Éclats de rêves
Ça faisait plusieurs
mois que je me disais que je devrais aller me promener dans les rues
de mon quartier. Mais je trouvais toujours le moyen de remettre cette
activité à plus tard pour toutes sortes de raisons, plus vaines les
unes que les autres. J'ai fini par faire part de mon projet à ma
mère et à l'inviter à m'accompagner, histoire de me donner une
forme d'obligation à tenir parole envers moi-même. C'est ainsi que
nous avons entrepris de nous balader dans le Parc de
l'île-de-la-Visitation. J'avais envie de voir un endroit qui serait
à peu près resté identique au souvenir que je m'en faisais.
Si effectivement, j'ai
trouvé un parc bien préservé, je dois me rendre à l'évidence que
mes souvenirs eux, le sont pas mal moins. Du moins une partie
d'entre-eux. Je ne sais pas pourquoi, j'avais dans l'idée que mes
grands-parents paternel avaient un jour changé de domicile durant
mon enfance. J'en étais totalement persuadée. À un point tel que
je pouvais identifier un immeuble et une adresse correspondant à ce
souvenir. Ma mère me dit que c'est faux. Comme elle était adulte et
moi enfant, je crois que sa mémoire est beaucoup plus fiable que la
mienne sur ce sujet. N'empêche que ça remet en question beaucoup
de choses que je crois savoir parce que ça met en lumière les biais
de mémoire involontaires qui jalonnent nos parcours de vie.
Bien entendu, je sais
très bien que parfois, surtout quand j'écris et pour les bienfaits
du texte, je modifie un peu la réalité. Je ne l'annonce d'ailleurs
pas toujours, après tout, mon blogue n'étant pas un journal, je
peux bien me permettre de jouer un peu avec le réel afin de le faire
caser dans la forme que j'ai choisi de lui faire adopter. Mais
d'autres fois, je me rend compte que les souvenirs se tordent et se
teintent sans vraiment qu'on s'en aperçoive et on fini par ajouter à
ce faux réel des couches et des couches d'impressions qui finissent
par en faire une réalité jusqu'à ce que celle-ci soit calmement
révoquée par un veto maternel. Troublant.
N'empêche que, mis à
part, ce rêve (parce que je ne sais pas comment nommer autrement
cette invention de ma pensée) qui a volé en éclat, j'ai passé un
très bel après-midi à discuter à bâtons rompus avec ma mère
tout en profitant d'un site magnifique. Au retour, pour tester mes
théories, nous avons emprunter le boulevard Gouin qui est une rue
que je trouve totalement fascinante dans cette partie de la ville car
elle possède le charme suranné des vieux villages de cartes
postales qu'on ne croit pas rencontrer ici. Bien entendu, aux maisons
d'antan s'additionnent des bâtisses de tout acabit qui n'améliorent
pas nécessairement le paysage, mais j'aime beaucoup m'inventer
(cette fois sciemment), une vie de village d'une époque depuis
longtemps révolue.
En somme, j'ai passé une
bonne partie de la journée en voyage. En voyage dans mes souvenir
erronés, dans le passé, le mien et celui de la ville et aussi dans
un bout de campagne à deux pas de grosses autoroutes sans que j'en
ressente ne serait-ce qu'un peu la présence.
Ce qui m'amène à penser
que je devrais me botter les fesses un peu plus souvent pour aller
arpenter ce quartier que j'aime à tous les jours un peu plus, pour
ses particularités, son histoire et ses habitants.
Il y a des choix comme
cela, que l'on ne regrette pas.
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