vendredi, septembre 19, 2008

La dernière lettre

Que peut-on dire à quelqu’un qui s’est envolé au dessus d’un pont sur un boulevard trop fréquenté? Que peut-on dire à ceux qui restent pour essayer de les consoler? Je n’ai pas de mot. Pas solution à la douleur. Rien sinon l’envie de te dire que je t’aimais bien. Malgré les voix qui t’habitaient, ou peut-être en partie à cause des voix qui t’habitaient.

Je garderai en mémoire nos discussions en catimini sur ta folie et la mienne. Lorsque les différences entre nous et les autres devenaient trop lourdes. Les rires de dérision partagés comme une pâtisserie dévorée en cachette qui nous laisserait des traces visibles autour de la bouche. Je garderai en mémoire toute ta gentillesse et ta cordialité. J’aurai été chanceuse de ne connaître de toi que le plus beau, le plus humain. L’écorché de l’âme qui se présentait à moi été un homme bien.

Je ne saurai jamais vraiment toute l’étendue de ta douleur. Je ne pourrais jamais comprendre complètement cette réalité qui n’existait que pour toi. Cette partie du monde m’est fermée, probablement pour le mieux. Mais le garçon que j’ai vu grandir de loin et qui s’est mué en homme tant bien que mal, était quelqu’un de profondément vrai. Ce qui est aussi rare que précieux.

Tu laisses derrière toi, une douleur immense, chargée d’incompréhension. Avec le temps elle s’atténuera certainement, mais à ce jour elle est rouge et saignante. Je ne t’accuse pas. Je ne te reproche pas ce départ violent. C’était un chemin tortueux que peut de gens auraient pu suivre. Un chemin qui s’est terminé abruptement, mais c’était le tien.

Je vais prendre le temps de te laisser partir. Lover ma toute petite douleur personnelle et tenter de panser celle plus grande de ceux qui te connaissaient mieux. Je vais essayer de reconstruire mes souvenirs et ne garder que ceux de tes yeux qui pétillaient en riant. Et tu feras désormais partie de ces fantômes de bien que je sens autour de moi comme autant de protecteurs de ma propre existence.

Et je vais te souhaiter bonne chance dans ce choix que tu as fait en espérant que ce passage sera moins ardu pour toi que celui dans lequel nous nous sommes connus.

Avec toute mon affection,

Mathilde

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dimanche, août 31, 2008

7 jours de la semaine

Mardi : Grosse journée, grosse fatigue. La soirée et chaude et haute en couleur. Déception de ne pas voir paraître ceux que j’attendais. Exaltation de voir avancer ceux que je ne prévoyais pas là. Au retour, une conversation échevelée entre deux feux de circulation. Des rires qui s’égrènent sur les heures. Je m’endors heureuse.

Mercredi : Les tumultes des voyages en vélo me rattrapent. Je manque de me faire tuer plusieurs fois parce que je respecte le code de la route. J’en arrive à penser que je ne devrais pas être à ce point civilisée. Dans un monde où les voitures ont la main mise sur la circulation, ma monture légère ne fait pas le poids des gens pressés. J’arrive au travail échevelée et quelque peu agressive. Entre deux dossiers d’employés et des horaires à revoir, j’ai l’impression de ne pas voir passer la journée.

Jeudi : La rentrée entame son œuvre. Ça et là, des parents courent à la recherche des livres inscrits sur la liste de leur adolescent. Nos stocks sont vidés, les paroles s’écroulent dans la vase des insultes insignifiantes contre lesquelles nous ne pouvons rien. Je tente de faire passer par l’humour, ces montées intempestives, ce qui ne fonctionne pas tout le temps. Je me dis que Noël arrive beaucoup trop rapidement dans le commerce de détail et que je n’aurai pas trop de l’expérience acquise l’année dernière pour passer à travers les mois à venir.

