Je te crois
Quand tu l'as rencontré, tu te disais qu'un mec comme ça, c'était ton genre. Tu voyais bien en lui le charmeur, le gars social, la personne avenante qui faisait presque la révérence devant chaque femme qui croisait son chemin. Tu le regardais de loin, affichant son indolence et t'étais mordue, avant même de lui avoir parlé. Tu te disais qu'un gars comme ça dans ta vie, ça ne se pourrait pas. Que t'étais beaucoup trop quelconque pour qu'il s'intéresse à toi. Mais il était toujours là, à te regarder de loin comme tu le faisais à son insu. Et tes amies te disaient en riant qu'il n'avait d'yeux que pour toi, pendant que tu doutais toujours.
Et puis un bon soir, il s'est offert pour te raccompagné à la maison, à pied en faisant un espèce de long détour, ce que tu ne savais pas, pour le simple plaisir de ta compagnie. Au pas de ta porte il t'a fait cet espèce de sourire assassin qui te rendait folle depuis des semaines entières, même quand tu ne le voyais pas si souvent parce que les matins te réveillaient de cette mémoire tenace et que ton coeur cabriolait dans ta poitrine parce que tu revoyais en un éclair, ce visage qui te chavirait toute entière. Et c'est là qu'il t'as demandé s'il pouvait t'embrasser. Toi, tu n'en revenais pas, coite devant cette demande à laquelle tu ne croyais presque pas. Tu n'as rien dit, en fermant les yeux pour espacer le vertige qui t'envahissait. C'était doux et chaud, comme un baiser d'adolescence. Tendre comme une pêche trop mûre. Tu l'as laissé dehors cette nuit-là et tu as peiné pour t'endormir, trop excitée par ce qui venait de t'arriver.
Tu l'as revu, bien des années après. La jalousie était encore ta bête intime, tenace et destructrice. Elle avait fait fuir d'autres hommes, d'autres gens qui t'étaient importants. Et t'étais-là, toute seule avec tes angoisses, à te demander comment renverser la vapeur. Mais ce soir-là t'étais contente de le voir. Contente de renouer avec cet ancien amour, trop grand pour toi. C'est à ce moment qu'il t'a dit «Mathilde, arrête, tu ne vois pas que c'est à toi que tu fais mal? Tu ne vois pas que c'est de l'autodestruction ton truc? Que tu ne pourras jamais être heureuse si tu doutes toujours ainsi de la bonne foi d'autrui. » Tu le savais, tu le savais depuis longtemps, depuis lui en réalité. T'avais une envie sauvage de le frapper au visage parce qu'il te disait exactement ce que tu ne voulais pas entendre. Tu t'es retenue et en lieu et place de la claque, tu lui a simplement demandé comment on faisait. Il t'a dit qu'il ne savait pas. Il t'a dit aussi qu'il fallait un jour que tu admettes que chaque être humain était unique et que si on te choisissait toi, c'était parce que ce toi là convenait.
T'es rentrée chez-toi penaude, avec cette drôle de phrase dans la tête. Puis tu t'es rendue compte que c'était vrai. Que personne ne pouvait être exactement comme toi et que tu ne pouvais pas te mettre en compétition avec toutes les filles de la Terre parce que cette compétition était inadéquate. Pour la première fois de ta vie d'adulte, t'a lâché prise, arrêté d'essayer d'être parfaite. Tu t'es dit «basta!» et tu as arrêté de nourrir la bête de tes peurs et de tes doutes. Tranquillement elle s'est fait plus silencieuse.
Désormais, lorsqu'un homme te dit qu'il t'aime, t'as encore le réflexe de te demander pourquoi il te choisirait toi. Mais tu fini par sourire et tu lui réponds : « Je te crois. »
Ah ah Mathilde ! moi aussi je te crois...
Pendant un instant, j'ai cru entendre mon nom...
Qqpart en moi aussi il y avait le doute, mais je ne l'admettrai plus jamais, je ne l'écouterai plus jamais... Parce que la vie est tellement plus belle quand on fait comme si on doutait pas... Et puis à la longue, on fini par se croire!
Wictoria : C'est bête hein, mais je pense que si on se croit, on fini par croire la personne qui est devant soi.
Sonia : c'était un peu le plan.
Taupe : Je ne veux pas te désillusionner, mais le doute, il va revenir de temps à autres. Et je suis convaincu qu'il ne faut pas faire semblant qu'il n'existe pas, mais plutôt le rationnaliser.
Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.
Encore un texte qui me parle! Qui me parle tellement. Ce monstre, il est aussi en moi. Je rationnalise, donc le monstre reste en moi... jamais je ne le partage avec celui que j'aime. N'empêche que la douleur, elle est là en moi... Ce monstre ne détruira pas ma relation mais j'ai parfois l'impression qu'il me détruit à petit feu. M'enfin... y a de l'espoir, je crois. Il doit bien pouvoir s'apprivoiser ce monstre!!
JC Bataille : Ce commentaire ne devrait-il pas se trouver sur le texte suivant?
Mais oui, les promesses, en fait, on en fait ce qu'on veut.
Pitousky : Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vue ici. Bien heureuse d'avoir encore quelque chose dans la plume qui te fasse fibrer.