mercredi, juin 14, 2006

Soirée de filles

Il s’était assis à mes côtés sans me demander mon avis et se mit à me parler comme si j’en mourrais d’envie. Pourtant, loin s’en fallait. J’attendais, en réalité que la personne qui m’accompagnait ait terminé de lire le bouquin qu’elle dévorait depuis quelques jours. Étant moi-même lectrice, je savais que je n’aurais pas pu avoir toute son attention tant qu’elle n’aurait pas su le fin mot de l’histoire. L’homme en question, était dans tous ses états et même davantage. Il empestait le vieux cigare de mauvaise qualité, la sueur rance et le fond de tonne. Il me dit, dans un français cassé : « je voudrai me présenter à toi ». Je n’ai pas daigné répondre. Je suis snob comme cela, parfois. Il a déplacé mon verre en face de lui, pour que je lui accorde mon attention. J’ai remis ledit verre à sa place. Il a dit « je veux parler avec toi. » J’avais compris, que je me suis dit in peto, sans pourtant rien ajouter.

À ma gauche mon amie m’a lancé un drôle de coup d’œil et je lui ai fait signe que tout était sous contrôle. C’est là qu’il s’est mis à hurler : « T’es pas gentil! Je te parle! Tu dois me parler! » Je lui ai simplement répondu, le plus doucement possible : « Non, je ne suis pas obligée de te parler et en l’occurrence, ça ne me tente pas. » Alors il s’est mis à s’énerver et à m’accuser de ne pas lui parler sous prétexte que je ne le trouvais pas assez beau. Là, j’ai tiqué, sans le lui montrer. En fait, je ne le savais pas vraiment parce que je n’y avait pas porter beaucoup d’attention. Je n’avais pas envie de faire la discussion à un gars trop soûl pour se tenir droit qui puait de surcroît. À mon avis, c’est bien suffisant. Et je ne suis pas encore assez superficielle pour décider de ne pas adresser la parole à quelqu’un pour l’unique raison que je n’ai pas envie de le draguer.

Un peu plus tard, alors que nous avions migré du bar à une table, pour éviter les importuns, il y a cet autre homme qui s’est mis à tourner autour de notre table. Mon amie et moi étions dans une grande discussion philosophique sur l’amour et ses aléas et ne faisions rien pour laisser entendre que nous désirions avoir de la compagnie. Après tout, nous avions bougé dans le but d’être le plus discrètes possible. Toujours est-il que nous le sentions rôder comme un vautour prêt à se jeter sur ses proies. Voyant qu’il n’arrivait pas à intercepter mon regard où celui de la demoiselle à mes côtés, il est retourné, penaud, s’asseoir avec ses amis.

Quelques instants après, un de ses compagnons se tire une chaise à notre table sans nous demander notre avis. Il va sans dire que je l’ai fusillé du regard. Je crois que la personne visée par ces manœuvre était davantage l’autre personne que moi, m’enfin. Il a dit « laissez-moi deux minutes, juste deux minutes les filles » J’ai regarder ma montre avant de décréter : « Ok, timer on ». Alors il s’est mis à nous expliquer qu’il donnait une leçon de drague au pauvre hère qui lui tenait lieu d’ami en lui démontrant qu’il fallait foncer un peu plus quand il y avait des jeunes filles jolies assisses toutes seules à une table et que de toute manière, deux filles seules dans un bar étaient là pour se faire draguer, n’est-ce pas.

J’ai vu rouge. Le plus calmement du monde, je lui ai dit que son temps était écoulé et que j’apprécierais fortement qu’il nous crisse patience. Il m’a trouvée bête et allait s’en plaindre à ma compagne quand elle a ajouté qu’effectivement le délai était écoulé. Il est reparti en bousculant toutes les tables et toutes les chaises qu’il a rencontrées sur son passage. Il m’a traitée de tous les noms le plus fort possible, afin que tous les occupant du bar puissent bénéficier de ses avertissements. Nous avons haussé les épaules et continué notre discussion.

Ce matin, Joss se demandait si les commentaires salaces et stupides avaient un tant soit peu la cotte auprès de filles. Je ne pourrais pas parler pour les autres, mais je peux vous garantir que ce n’est pas avec moi que ça marche.

