jeudi, mai 24, 2018

Mission de sauvetage

J'étais installée devant mon ordinateur à triturer un texte qui n'aboutissait à rien. L'idée était bonne, mais il me manquait un petit quelque chose pour pouvoir dire que c'était un texte, en tout cas un texte publiable. Comme souvent, j'écoutais sans écouter la radio, une émission que j'avais entendue le matin et par conséquent qui ne m'intéressait que vaguement. N'arrivant à rien avec ma prose, j'avais décidé de fermer la radio histoire de mieux canaliser ma concentration.

J'ai aussitôt été happée par un autre bruit de fond beaucoup plus dérangeant.

Depuis quelques semaines, j'ai un nouveau voisin. Il s'est mêler au voisinage existant comme s'il faisait partie du tout de départ, autant dans sa manière d'être que dans ses goûts en décoration, en musique et tutti quanti. Et il a eu l'heureuse idée de mettre un haut-parleur sur son balcon dont le son donne directement sur la fenêtre de ma chambre, c'est dirigé sur elle et il y a genre un mètre qui les sépare. Alors j'entends sa radio commerciale quasi 24/7.

Oh, ce n'est pas très fort, le problème, ce sont évidemment les publicités tonitruantes qui changent le volume régulièrement et m'éveillent constamment. Et ce, même si le voisin en question est enfermé à l'intérieur. Comme s'il avait pris sur lui d'animer quiconque aurait la chance de passer sous ses fenêtres. En réalité, il est très rarement dehors, ce qui fait que la seule personne qui bénéficie de sa largesse d'esprit, c'est moi. Et disons que je m'en passerais volontiers. Je me couche donc la fenêtre fermée, des bouchons dans les oreilles, que j'ôte autour de 3 heures du matin quand je me rend compte que la radio est enfin éteinte.

Depuis un certain temps, je tergiverse avec l'idée d'appeler la police, parce que c'est une forme de pollution pour moi. Ce qui me retenait, c'est que je n'avais pas adressé mes doléances à la personne concernée.

J'ai résolu ce point ce soir en rentrant du travail. Ça ne me tentait pas d'aller le trouver, surtout qu'un homme lui parlait à partir du trottoir et juste à passer derrière lui, j'avais senti tout l'alcool dont il était imbibé. Je suis presque rentrée dans la maison sans rien dire, puis j'ai tourné les talons et je suis allée le voir pour lui expliquer que sa radio me dérangeait. Il m'a répondu que ce n'était même pas fort. J'ai dit que c'était vrai mais que ma fenêtre était presque sous son haut parleur. Il m'a regardée comme si je débarquait de la planète mars en disant : « tu tiens ta fenêtre ouverte? » J'ai répondu que sans climatisation, ça s'imposait. Il a opiné. Il m'a dit qu'il accepterait de couper sa musique à 23 heures la semaine seulement.

J'ai rétorqué que s'il était dehors, après cette heure, je pouvais comprendre qu'il laisse la musique, mais que je ne voyais pas pourquoi il la laisserait jouer quand il est à l'intérieur. Il a considéré ma demande et m'a dit oui, à reculons.

Pendant ce temps l'autre homme tentait de m'expliquer où il habitait et de me dire que lui ne faisait pas de bruit. Sérieusement, je n'en avais rien à faire : je n'étais pas en mission sociale mais en mission de sauvetage de ma santé mentale.

J'espère vraiment pouvoir dormir sur mes deux oreilles la nuit prochaine. Disons que j'en ai grandement besoin...

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dimanche, mai 20, 2018

18-05-2018

Elle avait parcouru les quelques mères qui séparaient l'entrée de la caisse sans aucune vitesse, ce qui ne l'avait pas empêchée de courcicuiter la ligne de caisse, l'air de rien. Elle s'était planté devant moi pour de me demander si elle pouvait avoir zoo ou la melbona. Il va sans dirre que je n'ai rien compris. Ses yeux étaient couverts d'une chape blanchâtre qui indiquaient qu'elle n'y voyait pas très bien. De plus, elle avançait avec une canne, toutes des choses que n'importe qui peut comprendre. Le problème c'est qu'elle s'exprimait en créole, que je ne parle pas. Et qu'au moment où elle m'avait abordée, j'étais juchée sur un escabeau en train d'essayer de changer une batterie défectueuse pour le système d'alarme.

Évidemment, je m'étais résolue à descendre de mon ciel inconfortable (j'ai toujours le vertige) pour essayer de comprendre ce que la dame me demandait. Après beaucoup de questions j'avais fini par comprendre qu'elle voulait obtenir le dvd de Tne mark of Zorro (version 1940), que nous n'avions évidemment pas surtout qu'elle voulait une version créole de la chose. J'étais un peu estomaquée de sa demande. L'autre titre, c'était, après enquête approfondie, La mélodie du bonheur, ça on l'avait. Sauf que, le tire inscrit en grosses lettre sur l'objet, l'était en anglais. La dame était donc totalement dubitative du fait qu'il puisse y avoir une version française (ce qu'elle semblait très bien comprendre à défaut de le parler). J'ai dû passer au moins vingt minutes à lui expliquer qu'une fois inséré dans le lecteur, elle pourrait choisir la langue dans laquelle elle verrait le film. Il est possible qu'elle n'ai jamais vu un dvd de sa vie, avant cette discussion.

Quelques instants plus tard, un client nous informait que le piano public, installé près de notre commerce était monopolisé par un itinérant qui alignait les canettes de bière vides et les mignonnettes d'alcool fort sur le dessus du piano. Il semblerait, de surcroît que l'homme en question haranguait les clients qui sortaient du magasin afin qu'ils lui offrent une certaine obole. Sérieusement, je n'étais pas très emballée à l'idée d'aller le confronter au moment d'avoir à poser la bâche en fin de soirée, si ça impliquait d’interrompre son concerto (erratique). Je n'ai pas eu à faire l'intervention, parce que quelqu'un du marché, ou fréquentant le marché l'a dénoncé, tout ce que je sais c'est qu'au bout de beaucoup d'heures, il a été accompagné, ailleurs, par un couple de policiers.

C'était une journée parmi tant d'autres, une journée simple en service à la clientèle, mais c'était aussi la journée ou j'atteignais ma quarante-cinquième année de vie. Je n'en avais pas fais un plat au travail, je n'avais pas demandé une journée de congé, ce qui fait que je n'avais personne à blâmer pour par journée pas si simple.

Alors, à la fin de mon quart de travail, j.avais attrapé un homard, une barquette de frites et un bon livre pour me réfugier dans mon espace.

J'en ai savouré chaque bouchée, comme si c'était ma dernière, et je me suis couchée sur le simple bonheur d'exister.

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jeudi, mai 17, 2018

Apprivoiser la bête

La plupart des gens croient qu'on adopte un animal. Moi je crois que c'est parfois l'inverse qui se produit et à ma connaissance, lorsque cela se produit le lien entre l'humain et l'animal en est décuplé. Quand j'ai déménagé ici, j'ai laissé derrière moi un chat qui vivait depuis toujours avec sa sœur et nous ne voulions pas les séparer. Lui et moi on s'entendait assez bien, mais sans plus. Mon départ ne l'a pas dérangé outre mesure, il est tombé sous le charme de l'amoureux de la personne à qui je l'avais laissé. Il s'était donc choisi un maître à sa mesure et ils ont vécu de longues années d'affection partagées. Il était le chat P beaucoup plus qu'il n'a jamais été le mien.

Parallèlement, ici, il y avait deux chats. Un des deux m'a adoptée en quelques semaines à peine. Nos personnalités se correspondaient à merveille. Nous aimions passer du temps ensemble sans toutefois être collés continuellement. Il venait se faire flatter cinq minutes, puis allait se coucher sur mon lit, veillant de loin à mes activités. Quand je me couchait il restait là, le temps que je m'endorme et migrait ensuite vers mon divan. Je l'entendais descendre, peu gracieusement, dudit divan quand j'étais éveillée depuis un moment et je savais qu'il m'attendais devant son plat de nourriture, impatiemment.

Lorsqu'il est mort, j'ai eu beaucoup de peine. C'était la première fois que je pleurais tant un animal, la première fois que je m'étais attachée à ce point. À un point tel que je n'ai pas voulu en adopter un autre, malgré l'ennui, parce que le chat que je voulais c'était celui qui était parti et que trouvais qu'il aurait été bien injuste pour une créature affectueuse de se contenter de miettes de mon attention.

C'est aussi arrivé à ma sœur, avec un chien. Elle et son amoureux avaient commencé par garder ce chien de temps en temps, mais il s'est adapté à leur environnement avec pugnacité et finalement ils l'ont gardé. Et aimé. Il y avait de quoi, c'était un chien adorable qui m'a grandement aidée à diminuer ma peur des grosses bêtes, même si je manque encore souvent de courage lorsque j'en croise une dans la rue. Si celle-ci n'est pas en laisse, je ne me pose pas de question et je change de trottoir. Quand il est mort, la famille au complet a porté son deuil. Moi comprise.

Il y a deux ans, ma grande amie a perdu son chat pendant qu'elle était en vacances. Elle en a été très peinée et l'a cherché pendant longtemps. Et puis, un jour, elle a pris chez elle le chat devenu celui de trop dans une famille déménagée en appartement. Elle ne le voulait pas et n'était pas naturellement portée vers lui. Mais il a été patient et l'a apprivoisée tout doucement. Il s'est installé dans sa maison et dans son cœur, l'air de rien.

Personne ne le savait mais ce chat avait une anomalie respiratoire et cardiaque. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf », la fin de semaine dernière, il est parti. Euthanasié pour éviter trop de souffrance. Ce départ a été aussi subit que brutal pour sa maîtresse qui l'aimait complètement. Deux toutes petites années de vies partagées qui laissent dans leur sillage un vide immense. Et une peine tout aussi grande.

Alors non, je ne suis pas du tout certaine que l'apprivoisement soit un geste nécessairement humain. Je pense que les bêtes savent d'instinct trouver la meilleure personne avec lesquelles partager leur vie.

