennuyé dans la journée. Au souper, les grands mangeaient du homard, moi je n'aime pas ça, même si je n'y ai jamais goûté. Alors j'avais du steak, mais je n'en ai pas tellement mangé parce que je m'étais bourré la face dans les craquelins et les noix avant le repas. De toute manière, ce que j'attendais, c'était le gâteau. J'avais dit à Tatie qu'on chanterait bonne fête à moi avant de chanter bonne fête à elle.

Le gâteau était vraiment très beau, avec des graines dessus. Je voulais mettre mes doigts dans le glaçage et Tatie a tiré le gâteau vers elle pour m'en empêcher en disant : « Non, Zazou, ne mets pas tes doigts dans le glaçage. » J'ai penché un peu la tête sur le côté droit et j'ai dit : « C'est qui Zazou, Tatie? » Elle m'a répondu que c'était moi dans des histoires qu'elle écrit et qu'un jour, je les lirais. Ça fait bizarre d'être Zazou quelque part que je ne connais pas.

Ensuite on a chanté bonne fête à Tatie et on a oublié de chanter bonne fête à moi. Mais j'ai quand même soufflé les bougies presque tout seul, je pense que Tatie avait un peu oublié de le faire. Heureusement que j'étais là pour l'aider.

Après, j'ai mis mon pyjama et j'ai dit à Papa que c'était le temps qu'on s'en aille. J'étais fatigué et je voulais me coucher dans mon lit à moi. Avant de partir j'ai fait mes câlin à tout le monde et pour une fois, j'étais content de m'en aller le premier. Il y a des fois où ça ne me tente même pas de me battre contre le sommeil, surtout après des belles grosses journées comme celle-là.

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jeudi, mai 24, 2018

Mission de sauvetage

J'étais installée devant mon ordinateur à triturer un texte qui n'aboutissait à rien. L'idée était bonne, mais il me manquait un petit quelque chose pour pouvoir dire que c'était un texte, en tout cas un texte publiable. Comme souvent, j'écoutais sans écouter la radio, une émission que j'avais entendue le matin et par conséquent qui ne m'intéressait que vaguement. N'arrivant à rien avec ma prose, j'avais décidé de fermer la radio histoire de mieux canaliser ma concentration.

J'ai aussitôt été happée par un autre bruit de fond beaucoup plus dérangeant.

Depuis quelques semaines, j'ai un nouveau voisin. Il s'est mêler au voisinage existant comme s'il faisait partie du tout de départ, autant dans sa manière d'être que dans ses goûts en décoration, en musique et tutti quanti. Et il a eu l'heureuse idée de mettre un haut-parleur sur son balcon dont le son donne directement sur la fenêtre de ma chambre, c'est dirigé sur elle et il y a genre un mètre qui les sépare. Alors j'entends sa radio commerciale quasi 24/7.

Oh, ce n'est pas très fort, le problème, ce sont évidemment les publicités tonitruantes qui changent le volume régulièrement et m'éveillent constamment. Et ce, même si le voisin en question est enfermé à l'intérieur. Comme s'il avait pris sur lui d'animer quiconque aurait la chance de passer sous ses fenêtres. En réalité, il est très rarement dehors, ce qui fait que la seule personne qui bénéficie de sa largesse d'esprit, c'est moi. Et disons que je m'en passerais volontiers. Je me couche donc la fenêtre fermée, des bouchons dans les oreilles, que j'ôte autour de 3 heures du matin quand je me rend compte que la radio est enfin éteinte.

Depuis un certain temps, je tergiverse avec l'idée d'appeler la police, parce que c'est une forme de pollution pour moi. Ce qui me retenait, c'est que je n'avais pas adressé mes doléances à la personne concernée.

J'ai résolu ce point ce soir en rentrant du travail. Ça ne me tentait pas d'aller le trouver, surtout qu'un homme lui parlait à partir du trottoir et juste à passer derrière lui, j'avais senti tout l'alcool dont il était imbibé. Je suis presque rentrée dans la maison sans rien dire, puis j'ai tourné les talons et je suis allée le voir pour lui expliquer que sa radio me dérangeait. Il m'a répondu que ce n'était même pas fort. J'ai dit que c'était vrai mais que ma fenêtre était presque sous son haut parleur. Il m'a regardée comme si je débarquait de la planète mars en disant : « tu tiens ta fenêtre ouverte? » J'ai répondu que sans climatisation, ça s'imposait. Il a opiné. Il m'a dit qu'il accepterait de couper sa musique à 23 heures la semaine seulement.

