lundi, mars 13, 2006

Mode d'interprétation

J’ai le cœur qui tremble et les mains moites, t’es là devant moi, comme une apparition sortie de mon imagination. Un peu trop charmant pour être vrai, un peu trop vrai pour n’être qu’un fantasme tout droit issu de ma caboche pleine d’idées. J’ai la tête qui tourne, tout passe trop vite. Je ne sais plus. Je parle à une vitesse vertigineuse pour combler les silences qui me semblent assourdissants. Autour de nous, il y a la foule d’un samedi après-midi qui baigne dans les rayons d’un premier jour printanier. Il faut que je parle, il me semble que je te dis n’importe quoi. La dernière fois que je t’ai vu, on s’est à peine échangé des salutations, gênée que j’étais d’avoir servi de cible à tes iris perçants. Et je me trouvais mille raisons qui pouvaient expliquer cette attention. Et je me convainquais que tu devais chercher d’où tu me connaissais. C’était simple. Et ça impliquait que tu ne savais pas qui j’étais. C’était simple et ça impliquait que je ne t’intéressais certainement pas.

Mais là, maintenant que t’as décroché l’écouteur de ton oreille pour me parler et que tu m’as gratifié d’un « Salut » qui signifiait clairement que tu sais très bien qui je suis, j’ai les émotions en montagnes russes. Je me dis que tu es peut-être là pour moi. Mais moi? Qui suis-je? Depuis quelques mois, je me trouve laide, laide, laide. Je dois me botter le cul tous les jours pour aller travailler, mettre un sourire sur mon visage et assumer l’air que j’ai. Je me trouve laide à en pourrir. Tout de mon apparence physique m’énerve. J’ai les joues trop rondes, trop de gras tout le tour du ventre, les yeux trop petits, les cheveux trop noirs. Et ce menton affreux, fuyant et rond. Tu ne peux quand même pas être devant moi parce que tu me trouves jolie? Ça ne se peut pas! Tu ne peux quand même pas être là parce que tu me trouves intéressante, ou charmante : tu ne me connais pas.

Mais maintenant que t’es là, j’ai l’impression de dire toutes les pires insipidités de la planète en rafale. Tu me dis que tu es super occupé et je ne suis même pas foutu de te demander à quoi. Comme si de te poser une telle question était d’entrer dans un cercle de ta vie qui m’est inaccessible. Tu souris et, bien entendu, tu découvres des fossettes qui me mettent dans tous mes états. J’essaie de ne pas porter attention aux gens qui sont autour de nous, surtout pas à ceux que je connais, parce que si je lis une quelconque question dans les yeux curieux qui nous épient, je vais rougir à coup sûr. Je ne suis même pas certaine que tu connaisses mon nom. On sait très bien que je connais le tien. Je me dis que je suis complètement ridicule, avec ma nuée de papillons dans la cage thoracique qui battent de l’aile tellement rapidement que tu dois en voir l’ombre tout autour de moi.

La dernière fois qu’on s’était croisés, on se vouvoyait. Aujourd’hui, je t’ai dit « tu » par inadvertance, glissant dans une nouvelle dimension qui me fou la trouille. Tu es parti sur un au revoir, sans que je sache quoique ce soit de plus que la dernière fois. J’aimerais avoir un lexique d’interprétation de ce moment. Je ne suis tellement pas certaine de comprendre ce que je vois.

Tu es parti faire un tour au soleil pendant que je restais prise dans mon intérieur, tiraillée entre l’envie que tu repasses dans pas trop longtemps et celle de ne plus jamais te revoir. Pour oublier que je suis ridicule quand je suis plantée dans tes mers amusées.

7 Commentaires:

Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Je me demande ce que les gens ferait vraiment avec un mode d'interprétation... Est-ce qu'ils fonceraient plus? Est-ce qu'ils sauraient vraiment quoi dire et quand le dire?

Et si les gens connaissaient la marche à suivre, est-ce que ça n'enlèverait pas un peu de piquant dans la vie? Mais bon, regardez qui écrit ;-)

3:57 p.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

J'ai pas de mots pour te dire....
Sans voix. Peut être plus tard.
@+

3:58 p.m.  
Blogger igby s'est arrêté(e) pour réfléchir...

c'est UNE mode d'interprétation: hier ce n'était pas comme ça, demain ca sera différent. Heureusement?

4:35 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Alex : avant que tu ne meures ; je fais aussi plein de fautes dans les commentaires. C'est pas grave.

Et puis, je ne veux pas de marche à suivre dans la vie, je veux une marche à suivre avec lui, bordel!

Dda : :)

Igby : Hum... Ça ne change rien au fait que je ne comprends toujours pas ce que son attitude à mon endroit peut bien signifier.

9:43 a.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

J'ai quelque part entendu que la vie était vide de sens et de signification. Pourquoi ne pas la prendre avec légèreté donc ?

2:10 p.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Joli récit. Il y a une ou deux tournures qui d'après moi auraient méritées d'être remodelées, mais d'un autre côté, cela donne un rythme pulsé à la lecture, comme si ca sortait plus du coeur que de la tête :)

7:04 a.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Soleil : Je la prend avec une relative légerté, mais j'étais prise dans mes milions de papillons là!

Matthieu M : Vous apprendrez à me lire que mes textes sortent effectivement du coeur. C'est l'aorte qui se vide à tous les coups!

11:30 a.m.  

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