Qu'on se le tienne pour dit.

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dimanche, mai 13, 2018

Veiller au grain

Aujourd'hui, c'était la fête des mères alors, évidemment, on est allés souper chez Grand-Mamie tous ensemble. Ben, presque tous, il manquait Geoffroi. J'ai demandé à Grand-Mamie pourquoi il n'était pas-là. Je ne comprends pas qu'il ne vienne pas à toutes nos fêtes de famille parce que lorsqu'on me dit qu'il habite loin, je ne saisi pas vraiment ce que ça veut dire «loin».

Mais les autres étaient là, Tatie et Francis. Mais je suis arrivé le premier. Juste avant Tatie. Quand je l'ai vue, je me suis caché derrière les jambes de Papa et je lui ai dit que je ne voulais pas être son ami aujourd'hui. Des fois, c'est important de bien établir les choses. Mais je me suis un peu fait avoir parce que Tatie a décidé que comme je ne voulais pas être son ami, elle prenait Coccinelle dans ses bras. Je ne pouvais pas vraiment rouspéter parce que c'est moi qui avais mis la limite en premier. Alors j'ai lu le livre du lion avec Papa et puis on est allés mangé du concombre avec de l'humus.

Après, Papa est allé chercher le souper. Pendant ce temps, je courrais partout en toussant. Maman allaitait Coccinelle et je trouvais qu'on ne s'occupait pas de moi. Tatie a proposé de me lire Jack et le haricot magique. J'ai dit non, bien entendu, mais elle a sorti le livre et je n'ai pas pu résister. On s'est assis dans la chaise bleue et on a lu l'histoire. Je posais plein de pourquoi pendant la lecture et je ne comprenais pas toujours les réponses de Tatie. Ensuite, on a lu le Chat botté. J'aime le chat botté, mais je ne suis pas certain de comprendre l'histoire. C'est qui le Marquis de Carabas? C'est qui le fils du meunier? Pourquoi on ne voit pas l'ogre dans les images? Plein de grandes questions importantes, quoi.

Quand Papa est revenu, on a mangé du poulet. C'était un peu bon, mais très, très piquant. Trop pour moi. Je m'essuyais la langue avec ma serviette et j'ai découvert que ça ne goûte pas très bon une serviette en papier. Alors je n'ai pas beaucoup mangé, même les frites parce que je n'aime pas tellement le piquant. Mais j'ai eu droit à un popsicle super bon, tout mauve qui me faisait tout un maquillage de clown quand je le mangeais.

Ensuite, je suis allé cherché le casse-tête de fonds marins et j'ai joué à la garderie avec Tatie et Maman. Je leur montrais les animaux et elles devaient me dire ce que c'était avant que les mette à leur place. Mais elles se trompaient si souvent que je devais leur donner les bonnes réponses. Heureusement que j'étais là pour mettre un peu d'ordre dans la leçon! Puis, j'ai fait des casse-têtes très difficiles avec Tatie, avec des morceaux qui ont des drôles de formes. On a bien travaillé ensemble. C'était agréable.

Enfin, on a mangé le gâteau. Et j'ai évité la catastrophe! Un peu plus et on le mangeait sans chanter bonne fête. Vous imaginez? Mais j'ai rappelé à tout le monde qu'il fallait chanter, alors on l'a fait et j'ai soufflé les bougies tout seul, sans aide. Et pendant que je prenais une grosse bouchée de gâteau, j'ai réalisé qu'on avait juste chanté bonne fête et pas bon anniversaire. J'ai dit aux adultes qu'on avait oublié mais qu'il ne fallait plus oublier pour les prochaines fois.

Des fois, je me dit que sans moi, les adultes passeraient à côté des toutes les choses vraiment importantes.

Heureusement, je veille au grain...

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jeudi, mai 10, 2018

Traits de sexisme ordinaire

Lorsque j'ai ouvert la boite, j'ai presque eu mal aux yeux tant le rose était intense à l'intérieur. C'était un paquet provenant d'une compagnie de jouets bien connue et nous venions de recevoir une nouvelle ligne dédiée à un public féminin. Personnellement, je n'aime pas. Ça m'horripile ces jouets genrés. Surtout que ces collections n'existaient pas dans ma propre enfance, ce qui ne m'a pas empêchée de m'amuser follement avec leurs produits : je n'avais absolument pas besoin que ce soit rose pour m'y intéresser.

J'ai été très contente de voir que la réaction des employés était semblable à la mienne. La plupart d'entre eux y sont allés de surcroît de petites et grandes impatiences au sujet de tous les livres, particulièrement les livres-jeux, pour garçons ou pour filles (dans les titres) comme si labyrinthe ou un cherche et trouve devait absolument être destiné à l'un ou l'autre des deux sexe et non à l'ensemble des enfants qui posent leurs mains dessus.

D'idées en digressions, on s'est mis à se dire que c'était le reflet d'une situation problématique. Depuis quelques années, on entend beaucoup dire que les garçons lisent de moins en moins, qu'ils perdent rapidement de l'intérêt pour cette activité. Je constate, presque quotidiennement que l'offre de lecture est très abondante pour les filles et beaucoup moins pour les garçons. Il y a beaucoup de littérature fantastique dans laquelle les personnages principaux sont des garçons, mais peu de romans du quotidien du même acabit.

Mais je trouve que cela reflète autre chose. Personnellement, quand j'ai commencé à lire, je suis tombée dans des tonnes de mondes dont je ne voulais plus me sortir. Je n'ai jamais eu de difficulté à m'identifier aux différents personnages principaux qu'ils soient garçons ou filles. Jamais il ne me serait passé par l'idée que je ne pouvais pas lire les aventures de Bob Morane. Oui, le personnage était masculin, mais ça ne m'empêchait pas d'y prendre plaisir et de m'y reconnaître.

Est-ce là un minuscule trait du sexisme ordinaire? Que les filles peuvent lire des histoires dans lesquelles les personnages principaux sont des gars et s'en faire des modèles tandis que les garçons ne peuvent pas faire l'inverse? Je me demande ce que ça nous dit de la société soit-disant égalitaire dans laquelle on vit si les garçons ne peuvent pas, socialement du moins, prendre un personnage fictif féminin en exemple simplement parce que celle-ci est sympathique.

Je ne sais pas trop où l'on s'en va avec cela, mais j'essaie tranquillement, quand je rencontre un lecteur assidu qui est en panne de lecture et très curieux de l'orienter quelquefois vers des auteurs traditionnellement féminin, comme Lucy-Maud Montgomery. Je m'y suis essayé la semaine dernière et je me suis laissée dire par le jeune lecteur que j'avais tenté qu'il avait beaucoup aimé Anne. Parce qu'elle est drôle, pas parfaite et passablement humaine. Lui a pris cela comme un bon cours d'histoire canadienne en condensé.

J'ai pensé que c'était un petit pas de franchi.

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dimanche, mai 06, 2018

Germaine

Je ne prends pas très souvent l'autobus en fin de matinée le dimanche parce que c'est généralement, pour moi, un jour de congé. Ce qui fait que je quitte généralement mon domicile tôt, ou beaucoup plus tard, ou encore pas du tout. Bref, je ne savais pas que sur cette ligne de bus à cette heure précise il y avait un certain code à respecter. Je n'avais d'ailleurs aucune raison de m'en douter puisque je fréquente cette ligne quasi quotidiennement depuis près de 10 ans.

Je suis donc montée à l'arrêt habituel en trouvant un peu étrange que tout le devant du bus soit vide mais que l'arrière soit bondé. Je me suis donc installée près de la chauffeure en toute innocence. Je me rendais au dernier arrêt, j'en avais donc pour assez longtemps pour me plonger le nez dans un bouquin bien confortablement habitée par les personnages que j'allais y rejoindre.

J'avais à peine déplacer mon signet pour entreprendre ma lecture quand un homme est venu demander un renseignement sur les arrêts déplacés par la construction. La chauffeure avait répondu, grandement gênée, qu'elle en était à son tout premier trajet sur cette ligne et qu'elle ne connaissais pas bien le nom des rues. Comme je suis une personne gentille et que j'ai un genre de travers de service à la clientèle bien implanté dans mes manières, j'ai fourni l'information demandée au grand soulagement de l'homme qui semblait aussi perdu à Montréal que je le serais dans le bois. La conductrice elle était ravie de mon aide et m'a chaleureusement remerciée de ma gentillesse.

Je lui ai souri en retour et je me suis entrée dans ma lecture. Je venais de terminer un second paragraphe tandis que l'autobus était à l'arrêt quand une femme s'est plantée devant moi en me disant : « S'cuse-moi. » J'ai levée les yeux, surprise, pour constater deux choses; premièrement, elle ne s'excusait aucunement, elle exigeait la place que j'occupais; deuxièmement, il semblait évident que j'avais commis un impair majeur en prenant ce siège précis à cette heure particulière un dimanche, parce que visiblement, c'était le sien.

Je suis bien élevée, même si je lis souvent en transport en commun, je jette des regards fréquents autour de moi et je n'hésite pas à céder ma place aux femmes enceinte, aux vieilles personnes ou celles à mobilité réduite. Mais si cette dame était plus âgée que moi, elle ne l'était pas de beaucoup et surtout elle resplendissait de santé. Elle aurait tout aussi bien pu marcher les trois pas de plus qu'il fallait faire pour atteindre le prochain banc libre.

Je me suis levée en vitesse et suis allée me réfugier sur la banquette arrière pour camoufler mon fou rire. La dame qui m'a chassée s'est ensuite mise à parler avec la conductrice, ou plutôt à lui expliquer sa job, critiquant sa conduite (pourtant douce et agréable), la vitesse à la quelle celle-ci ouvrait les portes, etc... C'était vraiment trop pour moi, j'ai monté le volume de mon baladeur sans quoi je me serais écroulée de rire et ça n'aurait pas vraiment été subtil.

Quand le véhicule a atteint son terminus, j'étais la dernière passagère. La Germaine était descendue peu de temps après être montée. J'ai souhaité un bonne première journée à la conductrice qui m'a répondu avec un demi-sourire : « Maintenant je sais pourquoi aucun ancien ne veut faire ce trajet à cette heure précise ».