J'ai rétorqué que s'il était dehors, après cette heure, je pouvais comprendre qu'il laisse la musique, mais que je ne voyais pas pourquoi il la laisserait jouer quand il est à l'intérieur. Il a considéré ma demande et m'a dit oui, à reculons.

Pendant ce temps l'autre homme tentait de m'expliquer où il habitait et de me dire que lui ne faisait pas de bruit. Sérieusement, je n'en avais rien à faire : je n'étais pas en mission sociale mais en mission de sauvetage de ma santé mentale.

J'espère vraiment pouvoir dormir sur mes deux oreilles la nuit prochaine. Disons que j'en ai grandement besoin...

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dimanche, mai 20, 2018

18-05-2018

Elle avait parcouru les quelques mères qui séparaient l'entrée de la caisse sans aucune vitesse, ce qui ne l'avait pas empêchée de courcicuiter la ligne de caisse, l'air de rien. Elle s'était planté devant moi pour de me demander si elle pouvait avoir zoo ou la melbona. Il va sans dirre que je n'ai rien compris. Ses yeux étaient couverts d'une chape blanchâtre qui indiquaient qu'elle n'y voyait pas très bien. De plus, elle avançait avec une canne, toutes des choses que n'importe qui peut comprendre. Le problème c'est qu'elle s'exprimait en créole, que je ne parle pas. Et qu'au moment où elle m'avait abordée, j'étais juchée sur un escabeau en train d'essayer de changer une batterie défectueuse pour le système d'alarme.

Évidemment, je m'étais résolue à descendre de mon ciel inconfortable (j'ai toujours le vertige) pour essayer de comprendre ce que la dame me demandait. Après beaucoup de questions j'avais fini par comprendre qu'elle voulait obtenir le dvd de Tne mark of Zorro (version 1940), que nous n'avions évidemment pas surtout qu'elle voulait une version créole de la chose. J'étais un peu estomaquée de sa demande. L'autre titre, c'était, après enquête approfondie, La mélodie du bonheur, ça on l'avait. Sauf que, le tire inscrit en grosses lettre sur l'objet, l'était en anglais. La dame était donc totalement dubitative du fait qu'il puisse y avoir une version française (ce qu'elle semblait très bien comprendre à défaut de le parler). J'ai dû passer au moins vingt minutes à lui expliquer qu'une fois inséré dans le lecteur, elle pourrait choisir la langue dans laquelle elle verrait le film. Il est possible qu'elle n'ai jamais vu un dvd de sa vie, avant cette discussion.

Quelques instants plus tard, un client nous informait que le piano public, installé près de notre commerce était monopolisé par un itinérant qui alignait les canettes de bière vides et les mignonnettes d'alcool fort sur le dessus du piano. Il semblerait, de surcroît que l'homme en question haranguait les clients qui sortaient du magasin afin qu'ils lui offrent une certaine obole. Sérieusement, je n'étais pas très emballée à l'idée d'aller le confronter au moment d'avoir à poser la bâche en fin de soirée, si ça impliquait d’interrompre son concerto (erratique). Je n'ai pas eu à faire l'intervention, parce que quelqu'un du marché, ou fréquentant le marché l'a dénoncé, tout ce que je sais c'est qu'au bout de beaucoup d'heures, il a été accompagné, ailleurs, par un couple de policiers.

C'était une journée parmi tant d'autres, une journée simple en service à la clientèle, mais c'était aussi la journée ou j'atteignais ma quarante-cinquième année de vie. Je n'en avais pas fais un plat au travail, je n'avais pas demandé une journée de congé, ce qui fait que je n'avais personne à blâmer pour par journée pas si simple.

Alors, à la fin de mon quart de travail, j.avais attrapé un homard, une barquette de frites et un bon livre pour me réfugier dans mon espace.

J'en ai savouré chaque bouchée, comme si c'était ma dernière, et je me suis couchée sur le simple bonheur d'exister.

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jeudi, mai 17, 2018

Apprivoiser la bête

La plupart des gens croient qu'on adopte un animal. Moi je crois que c'est parfois l'inverse qui se produit et à ma connaissance, lorsque cela se produit le lien entre l'humain et l'animal en est décuplé. Quand j'ai déménagé ici, j'ai laissé derrière moi un chat qui vivait depuis toujours avec sa sœur et nous ne voulions pas les séparer. Lui et moi on s'entendait assez bien, mais sans plus. Mon départ ne l'a pas dérangé outre mesure, il est tombé sous le charme de l'amoureux de la personne à qui je l'avais laissé. Il s'était donc choisi un maître à sa mesure et ils ont vécu de longues années d'affection partagées. Il était le chat P beaucoup plus qu'il n'a jamais été le mien.