8 Commentaires:

Blogger La Souris (Marie-Ève Landry) s'est arrêté(e) pour réfléchir...

L'intrus aurait pu faire à peu près la même chose, en se présentant, en demandant d'abord la permission de s'assoir et surtout en omettant de rajouter que «deux filles seules dans un bar étaient là pour se faire draguer, n’est-ce pas.»

Ça aurait pu être un exercice amusant... en admettant que le gars ne soit pas le dernier des cons, bien sûr!

Se faire draguer est agréable quand c'est fait avec classe. Dans tes trois cas, c'est carrément de l'impolitesse.

Existe-t-il une étiquette de la drague?

9:15 p.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Chez moi on dit que "l'on attrappe pas le mouche avec du vinaigre". Un peu de tact et de respect cela n'a jamais tué personne. Et quand une fille, et en l'occurence deux, dit non, c'est que c'est Non.
Y a pas à tortiller. Non mais !!

2:12 a.m.  
Blogger Miss Patata s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Il est partout, prêt à bondir sur sa proie de façon importune et fort maladroite, le colon nous guette, le colon vous guette!

7:30 a.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Zhantar : Il y a approcher et approcher. Je me suis fait aborder bien souvent de belle manière. Mais certaines fois, celles que je raconte ci-haut entre autres, ça manque de fini. Et c'est là que je deviens bête.

La Souris : En fait, il l'a un peu demandée la permission. Ou plutôt exigée. Et comme tu dis, tout est dans la manière. Et des manières, les mecs dont j'ai parlé dans ce texte en manquaient.

Dda : Effectivement, non c'est non. Mais le problème, tu vois, ce sont les mecs trop soûls, trop tôt, qui se cherchent une nana pour finir la soirée. À n'importe quel prix...

Miss Patata : Ah tu vois, moi je dis que c'est la loi de Murphy qui me guette, mais peut-être que le colon en fait partie?

12:12 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Charles : Des vipères mal dégrossies oui.

9:56 a.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Je vais parraître complètement dépassé et vieux-jeu et tout, je risque aussi de te faire voir rouge mais...

Qu'elle idée d'aller dans un bar pour jaser seule avecune copine?? Quand tu sais que plus de la moitié des gens qui fréquentes ces endroits sont effectivement là pour la cruise?

Quand je veux discuter entre amis, je sors au resto ou un endroit plus neutre.

Pour discuter de façon fermée, entre amies, les clubs et les bars ne sont pas spécialement indiqués...

C'est un peu comme aller lire à côté d'une piscine et s'irriter de recevoir des gouttes d'eau...

11:39 a.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Charles (qui s'est remis à parler) : Beurk, ouache et re beurk oui.

Denis L : Effectivement, tu m'as un peu fait voir rouge. Mais j'ai appris avec le temps à prendre du recul avant de répondre.

L'endroit où nous allons c'est un peu un salon. Et la drague en général, ça ne me tue pas tant que cela, ça dépend simplement de quelle manière elle est faite. Là, c'était désagréable.

Quand tu finis de travailler à 22h, un resto est plutôt mal indiqué pour la grosse discussion. Et les bars étant encore des endroits publics, c'est là qu'on se retrouve. Ceci étant dit, la plupart du temps, on nous laisse tranquilles.

Et ton raisonnement est fallacieux, puisqu'il revient à cautionner les gens qui s'imaginent que dès que t'es un peu sexy tu vas t'étendre comme du fromage à la crème sur du pain grillé, même si tu dis non.

11:03 a.m.  
Blogger Denis L. s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Holà! Je n'ai jamais dit que je les cautionnais! En fait ils me répugnent autant que toi, sinon davantage, car ils font honte à mon sexe.

Ce que je dis, c'est que certains endroits sont plus propices à cela que d'autres. Comme le fait de lire un livre au bord d'une piscine amène des éclaboussures!

Je ne suis pas du genre "tombeur", aussi je sors moi-même rarement dans les bars ou des trucs du genre, justement parce que l'attitude des gens m'y débecte. C'est la quintessence de la superficialité et du fast-food émotionnel qui y rôde bien souvent...

7:30 p.m.  

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