J'ai éclaté de rire en m'engageant sur le trottoir ensoleillé.

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jeudi, mai 03, 2018

Fillette étincelle

Je crois que j'ai été témoin de son tout premier voyage en autobus de ville vers son école. C'était il y a longtemps, quelque chose comme 7 ans. C'était une toute petite filles aux vêtures colorées. Elle portait souvent une multitude de rubans dans sa chevelure crépue et la plupart du temps elle était en robe. Elle me faisait un peu penser à la petite Mathilde qui n'aimait donc pas porter des pantalons durant l'enfance parce qu'elle rêvait d'être princesse et devait systématiquement faire tourner ses robes pour s'y sentir à l'aise. Combien de fois aie-je vu cette petite fille effectuer cette manœuvre que je connaissais si bien?

Les premières fois, sa maman l'accompagnait jusqu'à l'école, je présume. Je descends de l'autobus avant, je ne peux donc pas confirmer mon impression. Mais je sais que graduellement, la maman s'est contenté de conduire la fillette à l'arrêt d'autobus et un beau jour, elle est venue toute seule, et très fière sous le poids de son sac à dos surdimensionné. Avec les années, il nous est arrivé d'échanger quelques mots. Généralement c'était elle qui me demandait l'heure, histoire de s'assurer qu'elle n'avait pas manquer l'autobus (il lui arrive parfois de se présenter à l'arrêt presque en même temps que ledit autobus). Elle est toujours très polie et déférente avec moi, parce que je suis son aînée, je suppose.

Pendant quelques années, elle restait vers l'avant du bus jusqu'à un certain arrêt où une de ses amies montait à son tour. Alors la fête commençait et elles s'enfonçaient dans le ventre de la bête, le plus loin possible, pour se blottir sur un banc trop haut pour elles afin de se partager leurs messes basses bien dissimulées sous les contours de leurs gigantesques cartables.

Il y a deux ans environ, le rituel s'est arrêté. L'autre jeune fille n'y était plus. Peut-être avait-elle changé d'école ou encore déménagé, toujours est-il que je ne l'ai plus jamais revue à cet heure, sur cette ligne de bus. Cet automne-là, ma petite compagne de trajet qui se muait tranquillement en adolescente, avait un peu l'air triste. Jusqu'à ce quelle décide de prendre en charge des enfants de son écoles qui montent au même arrêt que nous. Elle a généreusement offert aux parents de mener les enfants à bon port, de transmettre son savoir de l'itinéraire pour que les enfants soient à leur tour capables de cette indépendance.

Pendant une bonne partie des mois d'automne, elle arrivait avec sa petite marmaille qu'elle était allée cueillir à leur porte. Elle assumait avec beaucoup de dignité et de responsabilité la tâche qu'elle s'était donnée. Et quand les enfants avaient voulu voler de leurs propres ailes, elles les avait regarder monter dans l'autobus sans son aide avec une fierté toute fraternelle.

J'ai hâte de déménager, je suis plus que tannée de mon quartier, mais cette jeune demoiselle va me manquer. En fait, ce que je regrette vraiment c'est de ne pas avoir l'occasion de voir qu'elle femme elle va devenir.

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dimanche, avril 29, 2018

Morte journée

Comme à toutes les fois que mon amie Jen annonce une fête chez elle, j'ai répondu presque immédiatement que je serais présente. J'avais fort envie d'y aller parce que quel que soit le nombre de participants à ses fêtes, j'y ai toujours beaucoup de plaisir. Bizarrement pourtant, le jour dit, quelques heures avant de m'y rendre, j'hésite. Cette fois c'était parce que j'étais lessivée après une grosse journée qui avait débuté beaucoup trop tôt. J'ai bien failli envoyer un plate message d'excuses pour me défiler, mais j'ai fait une sieste à la place en me disant intérieurement : Vas-y Mathilde, sinon tu vas le regretter le prochain soir où tu vas t'ennuyer toute seule chez toi ».

Je me suis donc finalement tenue à ce plan et j'ai fait mon apparition sur les lieux autour de 20 heures. Comme il faisait une température pas tout à fait assez agréable pour bien profiter de la magnifique terrasse de mon amie, nous n'étions pas très nombreux, une petite dizaine, je dirais. Je connaissais tous les invités en présence, ce qui fait que je m'y suis tout de suite sentie à mon aise. Il m'arrive quelquefois de ne pas trop savoir à quel cercle me mêler au départ, mais je fini toujours par y trouver mon compte.

Le problème avec les soirées chez cette amie, c'est que je sais quand elles commencent, mais jamais quand elles finiront. Les discussions sont à la fois intenses et stimulantes, les gens opiniâtres et charmants. Une des choses étranges c'est que nous sommes deux Mathilde, alors quand nous sommes peu nombreux à toutes les fois où j'entends mon nom, je ne sais plus trop où donner de la tête. Et pour dire vrai, l'autre Mathilde fait partie de la bande depuis beaucoup plus longtemps que moi, ce qui fait qu'elle y est interpellée à la même mesure. C'est étrange, mais sympathique et c'est une femme qui me plaît énormément, parce qu'elle a une magnifique imagination et doublée d'une grande humanité.

Bref, tel que d'habitude, j'ai vu l'heure à mon arrivée, je me suis rendue compte que deux heures s'étaient enfuie l'air de rien parce que nous étions rentrés, terrassés par la pluie froide d'avril et quand j'ai voulu prendre le dernier bus pour chez-moi, il était passé depuis longtemps. Alors je suis restée, encore plus longtemps.

C'est le genre de soirée que je vivais souvent à l'université, de celles qui se terminent aux petites heures et qui me laissent remplie de belles idées et d'énergie positive. Mais contrairement à mes jeunes années estudiantines, le lendemain, soit aujourd'hui, a été hem... Perdu? Je me suis levée avec l'impression d'avoir une enclume dans la tête, je me sentais tout à fait bouette. Rien à faire avec moi.

J'ai passé la journée à somnoler devant des comédie romantiques que j'avais déjà vues mille fois. J'avais l'impression de ne pas pouvoir penser droit. Durs, durs les lendemain de veille quand on a presque ans.

Et même si aujourd'hui, je me dis que plus jamais, je sais pertinemment qu'à la prochaine invitation, je récidiverai avec autant de plaisir que j'en ai eu hier soir.

De fois une journée perdue, ça fait du bien, si ça veut dire qu'on a eu une chouette soirée remplie de belles personnes la veille...

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jeudi, avril 26, 2018

Réfugiés climatiques

J'ai l'habitude de poser un certain regard sur les excentriques que je croise. Je ne fais pas tout à fait exprès, je les vois, voilà tout. De ce fait, j'ai remarqué une certaine forme de migration de la vaste majorité d'entre-eux en fonction des saisons. Nous sommes actuellement à une charnière saisonnière, justement, par conséquent j'ai constaté plusieurs abonnés absents dans les rangs des visages que je croise quotidiennement depuis des mois. Par exemple, l'homme qui a tenu la porte du métro Jean-Talon tout l'hiver s'est fait la belle depuis la fin de semaine. Il s'était aussi évaporé au printemps dernier, pour mieux se matérialiser à son poste quelque part en novembre.

À mon passage à Berri aujourd'hui, le ciel crevé déversait des trombes d'eau. Ce qui a bien entendu amené un bon nombre d'individus à se réfugier dans les longs corridors qui mènent aux différentes portes extérieures, en faisant en quelque sorte, des réfugiés climatiques. À cause d'un détour sur les rues du dessus, mon propre itinéraire à l'intérieur de ces murs a été modifié en faisant en sorte que j'ai parcouru, sous terre, un beaucoup plus long chemin qu'à l'ordinaire.

J'ai revu plein de personnes que je n'avais pas vues depuis fort longtemps. Non, je ne suis pas altruiste au point de m'en être aperçue sur le coup, mais à les revoir tous, massés dans des corridors en échos, un peu plus maganés que l'an dernier, beaucoup plus usés, m'a fait réaliser leur récente absence. Je me suis d'ailleurs trouvé juste assez égoïste de ce fait, pour avoir l'impression de faire encore partie de la masse plus ou moins indifférente qui les entoure.

Ces gens, je les croise d'ordinaire à l'extérieur sur des coins de rues précis le long du trajet que j'aime faire à pied entre chez-moi et Berri. En me rendant à l'évidence qu'ils animent ce secteur de la ville durant les belles saisons, même lorsque celles-ci ne le sont pas vraiment. Les habitués de l'hiver se sont pour la plupart évanoui de mon champ de vison. J'ignore où il passent ces mois-là. Et je sais d'expérience que je vais m'habituer à ce nouveau paysage humain en laissant ces visages s'étioler dans ma mémoire sans trop m'en apercevoir. D'autant que je ne verrai pas leur automne au quotidien, puisque je déménage dans deux mois.

Néanmoins, les itinérants et autres personnages étranges ne sont pas les seuls réfugiés climatiques que j'ai croisé en masse aujourd'hui. Partout autour de moi, d'autres mains se tendaient pour que je cotise à une cause ou une autre, comme si toutes les équipes sollicitation des organismes à but non lucratif s'étaient aussi rabattues dans les même corridors impersonnels. Et si j'ai beaucoup de tolérance envers les étranges, je le suis beaucoup moins avec ceux qui me lancent des petits commentaires désobligeants quand je leur dit que je ne suis pas intéressée à m'arrêter pour écouter leur laïus sur les causes qu'ils défendent, aussi juste soit-elle.

Et pour couronner le tout, il y avait des distributeurs de bibles et autres représentants religieux à tous les trois pas. Tout ce beau monde voulait mon bien, à leur mesure, à condition que j'endosse, j'appuie, je collabore financièrement ou par d'autres moyens à leur réalité faisant en sorte que j'ai franchement eu l'impression de devenir une proie un peu trop facile pour tous ces réfugiés du climat.

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dimanche, avril 22, 2018

Lutins de printemps

Moi je dis que les fins de semaines, ce n'est pas reposant. En tout cas, celle-ci ne l'a pas été du tout.