Parallèlement, ici, il y avait deux chats. Un des deux m'a adoptée en quelques semaines à peine. Nos personnalités se correspondaient à merveille. Nous aimions passer du temps ensemble sans toutefois être collés continuellement. Il venait se faire flatter cinq minutes, puis allait se coucher sur mon lit, veillant de loin à mes activités. Quand je me couchait il restait là, le temps que je m'endorme et migrait ensuite vers mon divan. Je l'entendais descendre, peu gracieusement, dudit divan quand j'étais éveillée depuis un moment et je savais qu'il m'attendais devant son plat de nourriture, impatiemment.

Lorsqu'il est mort, j'ai eu beaucoup de peine. C'était la première fois que je pleurais tant un animal, la première fois que je m'étais attachée à ce point. À un point tel que je n'ai pas voulu en adopter un autre, malgré l'ennui, parce que le chat que je voulais c'était celui qui était parti et que trouvais qu'il aurait été bien injuste pour une créature affectueuse de se contenter de miettes de mon attention.

C'est aussi arrivé à ma sœur, avec un chien. Elle et son amoureux avaient commencé par garder ce chien de temps en temps, mais il s'est adapté à leur environnement avec pugnacité et finalement ils l'ont gardé. Et aimé. Il y avait de quoi, c'était un chien adorable qui m'a grandement aidée à diminuer ma peur des grosses bêtes, même si je manque encore souvent de courage lorsque j'en croise une dans la rue. Si celle-ci n'est pas en laisse, je ne me pose pas de question et je change de trottoir. Quand il est mort, la famille au complet a porté son deuil. Moi comprise.

Il y a deux ans, ma grande amie a perdu son chat pendant qu'elle était en vacances. Elle en a été très peinée et l'a cherché pendant longtemps. Et puis, un jour, elle a pris chez elle le chat devenu celui de trop dans une famille déménagée en appartement. Elle ne le voulait pas et n'était pas naturellement portée vers lui. Mais il a été patient et l'a apprivoisée tout doucement. Il s'est installé dans sa maison et dans son cœur, l'air de rien.

Personne ne le savait mais ce chat avait une anomalie respiratoire et cardiaque. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf », la fin de semaine dernière, il est parti. Euthanasié pour éviter trop de souffrance. Ce départ a été aussi subit que brutal pour sa maîtresse qui l'aimait complètement. Deux toutes petites années de vies partagées qui laissent dans leur sillage un vide immense. Et une peine tout aussi grande.

Alors non, je ne suis pas du tout certaine que l'apprivoisement soit un geste nécessairement humain. Je pense que les bêtes savent d'instinct trouver la meilleure personne avec lesquelles partager leur vie.

Qu'on se le tienne pour dit.

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dimanche, mai 13, 2018

Veiller au grain

Aujourd'hui, c'était la fête des mères alors, évidemment, on est allés souper chez Grand-Mamie tous ensemble. Ben, presque tous, il manquait Geoffroi. J'ai demandé à Grand-Mamie pourquoi il n'était pas-là. Je ne comprends pas qu'il ne vienne pas à toutes nos fêtes de famille parce que lorsqu'on me dit qu'il habite loin, je ne saisi pas vraiment ce que ça veut dire «loin».

Mais les autres étaient là, Tatie et Francis. Mais je suis arrivé le premier. Juste avant Tatie. Quand je l'ai vue, je me suis caché derrière les jambes de Papa et je lui ai dit que je ne voulais pas être son ami aujourd'hui. Des fois, c'est important de bien établir les choses. Mais je me suis un peu fait avoir parce que Tatie a décidé que comme je ne voulais pas être son ami, elle prenait Coccinelle dans ses bras. Je ne pouvais pas vraiment rouspéter parce que c'est moi qui avais mis la limite en premier. Alors j'ai lu le livre du lion avec Papa et puis on est allés mangé du concombre avec de l'humus.

