jeudi, décembre 14, 2017

Altesse

C'était l'année où j'ai commencé à travailler chez Renaud-Bray, il me semble. J'avais remarqué cette magnifique jeune femme très rousse et très enceinte. Elle portait un magnifique manteau bleu poudre d'une faction impeccable. Celui-ci était agrémenté de jolies broderies d'un blanc neigeux tandis que'une fourrure aussi immaculée ornait la chute des manche et le collet du vêtement. Ce qui était frappant avec ce personnage, c'était son port de tête tout à fait altier, du moins correspondait exactement à l'idée que je m'en faisais. Il se dégageait de sa personne une élégance certaine et un petit je-ne-sais-quoi qui la rendait remarquable. Dans ma tête, je l'appelais « l'Altesse Russe ».

Elle ne parlait ni français ni anglais et par conséquent, elle faisait son magasinage de Noël par gestes. À l'époque, elle achetait des tonnes de jouets et des bibelots. Je me rappelle de l'avoir servie à la caisse à un certain moment et elle avait tout payé en argent comptant, une facture de plusieurs centaines de dollars, ce qui ne faisait que confirmer le surnom que je lui avait octroyé.

C'est un souvenir qui date et qui serait sans doute resté enfoui quelque part au fond de ma mémoire si je ne l'avais pas vue surgir devant moi il y a quelques jours. Elle a toujours le même port de tête, et le même manteau magnifique. Il a l'air aujourd'hui aussi neuf qu'en ces jours lointains de mes souvenirs. Étrangement, elle a encore l'air très jeune, même si, évidemment elle a vieilli. Lors de notre dernière rencontre, elle était accompagné de trois enfants, dont la plus vieille était sa copie conforme et devait avoir une douzaine d'années.

Je ne pense pas qu'elle se souvienne de moi, de toute manière cela n'a aucune espèce d'importance. Elle venait faire un pré-magasinage, de livres cette fois. Elle parle tout à fait correctement le français, même si celui chante sous l'accent slave qui est difficile à manquer. Pendant la visite, les enfants, eux, discutaient avec beaucoup d'emphase, dans un québécois que l'on pourrait qualifier de pure-laine. C'était eux qui me demandaient des suggestions, des nouveaux livres qu'ils ne connaissaient pas encore, leurs yeux brillaient de plaisir quand je trouvais un petit nouveau quelque chose dont ils ignoraient jusqu'à cette minutes l'existence.

La maman, pendant ce temps, prenait des notes dans un calepin avec sa jolie plume fontaine simple, mais visiblement de très bonne qualité. Quand les enfants, sous le coup de l'excitation, se mettaient à s'épivarder un peu trop, elle leur lançait un regard sévère, mais affectueux et ceux-ci reprenaient le rang sans autre forme de procès

Et puis, un peu avant leur départ, la dame m'avait demandé si je n'avais pas sous la manche un roman pour elle, pour son propre plaisir de lire. Comme je le fais toujours, je lui avait demandé ce qu'elle aimait lire afin de bien cerner ses besoin. Elle m'avait alors répondu en souriant : « J'ai l'âme à Tolstoï madame. Est-ce que ça ne paraît pas? »

Libellés :

dimanche, décembre 10, 2017

Perles de décembre

J'adore ce moment de l'année où le mouvement des stocks s'amenuise tandis que le service à la clientèle prend peu à peu toute la place. Il va sans dire qu'il y a toujours un certain nombre d'hurluberlus qui sillonnent les rayons durant cette période avec des demandes aussi floues qu'à côté de la plaque ce qui n'aide pas vraiment à trouver l'objet recherché. Du genre : « le livre bleu qui était placé sur cette table l'été dernier » ou encore « l'ensemble de couture avec un pingouin dessus » quand la personne cherche en réalité un kit de départ de tricotin.

On fini généralement par moyenner, mais pas tout le temps évidemment. Tsé quand une dame cherche la trilogie de Laura et que Laura est le nom d'un des personnages principaux d'une série, et que le prénom n'apparaît ni dans le titre, ni dans le nom de la collection, c'est un peu difficile de trouver, surtout que même en voulant très fort, il est impossible pour n'importe quel libraire du monde d'avoir lu tous les livres qui se publient.

Ce que j'aime moi, ce sont ces gens qui cherchent un livre, pas nécessairement précis, pour quelqu'un qu'ils aiment et qu'ils connaissent juste assez pour que les libraires puissent en cerner les contours afin d'arriver à trouver l'idée cadeau qui conviendra exactement à la situation. Évidemment, que je me jette comme un vautour sur les personnes qui traînent dans la section jeunesse avec des yeux ronds devant tout ce qu'il y a sur les présentations, incertains et un peu maladroits dans la manipulations des albums et autres bouquins destiné à un public d'âge préscolaire ou primaire.

J'ai récemment aidé un couple accompagné d'une fillette de deux mois. Ils cherchaient les premiers livres, ceux que l'enfant machouillerait allègrement sans se blesser dans l'immédiat. Mais aussi les livres pour un peu plus tard, quand les images, auraient un quelconque intérêt. Forte de ma récente expérience de Tatie, j'ai eu beaucoup de plaisir à présenter les livres qui ont été des succès à différentes époques de la vie de Zazou. Après avoir fait des choix pour les semaines à venir, ils ont pris en photos les albums pour plus tard.

Puis la femme m'a dit qu'elle cherchait quelque chose à offrir à ses nièces en plus d'un cherche et trouve de princesse. Elles ont 3 et 5 ans. Mais leurs parents ne leur lisent pas de livres. J'étais triste. Vraiment triste. La dame me racontait avoir offert de magnifiques livres de contes, mais que les fillettes en question ne les avaient jamais entendus puisque leurs parents n'avaient pas établi de rituel de lecture et qu'il n'avaient pas, semble-t-il, l'envie de partager ce plaisir avec leur progéniture. La dame me demandait s'il existait un livre qu'elle pourraient se lire entre elles, sans avoir besoin des parents.

J'ai opté pour la Patate à vélo parce qu'il n'y a qu'une phrase à apprendre. Et une grand fille de 5 ans qui ne sait pas encore lire, peut tout à fait faire semblant de faire la lecture à sa petite sœur, très sérieusement, sans jamais se tromper sur les mots. L'acheteuse a été complètement sidérée de me voir réussir à trouver la perle des livres pour ce besoin particulier.

Moi je me disais que j'avais surtout trouvé un moyen de mettre deux enfants en contact avec un nouveau livre et c'est cela ,en définitive, qui n'a pas de prix.

Libellés :

mercredi, décembre 06, 2017

La valeur d'une patte de chaise

Je me demande, Poly, ce que tu penserais de la société dans laquelle on vit aujourd'hui. Quelles seraient tes réflexions sur le mouvement moi aussi, de toutes les conséquences drastiques sur des personnages qui ont longtemps dominé les paysages de pouvoir dans toutes les sociétés, qui finissent pas payer, bien tardivement, pour l'impunité dans laquelle ils avaient pu vivre pendant si longtemps.

Qu'aurais-tu pensé de la presque réhabilitation de ce chanteur qui a été reconnu coupable du meurtre d'une de ses conjointes et fortement soupçonné d'avoir continuer à vivre ses amours dans la violence depuis? Aurais-tu aussi eu un certain malaise à le savoir sur la page frontispice d'un grand magazine.

Te serais-tu sentie à l'abri du harcèlement généralisé quand des reportages relatent le bruit des sifflements et autres commentaires salaces à l'endroit des femmes comme des gestes presque normaux. Banalisés par ceux qui les commettent sous prétexte que les filles sont jolies et qu'elles portent et qu'elles accentuent cette beauté et que malgré le fait que celles-ci affirment à ceux qui les haranguent qu'elles trouvent cette forme d'attention dérangeante voir dégradante, ceux-ci n'en croient absolument rien, certains d'avoir trouvé une manière futée de faire un compliment.

Te serais-tu demandé combien encore il faudra de femmes autochtones disparues ou assassinées pour qu'on cesse de regarder de haut cette réalité en la tassant du revers de la main à toute la fois ou on essaie de l'éclairer?

Aurais-tu eu mal au cœur en apprenant que dans certaines société de par ce vaste monde, il y a encore des centaines, des milliers de femmes qui disparaissent sans que personne n'y porte attention parce que les sociétés dans lesquelles elles vivaient ne sont pas égalitaires et que par conséquence, la vie d'une femme ne vaut pas davantage qu'une patte de chaise? En réalité, la patte de chaise a sans doute plus d'importance parce qu'elle vient d'un arbre...

Je me demande, si comme moi, tu ferais un lien entre ce qui t'es arrivé et le peu d'importance qu'on accorde à la santé mentale, ou à prévention pour les problèmes de santé mentale. Entraînant un manque de ressources criantes faisant en sorte que des hommes et des femmes pris dans des schèmes mentaux tordus finissent par se faire du mal ou à en faire à d'autre comme celui qui t'a abattue, il y a 28 ans, l'a fait.

Moi je crois qu'on a commencé une réflexion le jour où on t'a tuée. Mais cette réflexion est longue et fastidieuse. Cet automne, une parole a émergé assez fortement pour devenir la personnalité de l'année du magazine Time. C'est bien peu de chose comme reconnaissance. Par contre, je le comprends comme un droit de dire non à toute forme d'intrusion et d'avoir une chance, aussi petite soit-elle, d'être crue.

Libellés :

dimanche, décembre 03, 2017

Papa est Là-bas

J'ai eu une bien drôle de semaine. Parce que Papa est parti Là-bas avec Papi, en plus. Mais sans Maman et sans moi. Le premier jour, ça ne m'a pas du tout dérangé. Ça arrive des fois que papa parte pour toute une journée, alors j'avais bien confiance qu'il revienne vite. J'ai même invité toute la famille à souper chez Grand-mamie. Francis il est venu, mais pas Tatie. Je ne comprenais pas pourquoi même si Maman et Grand-mamie me disaient que Tatie était au travail. Le travail c'est quand je suis à la garderie, pas quand ce sont les journées à la maison.