D'abord, on a eu de la visite vendredi soir, et je me suis couché tard. Heureusement, j'ai eu une belle surprise en me levant le lendemain. Ma chambre était toute jaune. Je me suis levé et j'ai couru voir Maman pour le lui dire. Elle m'a expliqué que c'était le soleil du printemps qui faisait ça. Alors, on a chanté si tu aimes le soleil ensemble, parce qu'on trouvait ça si joli, tout ce jaune.

Après, je suis allé à la natation avec Grand-Mamie. Je ne sais pas si j'aime ça la natation. J'ai peur un peu. Beaucoup même quand le moniteur me demande de me mettre sur le dos. J'ai peur de couler, même quand Grand-Mamie me tient la tête contre son cœur. Alors, après mon cours, je suis toujours très fatigué. Et des fois, je suis tellement fatigué que je ne fais pas une belle sieste. Et puis, hier, on avait encore de la visite pour le souper et j'avais très hâte de la voir. Évidemment, après tout cela, je me suis encore couché tard.

Ce matin, on est allé à la bibliothèque. Moi j'aime ça aller à la bibliothèque, parce qu'il a des livres partout et que je peux en choisir plein pour les rapporter à la maison et les lire et les relire avec Papa et Maman. Même des fois, je les lis tout seul. Quand on est revenus à la maison, Papi est arrivé avec une maison d'escargot (une roulotte) pour nous. C'était super excitant d'en faire le tour et de voir où étaient caché les lits. J'étais tellement content que j'ai fait un spectacle dans de chant à partir de la maison d'escargot. Et en plus, j'ai eu une maison d'été juste pour moi pour mettre sur la galerie et pouvoir cuisiner sur le barbecue en même temps que Papa ou Maman.

Après toutes ces émotions et ma sieste, on est allés chez Grand-Mamie parce que c'était la fête de Francis. J'avais très hâte de les voir lui et Tatie, mais quand j'ai eu fini de grimper les marches, j'ai pilé net. Je ne sais pas comment elle a fait son compte, mais Coccinelle était déjà-là et Tatie l'avait dans ses bras. Alors j'ai dit : « Non, tu la prends pas, t'as pas le droit ». Mais Maman et Papa ont dit qu'elle pouvait. Moi, je n'étais pas content. C'est moi qui veut dire bonjour à Tatie en premier, pas Coccinelle, elle ne parle même pas.

J'avais prévu de lire mes nouveaux livres de chez Grand-Mamie avec Tatie, sauf qu'après cette entrée ratée, ça ne me tentait plus. C'est donc Francis qui me les a lus. J'aime beaucoup ça quand il me lit des livres, parce qu'ils met plein d'intonations et rend l'histoire vivante. Et j'ai dit à Tatie qu'elle n'avait pas le droit de lire mes livres. J'ai continué à la bouder pas mal toute la soirée, ne pliant qu'au moment de manger le gâteau parce que j'aime bien manger le gâteau sur ses genoux.

Ensuite j'ai mis mon beau pyjama d'ours pendant que Maman donnait le lait à Coccinelle. J'ai même sorti ma suce. Et je me suis collé sur Grand-Mamie pour qu'elle me lise Le chat botté. J'avais ma doudou et ma bouteille de lait avec moi pour me préparer au voyage de retour jusque dans ma maison.

Je crois bien que je vais dormir sur mes deux oreilles après toutes ces activités en deux petites journées...

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jeudi, avril 19, 2018

Cimetière de l'été précédent

Le printemps me manque. L'espèce de bouillie grise qui enveloppe Montréal depuis plusieurs jours n'est pas ce que j'appelle le printemps. C'est sans doute pour cette raison que j'ai entrepris, par un matin pas tout à fait brumeux, de marcher jusqu'au métro Berri. Comme si je croyais que cette bravade pouvait porter un coup terrible à la température automnale et ainsi faire jaillir le printemps.

Ça faisait un bail que je n'avais pas pris cette marche que je connais tellement par cœur que d'ordinaire je ne remarque que très peu le paysage, sauf si, à l'occasion je tombe sur un lever ou un coucher de soleil passablement extraordinaire. Les gens, eux, je les vois tout le temps, mais le décor, il m'arrive souvent de ne pas vraiment en tenir compte.

Bien entendu, l'air ambiant était, disons, frisquet. Je n'avais d'autre choix que de marcher d'un bon pas afin de me tenir au chaud. Et même s'il n'y avait pas vraiment de brouillard, la grisaille de ce matin précis, drapait les contours des édifices et et des véhicules d'un genre de halo qui rendait tout un peu flou. Ça me rappelait l'image qu'on a enfant d'un cimetière duquel les fantômes pourraient se lever à tout moment, si tant est qu'on avait le courage de le regarder assez longtemps ou encore de le traverser à la nuit tombée.

C'est dans cet état d'esprit que je me suis rendue compte que j'arpentais effectivement un cimetière. Partout autour de moi, les ancrages et autres poteaux portaient les cadavres des vélos de l'été précédent. Les uns étaient désarticulés, les autres démembrés. D'autres encore simplement affaissés sur des roues crevées. Beaucoup de roues solitaires, tristement attachées à un cadenas désormais inutiles. À leur base, souvent, un cerne de rouille quand la chaîne faisait encore partie de la carcasse éventée.

Sans trop m'en apercevoir, je me suis mise à les dénombrer, et à tenter de m'imaginer l'histoire de ces bicyclettes laissées pour mortes sur les pavés, ensevelies par les chutes de neige durant l'hiver rigoureux que nous venons de traverser pour se rappeler à nos bons souvenirs seulement maintenant que les trottoirs et les rues sont vraiment dégagées.

J'ai abandonné mes projets rendue à 30, surtout que je n'avais pas encore fait la moitié du chemin. J'ai d'ailleurs pu constater que la population de vélos morts augmentait dramatiquement aux abord de la station de métro, comme si tous leurs anciens propriétaires s'étaient collectivement découragés devant les avanies subies par leurs précieux destriers en s'engouffrant dans les tunnels des métro, comme pour oublier.

Je sais à quel point il est désagréable de trouver un bout de vélo plutôt qu'un vélo entier là où on l'avait laissé, mais il me semble que la base de la civilité c'est d'en détacher les restants et de les mettre au chemin pour les prochaines vidanges. Parce que même si ces cadavres ne puent pas la putréfaction, ils contribuent largement à la pollution visuelle.

Et ça, à mon sens, ça rend le printemps encore plus triste qu'il ne l'est déjà.

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dimanche, avril 15, 2018

Apparté ludique

Je connais des gens qui jouent. Je veux dire par là, des adeptes de jeux de société. Je n'en suis pas. Pas que je déteste cela, mais ça ne m'emballe pas particulièrement. J'ai joué enfant, pas mal même, mais j'ai des souvenirs de chicanes et de tricheries multiples. J'aime bien les jeux de stratégie, ceux qui me permettent de gagner quand j'use de ma tête et de mes forces, mais sinon, je me tanne vite. Bref, c'est un domaine de mon activité professionnelle dont je suis passablement ignorante. Je ne suis pas seule dans mon lot d'ailleurs, la plupart des employés, surtout au début, se sauvent presque en courant quand il y a des questions de jeux de société.

Pour palier à cette lacune et pour favoriser le bon développement de l'esprit convivial dans mes troupes, j'ai convié les employés de mon département à une soirée de jeux. Il existe maintenant plusieurs salons de jeux avec des formules différentes. Le dénominateur commun est constitué par des fous des jeux qui les connaissent sur le bout des doigts et peuvent les expliquer à tout public afin d'en faire comprendre les arcanes.

Nous avions choisi d'aller découvrir le Randolph sur Beaubien parce que cet endroit accepte les réservations, ce qui n'est pas le cas partout. Et comme nous le faisions dans un cadre semi-professionnel, nous aurions été bien marries de ne pas trouver d'espace où nous installer et encore davantage de n'avoir aucun jeu à tester.

Sitôt installées, nous avons expliquer aux animateurs que nous vendions des jeux que nous en connaissions pas ou peu et que nous voulions les tester afin de pouvoir les expliquer. Nous avons soumis une liste de jeux qui nous sont fortement demandés et nous avons entrepris de les essayer. L'air de rien, quatre heures, passent très vite dans ce contexte. Nous avons une moyenne d'un jeu à l'heure, soit beaucoup moins que ce à quoi je m'attendais, mais au moins je peux désormais dire que je sais jouer à ces jeux-là.

Nous avons rapidement découvert, que la plupart des jeux très populaires sont faciles à apprendre et comportent des règles simples. Mais aussi que beaucoup de jeux primés le sont certainement par des joueurs qui comprennent rapidement des arcanes complexes comme s'il s'agissait d'un langage pour lequel, nous simples néophytes, ne connaissons pas l'alphabet.

Ce fut une belle soirée, très bruyante et rieuse. J'avais l'impression que les décibels en présence côtoyaient de très près celles des salles de spectacles musicaux. Ça m'épuisait les tympans. Je suis donc retournée à la maison épuisée comme si j'avais marché toute la ville de long en large en une journée.

Et j'ai été complètement sidérée, à notre sortie, de voir l'étendue de la foule qui attendait patiemment une table pour s'y installer.

Bref, j'ai passé un bon moment, qui me sortait totalement de ma routine. J'avais presque oublié à quel point ça fait du bien.

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jeudi, avril 12, 2018

Bouteille à la mer

Ça y est, le bail est signé pour 14 mois. J'aurai un logement à moi toute seule à partir de juillet prochain. Pas très grand, mais pas si petit non plus. Juste à l'endroit où j'avais envie de vivre, sur la Promenade Fleury, près de tous les services, même si c'est un peu éloigné des métros. Mais je préfère de loin être près d'une épicerie que d'une station, parce que c'est beaucoup plus simple pour une fille qui n'a pas de permis de conduire.