Vendredi : le téléphone. Ma vie est bouleversée. Complètement. Je cherche mes repères sans plus les trouver. J’ai le sentiment qu’un gouffre béant s’est ouvert sous mes pas. Mon équilibre est précaire. J’aurai besoin de nouvelles assises dans les semaines prochaines. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis ce que j’ai voulu être et pourtant, la peur, la grosse trouille jaune me serre les entrailles. Paradoxalement, j’ai très, très hâte de débuter ma nouvelle existence.

Samedi : j’écume les tables de ce bar où je suis allée traîner ma solitude beaucoup trop souvent. Prise par le départ imminent de gens que j’aime pour des destinations aussi lointaines qu’exotiques, je ne remarque pas qu’à quelques pas de moi se trouve une personne qu’il me tarde de revoir depuis des années maintenant. Une douce amertume de plus dans cette soirée coincée entre le rire et les larmes.

Dimanche : je réalise que je n’ai rien écrit depuis quatre mois. Ce silence ne me ressemble pas. Ce silence ne s’explique pas. Et j’ignore comment vaincre cette barrière immatérielle. Alors je repense à cette semaine qui fut lourde en événements et en émotions contradictoires. Et les mots me reviennent comme de vieux amis pas tout à fait oubliés.

Lundi : Nouvelle semaine, nouvelle vie. Désormais, j’entre dans une existence de banlieusarde. Un défi. Une promotion. Un milieu syndiqué à diriger. À digérer. Une longueur de transport de plus. Mais je ne m’inquiète pas trop. Je sais que j’aurai toujours un livre avec moi. Et des nouvelles rencontres à faire.

Peut-être que c’est ce dont j’avais besoin pour retrouver le sentier de ma plume ainsi que ces chemins qui mènent ailleurs?

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mardi, avril 29, 2008

Après l'amour

Après l’amour, c’est le désarroi. C’est la solitude qui évide le cœur. Après l’amour c’est la tempête des pourquoi qui pleuvent ou qui remontent la gorge, mais qu’aucun parapluie ne vient écarter. Et la valse des conditionnels qui se mettent à augmenter le rythme des suppositions. Et l’on refait sans fin les chemins des derniers jours, des derniers mois, des dernières années en tentant de tracer la ligne impalpable de cet horizon dépassé.

Après l’amour il y a les hésitations des retours en arrière, vers ces pays connus et maintes fois visités des habitudes usées, mais confortables. Après l’amour c’est ce jour où l’on s’aperçoit que les conversations n’ont plus le même tonus qu’auparavant et qui se résument à des banalités convenues parce qu’on a le sentiment d’avoir fait le tour de tout ce que l’on avait à se dire, qu’on a plus rien de nouveau à apporter à cette histoire. Alors on s’imagine que tout en chacun devient plus intéressant que soi. Et une petite peur insidieusement mêlée de jalousie nous écorche les certitudes. Après l’amour ce sont tous ces cœurs laissés sur les voies d’évitement des autoroutes affectives qui ne savent plus comment reprendre la croisière du verbe aimer ou avouer.

Après l’amour c’est un matin d’automne où l’on se réveille, vide de sens, à côté de celui qui est tranquillement devenu un étranger. C’est le moment où l’on s’empêche de répondre « moi aussi » au « je t’aime » de la séparation quotidienne parce qu’on ne le ressens plus. Sans savoir ni comment ni à quel moment il s’est envolé. Sans savoir si un jour on pourra reprendre le fil de ce sentiment pour tisser un autre chapitre à notre histoire de vie. Après l’amour ce sont toutes les larmes d’impuissance que l’on verse sur le mal que l’on fait à l’autre et que l’on se fait aussi à soi-même.

Après l’amour ce sont les jugements cassants de ceux que l’on quitte par défaut ; parents, amis, collègues de cet être dont les pas partent vers d’autres lieux lorsqu’on est la personne ayant instigué la rupture ou encore les phrases plates de ceux qui ne savent plus quoi dire pour recoller une âme éclatée. Et l’on se sent trahi par l’autre, mais plus encore par soi. Après l’amour ce sont des ailes qui se défroissent lentement, malgré la peur, malgré le doute et qui poussent à aller juste un peu plus loin, au bout de soi.