Quand je me suis levé, le lendemain, j'étais certain que Papa serait là quand je me suis réveillé. Mais il était encore parti. J'étais très déçu et je l'ai dit à Maman. Elle m'a expliqué qu'il restait encore 7 dodos avant qu'il ne revienne. Elle me l'a montré avec mes doigts, Ça faisait beaucoup de doigts. Après la garderie, je pensais bien que Papa serait à la maison. Mais il était toujours Là-bas, avec Papi. J'étais triste.

Des fois, durant la semaine, j'étais tellement triste que je me mettais en colère contre Maman. Je ne voulais plus laver mes dents, même avec la brosse-à-dents qui fait de la lumière. Je disais à Maman des choses pas gentilles du tout comme « je ne veux pas te voir ». Il est où le Là-bas de mon Papa qui le garde loin de moi?

Grand-Mamie est venue souvent me voir et moi la voir aussi. Ça au moins, c'est une bonne chose. Parce qu'elle joue avec moi, me chante des chansons, aide Maman à faire la cuisine et la fait rire aussi. C'est drôle, des fois, j'ai l'impression que Grand-Mamie a le même effet sur Maman que Maman a sur moi. Un genre de calme paisible qui fait du bien. Je pense des fois que quand Grand-Mamie est dans la maison, pour Maman, c'est exactement comme quand Maman me prend dans ses bras.

Et puis, un matin, il y a eu deux guirlandes avec du rouge dedans et des petits paquets à développer accrochés après. Une pour moi et une pour Papa, même s'il est parti. Moi je voudrais développer tous les paquets d'un seul coup et ceux de papa aussi. Mais Maman dit que c'est un par jour, par peresonne, jusqu'à Noël et qu'il n'y a même pas assez de doigts sur mes deux mains et tous mes orteils pour me montrer c'était long comment.

Mais j'ai déballé mes surprises avec beaucoup de plaisir en demandant tout le temps à Maman c'est dans combien de dodos qu'il revient Papa. Je me fâche encore parce que je m'ennuie, je pleure aussi. Mais ça a l'air que je n'ai plus trop longtemps à attendre.

Maintenant, je dois prendre une bien grosse décision : quand je vais le revoir, est-ce que je devrais bouder ou bien est-ce que je devrais me jeter dans ses bras? Je me demande...

Libellés :

jeudi, novembre 30, 2017

Novembre délavé

Il me semble que j'ai la cervelle à « délavé » depuis quelques temps. Je crois que c'est un effet direct novembre. Faut bien que je me trouve un coupable et, franchement, ce mois me semble tout désigné.

Pour faire changement, j'ai un gros rhume de novembre, il me semble que ça m'arrive souvent. En tout cas, c'était le cas l'an dernier parce que je me rappelle tout à fait que j'ai fait l'ouverture de la succursale dans un état proche de la catatonie quand je ne toussais pas à en perdre haleine. Pareil cette année. J'en suis à la période de la toux infinie qui n'est certainement pas aidée par un environnement de travail particulièrement sec.

Et puis, je suis atteinte par la baisse de luminosité. Y-a rien à faire, à tous les ans c'est la même chose, je me sens un peu plus fatiguée que normalement quand les jours se raccourcissent à vue d’œil. Bien évidemment, je ne vais pas trop me prélasser tranquillement dans un espace public pour lire ou juste observer les gens parce qu'il fait trop froid, trop mouillé ou les deux. Je sais que pour les deux prochains mois, mes trajets aller-retour entre la maison et le travail se feront à la noirceur et ça a une incidence, si ce n'est une influence, sur ma bonne humeur naturelle.

C'est aussi la période de l'année pendant laquelle je dois mettre ma cervelle en recherche de solutions au travail. Parce que si décembre est le moment dans l'année qui voit les consommateurs se bousculer dans les commerces pour arriver à Noël en même temps que tout le monde, les casse-têtes logistiques de la mise en marché des quantités mirobolantes d'un seul articles ou d'une augmentation sidérante de titres différents dans un secteurs, c'est en novembre que ça se fait. Et mon travail, du moins, une partie de mon travail, c'est justement de trouver les solutions de ces casse-têtes afin que le magasin ait un petit air guilleret et accueillant. Résultat, mes rêves sont peuplés de cubes, de déplacement de stock et tutti quanti.

Par conséquent, ma cervelle est rendue pas mal au bout de ses capacités intellectuelles. Elle me fait la moue de l'intérieur de ma boîte crânienne. Heureusement, c'est aujourd'hui le dernier jour de novembre, bientôt, tout bientôt, les clients seront un peu plus fébriles, les enfants un s'exciteront davantage pour des riens, il y aura alors autour de moi un brin de magie supplémentaire me laissant croire que je suis un peu un lutin de Noël, alors je sais que ma fatigue s'amenuisera d'elle-même parce que je passerai la plupart de mes heures de travail à conseiller toutes sortes de livres pour un public diversifié. Et je terminerai ma course, le 24 décembre autour de ma Terre du milieu, bien heureuse d'y être enfin arrivée.

Libellés :

dimanche, novembre 26, 2017

Les improbables

Je dirais que c'est un homme entre deux âges. Traduction, je ne pourrais affirmer qu'il est au début de la soixantaine ou à la fin de la cinquantaine, en somme il est un peu plus vieux que moi, mais pas tant que cela. Il vient tous les jours au magasin depuis son ouverture. Et, tous les jours, il nous demande si ça fait longtemps que c'est ouvert. Ça fait maintenant un an, mais il ne s'en souvient pas, d'une journée à l'autre. Il n'achète rien, mais n'est pas très dérangeant, règle générale parce que qu'il ne pose pas sa question lorsqu'il y a beaucoup de clients, il se sauve généralement des foules.

Ceci étant dit, il a une culture musicale fantastique, il me sidère à chaque fois qu'il m'accroche pour me poser son éternelle question et qu'il enchaîne sur ses intérêts, surtout en musique classique. Ce qui pourrait en surprendre plus d'un qui se fierait l'apparence exétrieure du personnage; il se vêt de cuir de pied en cape et arbore des tatous ostentatoires. Ce qui fait qu'à première vue, je le classerais dans les adeptes de Iron Maiden davantage que de Mozart, mais je sais depuis quelques mois que je me laisse avoir aux jeux des préjugés. Bref, malgré le fait que visiblement, il oublie tous les jours qu'il passe la majeure partie de ses journée dans la même boutique sans jamais s'en souvenir, il a encore beaucoup à apprendre à ceux qui y travaille, en particulier sur les nuances d'une infinité d'enregistrements des mêmes pièces, à condition que lesdits enregistrements aient été faits il y a plus de 5 ans.

Il y a aussi cette jeune femme, Française de naissance, qui vient faire son tour après un 5 à 7 bien arrosé. Elle vient râler dans les dix minutes précédant la fermeture, toutes les semaines. Elle trouve abominable que nous vendions les livres si chers ici, c'est perpétuellement une abomination, du vol, une volonté non dissimulée de perpétrer l'ignorance généralisée. Elle débarque quand il lui reste dix dollars en poche et veut un roman. Une nouveauté de préférence À tous les coups, elle me dit que nous ne comprenons pas l'importance de la culture au Québec et qu'on est vraiment cons (ses mots) de ne pas nous rebeller à cause du prix des livres.

De ce que j'ai saisi, elle est ici depuis quelque part l'été dernier. Mais elle ne fait toujours pas la conversion entre l'euro et le dollar canadien. Pour elle, c'est du 1 pour 1. Ce qui est très loin de la réalité. Mais nous avons collectivement compris, qu'il était inutile d'argumenter avec elle à ce sujet, parce qu'elle arrive dans un état déjà altéré et qu'au bout de tous ces mois nous soupçonnons que celle-ci ne s'intéresse pas à nos opinions. D'ailleurs elle refuse catégoriquement de d'accepter le fait que Nancy Huston ne soit pas une auteur Québécoise.

Bref, dans les clientèles régulières, il y a toujours un paquet de gens dont on ne parle pas parce qu'ils sont simplement des habitués sympathiques et qui répondent à l'idée de ce qu'on a de la clientèle régulière. Et bien entendu, il y a, souvent, ces exceptions, pour confirmer la règle.

Libellés :

jeudi, novembre 23, 2017

Les danseurs du métro

Dans un monde où le transport en commun n'a de commun que la densité de la population qui s'y agglomère chaque jour, la plupart des usagers s'y croisent sans faire attention les uns aux autres, le nez plongé dans un livre ou un appareil électronique, les oreilles occupées par des écouteurs ou un téléphone.

Il y aura toujours, bien entendu, quelques hurluberlus de mon acabit qui se fondent dans la masse, l'air aussi préoccupé par leur propre personne que faire se peut, mais qui en réalité portent leurs sens vers ce qui s'agite autour, au cas où il s'y passerait quelque chose. Évidemment, il y a aussi ceux qui passent d'un wagon à l'autre en tendant la main pour ramasser quelques sous. À mon avis, la plus grande qualité de ceux-là est de sortir les gens d'une espèce de transe apathique, même si je n'aime pas beaucoup devoir dire non en souriant à leurs demandes à toutes les fois qu'elles se présentent à moi.

Dans ces masses mouvantes il existe une forme d'irritation largement partagée, celle qui se produit quand un membre du groupe décide de faire partager à l'ensemble ses découvertes musicales. La plupart du temps, ce sont des jeunes qui écoutent une musique clinquante sur un téléphone que le haut parleur, poussé à son extrême limite rend grinçante et profondément désagréable.

