dimanche, février 18, 2018

Le grand tricoteur

La salle était vaste et pleine à craquer. Construite il y a quelques dizaines d'années, elle donnait l'impression aux spectateurs juchés dans les balcons qu'ils tomberaient en se penchant un peu trop vers l'avant tandis que le moindre mouvement du bras les faisaient s'accrocher les un les autres. Sur la scène, deux guitares un tabouret, des lumières rappelant les vitraux des églises et un homme, seul.

Sous mon regard ébahi, il malaxait les mots, les pétrissant à son rythme et selon les besoins du conte. Il les étirait, les regardait sous toutes les coutures, les transformait à coups de calembours d'images de malentendus et de bien entendu. J'avais devant moi un tricoteur d'une espèce rare dont les aiguilles filaient à une vitesse vertigineuse.

Après avoir annoncé les couleurs et la teneur des propos qu'il tiendrait, il s'était mis à digresser, laissant l'impression d'avoir laisser échapper tout un rang des mailles qui tenaient sur ses aiguilles pour partir dans des directions qui n'avaient rien à voir avec l'ouvrage entamé. De temps à autres, il reprenait une maille du premier récit, comme par accident et regardait d'un air distrait la direction que prenait son ouvrage. Si, sans aucun hasard, des rires venaient égayer l'histoire, il s'en amusait à gorge déployée comme un gamin qui rit avant d'avoir atteint la finale de sa première blague.

Il prenait parfois des pauses en chansons. Pour nous permettre, je crois, de rentrer un peu plus dans l'intimité des créatures fantasques si ce n'est fantastiques qui gravitaient tout autour de lui. Une porte latérale donnant accès à la sensibilité que les amoncellements de mots d'esprit auraient pu faire oublier au public captif.

Et puis il revenait dans les graves, remettant l'ouvrage en première place, en lui décernant un regard un peu surpris comme s'il n'était plus tout à fait certain de ce qu'il était en train de fabriquer. Et les digressions qui suivaient s'additionnaient d'impossibilités soudainement presque rendues crédibles par la force des personnages qui s'élevaient dans le ciel noir de la salle. Secouant son travail à coup de nouvelles personnes plus géantes que les précédentes

Et puis, quand il fut presque devenu impossible de comprendre de quelle manières toutes ces choses pourraient faire un récit, sauf peut-être le village, il s'était levé avait secoué le tricot qui s'était accumulé à ses pieds et l'avait tranquillement déroulé pour faire voir le portrait d'ensemble. Il m'était alors apparu évident qu'aucune maille n'était tombée par erreur ni aucune rattrapée à contre-cœur. Je pouvais voir une magnifique tapisserie travaillée avec patience, minutie et amour.

L'amour d'un village, des gens qui y vivent, y ont vécu et y vivront, mais surtout un amour de la langue qu'il torture et manie avec une fausse désinvolture qui suggère en fait une attention à chaque syllabe, sinon à chaque mot utilisé.

J'en suis sortie les yeux brillants le cœur léger, bien heureuse d'avoir aussi ce médium pour trouver en moi ou autour de moi de belles histoire à raconter.

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mercredi, juin 01, 2016

The Time of my Life

À cette époque, ma grande amie habitait dans ma cours, la plupart du temps. Enfin, elle habitait dans une maison qui donnait sur la cours familiale et son père avait percé une porte dans la clôture grillagée, l'ensemble de nos parents craignant sans doute que nous ne nous cassions le cou à force de l'escalader pour aller de l'une chez l'autre, ce que nous n'aurions pas manqué de faire, si les grands moyens n'avaient pas été pris.

Quelquefois, par contre, elle était chez sa mère qui restait très loin en transport en commun. Il m'arrivait de l'accompagner pour la fin de semaine. J'adorais ces expéditions hors du quartier qui m'avait vu grandir. Par une fin de semaine de février, il me semble, nous avions apporté des cassettes vidéos en location dans nos bagages. Trois films différents, mais nous avions fini par n'en écouter qu'un seul, tellement nous l'avions aimé, six fois de suite, si ma mémoire est fidèle. C'était Dirty Dancing.