Après l’amour ce sont des tonnes de souvenirs qui font sourire ou qui font rire. Des heures de plaisir nostalgique à se remémorer les instants qui avaient créé, l’amour justement. Ce sont ces perles rares qui nous appartiennent en propre et qui sont devenues une part de nous, jusqu’à nous définir, un petit peu.

Avant l’amour c’était toi et moi. Après l’amour est devenu toi ou moi.

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mardi, avril 15, 2008

Une tache de vin bien marquée

C’était une de ces journées où les obligations nous éveillent avant l’aube. La nuit d’hiver qui s’étirait sur les heures du jour rendait le levé du corps difficile. Je me sentais le corps engourdi de sommeil et je me demandais bien comment j’allais arriver à passer outre cette grosse fatigue qui immobilise la fluidité des mouvements. Je travaille de soir depuis des années ce qui fait que j’ai un peu perdu l’habitude de me lever dans l’encre des nuits qui s’étirent jusqu’aux berges du matin, dans la froidure de février. Ce jour-là, le soleil tentait vainement d’éclairer la ville de ses rayons camouflés par des nuages tenaces tandis que j’essayais, sans trop de succès de m’ouvrir les yeux.

J’aurais préféré me blottir à nouveau dans les couvertures en attendant que le jour fasse son entrée dans le monde. Cependant, je ne pouvais me permettre de flâner puisque qu’on comptait sur moi, au travail. Aussi, après avoir pris ma douche, aie-je entrepris de me faire un café bien tassé. Je possède une cafetière italienne, de celle qu’on fait chauffé sur le rond du poêle. Le premier café est donc presque trop chaud pour être buvable. Alors je me fais des cafés au lait pour me donner une chance de me gorger de ce breuvage que j’aime beaucoup.

C’est donc sur un rythme ralenti que j’ai entrepris, ce matin-là, de me concocter ma boisson matinale. Avec en prime un duo de chatons gambadeurs dans les pattes. Mes deux bêtes féroces me faisaient la fête comme à leur habitude lorsque je suis la première à me lever. Comme si la nuit était pour eux synonyme d’abandon inéluctable et qu’il leur fallait absolument me démontrer de toute leur présence, la joie qu’ils éprouvent à voir une humaine dans leur environnement, certains désormais qu’une personne chaleureuse leur donnera la dose de câlins qui leur est due.

Mais en voulant reposer la cafetière, après avoir versé le liquide brûlant dans le bol prévu à cet effet, j’ai fait une fausse manœuvre. Et plutôt que de remettre l’objet sur le four je l’ai posé quelque part entre le vide et le comptoir. Bien entendu la cafetière n’a pas su garder son équilibre et je fus aspergée par le café. J’ai évidemment tenté de me sauver de cette source de chaleur éclaboussante, mais mes pas se sont empêtrés dans le petit corps d’un chaton en effervescence derrière moi. Résultat, je me suis retrouvée avec une marbrure rouge vif qui s’étend de mon bras gauche à mon ventre, tache de vin bien marquée qui me rappelle à tous les jours que les gestes les plus simples que l’on pose jour après jour portent leurs lots de dangers.

J’ai serré les dents pour ne pas crier ma douleur, refusant de réveiller ma colocataire qui dormait paisiblement dans la pièce d’à côté. J’ai arraché ma chemise et pansé mes plaies. Puis, j’ai ramassé tout le dégât que j’avais causé. J’avais des aiguilles qui me rentraient dans tous les pores de la peau et je me demandais si j’allais survivre à tant de piques en enfilant une nouvelle chemise.