Ce ne sera pas spacieux, juste assez grand pour une femme seule. Juste assez petit pour que le ménage hebdomadaire de me donne pas de l'urticaire. Un petit nid, en réalité. Composé d'une belle grand pièce bien éclairée, dans laquelle j'imagine déjà un salon et une salle à manger, une toute petite cuisinette, mais je n'ai pas besoin de davantage, et une grand chambre lumineuse.

Le prix du loyer entre à peu près dans mon budget idéal, mais le plus important pour moi c'est que c'est un quartier dans lequel je me sentirai bien. Je le connais par cœur, l'ayant arpenté toute mon enfance et mon adolescence. Bizarrement, il me semble toujours. à ces latitudes. que les distances à parcourir sont moins grandes qu'ailleurs, même si je sais pertinemment qu'il s'agit-là d'un effet de mon imagination. Comme si mes repères amincissaient les écarts entre les points à relier.

Et j'ai le trac. Le trac d'aller vivre seule d'une part, celui aussi de quitter un endroit que j'habite depuis près de dix ans. Cependant, je sais que ma famille immédiate, sera toute proche et sans doute beaucoup plus facile à visiter sur un coup de tête. Je rêve de pouvoir garder mes neveux et nièce si l'occasion se présente ou encore, lorsqu'ils auront un peu grandi, de pouvoir faire des activités avec eux sans que cela implique un trop grand branle-bas-le-combat.

J'ai aussi la date du déménagement. Normalement, l'appartement devrait être libre le 28 juin, mais je crois que je vais bouger le 30. Parce que c'est un samedi et qu'il me faut, maintenant, faire une chose avec laquelle je ne suis pas très à l'aise, soit demander de l'aide. Comme je l'ai mentionné plus haut, je n'ai pas de permis de conduire. Je ne peux donc pas compter que sur moi-même pour me déménager. Cependant, je n'ai pas assez de choses à bouger pour que ça soit logique d'engager des déménageurs, ce que je ferais sans l'ombre d'une hésitation si le jeu en valait la chandelle. Mais voilà, en tout et pour tout il y une table de salle à manger, 4 chaises, 4 bibliothèques, deux classeurs, un vélo et des boites à bouger.

La question est donc : est-ce que je connais quelqu'un qui serait apte à conduire un camion de petit volume entre Ville-Marie et Ahuntsic? Bien entendu, je paierai la location dudit camion. À moins que parmi mes connaissances ou les connaissances de mes connaissances, quelqu'un aurait une remorque à prêter à cette date, avec la voiture et le conducteur qui va avec. Je suis aussi prête à payer pour le service. J'aurais aussi besoin de quelques bras, parce que ça accélérerait singulièrement le processus.

Alors voilà, j'ai jeté ma bouteille à la mer. J'espère très fort que dans les semaines à venir je verrai de quelle manière je pourrai entreprendre ce nouveau pas dans ma vie.

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dimanche, avril 08, 2018

Zone d'inconfort

J'ai une amie qui a pris la décision de déménager en dehors de sa zone de confort. Elle et moi, on se connaît depuis longtemps. Plus de quinze ans. On en a déménagé, ensemble, ou séparément, des meubles. Mais depuis une douzaine d'années, on s'était plus ou moins établies dans des secteurs que nous connaissions par cœur toutes les deux. Notre zone s'étendait autour de l'axe de la station Berri avec un jeu de 7 sept stations en direction nord et est.

Quand l'immeuble ou elle vivait depuis plusieurs années avait été vendu, elle s'était aussitôt mise en quête d'un nouveau nid. Elle avait déjà en tête Verdun comme prochain lieu de vie. Je ne connais pas cette partie de la ville, c'est très au sud et très à l'ouest, pour une fille qui a grandi dans Ahuntsic. Pour ma première visite officielle dans son nouveau logis, je m'étais perdue en m'y rendant. J'avais pris sa rue dans le mauvais sens et m'étais retrouvée une station de métro en aval. J'avais un peu honte quand je lui avais annoncé que je m'étais perdue, mais je ne pouvais pas faire autrement que de rebrousser chemin jusqu'à ma destination finale.

Il y a une autre station de métro dans son secteur, mais après ma mésaventure, je n'avais pas envie de tenter un nouvel itinéraire, dans le noir. Je suis donc retournée à la station De L'Église qui m'est totalement étrangère. C'est, à mon avis, un étrange endroit. De part sa structure, entre autres, étant donné que les rames sont superposées plutôt que face à face. Ça donne une profondeur hors norme. Et le dimanche soir, les métros en général, et cette station en particulier, ne sont pas des lieux très fréquentés. Comme pour faire exprès, j'ai manqué le train d'une vingtaine de secondes alors je m'étais engagée sur un quai vide qui me semblait glauque malgré sa propreté, simplement parce que je n'en connaissais pas les marques.

J'avais à peine posé mes fesses sur un banc pour attendre patiemment l'écoulement des neuf prochaines minutes quand un homme s'est mis à hurler. Je n'avais aucune idée de l'endroit où il était, mais sa voix portait. On aurait dit un rugissement immense dans les voûtes de la station. Il criait à une femme de le laisser tranquille en émaillant son « discours » de noms d'oiseaux aussi violents que dérangeants. Malgré l'armure du livre que j'avais dans les mains, je n'arrivais pas à me concentrer. L'homme me semblait loin, mais je me trouvais bien seule dans cet antre de la Terre. Dans les stations que je fréquente d'ordinaire, je vois constamment des agents circuler. Là, j'étais seule. Complètement seule avec un rugissement venu de je ne savais où.

Jusqu'au moment ou une ado aux yeux et à la chevelure d'un noir de geais s'était arrêtée devant moi en me disant quelque chose en arabe, ce que je n'ai évidemment pas compris. Je l'avais regardée surprise en lui rétorquant : « Quoi? » Elle s'était assise tout à côté de moi, même si tous les autres bancs étaient disponibles et m'avait répondu dans un québécois parfait : «  Oh! Désolée, j'ai juste eu peur. Je suis passée à côté de cet homme et s'est mis à m'insulter, comme si tous ses malheurs étaient de ma faute ».

J'avais eu peur de loin, je comprenais donc un peu. Je n'avais rien à dire, alors je lui avais serré la main très fort, sur mon cœur.

Et c'est ainsi que j'avais attendu le prochain vers ma zone de confort, coincée entre un peu de chaleur humaine et beaucoup d'inconfort.

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jeudi, avril 05, 2018

Mesure d'humanité

Je viens d'écouter un reportage sur la migration illégale en Amérique. Les personnages en présence étaient sensiblement les mêmes que ceux des routes migratoires d'Afrique et d'Europe, mais le pays de destination était celui dans lequel je vis, cette terre promise ou l'une rêvait de conduire une voiture pour amener ses enfants à l'école et l'un souriait à l'idée d'une maison dont le toit ne coulerait pas.

Aucun d'entre eux n'a pris la route de la migration avec légèreté. Quitter une terre natale ne se fait généralement pas sans arrière pensée. Pour ceux qui décident d'arpenter un continent du Brésil jusqu'au Canada par des routes qui n'en sont pas, c'est parce que leur pays natal n'a plus aucun espoir à leur offrir. Ils savent qu'ils verront plusieurs compagnons de voyage périr en cours de route, que ce sort leur est peut-être même réserver et pourtant, tous les jours, ils se battent pour avancer. C'est horrible.

C'était une route ardue, impitoyable et incroyablement chère. Une route ou l'on abuse des gens désespérés, de leurs maigres ressources financières et bien souvent aussi de leur corps. Un chemin ardu qui s'étire sur des mois et peut-être même des années. Partout où ils passent, ils dérangent et personne ne veut d'eux parce que personne n'est équipé pour les accueillir.

Surtout que moi je sais que s'ils parviennent jusqu'ici, même leurs rêves simples tarderont à se réaliser. Se créer une vie ici ne se fera pas sans heurt, ils y vivront mille difficultés et plus encore. Quel travail pourront-ils obtenir? Rien ne sera simple et à regarder leurs yeux brillants devant le possible Eldorado que représentent pour eux le Canada, j'avais le cœur qui se saignait par compassion.

En tout cas, ça remet mon existence en perspective. Oui, j'ai mes enjeux, mes difficultés, mes échecs. Rien toutefois de comparables avec ce qu'ils fuient avec assez de détermination pour entreprendre une aventure aussi dangereuse. Je peux bien me dire que je ne suis pas riche, mais par comparaison, je le suis immensément. J'ai une solide éducation, une belle culture générale, un emploi que j'aime et qui me nourri autant émotionnellement que physiquement. J'ai une famille qui m'aime et avec qui j'entretiens de bonnes relations. J'ai un toit, une chambre pour moi toute seule, assez d'argent pour décider de manger au restaurant quand j'en ai envie ou de me payer un spectacle de temps à autre. Et surtout, je me sens, généralement, en sécurité.

Je sais depuis longtemps que ceux qui prennent ces routes migratoires entament en fait un saut dans l'inconnu. Je sais que leurs trajectoires seront semés de passeurs et de bolides surpeuplés et non sécurisés. Mais c'est comme si en les voyant marcher ce continent qui est le mien, je les voyais de beaucoup plus proche que par le passé. Ils me deviennent plus tangibles et me forcent à réaliser à quel point je suis née du bon côté du monde.

J'ai eu de la chance et je suis bien heureuse d'être assez curieuse du reste de l'humanité pour le mesurer, à tout le moins en partie.

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dimanche, avril 01, 2018

Une tête à histoires

Aujourd'hui, c'était Pâques (je dis pawques) et aussi la fête de Grand-Mamie. J'avais bien hâte toute la semaine, parce que je voulais manger du gâteau, souffler les bougies et manger du jambon. J'avais aussi hâte de voir Francis et Tatie, mais moins que les autres choses. Et puis, même si je suis toujours content de les voir, je me sens toujours un peu gêné, au début.

J'ai été ouvrir la porte à Tatie, je lui ai fait un beau sourire et je suis retourné en courant grimper sur les genoux de Maman pour lire un livre. J'en profitais parce que Coccinelle était dans les bras de Grand-Mamie. Je n'ai plus très souvent les genoux de ma maman pour moi tout seul. On a bien regardé toutes les images ensemble, j'étais content.