Nous aimions déjà beaucoup les films de danse. Sans doute parce que ni l'une ni l'autre n'avions aucun talent dans le domaine et, pour ma part, comme je suis à peu près aussi souple que du bois mort, j'étais (et je suis toujours) fascinée par ce langage corporel que je n'avais aucune chance de pouvoir, un jour, pratiquer. Ce film était arrivé dans ma vie au prélude de mes quinze ans. Ma fibre romantique battait déjà à tout rompre, je ne pouvais qu'être totalement sous le charme.

Évidemment, mes souvenirs de l'époque sont un peu confus, étant donné toute la distance qu'ils présupposent. Il me semble que le printemps et l'été qui on suivi ont été jalonnés par ce film. Comme si nous l'avions écouté à toutes les journées de pluie et que nous avions joué à être Baby tous les jours où il faisait beau, dans la piscine chez mes parents, ou lors des innombrables pique-niques qui nous amenaient dans les divers parcs jalonnant la piste cyclable du boulevard Gouin. Il nous arrivait, bien entendu d'écouter autre chose, mais nous y revenions toujours. Tellement qu'on s'était mises à l'écouter en anglais et que j'ai commencé à comprendre quelque chose à cette langue parce ce que je connaissais tellement tout le texte en français que je pouvais percevoir ce que les acteurs se racontaient, dans la langue originale. Je ne dis pas qu'il s'agit ici de mon film favori, pas du tout en fait. Il est cependant celui que j'ai vu le plus souvent, et de loin.

Hier, j'ai été voir la comédie musicale tirée du film. Il y avait du féminin dans la salle Wilfrid-Pelletier au pouce carré, c'était fou. De tout âge, en plus. Il y régnait une fébrilité toute adolescente, malgré le fait que je devais me situer dans la moyenne d'âge. Mais l'esprit de la foule, lui, avait quelque chose comme quatorze ans.

La magie a opéré. L'histoire, était remarquablement fidèle à celle du film, avec quelques ajouts qui ne la défiguraient pas. Bon, le jeu des comédiens était, disons aléatoire, et certains effets spéciaux pour refaire des scènes dans un lac, ou une voiture étaient, mettons, grotesques, mais dans l'ensemble, je crois que toutes les fans dans la pièce étaient assises sur le bout de leur chaise et savouraient avec délectation le spectacle qui se déroulait sous leurs yeux.

Évidemment, l'important dans ce film, c'est la scène finale; le moment où Baby, se révèle au monde. Je pense que je n'étais pas la seule à l'attendre parce qu'à la première mesure de (I've had) the Time of my Life, j'ai eu l'impression que le toit de Wilfrid-Pelletier allait sauter.

Je suis revenue chez-moi à pieds, riant toute seule, heureuse comme je ne l'avais été depuis longtemps. Et j'ai réécouté le film original, deux fois plutôt qu'une.

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dimanche, mars 06, 2016

Du romantisme britannique à l'extrême Cro-Magnon

Début mars, c'est le moment de notre voyage culturel dans l'ouest de l'île. Deuxième année d'une expérience que nous souhaitons toutes répéter dans les années à venir. Notre périple est motivé par la présence sur scène de l'une d'entre nous dans une opérette issue du XIXe siècle britannique.

Ça change l'ordinaire, mettons. Il faut voir la chose pour comprendre à quel point c'est différent des spectacles auxquels nous sommes habitués. Il n'y a aucune commune mesure entre ce genre de prestation toute autre forme de théâtre musical. Ces opérettes sont pimentées par beaucoup d'humour, autant dans la mise en scène que dans le texte en soi. Ça vous requinque le moral trois mesures après le début de la prestation. On s'amuse toujours beaucoup de savoir à quel point ces œuvres étaient sulfureuses en leur temps. Et l'historienne en moi apprécie énormément la plongée.

Comme l'an dernier, on en est ressorties, charmées et quelque peu déphasées. Cette année, nous suivions les aventures romantiques d'une jolie bergère qui est aimée par le poète que toutes les jeunes femmes de la région adulent et qui ne le lui rend pas. Sauf qu'ayant été convaincue que le le véritable amour est désintéressé et non partagé, elle choisi de promettre d'épouser le jeune homme en question plutôt que celui pour qui son cœur penche réellement. S'ensuit une foule de revirements et au bout du compte tous les protagonistes finissent par trouver le partenaire de vie qui lui convienne, dans une conclusion aussi hâtive qu'improbable. Très divertissant.