Ce matin là, des larmes coulaient sur mes joues pendant tout le trajet de transport en commun jusqu’au magasin. Parce que, bien sûr, je me suis présentée au travail ne croyant pas qu’une telle mésaventure justifierait une absence pour maladie… Les jours suivant; j’ai dormi.

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vendredi, mars 14, 2008

Les pannes et moi

Je n’aime pas les pannes. Particulièrement les pannes d’électricité. Ça m’angoisse profondément. Ma mère dirait que j’ai de l’ascendance à ce sujet : entre une grand-mère qui se terrait dans le fond des penderies et l’autre qui invectivait les préposés du service à la clientèle d’Hydro-Québec, j’ai de qui tenir. Moi, je tente de reprendre mon souffle et de ne pas m’affoler trop rapidement. J’appelle aussi le service à la clientèle, pour savoir combien de temps. Je n’engueule personne, mais j’ai besoin de mesurer la distance de l’obscurité. Même en plein jour. La plupart du temps, j’appelle ma mère, pour me faire rassurer; éclat d’enfance encore engoncée dans les cauchemars qui me laissaient seule dans mes peurs. Patiemment, ma mère panse mes angoisses avec un petit rire dans la voix. Peut-être garde-t-elle en mémoire des relents de souvenir des inconforts de sa propre mère qui lui permettent de mettre un baume sur celles de sa fille?

À mon sens, pannes riment avec panique. Panne d’amitié, j’ai le cœur éclaté. Panne d’amour c’est le temps qui s’étire trop longuement entre deux battements de vie. Cette panne est devenue l’ornière connue et inconfortable des jours qui passent. Pas assez inconfortable sans doute pour que je mette tout en œuvre pour y échapper.

Panne d’inspiration? Il m’arrive quelquefois de m’arrêter parce que je me butte à mon propre marasme, à mon mal de vivre tout personnel. Une grosse fatigue. Celle qui me laisse sur le carreau de mon existence. D’autres fois c’est celle plus simple d’une semaine échevelée et trop bien remplie qui me laisse dans les veines une impression de bulldozer et l’esprit complètement aplati. À certains moments c’est la verve des autres qui m’arrête. Alors on me retrouve plus souvent qu’à mon tour le nez plongé dans un roman, la tête ailleurs et le cœur dans cet autre part que mes pieds foulent en même temps que les personnages en gravissent les intempéries. Et du matin au soir je me love dans cet ailleurs qui me porte sur ses ailes vibrantes.

Panne de mots? Je me meurs! J’ai toujours cru que j’en connaissais assez pour m’exprimer. Quand ils me font défaut, je n’ai plus de ressources. Panne de travail? Je me vautre dans l’oubli de moi-même. Panne de famille, je porte une balafre. Panne de téléphone? Je suis complètement démunie, prisonnière de mon environnement. Je crois que c’est la pire de mes pannes panique parce qu’alors je ne peux même pas appeler ma mère pour qu’elle remette en perspective cette peur immonde et hors de proportion.

Certaines personnes ont les blues, moi j’ai les pannes paniques. Je connais ma tare, je sais à quel point l’irrationnel rejoint l’irascible lorsque je laisse la panique prendre le pas sur les moindres pannes qui jalonnent mon quotidien. Heureusement, je n’ai pas de voiture parce que j’ai la nette impression qu’une panne d’essence me propulserait au paroxysme de mes tremblements émotifs.

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mardi, février 26, 2008

Un spectre de couleurs

J’avais dix-sept ans et j’étais éperdument amoureuse d’un homme de quatre ans mon aîné. À cette époque d’une vie, cet écart d’âge fait toute la différence du monde. Ma tête foisonnait de théories de toutes sortes. Je courais à perdre haleine derrière des idéaux qui n’étaient pas toujours réalisables. Et j’écrivais. J’écrivais des lettres irisées d’arcs-en-ciel pour toutes les occasions. À l’époque, les ordinateurs ne faisaient pas encore partie du quotidien. Ils me semblaient froids et impersonnels. Je ne voyais pas comment quelqu’un pouvait prendre la peine de taper une missive plutôt que de tracer lentement les lettres, la tête penchée sur le papier comme pour prendre davantage la mesure de nos propres mots.