Après, Papa est allé chercher le souper. Pendant ce temps, je courrais partout en toussant. Maman allaitait Coccinelle et je trouvais qu'on ne s'occupait pas de moi. Tatie a proposé de me lire Jack et le haricot magique. J'ai dit non, bien entendu, mais elle a sorti le livre et je n'ai pas pu résister. On s'est assis dans la chaise bleue et on a lu l'histoire. Je posais plein de pourquoi pendant la lecture et je ne comprenais pas toujours les réponses de Tatie. Ensuite, on a lu le Chat botté. J'aime le chat botté, mais je ne suis pas certain de comprendre l'histoire. C'est qui le Marquis de Carabas? C'est qui le fils du meunier? Pourquoi on ne voit pas l'ogre dans les images? Plein de grandes questions importantes, quoi.

Quand Papa est revenu, on a mangé du poulet. C'était un peu bon, mais très, très piquant. Trop pour moi. Je m'essuyais la langue avec ma serviette et j'ai découvert que ça ne goûte pas très bon une serviette en papier. Alors je n'ai pas beaucoup mangé, même les frites parce que je n'aime pas tellement le piquant. Mais j'ai eu droit à un popsicle super bon, tout mauve qui me faisait tout un maquillage de clown quand je le mangeais.

Ensuite, je suis allé cherché le casse-tête de fonds marins et j'ai joué à la garderie avec Tatie et Maman. Je leur montrais les animaux et elles devaient me dire ce que c'était avant que les mette à leur place. Mais elles se trompaient si souvent que je devais leur donner les bonnes réponses. Heureusement que j'étais là pour mettre un peu d'ordre dans la leçon! Puis, j'ai fait des casse-têtes très difficiles avec Tatie, avec des morceaux qui ont des drôles de formes. On a bien travaillé ensemble. C'était agréable.

Enfin, on a mangé le gâteau. Et j'ai évité la catastrophe! Un peu plus et on le mangeait sans chanter bonne fête. Vous imaginez? Mais j'ai rappelé à tout le monde qu'il fallait chanter, alors on l'a fait et j'ai soufflé les bougies tout seul, sans aide. Et pendant que je prenais une grosse bouchée de gâteau, j'ai réalisé qu'on avait juste chanté bonne fête et pas bon anniversaire. J'ai dit aux adultes qu'on avait oublié mais qu'il ne fallait plus oublier pour les prochaines fois.

Des fois, je me dit que sans moi, les adultes passeraient à côté des toutes les choses vraiment importantes.

Heureusement, je veille au grain...

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jeudi, mai 10, 2018

Traits de sexisme ordinaire

Lorsque j'ai ouvert la boite, j'ai presque eu mal aux yeux tant le rose était intense à l'intérieur. C'était un paquet provenant d'une compagnie de jouets bien connue et nous venions de recevoir une nouvelle ligne dédiée à un public féminin. Personnellement, je n'aime pas. Ça m'horripile ces jouets genrés. Surtout que ces collections n'existaient pas dans ma propre enfance, ce qui ne m'a pas empêchée de m'amuser follement avec leurs produits : je n'avais absolument pas besoin que ce soit rose pour m'y intéresser.

J'ai été très contente de voir que la réaction des employés était semblable à la mienne. La plupart d'entre eux y sont allés de surcroît de petites et grandes impatiences au sujet de tous les livres, particulièrement les livres-jeux, pour garçons ou pour filles (dans les titres) comme si labyrinthe ou un cherche et trouve devait absolument être destiné à l'un ou l'autre des deux sexe et non à l'ensemble des enfants qui posent leurs mains dessus.

D'idées en digressions, on s'est mis à se dire que c'était le reflet d'une situation problématique. Depuis quelques années, on entend beaucoup dire que les garçons lisent de moins en moins, qu'ils perdent rapidement de l'intérêt pour cette activité. Je constate, presque quotidiennement que l'offre de lecture est très abondante pour les filles et beaucoup moins pour les garçons. Il y a beaucoup de littérature fantastique dans laquelle les personnages principaux sont des garçons, mais peu de romans du quotidien du même acabit.

Mais je trouve que cela reflète autre chose. Personnellement, quand j'ai commencé à lire, je suis tombée dans des tonnes de mondes dont je ne voulais plus me sortir. Je n'ai jamais eu de difficulté à m'identifier aux différents personnages principaux qu'ils soient garçons ou filles. Jamais il ne me serait passé par l'idée que je ne pouvais pas lire les aventures de Bob Morane. Oui, le personnage était masculin, mais ça ne m'empêchait pas d'y prendre plaisir et de m'y reconnaître.