Cependant, il n'y a pas que le décalage historique qui nous titille le rire. On ne se rend pas fréquemment compte, de visu, des différences culturelles entre Québécois et Québécois.

Parce qu'on ne se voit pas si souvent, il fallait bien qu'on aille prendre un verre après le spectacle.

On s'est donc retrouvées dans un pub trop éclairé, dont tous les pans de murs étaient tapissés de téléviseurs haute-définition et de machines à sous. L'endroit faisait salle comble parce qu'on y présentait, en direct les combats de l'UFC. Il va sans dire qu'on se fichait passablement des combats en question, contrairement au reste de la foule présente ce soir-là. On devait pratiquement hurler pour se faire entendre de nos voisines. Autre fait qui tranchait, nous étions la seule table autour de laquelle se massaient les filles avec un seul homme pour créer la diversité. Partout autour de nous, c'était largement l'inverse, si tant est qu'il y ai eu une femme à certaines tables.

Par ailleurs, nous étions particulièrement ravies d'y être. On aurait voulu chercher un moyen inusité de conclure notre pèlerinage culturel que nous n'aurions pas pu faire mieux. Une toute petite soirée de voyage dans un espace temps qui ne nous ressemble en rien.

Et cette impression tenace d'être passées du romantisme britannique à l'extrême Cro-Magnon.

Une magnifique manière de briser la monotonie de nos existences bien réglées.

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dimanche, février 21, 2016

Les grandeurs et les travers de l'ordinaire

C'était dans une ancienne église, toute petite et bondée. Au dehors, février se rappelait à nos bons souvenirs en laissant tomber des flocons de paysage de carte-postale. À l'intérieur, on aurait pu se croire à une assemblée dominicale d'une autre époque, tellement tout le monde, sauf Fred et moi, avait l'air de faire partie du décors habituel de cette salle. La moyenne d'âge dépassait largement les nôtres et la foule nous donnait l'impression qu'elle était rassemblée non pas tant parce que l'artiste était celle qu'on voulait voir, mais bien que c'était l'activité à faire un vendredi soir dans cette petite ville de banlieue. Ce qui ne l'empêchait pas d'être attentive et charmée par le spectacle qui se déployait devant nos yeux. Par contre, je crois bien que j'étais la seule à fredonner tout bas les parole en même temps que la chanteuse.

À son premier pas sur scène, tout le public a constaté qu'elle était enceinte. Pleinement et sereinement enceinte. Juste ça, c'était beau à voir. Mais, l'hiver avait réclamé son dû à la jeune dame qui avait une voix quelques tons plus bas que ce que j'avais l'habitude d'entendre sur les disques que j'écoute régulièrement. Malgré cet handicap, elle est allée jusqu'au bout de sa prestation, même si elle nous avait avoué avoir tronqué de quelque pièces ce qu'elle avait prévu au départ parce que justement, elle n'était pas du tout convaincue que sa voix lui permettrait de se rendre à la dernière note.

Ça faisait des années que je la connaissais de nom. J'avais entendu de ses chansons à la radio et je savais que ça me plaisait, mais je ne possédais aucun de ses album avant tard dans 2015. Et puis mes oreilles se sont laissées happées par son piano, un jour d'été au travail. Il y avait quelque chose dans la suite de notes dans l'introduction d'une pièce qui me faisait presque mal. Alors je me suis mise à l'écouter. Comme je fais rarement les choses à moitié, j'avais parcouru son désert des solitudes jusqu'à plus soif. Et je m'étais jetée sur l'album suivant comme une louve affamée. Sans déception aucune. Cette maison du monde répondait entièrement à me attentes en termes de musique, mais surtout en termes poétiques.

Dans la vielle église, une femme s'affirmait. Dans toute la complexité de la dualité de ses rôles d'amante, de mère et de musicienne. Chaque mot portant sa propre émotion, bien appuyée par les les mélodies. D'une main délicate, ou d'un balancement d'épaule improbable, elle dégageait à la fois force et fragilité. Moi je la regardais, envieuse de ces bonheurs qu'elle nous partageait sans réserve. Je me suis prise à penser que je ne l'aurais jamais qualifiée de plus belle femme du monde, mais elle était sans conteste, la femme la plus séduisante que j'ai jamais vue en spectacle.

Elle s'appelle Catherine Major. Son œuvre est une orfèvrerie de mots et de mélodies qui se répondent les uns aux autres avec justesse et vérité.

