Un certain degré de liberté
J'ai eu un choc quand on
m'a appris, récemment que j'avais terminé de payer mes dettes
d'études. Je ne suis pas certaine d'en avoir mesurer, sur le coup,
toutes les conséquences. Un peu comme à un jour anniversaire, on ne
se sent pas plus vieux que la veille, mais on sait qu'une année de
plus s'est écoulée et qu'on doit l'ajouter à notre curriculum
personnel. Au fond, ça ne change rien de bien tangible, mais ça
modifie tout en réalité.
Pendant toutes les années
durant lesquelles j'ai patiemment payé mes dettes, j'ai été pauvre
plus souvent qu'à mon tour. J'avais fait des choix, des choix
discutables, mais en toute honnêteté, j'oserais affirmer qu'à
certains moments, je m'étais retrouvée en l'absence de choix, et
que ma survie impliquait de ne pas toujours payer ce que je devais,
genre à des compagnies de crédit. Ce qui fait que je n'ai aucune
espèce de forme de crédit depuis quelque chose comme 2004.
L'air de rien, c'est
assez limitant. Surtout avec l'explosion des nouvelles technologies.
Si certains me trouvent vieux jeu de m'acheter encore des films et
des albums musicaux sur support physique, il y a une part de fait que
je ne pouvais rien obtenir autrement. Parce que même s'il existe un
paquet de cartes pré-payées de toutes sortes de machins, la plupart
des abonnements demandent tout de même une vraie carte de crédit
pour ouvrir un compte. Il me fallait donc tout le temps quémander.
Auprès de ma mère, en premier lieu, de certaines amies aussi
quelquefois. L'un dans l'autre, je dirais que j'avais beaucoup le
sentiment que si j'étais adulte dans mes responsabilités et mon
travail, je ne l'étais pas tout à fait dans ma vie personnelle.
Lorsque j'avais parlé à
la responsable de mon dossier au Ministère de l'éducation (je
payais mes dettes d'études directement à cet endroit tellement je
n'avais pas de crédit), elle m'avait annoncé toute joyeuse, que je
pouvais désormais faire une demande de crédit parce que le
gouvernement ne s'opposait plus à ce que j'en obtienne. Bon... C'est
tout dire. Dire que je n'y croyais pas, est un euphémisme. Par peur
de la déception, j'ai repoussé la demande pendant un certain temps.
Et puis, je me suis dit que je voudrais bien m'abonner à Bixi pour
revenir du travail en vélo. Alors, j'ai osé et obtenu.
J'ai bien l'intention de
bien utiliser ce minuscule degré de liberté qui m'est imparti. Je
n'ai aucune espèce d'envie de me retrouver à nouveau coincée dans
des dettes plus grandes que moi. Mais... Je me suis effectivement
abonnée à Bixi (j'attends ma clé avec impatience), j'ai acheté
des billets de tennis et je me suis offert un nouvel ordinateur. Pas
un bolide de fou super cher, un petit ordi léger comme tout, dont la
pile fonctionne et qui ne met pas 10 minutes à démarrer à chaque
fois que je veux l'utiliser. D'ailleurs, ma famille a contribué
largement à cet achat pas du tout impulsif. C'était mon cadeau
d'anniversaire.
Cependant, le plus beau
cadeau d'anniversaire que je me suis offert cette année c'est
d'entrer enfin complètement dans ma vie adulte puisque je puis
désormais m'assumer toute seule. Ça m'aura pris du temps, mais au
fond, j'y suis arrivée...
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