Est-ce là un minuscule trait du sexisme ordinaire? Que les filles peuvent lire des histoires dans lesquelles les personnages principaux sont des gars et s'en faire des modèles tandis que les garçons ne peuvent pas faire l'inverse? Je me demande ce que ça nous dit de la société soit-disant égalitaire dans laquelle on vit si les garçons ne peuvent pas, socialement du moins, prendre un personnage fictif féminin en exemple simplement parce que celle-ci est sympathique.

Je ne sais pas trop où l'on s'en va avec cela, mais j'essaie tranquillement, quand je rencontre un lecteur assidu qui est en panne de lecture et très curieux de l'orienter quelquefois vers des auteurs traditionnellement féminin, comme Lucy-Maud Montgomery. Je m'y suis essayé la semaine dernière et je me suis laissée dire par le jeune lecteur que j'avais tenté qu'il avait beaucoup aimé Anne. Parce qu'elle est drôle, pas parfaite et passablement humaine. Lui a pris cela comme un bon cours d'histoire canadienne en condensé.

J'ai pensé que c'était un petit pas de franchi.

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dimanche, mai 06, 2018

Germaine

Je ne prends pas très souvent l'autobus en fin de matinée le dimanche parce que c'est généralement, pour moi, un jour de congé. Ce qui fait que je quitte généralement mon domicile tôt, ou beaucoup plus tard, ou encore pas du tout. Bref, je ne savais pas que sur cette ligne de bus à cette heure précise il y avait un certain code à respecter. Je n'avais d'ailleurs aucune raison de m'en douter puisque je fréquente cette ligne quasi quotidiennement depuis près de 10 ans.

Je suis donc montée à l'arrêt habituel en trouvant un peu étrange que tout le devant du bus soit vide mais que l'arrière soit bondé. Je me suis donc installée près de la chauffeure en toute innocence. Je me rendais au dernier arrêt, j'en avais donc pour assez longtemps pour me plonger le nez dans un bouquin bien confortablement habitée par les personnages que j'allais y rejoindre.

J'avais à peine déplacer mon signet pour entreprendre ma lecture quand un homme est venu demander un renseignement sur les arrêts déplacés par la construction. La chauffeure avait répondu, grandement gênée, qu'elle en était à son tout premier trajet sur cette ligne et qu'elle ne connaissais pas bien le nom des rues. Comme je suis une personne gentille et que j'ai un genre de travers de service à la clientèle bien implanté dans mes manières, j'ai fourni l'information demandée au grand soulagement de l'homme qui semblait aussi perdu à Montréal que je le serais dans le bois. La conductrice elle était ravie de mon aide et m'a chaleureusement remerciée de ma gentillesse.

Je lui ai souri en retour et je me suis entrée dans ma lecture. Je venais de terminer un second paragraphe tandis que l'autobus était à l'arrêt quand une femme s'est plantée devant moi en me disant : « S'cuse-moi. » J'ai levée les yeux, surprise, pour constater deux choses; premièrement, elle ne s'excusait aucunement, elle exigeait la place que j'occupais; deuxièmement, il semblait évident que j'avais commis un impair majeur en prenant ce siège précis à cette heure particulière un dimanche, parce que visiblement, c'était le sien.

Je suis bien élevée, même si je lis souvent en transport en commun, je jette des regards fréquents autour de moi et je n'hésite pas à céder ma place aux femmes enceinte, aux vieilles personnes ou celles à mobilité réduite. Mais si cette dame était plus âgée que moi, elle ne l'était pas de beaucoup et surtout elle resplendissait de santé. Elle aurait tout aussi bien pu marcher les trois pas de plus qu'il fallait faire pour atteindre le prochain banc libre.

Je me suis levée en vitesse et suis allée me réfugier sur la banquette arrière pour camoufler mon fou rire. La dame qui m'a chassée s'est ensuite mise à parler avec la conductrice, ou plutôt à lui expliquer sa job, critiquant sa conduite (pourtant douce et agréable), la vitesse à la quelle celle-ci ouvrait les portes, etc... C'était vraiment trop pour moi, j'ai monté le volume de mon baladeur sans quoi je me serais écroulée de rire et ça n'aurait pas vraiment été subtil.

Quand le véhicule a atteint son terminus, j'étais la dernière passagère. La Germaine était descendue peu de temps après être montée. J'ai souhaité un bonne première journée à la conductrice qui m'a répondu avec un demi-sourire : « Maintenant je sais pourquoi aucun ancien ne veut faire ce trajet à cette heure précise ».

J'ai éclaté de rire en m'engageant sur le trottoir ensoleillé.