Mais quelquefois, les observateurs du genre humain peuvent, assister à une certaine forme de magie. Quand, par exemple, un vieil homme, assis tout seul sur un banc au bout d'une station pratiquement vide, installe un vieux radio à batterie, tout droit tiré d'un film des années 1980 devant lui et décide de faire jouer une pièce interprétée par Frank Sinatra, comme pour envelopper le reste des usagers. Bizarrement, les tête se lèvent, regardent un peu dans toutes les directions pour comprendre d'où provient le son. Les quidams se regardent alors, tous autant qu'ils soient, un petit sourire aux lèvres.

Et puis quand la pièce glisse vers la prochaine pour devenir La valse à quatre temps de Brel, un couple, du même côté de la rame que le vieux monsieur, s'élance sur la piste longue, comme des oiseaux prêts à prendre leur envol. Ils sont élégants dans leurs mouvements, visiblement aguerris dans la pratique de cette danse, le dos bien droit, les pas assurés qui glissent sur les dalles usées de la station comme s'ils évoluaient au milieu d'une salle de balle, romantiquement éclairée.

Quand la musique s'achève, juste avant que le prochain train n'entre en gare, les applaudissements sont nombreux et nourris. Les danseurs se sont arrêtés devant l'animateur musical pour lui faire une révérence et celui-ci leur offre un magnifique sourire édenté.

Pendant ce temps, le public involontaire de cette démonstration est bien conscient d'avoir eu droit à un nouveau parfum de communauté.

Libellés :

dimanche, novembre 19, 2017

Retourner chez moi

Hier soir, j'ai fait dodo chez Grand-Mamie. Sans Papa et Maman. Oh, ce n'est pas la première fois, mais c'est spécial d'aller faire dodo ailleurs que dans ma maison. D'abord, je fais dodo dans le lit de Grand-Mamie avec Grand-Mamie. Ensemble, on a joué à plein de choses et ce matin, j'ai eu droit à un spécial, j'ai écouté la Pat Patrouille. Pour vrai.

Papa et Maman sont venus nous rejoindre en fin de matinée pour venir me chercher, mais en plus Francis et Tatie aussi sont venus. Quand Tatie est arrivée, je lui ai tout de suite demandé où il était le koala. C'était une question importante parce que je l'ai vu sur le livre des écureuils qu'elle m'a offert à mon anniversaire. Derrière, il y a une image du livre de la souris qui rugit et d'un autre livre avec un koala. J'ai le livre de la souris et celui des écureuils. Il me faut donc celui du koala. Tatie a dit qu'elle l'apporterait une autre fois, parce qu'elle ne savait pas que je le voulais. En attendant, je l'ai amenée dans le salon pour qu'elle me lise la souris.

Des fois, les adultes ont de drôles d'idées, comme faire des dîners qui commencent à l'heure de ma sieste. Alors forcément, j'étais fatigué. J'hésitais entre rester réveillé et faire ma sieste dans le lit de Grand-Mamie. Finalement, je préférais attendre d'être dans mon lit, dans ma maison pour faire la sieste. Alors je chignais un peu, je baillais beaucoup et je voulais avoir ma suce au lieu de la laisser dans le lit comme d'habitude. Je ne tenais pas en place non plus. Manger deux bouchées de repas, faire le tour de la cuisine jouer un peu avec les aimants du frigidaire en chantant la laine des moutons. Retourner manger deux bouchées, repartir me promener demander mon lait pour faire la sieste, ne pas vouloir faire la sieste finalement.

Grimper sur les genoux de Grand-Mamie, y rester un instant. Faire le tour de la table pour grimper sur Tatie et lui dire : « Mathile ». Voir ses yeux surpris parce que j'ai appris à dire son nom au complet dans la dernière semaine. Retourner me promener. Découvrir un gros vomit de chat sous la table et expliquer à tout le monde que ce n'est pas mon vomit à moi. Finir par m'installer sur les genoux de Maman pour manger le dessert, me brûler la langue parce que je n'ai pas soufflé assez fort sur le chocolat qui était chaud. Finir par nicher mon petit visage dans le cou de Maman en lui disant : « tu es ma maman ». Petite affirmation bien rassurante. Parce que même si je ne m'en était pas beaucoup occupé ce matin, ni de Papa du reste, elle est ma maman et juste de le savoir et le dire ça me fait tout chaud dans mon cœur.

J'ai mis mon beau poncho zébré et je suis parti à la maison avec mes parents. C'est une belle aventure de faire dodo chez Grand-Mamie, mais je pense que ce qu'il y a de meilleur, c'est quand je retourne chez-moi, après, avec Maman et Papa.

Libellés :

jeudi, novembre 16, 2017

Le piano d'Émilie

D'aussi loin que remontaient mes souvenirs, la pièce avait toujours eu un air suranné baignant dans un désordre infini. Enfant, j'aimais y passer des heures à en explorer les moindres recoins, en quête de quelques trésors oubliés-là par d'anciens occupants de la maison. En réalité, ma quête devait souvent passer à côté des vraies richesses qui s'y étaient trouvées, parce que je ne savais pas les reconnaître mais surtout que je ne voyais absolument pas en quoi une vieille peinture craquelée aurait pu être intéressante, par exemple.

La pièce avait autrefois été la chambre de la sœur de Grand-Mère. Elle avait été soigneusement fermée quand celle-ci avait quitté parents et amis pour aller rejoindre le fiancé qu'elle devait épouser quelque part dans l'Ouest canadien. Cependant, elle n'y était jamais parvenue, victime d'un bête accident de la route qui avait singulièrement rétréci son existence. Je crois que Grand-Mère n'avait jamais trouvé le courage de vider la pièce, qui était devenue avec le temps un genre de débarras pour toutes les pièces de mobilier devenus désuètes à un moment où un autre de leur existence.

Mais pour une petite fille, c'était la caverne d’Ali Baba. Personnellement, j'aimais beaucoup ouvrir les tiroirs des commodes pour trouver des bouts de rubans colorés déteints par le temps, ou une boucle d'oreille unique, abandonnée-là sans doute parce que justement elle n'avait plus sa pareille. J'aimais beaucoup me glisser sous les draps qui recouvraient les meubles avec une ou deux poupées pour me faire un château extraordinaire ce qui me permettait de meubler sans peine les heures que je passais seule avec Grand-Mère, qui à ses propres dires, n'avait plus l'énergie de jouer avec des enfants après en avoir élevé assez pour presque peupler une paroisse.

Si tous les petits enfants avaient droit d'utiliser la pièce comme salle de jeux, il y avait un gros truc sous une bâche cadenassée qu'il était interdit de toucher. Il s'agissait d'un vieux piano droit, dont certaines touches abîmées avaient perdu leur ivoire. Je le sais parce qu'une fois de temps à autres Grand-Mère se laissait aller à la nostalgie et faisait ouvrir le piano. Alors elle s'asseyait des heures sur le banc aux pattes inégales et jouait sans cesse les mêmes airs pendant que des larmes coulaient sur ses joues comme des petites rivières.

C'était le piano d'Émilie. Un gros objet, plein de tendresse et de peine sur une histoire qu'on ne connaissait que par l'instrument. Grand-Mère n'aimait pas parler de sa petite sœur, ça la rendait trop triste qu'elle disait. Mes ses enfants, après sa mort nous en ont tout de même partagé quelques fragments, ceux qu'ils avaient, je présume.

À la mort de Grand-Mère, le piano d'Émilie était resté tout seul dans le fond de sa pièce sans personne pour le réclamer. Il avait fini par atterrir dans une quelconque œuvre de charité, son histoire oubliée.

J'ai donc eu un choc assez monumental quand j'ai trouvé l'objet solidement ancré au coin d'une rue de Montréal, faisant partie de la flotte des pianos publiques. Et je me suis dit que si aujourd'hui plus personne qui pose ses doigts dessus ne connaît son origine, au moins il continue à laisser exprimer des émotions nécessaires et je me plaît à croire qu'il nous partage un peu de l'âme d'Émilie.

Libellés :

dimanche, novembre 12, 2017

Réparer la maison

Hier, c'était ma fête. Toute la semaine, avant, j'ai eu hâte, hâte, hâte que ce soit ma fête parce qu'il y aurait des cadeaux et un gâteau avec des bougies pour moi tout seul. Moi, je voulais aller fêter mon anniversaire chez Grand-Mamie parce que tous les anniversaires sont fêtés chez elle, il me semble. Mais c'était chez-moi avec Papi et Guy-Guy, et les les cousins et leurs parents et Grand-Mamie et Tatie et Francis. Ouf! Pour l'occasion, j'avais mis mon cardigan bleu, j'étais très chic.

Je disais : « Hourra les cousins! » en levant les bras bien haut dans le ciel. J'aime ça quand ils me rendent visite parce qu'ils sont grands et font plein de jeux avec moi. Ils font des drôles de formes avec la pâte à modeler, mais moi je préfère la mettre dans les pots et l'ôter des pots. C'est bizarre parce que les cousins eux ne semblent pas trouver ma passion pour remplir et vider des pots très intéressante.

Enfin, j'ai bien joué avec tout les cousins surtout, fait des câlins à tout le monde ri beaucoup et mangé un peu. C'était bon, surtout le poulet, mais je n'étais pas très intéressé par les légumes, j'avais beaucoup plus envie de faire tout le tour de mon petit monde, leur raconter tout ce que j'avais à dire et leur montrer que je peux chanter : « Bonne de fête moi-ah! »

Après, ça été le temps des cadeaux. J'ai choisi de déballer un beau gros sac avec des jolies couleurs brillantes au début. Dedans il y avait une perceuse juste pour moi, pour que je puisse aider Papa à réparer la maison. J'étais tellement content que les autres cadeaux ne m'intéressaient plus du tout. Je les ai quand même déballés, c'était ma responsabilité. J'ai découvert un drôle de vélo à ma hauteur, mais il n'était pas monté, c'était moyen intéressant dans ces conditions, j'ai aussi eu des cannes à pêche et des poissons en bois. Ça, ça me faisait plaisir parce que maintenant, je peux aller pêcher, comme Papa, même si c'est dans le salon et que lui il va toujours pêcher dans le dehors.