Tatie s'était assise en face de nous avec Coccinelle qui dormait. Elle m'a demandé ce que j'avais fait avec Grand-Mamie la semaine dernière. Je le savais; j'étais allé à un cours de natation. Je lui ai raconté que j'ai sauté dans la piscine, sans flotteur et que j'ai mis la tête dans l'eau. Mais surtout, je lui ai dit qu'il y avait une petite fille qui s'appelait Éléonore, comme ma maman à moi. Le papa de la fillette avait l'air bien surpris qu'une maman s'appelle Éléonore. Moi, je trouve ça normal, beaucoup plus normal qu'une petite fille qui s'appelle comme cela.

Tant qu'a être dans mes aventures, j'ai raconté à Tatie que le Lapin de Pâques était passé chez Grand-Mamie et je lui ai montré les cachettes où il avait laissé les chocolats pour moi. Je les ai tous trouvés. J'ai aussi dit à Tatie que j'avais vu le Lapin de Pâques hier avec Papi, il avait des bottes et des mitaines et un panier pleins de cocos. Je l'avais vu, vrai de vrai.

Quand Papa est arrivé, on s'est mis à table pour manger, mais j'ai un rhume et je n'ai pas très faim. Alors, Papa m'a pris sur ses genoux pour que je mange. Je ne sais pas pourquoi, la nourriture goûte meilleur sur les genoux de Papa. Après, c'était le moment des chansons d'anniversaire. Maintenant, je connais presque toutes les chansons par cœur et je les chante avec tout le monde. Grand-Mamie était très émue en me regardant chanter pour elle. Je lui ai aussi remis une belle carte que j'avais faite pour elle et j'ai aussi donné des dessins à Francis et à Tatie. C'était mon tour de donner des cadeaux.

Mon rhume me donne de la difficulté à respirer. Après avoir chanté, j'étais pas mal fatigué. Il fallait que je prenne ma pompe, mais je n'aime pas beaucoup ça. Tatie m'a dit : « Zazou, moi je crois que la pompe c'est une bien bonne manière de chasser le tigre dans ton bedon ». Je l'ai regardé surpris. Maman m'a expliqué que Tatie parlait du bruit que faisait ma respiration. C'est vrai que ça ressemble un peu.

Moi, ce que j'ai compris, c'est que dans la tête de Tatie, il y a des histoires. Des histoires comme dans les livres.

Un jour, il va falloir que j'explore cette piste-là.

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jeudi, mars 29, 2018

Semer des lecteurs

D'ordinaire, le magasin se vide vers 17 heures, malgré le fait que celui-ci ferme ses portes à 21 heures tous les soirs. Pour une raison qui nous échappait, ce soir-là la boutique était pleine de gens qui non seulement bouquinaient, mais en plus demandaient de l'aide avant même qu'on ai pu les saluer. C'est dire.

J'aurais dû être au moment de ramasser mes cliques et mes claques pour rentrer à la maison quand une jeune femme aux immenses yeux interrogateurs s'est approchée d'une employée qui elle aussi avait terminé pour lui demander conseil sur des livres qui ne l'intéressent généralement que peu. Elle m'avait lancé un regard en biais et j'avais volé à son secours, après tout, c'est davantage à moi qu'à elle de prendre sur moi pour faire du temps supplémentaire en cas de besoin. Et puis, j'aime faire du service à la clientèle.

En quelques traits, la femme m'a dit ce qu'elle cherchait en prenant bien soin de me faire part de ce qu'elle ne voulait surtout pas. En gros, je devais à tout prix éviter de lui présenter des livres de croissance personnelle ou des romans à l'action lente. Et surtout, surtout pas de roman policier s'il-vous-plaît-merci.

Personnellement, un roman policier ne me déplaît pas de temps à autres, mais je peux comprendre que quelqu'un n'aime pas ce genre. J'avais fini par comprendre que la jeune femme en question avait adoré beaucoup de romans d'aventure jeunesse et quelques romans coup de poing avec des personnages dérangés et perturbants comme Marie Laberge a pu en produire à de nombreuses reprises.

J'étais en terrain de connaissance. Beaucoup de ce que j'aime lire ressemble à ce qu'elle me demandait. Je lui ai donc fait une série de suggestions pensant que je pourrais retourner à mes affaires, soit à ma soirée à la maison, quand elle m'a retenue par le poignet en me disant : « Non, reste! J'ai besoin de d'autres suggestions parce que je ne trouve jamais personne pour m'aider à trouver des bons livres et quand je me fie à ce que je lis sur les couvertures, je me trompe tout le temps et je suis déçue ».

Alors, je suis restée. Et j'ai raconté des livres jusqu'à en avoir la gorge sèche. Elle est partie avec une dizaine de livres sous le bras. Je ne sais pas si l'un d'entre eux lui plaira vraiment, mais j'espère avoir fait quelques bon choix. Et peu m'importe d'avoir rogné sur mon temps personnel pour l'aider à trouver des histoires dans lesquelles s'empêtrer confortablement. L'essentiel c'est de continuer à semer autour des moi des gens qui lisent.

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dimanche, mars 25, 2018

Une journée en amitié

Je me suis réveillée par un matin radieux de printemps. Il était beaucoup trop tôt pour émerger de mon lit par un jour de congé, mais je n'avais plus sommeil. J'avais donc choisi l'entre-deux de la lecture dans rayon lumineux bien enfouie sous ma couette. J'avais rendez-vous pour le brunch, mais je prenais plaisir à rester lovée dans mon écrin comme pour arracher quelques heures au repos.

Nous allions visiter son prochain appartement, celui où elle s'installera sous peu. Celui-ci se situe dans un quartier que je croyais ne pas connaître du tout puisqu'il est situé à des kilomètres de ceux que j'ai habité, mais je me suis rapidement rendue à l'évidence que j'y avais été il y a très, très longtemps, à l'époque où je ne comprenais pas encore tout à fait ce qu'était un quartier, même si j'en habitais un.

Bref, mon amie et moi nous sommes rendues à l'extrême sud-ouest de la ville. Après avoir visité l'appartement, nous avons entrepris d'arpenter les rues que nous ne connaissions pas comme si nous étions en voyage dans une nouvelle ville. La température était idéale, les gens que l'on croisait souriants, les enfants jouaient à courir quelques mètres devant leurs parents, comme pour mesurer jusqu'à quels degrés ils pouvaient étendre leur liberté. C'est ainsi que nous sommes retrouvées assise dans un petit resto à déjeuners qui n'appartient à aucune chaîne et dont la décoration festive nous faisait chaud au cœur.

Nous en étions ressorties en nous disant que mon amie s'éloignait sans doute aucun des lieux qu'elle habitait depuis des années, mais qu'elle s'était trouvé là, un très chouette quartier où vivre cette nouvelle époque de son existence.

En soirée, j'avais un souper de prévue avec une femme chère à mon cœur que je n'avais pas vu depuis près d'un an. En la voyant, mon cœur avait un saut de joie dans ma poitrine et je m'étais dit que négliger de telles amies, quelles que soient les raisons que je me donne, c'est vraiment nono et que c'est moi qui y perds au change au passage.

Cette rencontre avait lieu au nord de Montréal, près de l'endroit où je voudrais habiter l'été prochain. Dans un quartier et sur une rue que je connais comme le fond de ma poche, même si beaucoup de choses ont changées depuis que j'ai cessé d'y habiter. Il y a un je-ne-sais quoi de rassurant à me promener dans cet endroit nettement plus paisible que l'endroit où je vis actuellement. Je sais que c'est psychologique, mais toutes les distances me semblent courtes, comme si ma connaissance intime des jalons que je parcoure en rapetissait l'envergure.

J'avais donc passé la journée à voyager d'une amie à l'autre, d'un bout de la ville à son extrémité. L'un dans l'autre, je m'étais lovée dans la chaleur humaine des discussions sans entraves et sans faux semblants.

C'est une journée de printemps, une journée en amitié, une journée à répéter le plus souvent possible.

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jeudi, mars 22, 2018

Faire des croquis

Ces temps derniers, il me semble qu'il y a trop d'idées dans ma tête pour que je puisse y voir clair. J'ai un paquet de priorités à traiter avec l'impression qu'il me manque d'attention pour arriver à le faire comme du monde. Répondre à la question « Où as-tu envie d'aller souper? » m'a laissée aussi désarçonnée que si l'on m'avais demander de me rappeler de l'adresse exacte de l'appartement où j'ai passé les deux premières années de ma vie. C'est tout dire.

Au travail, c'est pareil. Je m'éparpille et m'épivarde. Rien de très grave, mais je fais très exactement ce avec quoi je taquine impitoyablement les libraires depuis des années : je sème des piles au gré de mes passages et j'ai un mal fou à les retrouver. Et bien entendu, parce que je suis moi, j'égare mes clés plus souvent qu'à mon tour, dans des endroits verrouillés, de préférence. Je dois alors, piteusement, demander à mes collègues d'aller les récupérer pour moi. Ça les fait rire, mais moi, ça me titille l'orgueil de voir qu'un peu de stress me fait tomber dans cette ornière.

Je n'ai pas vraiment peur de déménager; je l'ai fait si souvent dans ma vie. Je me sais efficace, rapide et prête au moment voulu. N'empêche que... Quand ça fait neuf ans que tu habites le même appartement, en partir c'est une histoire bien différente que lorsque du déménageais aux quatre mois, ou peu s'en faut.

J'ai passé des heures et des heures sur l'internet à regarder des annonces en me donnant l'impression de tourner en rond. Je constate que je suis un peu en avance pour un déménagement en juillet parce que la plupart des logements que j'ai vus sont libres immédiatement ou dans très peu de temps.

Et puis je veux faire du ménage dans mes affaires avant de partir d'ici histoire de ne pas transporter inutilement des boîtes de livres que je ne relirai plus. Surtout que je dois repartir à neuf avec mon mobilier parce que celui que j'utilise, je le traîne depuis que je suis partie de chez mes parents, il y a plus de vingt ans. L'air de rien, ça ajoute au stress parce que je ne sais pas avec quoi je meublerai ce que je visite.