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jeudi, mai 03, 2018

Fillette étincelle

Je crois que j'ai été témoin de son tout premier voyage en autobus de ville vers son école. C'était il y a longtemps, quelque chose comme 7 ans. C'était une toute petite filles aux vêtures colorées. Elle portait souvent une multitude de rubans dans sa chevelure crépue et la plupart du temps elle était en robe. Elle me faisait un peu penser à la petite Mathilde qui n'aimait donc pas porter des pantalons durant l'enfance parce qu'elle rêvait d'être princesse et devait systématiquement faire tourner ses robes pour s'y sentir à l'aise. Combien de fois aie-je vu cette petite fille effectuer cette manœuvre que je connaissais si bien?

Les premières fois, sa maman l'accompagnait jusqu'à l'école, je présume. Je descends de l'autobus avant, je ne peux donc pas confirmer mon impression. Mais je sais que graduellement, la maman s'est contenté de conduire la fillette à l'arrêt d'autobus et un beau jour, elle est venue toute seule, et très fière sous le poids de son sac à dos surdimensionné. Avec les années, il nous est arrivé d'échanger quelques mots. Généralement c'était elle qui me demandait l'heure, histoire de s'assurer qu'elle n'avait pas manquer l'autobus (il lui arrive parfois de se présenter à l'arrêt presque en même temps que ledit autobus). Elle est toujours très polie et déférente avec moi, parce que je suis son aînée, je suppose.

Pendant quelques années, elle restait vers l'avant du bus jusqu'à un certain arrêt où une de ses amies montait à son tour. Alors la fête commençait et elles s'enfonçaient dans le ventre de la bête, le plus loin possible, pour se blottir sur un banc trop haut pour elles afin de se partager leurs messes basses bien dissimulées sous les contours de leurs gigantesques cartables.

Il y a deux ans environ, le rituel s'est arrêté. L'autre jeune fille n'y était plus. Peut-être avait-elle changé d'école ou encore déménagé, toujours est-il que je ne l'ai plus jamais revue à cet heure, sur cette ligne de bus. Cet automne-là, ma petite compagne de trajet qui se muait tranquillement en adolescente, avait un peu l'air triste. Jusqu'à ce quelle décide de prendre en charge des enfants de son écoles qui montent au même arrêt que nous. Elle a généreusement offert aux parents de mener les enfants à bon port, de transmettre son savoir de l'itinéraire pour que les enfants soient à leur tour capables de cette indépendance.

Pendant une bonne partie des mois d'automne, elle arrivait avec sa petite marmaille qu'elle était allée cueillir à leur porte. Elle assumait avec beaucoup de dignité et de responsabilité la tâche qu'elle s'était donnée. Et quand les enfants avaient voulu voler de leurs propres ailes, elles les avait regarder monter dans l'autobus sans son aide avec une fierté toute fraternelle.

J'ai hâte de déménager, je suis plus que tannée de mon quartier, mais cette jeune demoiselle va me manquer. En fait, ce que je regrette vraiment c'est de ne pas avoir l'occasion de voir qu'elle femme elle va devenir.

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dimanche, avril 29, 2018

Morte journée

Comme à toutes les fois que mon amie Jen annonce une fête chez elle, j'ai répondu presque immédiatement que je serais présente. J'avais fort envie d'y aller parce que quel que soit le nombre de participants à ses fêtes, j'y ai toujours beaucoup de plaisir. Bizarrement pourtant, le jour dit, quelques heures avant de m'y rendre, j'hésite. Cette fois c'était parce que j'étais lessivée après une grosse journée qui avait débuté beaucoup trop tôt. J'ai bien failli envoyer un plate message d'excuses pour me défiler, mais j'ai fait une sieste à la place en me disant intérieurement : Vas-y Mathilde, sinon tu vas le regretter le prochain soir où tu vas t'ennuyer toute seule chez toi ».

Je me suis donc finalement tenue à ce plan et j'ai fait mon apparition sur les lieux autour de 20 heures. Comme il faisait une température pas tout à fait assez agréable pour bien profiter de la magnifique terrasse de mon amie, nous n'étions pas très nombreux, une petite dizaine, je dirais. Je connaissais tous les invités en présence, ce qui fait que je m'y suis tout de suite sentie à mon aise. Il m'arrive quelquefois de ne pas trop savoir à quel cercle me mêler au départ, mais je fini toujours par y trouver mon compte.

