jeudi, septembre 07, 2006

Notre pas si mystérieuse Mademoiselle C

Elle n'entre pas dans une pièce, elle la survole de son pas aérien. Elle nous montre, un sourire éclatant aux lèvres, ses derniers achats. Petits objets, vêtements, chaussures, ou couvre-lit qu'elle aura trouvé à rabais. Le tout placé dans des sacs colorés, ordonnés et assortis de boucles multicolores, parce que l'emballage est au moins aussi important que le contenu. On pourrait la croire superficielle. Mais nous savons que ce n'est qu'un leurre puisque notre Mademoiselle C a l'âme aussi généreuse que le temps qu'elle prend pour courir les boutiques de la ville. C'est toujours elle qui pense à souligner un anniversaire. C'est elle aussi qui nous rappelle de ne pas oublier un grand départ, ou une naissance. Elle nous façonne des toiles, des dessins, des objets, de ses mains. Toujours méticuleusement, avec beaucoup de talent. Mais elle dira que d'autres sont meilleurs qu'elle dans ce qu'elle fait, que ce n'est qu'un hobby, qu'elle n'aura pas pris le temps.

Les injustices la mettent en colère, et la bêtise humaine encore davantage. Les gens mesquins la font rager et nous en voyons de toutes les couleurs, quand d'aventure, quelqu'un s'est attaqué à une personne qu'elle aime. Elle ne décolérera pas tant que les choses n'auront pas été mises au clair. Ensuite, seulement, elle calmera ses orages et posera à nouveau sur son entourage, le regard si bleu qui la caractérise. Elle est généreuse, tout le temps. Prête ses trésors à tout venant. En perd parfois, par la négligence d'autrui. Elle me confie alors qu'elle est triste parce que ses objets lui sont importants. Elle est créative aussi, beaucoup. Elle organise des soirées de jeux (qui tombent souvent à l'eau) ou d'autres activités de bricolages qui ont parfois un peu de succès. Elle dit qu'elle n'a pas vraiment d'amis parce qu'elle est mauvaise pour donner des nouvelles et que ses seuls amis sont ceux qu'elle voit dans son quotidien.

Je ne la connais pas vraiment, elle est secrète. Elle dira sans doute qu'elle est trop ordinaire pour que ça en vaille la peine. Mais moi je sais que ce n'est pas vrai. Je sais que si elle semble négliger de garder des contacts, c'est en fait parce qu'elle est très occupée. Elle a un grand secret qu'elle ne peut nous partager : elle descend des fées. Elle en possède la grâce et la légèreté. Au printemps, elle se sauve dans les bois pour les animer de ses facéties. Elle fait rayonner la nature en lui parlant à l'oreille pour qu'elle soit la plus belle, dans sa verdure et ses rayons de soleil mordorés. Elle fait des valses dans la boue pour redonner à la terre, son envie de vivre. Et tout l'été, on la voit voguer d'un endroit à l'autre comme si elle avait des ailes. Elles y sont bien, mais nous sont invisibles parce que nous ne sommes que des mortels, un peu sots, et que nous avons oublié, sur les traverses de la vie, le goût du merveilleux qui nous rendrait ses univers accessibles. Et quand l'automne rougit les arbres comme des jeunes filles devant leurs premiers soupirants, elle collectionne les feuilles qui jonchent les rues de Montréal, en souvenir des heures de vie, pendant que la nature se prépare à hiberner sous son grand manteau blanc.

Notre Mademoiselle C est parfois un tantinet écervelée, souvent coquette et toujours à penser aux autres. Aux minuscules plaisirs qui les feront sourire. Elle se rappelle des goûts de chacun et de leurs faiblesses aussi. Mais plutôt que d'en user contre nous, elle nous montre l'envers de la médaille, le côté qui nous fait plus jolis que ce dont nous sommes intimement persuadés. Elle me dira que je suis belle parce que j'ai ce charme particulier, cette voix grave qui donne envie de m'écouter. Alors, j'ai envie de la croire, et j'y arrive, l'espace d'une soirée.

Je crois qu'elle ne me tiendra pas rigueur d'avoir dévoilé son secret. C'est une bonne fée. Seulement, soyez discrets à se sujet, s'il vous arrivait de la rencontrer. Parce qu'elle est avant tout une fée discrète qui aime bien s'effacer pour laisser aux autres le devant de la scène.

Au printemps prochain, vous verrez bien, elle disparaîtra encore une semaine. Elle nous dira que ce sont ses vacances. Seulement, vous saurez qu'elle sera partie travailler à réveiller la vie autour d'elle.

6 Commentaires:

Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Ah Mathilde, il n'y a que toi pour rendre si joli mon mauvais caractere!

Tu vois que je ne suis pas la seule fée de Montreal!

Merci du fond du coeur! Désolée de n'avoir pas pu attendre ce soir pour lire ton texte en direct et rougir de gene devant tout le monde !!!

Apres tout, je suis aussi un monstre d'impatience (mais CA, ce n'est pas un secret)

3:39 p.m.  
Blogger Juli s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Oh mon Dieu le magnifique portrait. Et TELLEMENT fidèle à la réalité!!!!!! Bonne fête ma belle Cartouche!!!!

7:13 p.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Je ne connais pas la demoiselle Cartouche, mais son protrait est plein de douceur et d'humanité. :)
Bel hommage en tout cas.

2:36 a.m.  
Blogger La Dame du Lac s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Oh oui, c'est notre Cartouche! : ) On la reconnait bien là! Change pas ma belle, tu es parfaite comme tu es!

Super texte Mathi!!

9:11 a.m.  
Anonymous Anonyme s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Re-Bonne fête pour la millionème fois Catherine!
C'est une belle preuve d'amour ça, Mathi!!
Et Cath, t'as pas un si mauvais caractère, je sais pas pourquoi tu dis ça! :P;)

9:33 p.m.  
Blogger Mamathilde s'est arrêté(e) pour réfléchir...

Cartouche : t'as pas SI mauvais caractère que cela, tout de même... Et puis ton impatience, est plus flateuse qu'autre chose.

Juli : Tellement fidèle? Pourtant, j'étais certaine d'avoir digressé.

Laurence : Merci bien. Ma fée, vois-tu, vis parmi les humains. Alors elle en prend quelques traits.

Laurie : Je suis entièrement d'accord, elle est parfaite comme cela.

Jen : Je crois que j'aime bien mes collègues. Et que le montre comme je peux.

9:23 a.m.  

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