Et puis, j'ai découvert une belle robe-de-chambre avec des dinosaures toute douce et elle a un capuchon. Je vais être bien dedans quand je vais sortir du bain. Ensuite, j'ai trouvé un beau bébé avec un porte bébé et plein d'accessoires de bébé magnifiques. Ça c'est pour quand ma petite sœur que j'ai nommée Coccinelle, sera-là. Alors je pourrai faire comme maman et promener mon bébé sur mon ventre. J'ai aussi eu des livres, mais il y avait bien trop de monde pour que je prenne le temps de les regarder, je vais les lire avec Papa et Maman plus tard de toute manière, on lit beaucoup ensemble. Et finalement, j'ai eu un lion. Il est très beau, il ressemble à celui sur le livre chez Grand-Mamie mais je dois le laisser sur le comptoir alors que j'aimerais beaucoup courir partout avec lui en rugissant. Il est fragile, Maman a dit. Si je tombe avec, il va être tout brisé et je ne pourrai pas le réparer, même pas avec ma belle perceuse verte.

Et j'ai soufflé mes bougies, mangé mon gâteau (ben surtout les décorations en chocolat dessus parce que le glaçage faisait des mains collantes et je n'aime pas du tout les mains collantes). Et jouer encore jusqu'à ce que tout le monde parte. Pendant que je commençais à tomber de sommeil, mais je ne l'aurais jamais avoué à personne.

Ça été une belle fête, avec plein de personnes que j'aime. Et ce matin, il y avait encore toutes ces belles choses avec lesquelles jouer.

Je crois que je vais commencer par aider Papa a réparer la maison. Après, on verra.

Libellés :

jeudi, novembre 09, 2017

Revers de conscience

Depuis des années que tu suis l'actualité, ici comme ailleurs et récemment, tu t'es mise à t'écoeurer toi-même tellement tu es rendue insensible à certaines formes de violence. Depuis longtemps déjà, tu te heurtes aux informations vite passées sur ces massacres de masse qui se passent ailleurs, dans des lointains qui n'intéressent pas les masses d'ici alors forcément elles sont plus ou moins relayées, on pourrait même dire plus souvent pas relayées qu'autrement.

Cette indifférence généralisée te pue au nez parce que tu sais que ce qui se passe là-bas finira bien un jour par avoir des retentissements chez-toi ne serait-ce que parce que les populations visées finiront bien un jour par se mettre en mouvement pour rechercher un endroit où vivre est plus clément, ou tout simplement possible, et que ces nouveaux migrants viendront un jour ou l'autre grossir les masses déjà conséquentes des humains en transit qui s'amoncellent aux portes des pays dit soit riches, soit accueillants, soit les deux, mais qui ne le sont pas toujours autant qu'on voudrait bien le faire croire.

Sauf que ta chape d'indifférence s'est singulièrement raccourcie parce que tu t'es surprise à tasser d'un revers de conscience une énième tuerie s'étant déroulée aux États-Unis. En fait, ta première réaction a été de te demander si cet événement allait interférer dans ta soirée électorale municipale. Et là, vraiment, cette petite pensée mesquine t'a fait mal à l'âme. Bon d'accord, l'exercice de démocratie est important, mais on parle quand même ici de dizaines de morts violentes d'un seul coup, et franchement, tu n'avais cure des raisons qui pourraient d'être exposées. Parce que tu ne vois pas le jour où les principaux intéressés remettront en question pour la peine, le port des armes à feu.

Tu t'es sentie petite et égoïste de te sentir à ce point indifférente aux tenants et aux aboutissants de la chose. Surtout que ça devient de plus en plus fréquent de ta part. Las Vegas, dernièrement, tu n'y a consacré qu'une bien mince pensée, au bout du compte, quelques jours et puis on change de sujet. C'est loin, c'est ailleurs, ce n'est pas chez toi. Alors bien sur, tu t'es demandé quel genre de sociopathe tu étais devenue si ces assassinats n'avaient plus ce qu'il fallait pour te tenir éveillée la nuit.

Le pire, c'est que tu sais pertinemment que quel que soit l'intérêt que tu portes à ces événements, cela ne changera rien à leur fréquence, à leur violence, à leur irréalisme. Tu n'es pas Dieu et tu ne peux pas régler toutes les causes sociales simplement en y portant ton attention.

N'empêche que la nonchalance avec laquelle tu oublies de verser une larmes pour les victimes et leurs entourages comme si rien de tout cela ne pouvait jamais atteindre les limites de ton petit confort, n'a rien pour te rassurer sur ta capacité à réellement vivre en société.

Libellés :

dimanche, novembre 05, 2017

Braderie de bisous

Le magasin était bondé, je naviguais entre les cubes aussi bien que faire se pouvait afin d'éviter toute collision impromptue avec des petits poucets qui sortaient des peluches de leurs présentoirs à grands cris d'exclamation ravis. Je venais tout juste d'enjamber un tapis de dinosaures et de dragons qui rugissaient furieusement quand une petite tête ornée d'une tuque rose s'était ruée sur mes jambes, certaine, sans doute, que ces appendices étaient ceux de sa mère. La maman, pour sa part, écoutait d'une oreille distraite une discussion entre son conjoint et les parents de ce dernier tout en gardant un œil vigilant sur sa fillette. En voyant la méprise, elle avait entamé un geste pour se manifester à son enfant, mais je l'avais précédée en dirigeant la petite, gentiment, dans la bonne direction tout en lui remettant la tortue qu'elle avait laissée choir dans la surprise de sa méprise.

Au moment ou la fillette rejoignait son cercle, sa grand-mère lui avait dit : «  Tu veux la tortue? Mamie va te l'acheter », pendant que son fils la suppliait de ne rien en faire. J'avais poursuivi mon chemin sans trop me préoccuper de la discussion, somme toute très banale. Sauf que, plusieurs minutes plus tard, j'avais surpris la grand-maman demander un bisou à la petite que la petite lui refusait alors la dame avait dit : « Si tu ne donne pas un bisou à mamie, elle ne t'achètera pas la tortue ».

Ça m'avait choquée. Parce que j'ai été une enfant qui n'aimait pas donner des becs et qui me cachait dans les gardes-robes et sous les lits pour les éviter. Comme on s'est moqué de moi à l'époque, qui a duré très longtemps, me semble-t-il, de ma phobie des becs! Je ne peux pas dire que je n'en avais cure, l'insistance généralisée me dérangeait beaucoup. J'aurais voulu qu'on me laisse tranquille avec cette histoire et que toutes les réunions mondaines ne soient pas des épreuves de cache-cache, que je ne gagnais pas toujours.

Il va donc sans dire que j'ai appris très jeune à dire non et à préserver mon affection pour les personnes à qui je voulais bien la distribuer. J'ai même encore quelques difficultés avec les gestes d'affection d'usage commun, je suis toujours un « I » lors des premières accolades, mais je me laisse apprivoiser beaucoup plus facilement que naguère. Ceci étant dit, cela ne m'a pas protégée davantage que les autres des vautours qui hantent nos société. Cependant, j'ai eu souvent l'audace de mettre mes limites avec un homme qui me faisait des avances qui n'étaient pas bienvenues et j'en suis fière.

Par ailleurs, la scène que j'avais observée au magasin m'avait aussi choquée parce que je suis convaincue que dans notre apprentissage collectif au vivre ensemble, il faut que les enfants sachent qu'ils peuvent distribuer leurs bisous et autres marques d'affection selon leur bon vouloir et leurs envies. Qu'enseignons-nous aux petits si leurs gestes sont bradés?

Au final dans cette histoire, je peux vous dire que la petite a tenu son bout et n'a pas été forcée de donner un bisou. Elle est partie sans tortue en peluche, au chaud dans sa poussette, le pouce bien enfoncé dans la bouche.

Libellés :

jeudi, novembre 02, 2017

Un brin de liberté

Sur le quai de la gare, il y avait ce couple, début vingtaine. Je les avais remarqués parce que le jeune homme n'arrêtait pas de parler dans une langue qui m'était totalement étrangère si ce n'était que je lui trouvais quelque chose de slave, sans pour autant pouvoir ni l'identifier ni la comprendre. À une heure où les passagers sont aussi peu nombreux que les trains, je ne pouvais m'empêcher d'entendre tout ce qui se disait et comme je n'avais aucune clé pour en saisir le sens, le long monologue me faisait un peu l'effet d'une berceuse.

Si ce discours n'avait aucun sens pour moi, je voyais bien pourtant, que les propos assénés étaient chargés de sens, parce que le ton était tout sauf monocorde. La jeune femme, pour sa part, tenait sa bouche fermée d'une bien étrange manière parce qu'en réalité, cela me donnait un peu l'impression de quelqu'un qui a une balle de ping-pong dans la bouche et ne doit pas ouvrir cette dernière au risque de faire tomber ladite balle. Comme si les lèvres étaient bien serrées, mais les dents ouvertes à l'intérieur. Drôle d'effet qui donnait un air maussade à la jeune personne.

Si elle n'intervenait pas, la jeune femme, pourtant, donnait toute son attention à son interlocuteur. Ils s'étaient assis face à moi dans le wagon presque vide qui nous avais cueillis à un certain moment. Alors même sans le vouloir, je ne pouvais faire autrement que de suivre le déroulement de la scène. Ils étaient du côté des quais, moi de l'autre. À toutes les fois où le train entrait dans un tunnel, le jeune homme s'animait de plus en plus, je le sentait fébrile et pendant un bon moment, j'avais l'impression que la jeune femme était froide, presque frigide.