Le problème avec les soirées chez cette amie, c'est que je sais quand elles commencent, mais jamais quand elles finiront. Les discussions sont à la fois intenses et stimulantes, les gens opiniâtres et charmants. Une des choses étranges c'est que nous sommes deux Mathilde, alors quand nous sommes peu nombreux à toutes les fois où j'entends mon nom, je ne sais plus trop où donner de la tête. Et pour dire vrai, l'autre Mathilde fait partie de la bande depuis beaucoup plus longtemps que moi, ce qui fait qu'elle y est interpellée à la même mesure. C'est étrange, mais sympathique et c'est une femme qui me plaît énormément, parce qu'elle a une magnifique imagination et doublée d'une grande humanité.

Bref, tel que d'habitude, j'ai vu l'heure à mon arrivée, je me suis rendue compte que deux heures s'étaient enfuie l'air de rien parce que nous étions rentrés, terrassés par la pluie froide d'avril et quand j'ai voulu prendre le dernier bus pour chez-moi, il était passé depuis longtemps. Alors je suis restée, encore plus longtemps.

C'est le genre de soirée que je vivais souvent à l'université, de celles qui se terminent aux petites heures et qui me laissent remplie de belles idées et d'énergie positive. Mais contrairement à mes jeunes années estudiantines, le lendemain, soit aujourd'hui, a été hem... Perdu? Je me suis levée avec l'impression d'avoir une enclume dans la tête, je me sentais tout à fait bouette. Rien à faire avec moi.

J'ai passé la journée à somnoler devant des comédie romantiques que j'avais déjà vues mille fois. J'avais l'impression de ne pas pouvoir penser droit. Durs, durs les lendemain de veille quand on a presque ans.

Et même si aujourd'hui, je me dis que plus jamais, je sais pertinemment qu'à la prochaine invitation, je récidiverai avec autant de plaisir que j'en ai eu hier soir.

De fois une journée perdue, ça fait du bien, si ça veut dire qu'on a eu une chouette soirée remplie de belles personnes la veille...

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jeudi, avril 26, 2018

Réfugiés climatiques

J'ai l'habitude de poser un certain regard sur les excentriques que je croise. Je ne fais pas tout à fait exprès, je les vois, voilà tout. De ce fait, j'ai remarqué une certaine forme de migration de la vaste majorité d'entre-eux en fonction des saisons. Nous sommes actuellement à une charnière saisonnière, justement, par conséquent j'ai constaté plusieurs abonnés absents dans les rangs des visages que je croise quotidiennement depuis des mois. Par exemple, l'homme qui a tenu la porte du métro Jean-Talon tout l'hiver s'est fait la belle depuis la fin de semaine. Il s'était aussi évaporé au printemps dernier, pour mieux se matérialiser à son poste quelque part en novembre.

À mon passage à Berri aujourd'hui, le ciel crevé déversait des trombes d'eau. Ce qui a bien entendu amené un bon nombre d'individus à se réfugier dans les longs corridors qui mènent aux différentes portes extérieures, en faisant en quelque sorte, des réfugiés climatiques. À cause d'un détour sur les rues du dessus, mon propre itinéraire à l'intérieur de ces murs a été modifié en faisant en sorte que j'ai parcouru, sous terre, un beaucoup plus long chemin qu'à l'ordinaire.

J'ai revu plein de personnes que je n'avais pas vues depuis fort longtemps. Non, je ne suis pas altruiste au point de m'en être aperçue sur le coup, mais à les revoir tous, massés dans des corridors en échos, un peu plus maganés que l'an dernier, beaucoup plus usés, m'a fait réaliser leur récente absence. Je me suis d'ailleurs trouvé juste assez égoïste de ce fait, pour avoir l'impression de faire encore partie de la masse plus ou moins indifférente qui les entoure.

Ces gens, je les croise d'ordinaire à l'extérieur sur des coins de rues précis le long du trajet que j'aime faire à pied entre chez-moi et Berri. En me rendant à l'évidence qu'ils animent ce secteur de la ville durant les belles saisons, même lorsque celles-ci ne le sont pas vraiment. Les habitués de l'hiver se sont pour la plupart évanoui de mon champ de vison. J'ignore où il passent ces mois-là. Et je sais d'expérience que je vais m'habituer à ce nouveau paysage humain en laissant ces visages s'étioler dans ma mémoire sans trop m'en apercevoir. D'autant que je ne verrai pas leur automne au quotidien, puisque je déménage dans deux mois.