J'ai presque trouver quelque chose, par ailleurs. Je dis presque parce qu'il me reste à aller porter une autorisation signée de demande de références au locateur. Ce n'est pas un énorme coup de cœur, mais c'est dans les limites de mon budget et très exactement au cœur du quartier que je visais, ce qui n'est pas rien. Ce n'est pas très grand, ni particulièrement petit. L'impression que j'en ai eu, après la visite c'est que je pourrais en faire un cocon.

Depuis, je fais des croquis. Je n'ai absolument aucun talent dans le domaine, mais j'essaie d'imaginer comment je pourrais aménager l'espace et j'y vois presque quelque chose qui ressemblerait à ce que je suis comme personne.

Et je me suis assurée que le voisinage était stable et pas trop étudiant. Parce que, bien franchement, je crois avoir bu, jusqu'à la lie, les expériences de voisinage post-adolescent festif.

Souhaitez-moi bonne chance.

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dimanche, mars 18, 2018

Comme une apparition

Selon ma bonne habitude, j'avais les écouteurs vissés dans les oreilles et j'écoutais une quelconque balado qui m'amusait. Devant moi, un couple se chamaillait parce qu'ils avaient loupé l'arrêt où ils devaient descendre ce qui semblait ulcérer la femme comme si l'erreur de repérage de l'homme était un affront personnel. Je m'efforçais donc de ne pas montrer que, malgré moi, je vivais les contre-coups de leur conflit ouvert et je me réfugiais dans mes écouteurs.

J'étais donc sortie de l'autobus avec un sourire aux lèvres et avais franchi les quelques pas qui me menaient à la porte du bar d'une démarche assurée. J'avais failli hurler quand une jeune femme était sortie de l'ombre pour m'attraper par le bras. Je ne l'avais jamais vue de ma vie tandis quelle me zieutait comme une amoureuse regarde la personne aimée qui vient la rejoindre dans une forme de surprise bienvenue. J'avais immédiatement compris qu'elle était plus que soûle et j'avais dégagé mon bras en essayant de ne pas être trop brusque tout en restant ferme.

J'avais choisi une table à l'écart de tout, là où il y avait le moins de gens possible parce que j'allais y rencontrer un ami avec qui nous aimons bien parler à cœur ouvert ce qui me poussais à éviter les endroits trop pleins d'oreilles indiscrètes, même inconnues. Comme nous ne nous étions pas donné d'heure tout à fait précise, j'étais équipée d'un roman passionnant, prête à affronter les minutes d'attentes sans m'ennuyer un seul instant.

La serveuse avait à peine déposé une bière devant moi que le groupe de la jeune fille, déménageait ses pénates aux tables qui jouxtaient celle que j'avais choisie. Elle s'était aussitôt approchée de moi en repoussant mon livre et me disant : « Ah ben là, tu ne va pas me dire que tu es venue dans un bar à minuit moins cinq pour lire un livre? » Je l'avais regardée, un peu de haut, je dois bien l'avouer. J'avais pris le temps de dégager ma montre à mon poignet pour regarder l'heure exacte avant de lui répondre : «  Oui, j'ai l'intention de lire et il est 20h18, pas minuit moins cinq ». Elle m'avait répondu en riant qu'elle le savait tandis que visiblement, elle ne s'apercevait aucunement qu'elle me mettait mal à l'aise, pas plus que ses comparses qui tiraient ma chaise vers leur table malgré mes protestations.

J'avais été plus que soulagée de voir mon ami arriver, puisqu'il me fournissait un rempart contre un rapprochement que je trouvais mal venu.

Après coup, je m'étais demandé si mon malaise venait du fait que je me sois fait abordée par une femme, mais j'avais vite écarté cette hypothèse. C'était la proposition frontale qui me mettait sur mes gardes additionné au taux d'alcoolémie délirant de nos voisins de table qui me faisait grincer des dents. Bien entendu, j'ai été flattée de tomber dans l’œil de quelqu'un sans avoir à faire aucun effort, mais telle que je suis faite, j'aurais de loin préférer un compliment laissé comme une carte de visite à ce déploiement d'attentions que je n'attendais ni n'espérais.

Mon compagnon de table a sans doute trouvé que mon attention papillonnait drôlement ce soir-là, mais je crois qu'il m'a rapidement pardonné après que je lui ai expliqué dans quel bizarre de bourbier je me trouvais.

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mercredi, mars 14, 2018

Le premier

Le bébé dans le ventre de Maman n'est plus dans le ventre de Maman; il est dans ma maison. Avec Maman. Toujours collée sur Maman. Enfin presque toujours. Des fois, le bébé il est dans les bras de Papa et des fois, c'est moi qui la prend parce que c'est ma petite sœur, c'est notre bébé à tous les trois. Juste à nous trois.

Un matin, je me suis levé avec Papi pendant que Papa et Maman quittaient la maison. Oh, je me suis bien amusé avec Papi et Guy-Guy, ça ne me dérangeais pas d'être avec eux. Mais quand je pensais que c'était l'heure de revoir Maman et Papa, c'est Grand-Mamie qui est venue jouer avec moi et me préparer pour ma sieste. Elle est restée avec moi longtemps et m'a ensuite amené souper au restaurant où j'ai beaucoup joué dans les jeux et j'ai couru, couru le plus vite possible avec d'autres enfants que je ne connaissais pas. Mais ce n'étaient pas grave parce qu'ils savaient jouer, c'était ça l'important.

Et puis, au lieu d'aller faire dodo chez-moi, je suis allé chez Grand-Mamie. D'habitude, j'aime ça faire dodo chez Grand-Mamie, sauf que là, ça commençait à faire longtemps que je n'avais pas vu mes parents. Le lendemain, ça été long, long, long avant que Grand-Mamie ne me reconduise chez-moi pour que je puisse enfin voir ma maman et mon papa. Je n'avais plus du tout envie de voir Grand-Mamie ni de jouer avec elle. Je voulais mes parents un point c'est tout.

Et quand je suis arrivé à la maison, il y avait Maman couchée sur le divan avec un minuscule bébé tout fripé. Heureusement mon papa était tout là et il m'a pris dans ses bras pour me montrer le nouveau bébé qui n'était plus dans le ventre de Maman. Moi je trouvais ça bizarre parce que Maman elle a encore un gros ventre. Je n'étais pas trop certain de bien comprendre. En tout cas, ce soir-là, j'ai dormi dans mon lit à moi, et c'est Papa qui m'a raconté des histoires et chanté des berceuses. Ça faisait du bien.

Et les jours suivants, Grand-Mamie et Papi venaient faire des visites. Je ne voulais plus jouer avec Grand-Mamie, elle m'avait gardé chez elle trop longtemps. Et je lui disais: « Non toi, tu ne crends pas le bébé, c'est moi qui le crend ». Sauf que j'ai un problème : je ne peux pas bouder Grand-Mamie bien longtemps parce que je l'aime beaucoup trop pour ça. Alors quand elle est venue avec Tatie et qu'elle m'ont amené jouer dehors et faire des bonhommes de neige, j'ai un peu oublié que je n'avais plus envie de jouer avec elle. Après, on a fait plein de trucs intéressants juste Grand-Mamie et moi et j'étais bien content que ce soit elle qui me donne mon bain, mais je ne voulais pas du tout que Tatie joue avec nous par exemple. C'était non et je l'ai bien exprimé.

Je suis bien content de m'être réconcilié avec elle.

Finalement, la vie a repris son petit train ordinaire. Je suis retourné à la garderie et j'ai pu annoncé aux amis que ma sœur était née. La seule vraie différence c'est que lorsque j'arrive à la maison à la fin de la journée, il y Maman, Papa et Coccinelle pour m'accueillir.

Au bout du compte, c'est seulement une personne de plus à aimer. Je crois que je vais aimer m'y habituer.

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dimanche, mars 11, 2018

Demoiselle Coccinelle

Depuis quelques jours, je trouvais mon cocon pas mal serré. Un peu trop pour mon propre confort. De toute manière, j'étais curieuse de découvrir ce qu'il y avait en dehors de mon nid. Je me sentais enfin prête à faire le grand saut dans le monde. Je trouvais le moment bien choisi parce que mon grand frère était à la maison et Papa aussi. Tout le monde bien présent pour m'accueillir, je ne pouvais demander mieux.

J'ai donc signifié mon envie à Maman. Je crois qu'elle a immédiatement saisi la situation parce qu'elle me parlait tout plein en passant sa main sur son ventre distendu. C'est ainsi que tôt le matin du 7 mars, Papa et Maman sont partis pour la maison des naissances pendant que Papi restait à la maison avec Zazou. Ils se sont installés dans une jolie chambre ensoleillée de chaudes couleurs pendant que je préparais minutieusement ma descente.

Comme je suis une petite demoiselle pugnace et décidée, une fois le travail entamé, il n'était pas question qu'on interrompe ma sortie. On a fait ça en championnes Maman et moi. Elle a beaucoup crié, mais pas de colère, de douleur sans doute un peu, je n'avais pas beaucoup de place pour me frayer un chemin, je l'ai donc passablement bousculée et déchirée au passage, sauf que tous ces cris et toute cette douleur étaient remplis d'amour. Je me sentais immensément bienvenue et ça m'aidait à aider Maman dans ses poussées.

Et au bout de quelques petites heures, ma tête est finalement émergée du corps de Maman et j'ai été accueillie à l'extérieur par ses douces mains déjà tellement remplies d'affection pour moi que j'en ai pleuré de joie. On a passé une belle heure ensemble collées, collées. Puis Maman nous a quittés, Papa et moi, pour aller à l'hôpital. Elle avait besoin qu'on s'occupe un peu des traces de mon passage. Mais j'avais confiance qu'elle reviendrait et, de toute manière, j'étais en complète sécurité, lovée sur le corps de mon papa, peau contre peau, cœur contre cœur. Je l'entendais battre régulièrement, comme j'avais entendu celui de Maman pendant tous les mois que j'avais passé dans son ventre. C'était vraiment une belle musique.

