Les voyageuses de livres
L'activité avait
pourtant bien mal commencé. Par un malentendu majeur, pour dire le
moins. J'avais demandé de l'aide pour rapporter des boîtes à la
maison afin de pouvoir, un moment donné dans un avenir rapproché,
commencer à faire mes boîtes. Mais comme c'est souvent le cas dans
un appel à l'aide dans un réseau, j'ai un peu tourné les coins
ronds dans ma demande et la Sauterelle qui y a répondu avait compris
que je voulais de l'aide pour faire mes boîtes.
Nous avons découvert
hier, pendant que je m'apprêtais à ficeler toutes les dites boîtes
(150) avant de quitter le travail, qu'on s'était mal comprises.
Alors rebelote le taxi. Il me semble que je n'en ai jamais pris
autant dans un laps de temps aussi rapproché. M'enfin, comme la
température était radieuse à Montréal hier, j'ai pu avoir une
grande voiture sans attente supplémentaire et j'ai pu rapatrier ici
toutes les précieuses boîtes que j'avais soigneusement
sélectionnées au cours du dernier mois.
Comme la Sauterelle avait
libéré sa journée du dimanche pour moi, je l'ai convié à un
brunch matinal et elle m'a relancée en me proposant d'aller porter
les livres dont je voulais me départir avec moi. J'ai aimé l'idée
tout en lui soulignant que sans voiture, ce serait bien lourd. Elle
m'a alors soumis l'idée d'utiliser nos valises pour rouler les
livres vers une autre destination que mon futur logis. J'ai pensé
que la suggestion était bonne et c'est ainsi que nous nous sommes
retrouvées attablées sur une terrasse pour un déjeuner plus que
copieux en fin de matinée.
Après ce joli moment de
détente, nous sommes revenues chez moi prendre empaqueter les livres
que j'avais préalablement triés. Je n'étais que passée à travers
les livres grands formats. Je ne sais pas trop par quel miracle nous
avons réussi à tout caser dans nos valises, mais toujours est-il
que, beauté du hasard, un autobus montait vers Mont-Royal dans les
minutes qui suivaient. J'ai rapidement trouvé preneur, même si je
ne pouvais pas en obtenir une somme sonnante et trébuchante.
Honnêtement, cela m'importait peu. Pour moi, l'essentiel était de
faire en sorte qu'ils trouvent un prochain lecteur. Et je dois avouer
que nous avons été soulagées de nous délestées du poids qui
encombrait nos valises aussi rapidement que possible, parce que
franchement, elles n'avaient jamais été aussi difficiles à manier,
malgré leurs roulettes.
Ensuite, notre plan était
de commencer les boîtes. Mais nous avons fait la découverte que le
ruban gommé deux pouces était aux abonnés absents dans mon
quartier. Après cette déconvenue, nous avons mon amie m'a offert
son restant de ruban, sauf que celui-ci se trouvait à Verdun. On
s'est alors dit que tant qu'à y voyager, on pourrait faire un autre
voyage de livres avec les formats poches, cette fois-là. On a eu
beaucoup de plaisir à faire le tri, parce que je me suis surtout
départie d'une multitude de romans rouges (je dirais une centaine,
sans exagérer beaucoup) ce qui nous a permis de beaucoup nous amuser
des titres et des pages couverture desdites œuvres.
On a fini la journée sur
sa galerie, épuisées, à boire tranquillement du Bonheur. Ça été
une magnifique journée qui me donnait un peu l'impression de me
substituer à La petite marchande de prose
de Pennac. Malgré le fait que moi, je n'édite pas, j'ai tout de
même voyager des livres, jusqu'au prochain lecteur, que je ne
connais pas.
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