Néanmoins, les itinérants et autres personnages étranges ne sont pas les seuls réfugiés climatiques que j'ai croisé en masse aujourd'hui. Partout autour de moi, d'autres mains se tendaient pour que je cotise à une cause ou une autre, comme si toutes les équipes sollicitation des organismes à but non lucratif s'étaient aussi rabattues dans les même corridors impersonnels. Et si j'ai beaucoup de tolérance envers les étranges, je le suis beaucoup moins avec ceux qui me lancent des petits commentaires désobligeants quand je leur dit que je ne suis pas intéressée à m'arrêter pour écouter leur laïus sur les causes qu'ils défendent, aussi juste soit-elle.

Et pour couronner le tout, il y avait des distributeurs de bibles et autres représentants religieux à tous les trois pas. Tout ce beau monde voulait mon bien, à leur mesure, à condition que j'endosse, j'appuie, je collabore financièrement ou par d'autres moyens à leur réalité faisant en sorte que j'ai franchement eu l'impression de devenir une proie un peu trop facile pour tous ces réfugiés du climat.

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dimanche, avril 22, 2018

Lutins de printemps

Moi je dis que les fins de semaines, ce n'est pas reposant. En tout cas, celle-ci ne l'a pas été du tout.

D'abord, on a eu de la visite vendredi soir, et je me suis couché tard. Heureusement, j'ai eu une belle surprise en me levant le lendemain. Ma chambre était toute jaune. Je me suis levé et j'ai couru voir Maman pour le lui dire. Elle m'a expliqué que c'était le soleil du printemps qui faisait ça. Alors, on a chanté si tu aimes le soleil ensemble, parce qu'on trouvait ça si joli, tout ce jaune.

Après, je suis allé à la natation avec Grand-Mamie. Je ne sais pas si j'aime ça la natation. J'ai peur un peu. Beaucoup même quand le moniteur me demande de me mettre sur le dos. J'ai peur de couler, même quand Grand-Mamie me tient la tête contre son cœur. Alors, après mon cours, je suis toujours très fatigué. Et des fois, je suis tellement fatigué que je ne fais pas une belle sieste. Et puis, hier, on avait encore de la visite pour le souper et j'avais très hâte de la voir. Évidemment, après tout cela, je me suis encore couché tard.

Ce matin, on est allé à la bibliothèque. Moi j'aime ça aller à la bibliothèque, parce qu'il a des livres partout et que je peux en choisir plein pour les rapporter à la maison et les lire et les relire avec Papa et Maman. Même des fois, je les lis tout seul. Quand on est revenus à la maison, Papi est arrivé avec une maison d'escargot (une roulotte) pour nous. C'était super excitant d'en faire le tour et de voir où étaient caché les lits. J'étais tellement content que j'ai fait un spectacle dans de chant à partir de la maison d'escargot. Et en plus, j'ai eu une maison d'été juste pour moi pour mettre sur la galerie et pouvoir cuisiner sur le barbecue en même temps que Papa ou Maman.

Après toutes ces émotions et ma sieste, on est allés chez Grand-Mamie parce que c'était la fête de Francis. J'avais très hâte de les voir lui et Tatie, mais quand j'ai eu fini de grimper les marches, j'ai pilé net. Je ne sais pas comment elle a fait son compte, mais Coccinelle était déjà-là et Tatie l'avait dans ses bras. Alors j'ai dit : « Non, tu la prends pas, t'as pas le droit ». Mais Maman et Papa ont dit qu'elle pouvait. Moi, je n'étais pas content. C'est moi qui veut dire bonjour à Tatie en premier, pas Coccinelle, elle ne parle même pas.

J'avais prévu de lire mes nouveaux livres de chez Grand-Mamie avec Tatie, sauf qu'après cette entrée ratée, ça ne me tentait plus. C'est donc Francis qui me les a lus. J'aime beaucoup ça quand il me lit des livres, parce qu'ils met plein d'intonations et rend l'histoire vivante. Et j'ai dit à Tatie qu'elle n'avait pas le droit de lire mes livres. J'ai continué à la bouder pas mal toute la soirée, ne pliant qu'au moment de manger le gâteau parce que j'aime bien manger le gâteau sur ses genoux.

Ensuite j'ai mis mon beau pyjama d'ours pendant que Maman donnait le lait à Coccinelle. J'ai même sorti ma suce. Et je me suis collé sur Grand-Mamie pour qu'elle me lise Le chat botté. J'avais ma doudou et ma bouteille de lait avec moi pour me préparer au voyage de retour jusque dans ma maison.

Je crois bien que je vais dormir sur mes deux oreilles après toutes ces activités en deux petites journées...

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