Mais surtout, elle est une femme qui parle des femmes, dans leurs grandeurs et leurs travers ordinaires. Ce qui en fait quelqu'un de bien extraordinaire, au final.

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dimanche, mai 31, 2015

Gentleman Renard

Il y a un peu plus de six mois, lorsque j'ai recommencé à écrire, j'ai fait le portrait d'un homme que j'ai appelé Ce garçon-là. De son côté, il s'est rebaptisé Gentleman Renard pour se livrer plus aisément à la pratique de la musique, sans être tout à fait anonyme ni tout à fait synonyme de son personnage professionnel. Son costume de scène se limite à un chapeau, pour le côté gentleman du nom, et au sourire tout en fossettes qui illustre très bien le renard en lui.

La musique qu'il crée est certainement folk, avec des accents jazz et peut-être un soupçon de country. Comme pour beaucoup d'auteurs-compositeurs-interprètes, il faut savoir lier la mélodie aux paroles pour pouvoir s'imaginer comprendre un peu à qui on a affaire. Tout vient du cœur, mais les canaux sont différents en fonction de l'endroit d'où l'émotion part, je présume. Et il s'entoure d'amis pour nous proposer son œuvre et certaines interprétations des autres. Un guitariste épatant, un percussionniste surprenant et une violoncelliste qui vient briser l'attendu de telles soirées. Parce qu'on ne peut pas dire que ce soit la norme que de voir et d'entendre cet instrument dans de telles prestations. Et pourtant, le violoncelle permet à certains moment de laisser aller les larmes que la voix ne pourrait casser durant le spectacle.

La première fois que je l'ai vu en spectacle, j'ai été sidérée par son talent musical. Je sais depuis toujours, qu'il a de l'oreille, mais il ne faisait pas partie des adolescents de notre entourage qui grattaient la guitare ou poussaient la chansonnette dans les activités sociales. Sa marque de commerce était la discrétion et une certaine gêne, dont j'ai souvent traité ici, et surtout ailleurs. Je l'ai revu hier soir, et je n'ai pu m'empêcher de penser que nos vies auraient certainement été totalement différentes s'il avait versé dans la musique à l'époque où l'on s'est connus parce qu'il laisse éclore sur la scène, tout le charme qu'il possède, en toute simplicité et sans orgueil aucun. Recette magique pour devenir la coqueluche des jeunes filles.

Je crois que s'il avait osé à l'époque, il aurait été beaucoup trop populaire pour devenir mon ami. Mais la vie est ainsi faite, il n'osait pas et je suis devenue son amie

Aujourd'hui, on peu se jaser pendant des semaines de nos créations, nous laissant aller à l'excès avec un plaisir partagé. On s'admire mutuellement, pour le talent de l'un que l'autre ne possède pas. Nous sommes des voies de transmissions réciproques.

Et à toutes les fois où je me demande quoi écrire, et s'il me reste encore assez de souffle pour le faire, je pense à mon ami renard et je me dis que si je laisse tomber ma plume, c'est un peu lui aussi que je laisserais tomber.

Et je crois, que quelquefois, la pensée que moi je persévère, l'aide lui aussi à avancer.

C'est ce que j'appelle l'amitié.

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jeudi, mars 12, 2015

Un dimanche à l'opéra, seconde partie

Lorsqu'on a pas, ou peu, l'occasion de voir des amies qui sont collées sur notre cœur, malgré la distance, les années, les vies qui vont dans toutes sortes de directions différentes, et que la rencontre a lieu; on a les mots qui nous titillent le bout des doigts. Enfin, j'ai les mots qui me titillent le bout des doigts.

Dimanche dernier, donc, nous sommes allées à l'opéra. Parce que Ju participait à une pièce, foulant pour la première fois, la scène, depuis plus d'une décennie. Elle qui est habitée par la musique comme je le suis par les mots. Mais comme moi, elle a choisi de pratiquer son art pour elle-même plutôt que pour gagner sa vie.