Je possédais un étui à crayons débordant, à un point tel que j’arrivais avec peine à le fermer à la fin de chacun de mes cours. Cette foutue manie de le remplir jusqu’à en faire éclater les couture a perduré jusqu’à la toute fin de mes études puisque j’avais développé un système de coloration et d’alinéa dans ma prise de note, ce qui optimisais mon étude. Mais surtout, j’avais besoin de mon éventail complet afin de pouvoir écrire les mille et uns messages qui me traversaient l’esprit en cours de journée.

Il me fallait du rouge (en plusieurs tons) pour exprimer correctement toutes mes peines. Ces billets s’appelaient tous Rouge sang sur papier blanc. Ils narraient mes déchirures, sur tous les fronts. Toute ma victimisation y passait. Et je m’y vautrais avec volupté. Je faisais saigner le papier de mes récriminations, me délectant des phrases bien dramatiques et bien tournées que je pouvais faire jaillir au détour d’une émotion. Je me sentais tellement incomprise, tellement seule à ressentir quoique ce soit. Comme la vie m’était tragique! Alors j’écrivais des kilomètres en saignées.

Lorsque venait le temps de laisser Érato me dicter l’inspiration, je choisissais différentes teintes de bleu selon que la poésie que je tentais d’atteindre était drôle ou dramatique. Plus le thème était léger, plus la couleur était claire et inversement. Et tous les mots d’amour dont j’ai inondé mes boites à souvenirs étaient écrit en vert. En feutre vert. Ces écrits s’intitulaient Lettre écrite à l’encre verte (pas très original, je sais). J’en ai écrit des tonnes. J’ai même osé donner à leur destinataire quelques unes d’entre elles. Ces missives toutes en émotions en ont fait sourire plus d’un. Aujourd’hui, lorsque par hasard je tombe sur une de ces lettres ayant survécu à mes trop nombreux déménagements le feutre se détache furieusement des feuillets jaunis, comme un esprit taquin qui viendrait me rappeler le spectre de mes amours avortés.

Désormais, je ne calligraphie plus souvent mes écrits, ayant développé une vitesse de croisière à l’ordinateur que je trouve beaucoup plus avantageuse. Alors tous mes textes déclinent mes émotions en noir et blanc. Pourtant, quelque part au fond de moi, il reste des éclat de cette jeune demoiselle qui croyait fermement que la couleur des mots jouait, un peu, en leur faveur.

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dimanche, février 17, 2008

Vaine tendresse

Il y a des thèmes qui interpellent plus que d’autres. Des thèmes qui font rugir le dragon intérieur, ce monstre tout personnel gardien de nos peurs et de nos appréhensions. Et malgré le fait que l’on en entende l’appel, malgré le fait qu’on en connaisse une réponse, les mots nous fuient comme un oiseau qui s’envole devant le chat tapis dans l’herbe de l’été. Il y a pour moi un danger de disserter sur un thème comme vaine tendresse et pourtant…

Pourtant je suis bien placée pour savoir que la tendresse n’est pas vaine justement. Je sais dans tous les pores de ma peau que c’est une émotion qui ne devrait pas être mesurée et encore moins calculée. Je sais qu’on ne peux pas demander de rendre à quitte ou double ces gestes et ces élans qui devraient être gratuits. J’ai connu l’oppression des mouvements qui en exigeaient d’autres. Connu la désolation profonde de ne pouvoir atteindre les aspirations de celui qui se dressait devant moi, quémandant que je rende tout ce que sa tendresse m’avait offert dans un écrin qu’il reconnaîtrait comme sien. Mais j’ai failli à la tâche, lamentablement échoué. Je n’ai réussi qu’à perpétrer la blessure d’incompréhension du fond de l’âme. Me sentant de fait même coupable jusqu’au bout des ongles.