Évidemment, je me trompais. Ils étaient sortis au bout de quelques stations et par un drôle de hasard, le train avait pris plus de temps qu'à l'ordinaire avant de reprendre sa route. J'avais alors pu voir la jeune fille tomber dans les bras du jeune homme, une fois sur le quai de leur destination, comme si elle venait d'être rescapée d'une noyade. Son corps devenant tout flasque, les jambes molles, c'était visible de mon observatoire.

Lui la regardait, l’œil fier et joyeux, socle immobile et fiable, le temps qu'elle reprenne le contrôle de se sens. Elle avait levé le regard sur lui, un regard mouillé, ému et victorieux. Elle avait alors craché un bout de chiffon et s'était exclamée, toujours dans cette langue que je ne peux interpréter avec une vivacité et une joie telles que le discours m'était soudainement devenu limpide : elle avait réussit.

J'avais été remuée de l'intérieur, parce que si j'ignorais d'où elle venait ni contre quoi elle se battait, mais elle me rappelait la Mathilde qui s'était accoudée sur le garde-fou de la Terrasse Dufferin afin de combattre le vertige jusqu'à en avoir le tournis. Un petit geste pour la plupart des gens, mais qui pour moi résonnait comme un air de liberté.

J'étais heureuse d'avoir été témoin de cet événement, ne serait-ce que pour me rappeler que chaque degré de liberté est une pierre d'assise dans la construction de soi.

Libellés :

dimanche, octobre 29, 2017

La vie d'avant

Quand je suis sortie du lot, j'étais pas mal fière de moi. C'est qu'il y avait du Y dans le magma d'où je viens, vous n'avez pas idée. Mais je suis déjà têtue et décidée, assez en tout cas pour avoir su me frayer un chemin pour m'implanter dans le milieu que je m'étais choisi.

On était tant et tant à vouloir y arriver. La lutte serait féroce, on en était tous bien conscients avant même le départ. Et les Y adoptaient cette attitude qui me titille immanquablement l'orgueil, celle de ceux qui se savent démarrer avec un avantage sur le reste de l'humanité. Bon d'accord, dans l'historique de cette entreprise, ils avaient plus de chances que tous les X en présence. Ils le savaient et je le savais aussi. J'ai donc décidé de jouer mes cartes avec stratégie et minutie plutôt que de tout laisser tomber sur la table à la première occasion.

Je me suis mise en tête que j'étais aussi bien de voir l'épreuve comme une course de fond, rester le plus longtemps possible à l'arrière, quitte à presque me faire oublier, profiter de la vitesse et de l'énergie de ceux qui me précédait pour conserver la force de les délester et les dépasser dans les derniers mètres, histoire de passer la ligne d'arrivée en tête.

J'ai été récompensée de mes efforts plus que ce que j'aurais pu imaginer. J'ai trouvé un nid confortable et douillet. Oh, ce n'est pas spacieux, mais je n'ai pas tant le goût du luxe. Actuellement, un lieu sécuritaire et lumineux de l'intérieur me suffit pleinement. Surtout que de ma niche, j'entends les voix des personnes que j'aime déjà avec un genre d'écho qui me rassure. Je perçoit surtout une voix de femme, que je trouve immensément douce, elle fait vibrer mon cocon de toutes ses fibres, surtout quand elle chante. Mais aussi des voix un peu plus distantes, mais bien présentes; une voix d'homme basse qui résonne, une voix fluette de petit garçon et d'autres, qui m'intéressent, mais comme elles ne croisent pas mon environnement tous les jours, j'en garde des mémoires assez floues.

Je suis bien dans mon cocon, pas du tout prête à en sortir. N'empêche que je suis la première fille dans une famille de gars. De mon côté paternel en tout cas. Du côté maternel, c'est discutable, étant donné que mon grand frère est le seul membre de notre génération à exister. Je crois que c'est une bonne chose qu'il soit arrivé en premier, ça aura donné à nos parents une petite pratique avant que moi je pointe le bout de mon nez. Mais je n'allais quand même pas laisser tous les Y faire la loi dans cette famille sans y mettre mon grain de sel. Je pense qu'ils étaient vraiment prêts pour une petite fille.

C'est bien beau toutes ces considérations philosophiques, mais là je dois retourner à mon silence tout relatif, parce que je dois continuer à grandir et me former. Il me reste plusieurs pouces à prendre dans tous les sens et c'est beaucoup, beaucoup de travail pour un embryon de mon envergure.

Sachez, néanmoins, que j'ai bien hâte de vous rencontrer.

Libellés :

Bras de plomb

Je me suis étiré le ligament reliant mon épaule gauche à mon bras. Rien de bien grave, sauf que...

C'est arrivé à la fin de la journée de vendredi. Un faux mouvement qui m'a tout de suite fait sentir que quelque chose clocherait. Comme je fermais le magasin, et que les horaires d'ouverture des pharmacies qui sont sur mon itinéraire sont les mêmes que ceux du magasin, je ne pouvais pas me procurer de relaxant musculaire ce jour-là. Évidemment, je n'en avais plus à la maison.

Bref, je me suis couchée avec un peu d'acétaminophène et après avoir appliqué une crème analgésique, mais sans plus. Au réveil samedi, j'avais l'impression d'avoir un bras de plomb. Lourd et gourd. Tous mes mouvements étaient gangrenés par la douleur. Prendre ma douche a été une épreuve aux limites de l'intolérable. Et je ne pouvais pas prendre de relaxant musculaire avant d'aller travailler parce que comme je ne prends que très rarement ce genre de truc, j'ai la confusion omniprésente quand je me décide à en avaler. Et ce n'est pas tout à fait une bonne idée dans le service à la clientèle.

J'ai donc pris mon mal en patience, c'est le cas de le dire, pour affronter ma journée au boulot. Heureusement, les employés ont été très compréhensifs et m'ont beaucoup aidée à accomplir des tâches simples pour lesquelles on ne s'aperçoit pas souvent que ça prend deux bras pour les effectuer. Fermer une grille et poser un cadenas par exemple. Je me suis retrouvée accroupie devant ledit cadenas, morte de rire parce que j'étais incapable de soulever ce dernier pour y insérer la clef correspondante. Quelqu'un est rapidement venu à ma rescousse et les lieux ont été correctement sécurisés.

Beaucoup de gens que j'ai croisé hier, s'inquiétaient un peu de ma santé, se demandant s'il ne fallait pas que je consulte pour mon problème, ce qui m'a beaucoup touchée. Mais je me disais, que je commencerais par essayer le relaxant musculaire avant de décider d'aller passer une matinée en clinique sans rendez-vous.

Sitôt arrivée à la maison,donc, j'ai avalé la pilule et quelques instants plus tard, j'ai senti deux choses : premièrement, que quelque chose se décoinçait dans la région de mon épaule gauche répandant une espèce de chaleur autour du nœud que la douleur formait jusqu'alors. Deuxièmement, la confusion que je redoutais tant a fait une apparition tonitruante. Mon cerveau voyageait dans des flous qui ne me plaisent que très peu. En essayant de lire, je me suis rendu compte que je ne retenais pas un traître mot, j'ai alors décidé d'écouter un film, mais je ne me souvenais plus de l'histoire quand je me suis réveillée ce matin.

N'empêche que je suis très contente d'avoir retrouver la mobilité de mon bras, entre autres parce que je suis à nouveau capable de poser les doigts de ma main gauche pour écrire. Ce qui, disons le, aurait été une conséquence plus que nuisible à une très bête accident de fermage de porte...

Libellés :

dimanche, octobre 22, 2017

Histoires de nausées

La dernière fois, t'avais presque eu envie de crier victoire. Tu te disais que la société commençait enfin à évoluer dans le bon sens. Les gens pouvaient dénoncer et être crus; tu commençais à voir de la lumière au bout du tunnel des non-dits. Et puis la réalité s'est rappelée à ta mémoire, peut-être même à la mémoire collective. La preuve hors de tout doute raisonnable ne donne pas beaucoup de chances à ceux à qui ont a violenté la sexualité.

Et tu sais depuis longtemps que de toute manière les victimes ont toujours tord, ou presque. Il arrive parfois qu'on accorde aux enfants le luxe (si cela puisse en être un) d'avoir une parole plus forte que le doute de la culpabilité de l'accusé. Mais pour le reste, s'il n'y a pas mort d'homme, ou de femme, les abuseurs s'en sorte plus souvent qu'autrement avec une petite tape sur la main et pas grand chose d'autre. Et puis il y a les délais de prescription et autres machins dans le même genre qui ne sont rien pour encourager la dénonciation. Anyway, à toutes les fois où tu penses à ce qui t'es arrivé, t'as des hauts le cœur et des nausées sans aucune commune mesure avec le bon sens.

Fa que tu t'es dit qu'il fallait recommencer à zéro. Pour débuter discuter de féminisme avec les jeunes personnes de ton entourage. Voir quelle sera la réceptivité, parce que tu as souvent été renvoyée à tes oignons par des femmes, des filles des hommes et des jeunes hommes qui te soupçonnaient d'être juste une frustrée sexuelle qui ne s'assumait pas quand tu te disais féministe. Pis ça, plus que n'importe quoi d'autre, ça t'assassinait le courage et les tripes.

À ta très grande surprise, cette fois-ci, tes idées, tes paroles, tes questions ont été reçue différemment. Et t'as commencé à te dire que si juste ça avait changé, peut-être que finalement, tous ces constats d'échec avaient mené quelque part.