C'est San qui nous a mises en mouvement, c'est elle qui a manifesté l'importance de l'événement et la nécessité d'y aller. La suite appartient à toutes, puisque nous avons collectivement fait fi des agendas et des impondérables pour nous réunir. Ça lui ressemble bien d'ailleurs, réunir plein de gens autour d'un événement, en toute discrétion. Mais l'orfèvre, celle qui a pu faire en sorte que les billets se sont passés de mains en mains, c'est évidemment Alexe, la pragmatique voisine de la chanteuse que nous allions admirer. Il y a de ça dans l'amitié, toutes sortes d'archétypes dans les personnages en présence qui se cantonnent plus souvent qu'autrement dans les rôles que l'on attend les unes des autres, mais si le sentiment est sincère, tous celles-ci savent pertinemment qu'elles peuvent sortir de leur carcan.

Personne dans notre groupe, sauf moi, ne connaissait la pièce que nous allions voir. Et je la connaissais de nom parce que dans les romans d'amour insipides que j'aime lire, elle est souvent citée. En la voyant, j'ai compris pourquoi :j'ai eu sous les yeux un roman d'amour victorien à la finale facilement bouclée et franchement trop rose bonbon. Le pire du pire. Ceci étant dit, la pièce est une super belle manière d'apprivoiser le chant classique, parce que la drôlerie et la légèreté du propos, rend le tout tout accessible pour des oreilles novices.

Notre groupuscule aurait aimé que les choristes soient un peu plus solistes, histoire de pouvoir déceler plus distinctement la voix de Ju, parmi toutes les autres. Par contre, nous sommes toutes particulièrement heureuses de l'avoir simplement vue sur scène.

Il faut savoir que ce noyau s'est constitué au hasard des horaires de soir, je dirais. Le seul point commun que nous ayons ensemble est d'avoir passé de longues soirées à la librairie. Enfin, presque toutes. Parce que Lew n'a jamais travaillé avec nous. Il est l'amoureux de M et s'est joint à nos bières bimensuelles l'air de rien, sans que qui que ce soit ait l'idée de trouver qu'il ne cadrait pas dans notre décor féminin.

On remarquera ici que je conjugue le groupe au féminin depuis deux textes, malgré le fait qu'il y ait un gars dans l'unité.

Et je sais qu'il est particulièrement fier d'être une fille dans la gang de filles parce que ça lui donne un accès à notre intimité que peu de gars peuvent se vanter d'avoir, même une seconde, obtenu.

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dimanche, mars 01, 2015

Alexandre Désilets

La salle était fort jolie, mais tout aussi petite. L'ambiance était feutrée, comme si nous étions sur le point d'assister à un ballet classique. Pourtant, sur la scène, la mise en place ne laissait planer aucun doute sur le fait qu'il y allait y avoir là un spectacle pop, tous les filages et les instruments parlaient en ce sens.

La salle ne s'est pas remplie, à mon grand étonnement. C'était la deuxième fois que je voyais le même spectacle, et j'ai stressé tout le mois de décembre à avoir peur qu'il n'y ait plus de billets lorsque je pourrais avoir les miens. J'ai eu peur pour rien, faut croire.

Et pourtant... Il donne tout un spectacle, quelle que soit la salle devant lui. Y mettant tout son cœur et toute son âme, je crois. Surtout, y mettant tout le plaisir qu'il a à chanter. L'effet a été exactement le même, pour moi, que le 9 octobre dernier. Même impression de voir un jeune homme vibrer si fort que les murs pourraient en trembler. Et mon cœur s'est mis à revivre, encore. Pas le cœur amoureux, celui qui fait circuler le sang dans mes veines, celui qui fait en sorte que je suis animée, bien dans ma peau, heureuse d'avancer dans l'existence.

Parce que la salle était petite, il nous a fait la fleur de nous laisser choisir la première pièce de son rappel, qu'il a fait a cappella, simplement accompagné de son guitariste. Dire que c'est une des plus belle chose qu'il m'ait été donné à entendre, est bien en deçà de la réalité. C'était majestueux. Nous avons tous, humblement, escaladé l'ivresse jusqu'à plus soif. Je crois.