Maman est revenue juste assez vite pour je puisse prendre une bonne tétée. On en a profité pour se faire un gros câlin familial juste à nous trois. Beau moment bien précieux parce que mes parents, toute ma vie, je vais les partager avec mon grand frère alors j'avais bien l'intention de profiter de chaque seconde de cette opportunité.

Alors voilà, je suis une petite Coccinelle fraîchement arrivée. Je ne connais pas encore beaucoup de gens, mais j'ai un grand frère immense qui me prend déjà dans ses bras.

Décidément, je crois que j'ai très bien choisi ma famille.

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jeudi, mars 08, 2018

Refuser

Ça fait longtemps que j'ai décidé de ne pas donner l'aumône à toutes les personnes qui me tendent la main entre le travail et la maison et vice-versa. J'en ai souvent parlé ici, elles sont simplement trop nombreuses pour que je puisse me le permettre et j'ai appris que plusieurs d'entre-elles ont leurs habitudes et deviennent insistantes, si on leur a déjà donné quoique ce soit.

Alors bien entendu, je mens. Non, je n'ai pas d'argent, de cigarette, de barre tendre à distribuer. C'est ma réponse, et généralement, ça passe comme une lettre à la poste. Mais pas toujours. Et je dois à ces moments m'armer de courage et de patience pour affronter les situations.

J'arrivais à la station Jean-Talon par la rue du même nom, quand un jeune homme échevelé et puant s'est planté devant moi, m'empêchant de faire un pas dans quelque direction que ce soit en me demandant : « J'peux-tu t'acheter une cigarette? » Lui, je le connais, il est souvent posté dans le secteur. Son truc c'est de demander d'acheter une cigarette et de partir en courant sans payer son dû une fois que quelqu'un la lui aura tendue.

Je lui ai donc répondu que c'était la seule que j'avais. Il m'a alors dit : « Tu mens, je préfère que les gens me disent la vérité plutôt que de me mentir tu sais ». Son ton était abrupt et désagréable tandis que mes pensées le concernant étaient au diapason de son attitude. J'ai continué mon chemin, bravement, pendant qu'il me suivait de vraiment trop près pour que je me sente en sécurité. À l'entrée de la station de métro, il y avait deux travailleurs de rues que je connais aussi de vue et deux policiers, tous les quatre en grande discussion.

Voyant le manège du jeune homme à mes côtés, une des femmes a dit : « Allez Stéphane, laisse la dame tranquille. Pis va donc voir ailleurs si tu y es ». Lui, ne l'écoutait pas, il me disait presque à l'oreille « tu vas me donner ta cigarette quand tu vas entrer dans le métro hein? Tu vas me la donner? » Je dois dire que je ne me sentais pas très bien, mais que paradoxalement, j'étais rassurée par la présence des policiers et des travailleurs de rue, tout en espérant qu'ils n'interviennent pas, je voulais régler la situation toute seule parce que je sais que je vais revoir ce jeune homme, inévitablement.

Alors, je m'étais tournée vers lui et lui avais répondu : « Non. J'ai l'intention de la terminer ». Alors il m'avait dit : « Ben non, tu vas la jeter avant de l'avoir finie alors t'es aussi bien de me la donner ». Il y avait comme une menace dans sa voix. J'avais l'impression de rétrécir à vue d’œil. Me drapant dans tout ce que j'avais de volonté, je m'étais plantée sur le trottoir et l'avais regardé droit dans les yeux en lui demandant : « Qu'est-ce que tu comprends pas dans le mot –non– , dis-moi? » Il était resté interloqué et avait tourné les talon sous les rires des travailleurs de sociaux qui m'ont dit que j'avais très bien fait tandis que les agents de police s'assuraient que j'allais bien.

Ce n'est qu'une petite anecdote, un rien du tout dans le quotidien d'une femme qui dit non et qui n'est pas crue. Qui dit non et qui devient harcelée juste parce qu'elle croise la mauvaise personne au mauvais moment.

Et au bout du compte, ça été une grande victoire pour le respect de moi.

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dimanche, mars 04, 2018

Changement de plan

Ben voilà, le plans ont changés. De toute manière, c'est pratiquement ce à quoi servent les plans. Après tout, ils ne sont qu'une ligne directrice pour se donner une idée de sens à prendre. Même dans un texte, il m'arrive plus souvent qu'autrement de jeter les idées de où je veux aller avec une histoire et me retrouver quelque part entre le milieu et la conclusion en prenant une voie que je n'avais pas prévue à l'origine, alors le plan s'efface pour laisser place au texte qui voulait naître.

Je dois déménager. Je le sais depuis près d'un an. Changer de logis en soi ne me dérange pas. Je suis lasse de celui où j'habite, parce que je me sens loin de beaucoup de choses, mais surtout de gens, qui me sont chers. Et puis, je suis fatiguée des voisins imbéciles qui mènent leur vie de nuit et ne semblent pas avoir conscience que certaines personnes ne vivent pas entre 1 et 5 heures du matin. Je suis aussi tannée de vivre à un endroit où rien n'est fait de manière préventive et que balcon, bain, plancher n'ont été réparés que lorsqu'on passait à travers, au sens propre du terme, même pour le bain.

Mais voilà que je dois partir seule. La dernière fois que cela m'est arrivé j'ai fini le périple en dépression majeure. Alors dire que j'ai peur ici est un euphémisme : je suis terrorisée. Je ne suis pas très douée pour la vie en solitaire. Je mange mal, je dors mal, je passe le plus clair de mon temps à stresser au sujet de mes clefs, redoutant de les perdre et de me retrouver à la rue. Et puis, j'ai immobilisme facile. Alors, je m'éparpille un peu partout et je ne trouve pas le courage de me ramasser. En colocation je le fais pour ne pas déranger les autres, mais toute seule, je repousse continuellement les tâches domestiques et je fini par vivre dans un cocon qui n'est pas du tout douillet.

Avec ma grand hantise du dérangement, je fini par me murer dans un une bulle hermétique et étanche. Une grosse bulle de solitude.

Et puis j'ai peur financièrement. Je ne peux pas me permettre de payer beaucoup plus que 550$ de loyer. Que vais-je trouver pour un prix aussi dérisoire dans un marché comme celui de Montréal? Un garde-robe pas éclairé sans doute. Je me retrouve prise dans un énorme dilemme, soit je paie un loyer abordable et je peux continuer à voyager un peu, donc à vivre, soit je paie un loyer hors de prix pour moi et je retourne dans la pauvreté que je viens de quitter qui limite considérablement ma liberté de mouvement.

Mais je n'ai pas le choix, je ne trouverai pas de colocation à l'âge que j'ai qui me soit acceptable. Je devrai faire face. Accompagnée de la grosse chienne jaune de tous les fantômes de mes échecs passés.

Ce n'est pas rassurant.

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jeudi, mars 01, 2018

Taire l'orgueuil

Au moment où Maman était entrée dans la salle et que le cœur des invités s'était mis à entonner « Ma chère Michèle », j'avais senti ma gorge se serrer tandis que mes yeux se mouillaient. Il y avait là un magma d'émotions très belles et très fortes. Elle regardait la salle, ébahie, devant tous ceux que nous avions rassemblés. Des tantes (les siennes), des cousins, des cousines, des frères et sœurs, des amis des deux sexes et évidemment, ses enfants. Elle était si heureuse qu'une fois la chanson terminée, elle s'était mise à sauter comme une gamine, ou une magnifique maman qu'on avait réussi à surprendre bien comme il faut.

La salle était bondée, de gens que je connais depuis ma naissance, pour la plupart. Je ne dirais pas nécessairement des gens que je connais bien, mais tout de même. Ils ont veillés, à leur manière, aux différentes étapes de mon existence. Bref, je me sentais un peu coincée dans toute cette foule restreinte dans un endroit relativement confiné. Ce sont là de très mauvais ingrédients pour moi. Je savais déjà que j'avais un texte à livrer et aucun endroit pour aller me cacher.

L’appréhension me gagnait tandis que j'essayais de n'en rien laisser paraître. Je m'étais donc réfugiée dans un semblant de bulle avec mon frère, ma sœur et mon beau-frère, que je vois beaucoup plus souvent que le reste des membre de cette joyeuse assemblée, pour parler de tous les petits riens qui font d'ordinaire nos conversations. Ce faisant, je réglais les battements de mon cœur sur des arrimages connus.

Et puis, j'ai eu droit à un ou deux serre-forts inopinés. Pas mal venus pour autant, mais disons que, la rétive Mathilde, a encore bien du mal à laisser sa bulle se moduler à l'aune de l'affection d'autrui. Je sais que tout cela vient du cœur et que rien n'est fait pour me menacer, sauf que mon inconscient a beaucoup de peine à accepter ces gestes comme étant les bienvenus alors évidement, je fais le « I ». Encore, à presque 45 ans.

Bref, j'avais une envie folle de ne pas aller lire mon texte comme j'avais prévu de le faire, me sentant vulnérable et émotive. Pendant des années et des années, j'ai refusé de montrer publiquement cette part de moi. Avec les conséquences que l'on sait : ces colères immenses sorties de nulle part qui attaquent et blessent à tout vent.

Debout sur le bord de la fenêtre, j'ai tout de même entrepris de dire à Maman les mots que je lui avais écris. Tous ne les entendaient pas bien, d'autres groupes occupaient la même salle que nous et n'étaient pas tenus au silence. Mais ma voix s'est enrouée, s'est abîmée sur l'élan du cœur que je laissais courir devant moi. J'ai versé une larme, ou trois.

En sortant de scène, j'ai dit à ma sœur que depuis que je ne me choquais plus, le braillais tout le temps, avec un peu beaucoup de dérision dans la voix. Elle m'a dit que c'était bien mieux ainsi.

Moi, je pense que j'ai été assez forte pour le faire et surtout, je n'ai pas eu à vivre avec les dommages collatéraux de mes orages orgueilleux.

Je suis d'ailleurs passablement convaincue qu'aucun convive n'a eu envie de me pointer du doigt pour rire de ma faiblesse.

Je grandi encore, il faut croire.

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