Et puis, il y a un raz-de-marée de dénonciations d'abus sexuels et de harcèlement qui s'est abattu sur Hollywood. Étrangement, la première chose qui te soit passé par la tête c'est qu'ici, un producteur, il y a des années, avait fini par être absout d'accusations similaires parce qu'il était puissant. Alors tu t'es dit que ce ne serait que feu de paille, comme bien souvent. Mais non. Si la justice ne peut se rendre à elle-même et surtout pas aux victimes, il semblerait que le poids du nombre finisse pas faire son œuvre. Même si aucun des hommes présentement sur la sellette n'était jamais reconnu coupables, leurs vies seront à tout jamais modifiées.

Tu en étais-là dans tes réflexions quand tu as lu le nom des trois avocats qui allaient représenter le producteur hollywoodien : un homme, deux femmes. Femmes qui vont aller décrédibiliser d'autres femmes pour quoi? Notoriété? Pouvoir? Argent?

Et tu t'es retrouvée en petite boule dans ton lit en te disant que tout était encore à recommencer, sans savoir si tu aurais le courage de refaire, encore, ce chemin de croix.

Il y a des nausées plus fortes que d'autres.

Libellés :

mercredi, octobre 18, 2017

Le roi lion

Ces temps-ci, c'est la fête de Maman. Mais je veux que ce soit ma fête à moi bon. J'ai deux ans. Enfin, j'aurai deux ans bientôt, mais je suis décidément plus un deux ans qu'un un an. D'abord, je sais faire plein de choses : je peux mettre la table, ranger les ustensiles quand ils sont propres et surtout surtout, je peux mener tout mon petit monde comme je le veux quand je le veux parce que je parle beaucoup et bien. Et quand tout ne va pas exactement selon mon bon vouloir, je me fâche très fort. Maman et Papa ont décidé de me dire « non » d'une telle manière que je sais immédiatement que je suis aussi bien de ne pas continuer mes colères et de passer à autre chose sans quoi... Ben je ne sais pas, mais je crois que je trouverais les conséquences pas mal plates.

Pour la fête de Maman, on est évidemment allés chez Grand-mamie. Mais avant de partir, pour faire plaisir à Maman, c'était sa fête après tout, j'ai passé la balayeuse dans la maison. J'étais très fier de pouvoir me rendre utile. En chemin, on s'est arrêtés dans un magasin avec plein de choses wow. Mais surtout plein, plein, plein de livres. J'ai tout de suite reconnu le mien. Celui avec un gros lion et une petite souris dessus. Alors je me suis exclamé : « Le roi lion Maman, chez Grand-maman! ». Moi je serais resté toute ma vie dans ce beau magasin, j'ai accepté de le quitter quand Maman m'a rappelé que je pourrais aller voir mon ami Martini si on se rendait chez Grand-mamie.

Maintenant, quand je rencontre Tatie et Francis, je ne suis plus si gêné de les voir. Je me rappelle que j'ai eu du plaisir avec eux la fois d'avant. Et puis j'avais un objectif en tête; lire mon livre du roi lion. J'ai rapidement pris Francis par la main et je l'ai emmené à la chaise bleue dans laquelle Grand-mamie me lit des histoires. Ensemble, on a pris mon livre et il me l'a lu, au complet. Après, je suis allé cherché Tatie pour qu'elle me le lise à son tour. J'ai bien rugi quand il le fallait, très content de moi. Ensuite, j'ai lancé le livre par terre et j'ai dit à Tatie de le ramasser. Tatie, riait et me disait : « Non, je ne le ramasserai pas ton livre Zazou, c'est toi qui l'a lancé, ramasse-le toi. » Avec mes grands yeux bleus innocents, je lui ai dit : « Pas capable moi, toi ramasse-le. » Elle a fait « Pfff, alors il restera par terre, de toute manière on s'en va souper ». Je pense qu'il y a quelque chose dans mon truc qui n'a pas tout à fait fonctionné avec Tatie, je me demande bien pourquoi.

Je n'avais pas très faim, alors j'ai fait plein de folies avec la nourriture, mon napperon et mon verre plutôt que de me nourrir. J'étais tellement dissipé que c'est Papa qui a dû me faire avaler les quelques bouchées que j'ai accepté de manger. Ce qui m'intéressait en fait, c'était le gâteau. Manger du gâteau et surtout souffler les bougies. J'avais hâte de chanter « Bonne fête à moi » pour souffler les chandelles. Je n'étais pas très content que ce soit en fait « Bonne fête Éléonore » et que ce soit elle qui souffle les bougies ET qui déballe les cadeau. Je trouvais la vie bien injuste. Mais on a rallumé les bougies et chanté bonne fête à nouveau pour que je souffle les bougies à mon tour. Fiou.

Et tout le monde me disait que la prochaine fois, ce serait vraiment pour ma fête à moi. C'est dans beaucoup de demains.

C'est long comment beaucoup de demains?

Libellés :

dimanche, octobre 15, 2017

La douche

On fêtait ma sœur aujourd'hui et comme la plupart du temps, on s'était réunit dans la maison de ma mère pour l'occasion; il y a quelque chose qui tient de la magie dans le fait de se faire concocter un repas d'anniversaire par sa mère et de le partager avec le reste de la famille. Comme c'est souvent le cas dans ces événements familiaux, je récoltais diligemment les anecdotes et autres observations utiles à la rédaction d'un texte sur l'enfance de l'art que je comptais écrire ce soir. Mais la vie en a décidé autrement.

Après un départ retardé par un embouteillage dans le cadre de la porte et un petit garçon qui courrait partout dans un dernier regain d'énergie avant de tomber sous les assauts du sommeil, j'avais mis les pieds dans les rues d'Ahunstic un peu après 19h30 sous une pluie de grosses gouttes lourdes, chaudes et éparses.

Je n'avais pas franchi le tiers du chemin qui me mènerait au métro quand le ciel s'était crevé complètement. En deux ou trois pas, j'étais détrempée. Totalement imbibée d'eau. Je n'avais même pas pris la peine d'essayer de presser le pas, sachant d'expérience que je risquais davantage de me blesser en tombant que d'arriver à échapper à l'averse qui passait. Plus tôt dans la semaine, j'avais ôté mon parapluie de mon cabas et bien entendu, j'avais oublié de l'y remettre avant de quitter la maison. Au coin des rues Lajeunesse et Sauvé, un jeune homme noir comme la nuit avait étendu le bras pour me protéger de son parapluie. Il m'avait dit en souriant : « On dirait que tu t'es fait prendre madame. Vas-tu loin? Moi je vais jusqu'à Saint-Laurent et je peux te prêter la moité de mon parapluie ». Je lui avais souri de toutes mes dents en lui répondant que le métro était ma destination.

Je m'étais donc engouffrée dans les dédales de celui-ci détrempée, mes souliers couinant allègrement sur les dalles pendant que j'adoptais la démarche maladroite de ceux qui essaient de trouver un endroit sec dans une vêture qui n'en a point. Le train était entré en gare à mon arrivée sur le quai et j'avais monté dans un wagon sous l’œil abasourdi des autres passagers. J'avais passé le trajet debout, à essayer tant bien que mal de me faire sécher, mais en ne réussissant en fait, qu'à m'entourer d'une belle flaque qui pouvait donner l'impression que j'avais fait pipi dans mes culottes. À quelques mètres, une dame ne pouvait s'empêcher de pouffer à toutes les fois où elle me regardait. Je présume que j'avais, un peu, l'air ridicule.

Bien entendu, l'autobus qui mène près de ma maison avait décollé sous mon nez me laissant mariner dans mes souliers imbibés. Ceux-ci d'ailleurs en ont profiter pour rendre l'âme. Ça fait longtemps, genre deux ans, que je sais que je dois les changer, mais ce sont des pantoufles tellement confortables que je remets continuellement leur mise au rebut (et accessoirement l'achat de chaussures de replacement) à plus tard. Sauf que là, les semelles ont toutes les deux décoller et en plus de couiner, ces dernières parlaient sans aucune forme de discretion dans les les derniers mètres qui me menaient chez moi.

Heureusement que le ridicule ne tue pas, sans quoi je serais vraiment morte plusieurs fois, à ce jour.

Libellés :

jeudi, octobre 12, 2017

Enfermement involontaire

On a le wifi en saut de puces à la maison depuis quelques temps. D'ordinaire, ces manifestations se produisent lors des heures de pointe et ne durent que quelques secondes, allant parfois jusqu'à la quinzaine de minutes, rien de bien grave somme toute.

Sauf qu'hier, mon ordinateur ne voulait rien savoir de se brancher sur le réseau. Pendant plusieurs heures. Je me sentais complètement emprisonnée à l'intérieur de moi. Parce qu'on était mercredi et que je devais, au moins commencer, à réfléchir à un texte à présenter. Mais comment on fait pour présenter un texte, une réflexion sur un quelconque sujet si on a pas accès à notre principal outil de diffusion? Sérieusement, j'étais incapable d'écrire, malgré la page ouverte sur le traitement de texte. Comme si en n'ayant pas de point de chute qui rencontrerait éventuellement un certain lectorat, ma plume, mes idées, n'avaient plus de raison d'être.

Ce n'est certes pas l'exacte vérité, mais cet événement a fait en sorte de me permettre de vérifier pleinement à quel point mon lectorat m'importe. Pas que je passe des heures à regarder les statistiques de lecture de mes texte, en fait, je ne les regarde que vaguement, mais je vous sais quelque part à l'autre bout de mes mots et de mes maux. Je sais que lorsque je m'exprime quelqu'un quelque part entend ce que je dis. Et ça fait toute la différence du monde. Surtout lorsque je vis des choses qui me sont ardues. Pas nécessairement des choses sur lesquelles j'écris, du reste. Il arrive souvent que les sujets les plus tendus, je les passe sous silence. Par souci d'équité envers une personne qui pourrait m'irriter, par exemple, parce que si je me suis créé une tribune d'expression, il n'est absolument pas garanti que cet autre individu pourrait se défendre si j'exprimais en ces pages des frustrations trop précises. Et le plus souvent parce que je n'ai pas envie semer l'intimité d'autrui sur une plate-forme qui ne lui appartient pas.