Au cours des derniers mois, j'ai échangé quelques courriels avec lui par le biais des réseaux-sociaux. Je savais donc, à l'avance, qu'il est très gentil avec son public en général, et moi en particulier. À la fin du spectacle, la salle s'est rapidement vidée, mais je suis restée, pour avoir une chance de lui parler. Quand il est revenu sur scène pour commencer à la démonter, je suis allée me présenter. Il le fallait. Je devais lui dire de vive voix tout le bien qu'il m'a fait. Lui dire que j'avais renoué avec ma propre créativité et ma folie toute personnelle au contact de ses spectacles, de sa musique et des textes. Des textes qu'il sait si bien écrire, avec Mathieu Leclerc, que je ne connais pas, mais à qui je dois aussi beaucoup de bonheur semble-t-il, parce qu'ils travaillent en si étroite collaboration, en ce domaine, qu'aucun des deux ne serait capable de me dire qui a pensé une strophe ou une autre.

Je suis revenue à Montréal, habitée par une performance solide, un contact bref, mais plus que cordial.

Que je ne vois personne me dire que c'est une mauvaise idée de se dénoncer comme fan d'un artiste, lorsqu'on en a l'occasion. Je suis convaincue du contraire, convaincue qu'on a tout à y gagner.

Je ne sais vraiment pas quelle sera ma prochaine toquade artistique, mais elle viendra bien hanter mes jours et mes nuits, et je compte bien aller jusqu'à la dénonciation une fois encore, au cas-où ça pourrait me faire plaisir.

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vendredi, décembre 15, 2006

Le Centre Bell dans le fond d'une bouteille

Il y a de ces artistes qu'on ne se tanne pas de voir. Pour diverses raisons, mais surtout parce qu'ils donnent un bon show. Je ne connaissais pas trop Antoine Gratton avant de rester avec Julie, je savais qu'elle l'aimait beaucoup, j'aimais assez son oeuvre sans y porter une attention particulière. Comme nous partageons toutes les deux un amour des spectacles, que nous adorons aller en voir au Verre Bouteille parce que la salle est si chaleureuse, Julie m'a tirée, presque de force, pour que j'aille voir ledit Antoine dans ladite salle, il y a quelques temps. Ce n'était pas un spectacle en solo, c'était un duo avec un certain Manuel Gasse. Connaît pas. Pas trop curieuse non plus de savoir qui il est, pour aucune raison valable dans le monde. Comme je travaillais ce soir là, je suis arrivée pour la seconde partie du spectacle. Pas grave, les deuxièmes parties sont souvent les plus fortes, les artistes profitant de la première pour se réchauffer un peu.

Antoine, c'est Antoine. D'abord, le Verre Bouteille c'est un peu son salon. Et puis, il a ce sens du spectacle super développé. Il communique avec sa salle, tout le temps. Il joue, pleinement content d'être là. Tellement qu'on entend les notes de ses sourires se mêler à ses textes. Et les glissements dont il a le secret qui font je que suis totalement incapable de le chanter a capela, parce que moi vous avez, j'ai un peu de difficulté à chanter. Ce soir-là en plus il avait une réplique. Un jeune bonhomme avec qui il s'amuse bien. C'est évident qu'ils ont fait beaucoup de chemin ensemble. Qu'ils se connaissent et se respectent énormément. Ils se taquinent entre deux chansons. Manuel ne laissant pas sa place à ce sujet. Ni sur la scène d'ailleurs. Prendre une place quand la plupart des spectateurs sont là pour l'autre ne doit pas être une chose aisée. Cependant, Antoine est très généreux de cette scène partager, y allant de belles présentations qui mettent sont compagnon de scène en valeur. Et tellement, tellement de plaisir.

La seconde partie du spectacle a commencé sur une chanson d'Antoine que je me suis surprise à connaître par coeur. C'est la faute à Julie. Un espèce de bruit de fond en provenance de sa chambre, de temps à autre, qui fini par me rentrer totalement dans les oreilles et dans le cerveau. La chanson suivante en était une de Manuel. Je n'ai pas d'attente. En fait, j'ai plutôt une solide dose de mauvaise foi. En partant, j'avais l'impression qu'il n'était là que pour mettre l'autre en valeur. Eh bien, je me suis fait avoir. Il est un auteur-compositeur-interprète. Malheureusement inconnu. Ou presque inconnu. Les textes sont riches et les musiques davantage encore. Et sa voix... Une belle voix d'homme qui se promène dans des sphères trop aigues pour ma voix de fille. Et il réussi à chanter vraiment juste, sans arrangement de studio. Je me penche vers Julie pour lui dire qu'il nous faut cet album IMPÉRATIVEMENT. Elle me renvoie ce regard émerveillé qui me répond mieux que n'importe quelle formule. On fait nos comptes, et on trouve les cennes qu'il nous faut pour nous procurer le dit disque. C'est une urgence. Ça s'appelle Être un homme. C'est beau, c'est simple et ça sent le vrai.