Néanmoins, mes exercices littéraires sont essentiels pour ma santé mentale. Je le sais depuis fort longtemps et je le mesure actuellement. Depuis le début de l'année, j'ai vécu assez de situations stressantes pour ébranler la plupart des gens, et moi au premier chef. Sauf que je ne me suis pas choquée une seule fois. J'ai versé des larmes de rage comme de dépit, j'ai fait des discours enflammés qui sont tombés dans des oreilles amicales et surtout, j'ai canalisé ici mes peurs et mes angoisses en les mutant en autre chose.

Cependant, il est clair que sans ces yeux qui se posent sur mes écrits, l'exercice d'évacuation n'aurait pas du tout la même portée. Parce que je ne pourrais être certaine que quelqu'un m'ait entendue.

Et je crois que, fondamentalement, j'ai besoin de l'être.

Libellés :

dimanche, octobre 08, 2017

L'accordéoniste

Au carrefour d'une station de métro mal éclairée, un vieil homme assis sur un minuscule banc qui semblait tout droit sorti du mobilier d'une garderie, jouait de l'accordéon. Quand le train de 19 heures en provenance du centre-ville s'était vidé de ses passagers, il avait tenté de se faire entendre un peu plus fort pour attirer davantage l'attention et risquer, peut-être, de se faire offrir une obole bien méritée pour le divertissement qu'il prodiguait. Bien entendu, les passant le regardaient sans le voir, la plupart du temps.

Son petit bout de territoire avait rapidement été envahi par une bande d'ados bruyante et mal dégrossie. Ils étaient une petite douzaine, peut-être un peu plus. Ils hurlaient plus qu'ils ne se parlaient et riaient encore plus fort. Dans l'escalier qui menaient vers le centre de la terre, un bambin s'accrochait à la main de sa mère, visiblement perturbé par cette avalanche de bruits malvenus. Mais les ados n'en avaient cure et ne se préoccupaient aucunement des malaises qu'ils pouvaient créer.

Évidemment, la bande s'était mise à arpenter l'escalier mobile qui montait vers la surface dans tous les sens bousculant sans compromis tous les autres usagers, sans aucune forme de respect : ils étaient les rois du monde et le reste importait peu. Une fois tous montés sur l'engin, ils avaient eu la brillante idée de sauter en cœur sur le mobilier, l'immobilisant, brusquement de ce fait. En haut, une dame avec son cabas avait dangereusement perdu l'équilibre et s'était rattrapée à la toute dernière seconde pour ne pas basculer vers l'arrière sous le choc brutal de l'arrêt.

Dans un élan, l'accordéoniste fait mine de se lever, comme pour rattraper la femme si jamais elle chutait, mais s'était interrompu dans son élan se rendant probablement compte qu'il n'aurait eu aucune chance d'adoucir l’atterrissage, étant donné la distance.

Sur le quai de la gare, le bambin pleurait une peur que la maman ne pouvait calmer. Il ne comprenait visiblement pas cette dose d'agressivité. Les ados eux, continuaient à hurler et à rire à gorges déployés, suprêmement inconscients des dommages collatéraux de leur arrogance sa merci.

L'ambiance n'était pas agréable pour la majorité d'entre nous, seuls les ados étaient imperméables aux miasmes qu'ils avaient semés.

Du bord de sa passerelle, le vieil accordéoniste s'était levé avant de commencer à jouer « Quand les hommes vivront d'amour ».

Et tout ceux qui l'avaient entendu s'étaient sentis consolés.

jeudi, octobre 05, 2017

L'effeuilleuse

C'était une soirée de septembre qui se prenait pour une soirée de juillet. Montréal étouffait sous une canicule tardive et l'impatience était palpable parmi les usagers du transport en commun. Par chance, la foule était assez parsemée pour préserver un peu d'espace vital autour de tout un chacun. C'était, en tout cas ma réflexion en mettant les pieds dans un train Azur. Je n'étais pas sitôt assise que j'ai perçu un drôle de cri venant du centre du train. Toutes les têtes s'étaient tournée dans cette direction et nous avions pu voir une jeune femme qui avançait péniblement vers la tête du train, à coup de spasmes physiques et vocaux..

À chaque pas, elle poussait un cri aigu, douloureux, comme si elle était poignardée à tous les coups. Ses spasmes corporels pour leur part étaient violents et désordonnés. Si au départ, j'avais imaginé qu'elle était peut-être atteinte d'un syndrome de Gilles de la Tourette, il m'était vite apparu que c'était en réalité une femme sur un mauvais trip de quelque chose que je ne pouvais identifier. Je sais depuis longtemps qu'il vaut mieux éviter les contacts visuels avec des gens dans de tels états, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas de tous les quidams qui arpentent le métro de Montréal.

Ce soir-là, une femme discrètement voilée avait osé regarder la personne en crise dans les yeux et s'était fait copieusement invectivée sur un ton et avec des mots que je n'oserais pas rapporter ici. L'altercation n'avait duré que quelques secondes puisque la femme qui criait avait poursuivit son chemin jusqu'à un banc libre au bout du train, à quelques pas de moi. Une fois assise, elle s'était déchaussée, à cris forts, puis avait entrepris de se dévêtir, comme si quelque chose dans ses vêtements était la cause de son mal-être. En quelques instants, elle s'était retrouvée en petite culotte et en soutien-gorge et tirait sauvagement sur ses sous-vêtements, donnant l'impression qu'elle essayait à toute force de chasser un malaise physique.

Il va sans dire que cela créait une tension parmi les passagers qui essayaient tant bien que mal de l'ignorer. Nous étions plusieurs à nous dire (intérieurement) qu'il fallait aviser les équipes d'urgence. Mais ce n'est pas évident de le faire dans un train Azur parce que comme il n'y a plus de compartimentation, tout le monde entend les interventions avec le conducteur du train. À la station Laurier, un travailleur de la STM attendait pour prendre le train et une jeune fille l'avait informé de la situation avant qu'il ne monte dans celui-ci. Il avait choisi de passer son tour et était remonté à la guérite pour aviser les services d'urgence.

Ça avait pris jusqu'à Berri avant que les agents entrent dans le train que je quittais, calmes et détendus, visiblement bien préparés à l'intervention qu'ils devaient faire. Je n'étais pas restée pour voir la suite des événements, par conséquent, je n'en connais pas la conclusion.

Mais je revois la femme presque quotidiennement autour de mon travail, le visage marqué, le corps voûté par des conditions que je ne connais pas.

À toutes les fois, je suis triste, pour elle et je souhaite qu'un jour, quelqu'un trouve le moyen de lui tendre la perche qui lui permettrait de sortir de cet état-là.

Libellés :

dimanche, octobre 01, 2017

Nouvelle entrée

Tu es jeune, pleine de vie, il te semble que tout est devant toi et bien peu derrière, même si du haut de tes vingt ans, il t'arrive de parler avec nostalgie des années paisibles de ton enfance confortable. Tu ressens la rage de vivre, de dévorer tout ce qui t'es offert, le sommeil t'ennuie parce qu'il est synonyme pour toi de temps perdu et tu n'es jamais aussi heureuse que dans de grands rassemblements festifs, desquels tu deviens pratiquement toujours le centre d'attraction.

Tu as les nuits fastes et excessives, comme s'il fallait coûte que coûte que tu les consommes jusqu'au bout pour que tu puisses ensuite les raconter. Tu déboules régulièrement les escaliers, molle et disgracieuse, en éclatant d'un rire mou et tu perds tout aussi souvent ton téléphone dans les plates-bandes de tes voisins que tu cherches en hurlant à qui veut l'entendre qu'on doit t'appeler pour que tu le retrouves. Peut-importe au fond qu'il soit quatre heures du matin. Tu suis la courbe de tes envies de tes élans.

Tu trouves cependant beaucoup plus difficile de suivre le cours diurne de ton parcours. Tes cours t'ennuient, ton travail aussi. Il te semble que le Cégep soit un passage aussi insipide que l'école secondaire avec tous ces cours de tronc commun qui ne te disent rien. Pourtant, tu te refuses le moindre droit à l'échec, même relatif. Tu as été élevée à performer; ta liberté d'ado se mesurait à tes résultats scolaires et c'est comme encré en toi jusqu'à la moelle des os. Petite pression auto-imposée qui finit par laisser des squames aux endroits où elle frotte.

Pis au travail, c'est pareil. C'est de l'alimentaire qui ne te définit en rien. Mais tout t'atteint comme des balles en plein cœur, le moindre commentaire qui pourrait avoir l'air négatif, les changements d'horaires, d'équipier. Tout ça te donne l'impression qui te concerne, toi et ta performance. Une autre petite pression qui laisse elle aussi des marques.

Même tes amours sont devenues pugnaces. Tu as la colère et la jalousie prééminentes. Elles se jettent sur toi comme des louves affamées et te laissent quotidiennement dans les limbes du doute. Toutes ces choses font en sorte que lorsque tu poses la tête sur l'oreiller, le sommeil ne vient plus, à moins que tu ne l'assommes en courant jusqu'au bout de la nuit. Et le cercle recommence, tous les jours, avec une pression un peu plus puissante à chaque lendemain parce que tu la conscience aigue que non seulement tu te déranges toi-même mais que tu commence à irriter férocement l'ensemble de tes connaissances et de ton voisinage.