J'ai vraiment l'air d'avoir été achetée par le Verre Bouteille, je sais bien. Mais vraiment, je pense que tout le monde devrait aller y voir un spectacle une fois. C'est souvent bon, rarement décevant. Et quand on est assis dans la salle, on fait tout autant partie du spectacle que les gens sur la scène. Ça vibre, c'est plein d'émotions. Nous, on y retourne souvent. Et on est retombées sur Manuel Gasse, cette fois avec d'autres garçons, peut-être un peu plus connus que lui. Et puis à un moment donné, il s'est un peu éloigné de son micro pour une note et il a entendu deux filles qu'il ne connaît pas, hurler les paroles de sa chanson. C'est sorti tout seul, il nous a dit « Yé » entre deux vers.

Le premier soir, j'étais allée voir un spectacle d'Antoine Gratton un peu à reculons. Je suis arrivée dans une atmosphère électrique, digne du Centre Bell parce que le gars sait comment conquérir sa salle. Seul ou accompagné D'une manière ou d'une autre, il joue jusqu'au fond de l'âme pour tout le public qui est présent. Et lorsqu'il amène dans son sillage quelqu'un d'un peu moins connu que lui, il sait lui donner tout l'espace nécessaire pour que ce dernier puisse prendre un envol.

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vendredi, novembre 24, 2006

Son film à lui

Je savais que lundi dernier, au Verre Bouteille (oui, je sais, je suis rendue addict) il y avait un spectacle de René Flageole. Lui, c'est l'âme des spectacles qui s'y déroule; le grand organisateur de ces événements musicaux qui mettent souvent de l'avant la relève, mais pas uniquement cela. J'étais consciente de prime abord qu'il est un bon musicien ; je l'avais déjà vu accompagner d'autres artistes, souvent à pied levé. Par contre j'avais ma petite réserve quand à ses propres compositions, ce que j'en avais entendu ne m'avait pas jetée à terre. En finissant de travailler, j'ai donc porté mes pas jusqu'au bar parce qu'il fallait bien que je vois.

Je suis arrivée pendant la première partie. La salle était presque vide. Mais toutes les personnes présentes étaient complètement prises par le spectacle. Je me suis glissée à une table discrète à l'arrière, j'ai ouvert mon cahier pour y prendre des notes. Sauf que je me suis tellement laissée prendre par ce que je voyais sur scène, par l'énergie qui en émanait que j'ai oublié mon cahier. Le spectacle Dans mon film à moi est construit sur le modèle des musicographies que l'on voit à la télévision. Avec des artistes invités et des critiques conviés à faire part de leurs opinion sur René Flageole. On a aussi droit à des images d'archives réelles, de la carrière musicale de René. Le traitement est très drôle et bien ficelé. On se laisse facilement prendre au jeu.

Le mieux, c'est que ces éléments audio-visuels ne gâchent en rien le spectacle musical en lui-même. Au contraire, les enchaînements sont fluides et sans heurts. Les trois musiciens sur scène; René Flageole (guitare et voix) Karl Surprenant (basse, contrebasse et accompagnements vocaux) et José Major (batterie) sont en parfaite harmonie les uns avec les autres. On peut y entendre une bonne variété musicale allant de la ballade à des airs soft-rock jazzés. Les textes sont très léchés, la poésie forte quoique quelquefois un peu trop alambiquée ce que qui fait qu'on perd un peu le contenu du propos. C'est aussi un spectacle avec invité. Lundi dernier c'était Antoine Gratton, qui interprétait quelques chanson de René. Charmant, vraiment de l'entendre chanter Le Loup de cette manière très blues qui lui est propre. Ça donnait une autre couleurs aux composition de monsieur Flageole.

Les lundis 27 novembre et 4 décembre 2006, il remet ça, avec d'autres invités (que je ne connais pas à l'heure actuelle). Si vous avez un petit moment de libre un de ces soirs-là, je vous invite fortement à aller y faire un tour. Et puis la salle est tellement sympathique. Les billets se vendent 5 $ en prévente ou 7$ à la porte.

Bon spectacle!

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