Et tes pas de plus en plus lourds te mènent inexorablement à l'entrée du pays des zombies. Il n'y a pas de formule magique pour t'en détacher, il est là, présent et inéluctable. La seule chose que tu puisses faire c'est demander de l'aide. Mais c'est probablement le geste le plus difficile à poser quand on est jeune, pleine de vie et d'allant et qu'on se dit qu'à cet âge, franchement, on ne peut pas tomber.

Libellés :

jeudi, septembre 28, 2017

L'autre côté de la chance

Y'a des journées comme ça qui donnent l'impression qu'on se soit levé de l'autre côté de la chance. J'ai le rhume, pas un très gros, mais je tousse et je mouche suffisamment pour me faire bien remarquer par quiconque croise mon chemin. La plupart du temps, ce genre de chose m'arrive quand je tombe en vacances ou que je change de travail, comme si le destin voulait s'assurer que je sois totalement à mon avantage à ces moments. Cette fois-ci ce même destin a plutôt misé sur une semaine particulièrement active culturellement pour moi.

Ainsi, lundi j'allais voir Alexandre Desilets. Bon, vous me direz que ce n'était pas la première fois et qu'un petit rhume n'y changerait pas grand chose, sauf que moi quand j'ai le rhume, j'ai les oreilles qui bouchent, invariablement et disons que c'est un peu moins agréable d'aller voir son chanteur favori avec une audition en alternance gauche droite au gré de ses fantaisies. J'ai quand même passé un excellent moment en très bonne compagnie et je dois avouer que ce soir là, mon rhume n'était pas encore tout à fait apparent.

Mardi, par contre, c'était autre chose. Je pouvais à peine faire un mouvement sans tousser et comme c'est la période faste des arrivages des quantités de Noël en succursale, je me devais de m'activer pour faire les casses-tête des cubes et de la mise en marché. En plus, je commençais à être singulièrement fatiguée parce qu'avec la canicule, je ne pouvais m'abstenir de faire fonctionner mon ventilateur, qui m'asséchait la gorge ce qui fait que mes deux dernière nuits avaient été syncopées par des coups de toux qui étaient tout sauf reposants.

Et mercredi, j'avais ma plus grosse journée de la semaine. C'était une journée de présentation des nouveautés en livres jeunesse et en jeux. Je pense que toute la salle de plus de 60 personnes a été à un moment ou l'autre, dérangée par mes quintes de toux. Heureusement pour moi, les gens étaient plutôt sympathiques et empathiques à mon état de santé. N'empêche que ce n'est jamais agréable de se faire remarquer pour de telles raisons.

En soirée, j'allais voir un concert de l'Orchestre de Chambre McGill. Et c'est évidemment pendant la première partie que ma toux s'est largement mise à contribution. En fait, je crois qu'en essayant d'en retenir les première salves parce que je savais que mon voisin du devant était particulièrement intolérant à ce genre de manifestation (il l'avait démontrer avant le début du spectacle), ça avait rendu les quintes encore plus violentes et ledit voisin s'était effectivement retourné pour me dire « Franchement sortez! » Ce que j'avais fait, en manquant de m'étouffer dans ma toux en quittant les lieux.

C'est ainsi que j'ai manqué la deuxième partie du spectacle, celle que j'avais le plus envie de voir, et qui selon la personne qui m'accompagnait valait vraiment la peine d'être vue.

Au prochain concert, peut-être que la chance se décidera a venir avec moi...

Libellés :

dimanche, septembre 24, 2017

Là-bas

Ça faisait TRÈS longtemps que je n'avais pas vu Francis et Tatie, alors quand Maman m'a dit qu'on allait souper chez Grand-mamie et qu'ils seraient-là, tous les deux, j'étais bien content. C'est que j'avais des histoires à leur raconter, et maintenant que je connais tout plein de mots, eh bien, je deviens un grand conteur.

Évidemment, quand on est arrivés, je voulais juste mon papa et ma maman. Il n'était pas question que je chante, ou que je fasse mes chorégraphies. Je fini toujours par me dégêner et sortir de leurs pattes, autour du souper par exemple. J'ai fini par comprendre que je suis aussi bien de participer aux discussions pendant qu'on mange sinon personne ne s'occupe de moi, et je n'aime pas beaucoup être ignoré. Alors j'ai profité du repas pour raconter à tout le monde que j'avais pris l'avion dans le ciel avec mon ami Édouard pour aller Là-bas.

Pour moi, Là-bas, c'est n'importe où, où je ne me trouve pas. Ça peut être le salon quand je suis dans la cuisine, comme dehors quand je suis à l'intérieur. Ainsi, je disais tout le temps qu'il faisait chaud Là-bas, et les adultes on mis beaucoup de temps à comprendre que je parlais du dehors. Des fois, je trouve qu'ils ne comprennent pas vite, vite.

Bref, dans ce Là-bas en question, on d'abord été logés chez les grands-parents de mon ami, c'était chouette. Il a une toute petite sœur qui s'appelle Margot, moi j'aime Margot. Peut-être que lorsqu'on sera grands, elle sera mon amoureuse, mais j'ai encore beaucoup de temps devant moi pour y penser. Mais c'est plutôt avec Édouard qu'on est allés voir des singes. Ils étaient très proches de nous, sur ma poussette même. Édouard avait très peur. Lui, il a peur de tous les animaux, même de mon chat, sauf que même si je n'ai pas peur de mon chat, les singes sur ma poussette, franchement, ça m'a fait un peu peur et Papa et le papa d'Édouard ne faisaient que rire et pas nous aider. Après, Papa m'a offert un joli singe en peluche sauf que je l'ai perdu la journée même. Le singe existe sur des photos, et je veux toujours voir et montrer les photos.

Au bout de quelques jours, on est allés dans une autre maison, voir la mer. Il faisait trop froid pour que je me baigne dedans, mais c'était très beau. Il m'est arrivé un accident pendant que j'étais à la mer; mon bras droit ne voulait plus du tout bouger. J'avais un problème avec mon coude, ça a l'air. Je l'ai raconté au souper. J'ai répondu d'un « oui » très soulagé d'avoir été rapidement compris quand Tatie a dit le mot difficile (luxation) pour moi. Et ça m'a rappelé qu'au début de mon voyage, j'avais eu des bobos à la bouche, aux mains et aux pieds. Ma bouche et mes mains vont très bien, mais mes pieds perdent encore de la peau. Ça chauffait vraiment beaucoup, je crois que je vais m'en souvenir longtemps.

J'étais content de voir Francis et Tatie pour leur parler de mon grand voyage. Je pense que je vais les revoir un peu bientôt et je sais que même si je ne fais pas d'autre voyage, j'aurais encore de belles choses à leur raconter, surtout que je commence à inventer des histoires de mon cru. Personne ne me crois quand je les raconte, mais j'ai bon espoir, un jour, de rencontrer mon public.

Libellés :

jeudi, septembre 21, 2017

De généralités en clichés

Cher dilettante,

Tu me fais bien rire quand tu débarque dans un magasin, quel qu'il soit d'ailleurs, avec une idée de cadeau de génie, disons, un peu trop vague. Je ne peux pas traiter de toutes les demandes invraisemblables que mes collègues d'autres commerces entendent, mais je peux facilement traiter de ce que je rencontre dans mon quotidien, depuis près de quinze ans, et quelquefois, je dois dire que ça étrive la patience sur un moyen temps.

Si tu me dis : « Madame, je voudrais que vous me suggériez un roman »; tu dois comprendre que la demande est un tantinet vague. Bien entendu, je te poserai des des questions pour cerner tes besoins. Quel genre de roman : policier, fantastique, québecois, étranger, récent? Pour quel type de lecteur :son âge, son niveau de lecture, ses intérêts ce qu'il a déjà lu bref, n'importe quoi pour aider à trouver la perle rare. Alors, svp, ne te fâche pas contre moi parce que je pose ces questions simples, ce n'est pas parce que je veux, au départ, jeter la serviette. Mais il est possible que je finisse par te planter devant le palmarès pour que tu fasses un choix, si la seule chose que tu puisses me dire pour m'aider c'est que que le livre doit contenir une histoire d'amour mais que ce n'en soit pas la trame principale. Il arrive parfois que même avec la meilleure volonté du monde, il soit très, très difficile de t'aider.

Si tu débarque d'un quelconque ailleurs, il se peut aussi que tes demandes paraissent incongrues. Du genre : « Je voudrais voir vos exemplaires du Petit prince en amérindien, j'achète toujours une copie de ce livre en langue locale quand je voyage ». Bon, l'idée est bonne, mais le problème, c'est que des langues amérindiennes, il y en a beaucoup. Et platement, ce n'est pas précisément les langues d'usage à Montréal, même si je crois qu'il serait tout à fait pertinent que ce genre d'ouvrage soit disponible plus largement, si d'aventure de telles traductions existent, ce dont je ne suis pas certaine, en tout cas, mes recherches ont fait chou-blanc.

Si tu me demandes de la musique indienne, je vais naturellement te diriger vers la section de musique indienne, c'est-à-dire, qui vient de l'Inde. Ne me regardes pas comme si j'étais une crétine finie si ce que tu souhaites c'est de la musique des Premières Nations. Et si nous n'avons pas de section attribuée à ces Nations, il est inutile de me faire les gros yeux parce que je me force à te trouver des albums de créateurs amérindiens qui n'ont rien à voir avec les clichés qui s’égaient dans ton cerveau, mais qui sont exactement ce que tu avais demandé, même si ça ne correspond pas du tout à ce à quoi tu t'attendais.

Ne t'en fais pas cependant, je t'aime quand même, tu me pousse à me dépasser en terme de service à la clientèle, et il arrive même que j'arrive à trouver exactement ce que tu cherches, même si la plupart du temps, je me retrouve confinée aux limites de ma mémoire où à celles des associations d'idées que je suis capable de générer.

Libellés :