J’ai écouté trop longtemps les longs argumentaires fallacieux faisant la démonstration de tous mes manquements à l’étique de l’affection mesurée. Ceux qui muselaient mes essors à grands coups de reproches déguisés en besoins. J’ai fini par me composer un chant sémantique d’émotions qui ne différait de celui qu’on m’avait proposé et qui me heurtait si fort. Un chant sémantique dans lequel tendresse, amour, amitié et affection ne rimeraient pas avec attentes. J’ai pris sur moi d’aimer les gens qui m’entourent comme j’aime mes animaux ou mes chats, en acceptant ce qu’ils me donnent comme une offrande généreuse; en tentant de ne pas laisser de place à la rancune, à la jalousie ou à la mesquinerie.

Je ne suis pas certaine d’y arriver tous les jours. C’est difficile de vivre une affection complètement désintéressée, le besoin de reconnaissance est grand. Non, la tendresse n’est pas vaine, même lorsqu’on ne voit pas ses effets immédiatement. C’est un don de soi qui nous pousse au-delà de nos propres limites. Un don de soi qui nous permet de voir un peu plus loin que le tour de notre univers tout personnel.

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mercredi, février 06, 2008

Dans mon sac à main

C’est un grand sac, sans poche qui ressemble davantage à un sac recyclable pour faire les courses qu’à un sac à main proprement dit. Il faut comprendre que j’ai besoin d’espace. En effet, dans mon sac, il y a en permanence un cahier ligné pour que je puisse y noter tout ce qui me passe par la tête. À tout moment. Dans l’autobus ou le métro, sur le coin d’une rue lorsque je suis en vélo, sur un banc de parc, dans un café, dans un restaurant ou un bar. Il me faut un exutoire possible et je n’ai jamais su mieux le faire qu’en couchant le tumulte de mes émotions sur du papier. Il me faut aussi des crayons. Pas simplement un crayon parce que j’ai besoin d’avoir un choix de couleur et de texture d’encre pour exalter mes idées. La colère ne s’écrit pas de la même couleur que l’amour.

Dans mon sac, il y a aussi des livres. Celui que je lis, celui que je lirai immédiatement après ou celui que je lisais tout de suite avant. Me retrouver sans bouquin durant un transport me rend dingue. J’ai souvent aussi le livre que je ne sais pas si je finirai pas lire. Celui qui me tente et m’intrigue, mais dont je ne suis pas trop certaine. Alors je le zieute de temps à autres, entre deux stations de métro. Je grappille, compulse ses pages en me demandant si un jour je prendrai la peine de le parcourir pour la peine. Il y a aussi un ou deux mots-croisés, des sudokus et autres jeux d’esprit qui occupent mon temps pour faire changement.

Dans mon sac, il y a les très prosaïques tampons et serviettes sanitaires. Les multiples trousseaux de clefs qui me sont nécessaires ; celui de la maison, celui de mon vélo, celui du bureau et ceux de ces gens qui m’ont confié leur trousseau au cas où ils perdraient le leur. La plupart du temps aussi, il y a un sac à lunch en plus de ma réserve de fruits séchés et de noix ; ne sachant jamais quand une fringale me tombera dessus à bras raccourcis. Je traîne aussi l’inévitable portefeuille, tout gonflé par toutes les factures que j’y glisse au fur et à mesure que je les collectionne et la petite monnaie que j’oublie de dépenser et qui finit faire craquer les fermetures éclairs dudit portefeuille.

Dans mon sac à main, il y a des petits bouts de papier sur lesquels des numéros de téléphone sans correspondance sont notés à toutes les fois que je fais les ménage je me demande bien ce qu’ils représentent. Je fini par les jeter sans appeler ne sachant plus à qui ou à quoi ces numéros faisaient référence. Il y a aussi des notes gribouillées rapidement sur le coin d’un comptoir, d’une table entre deux clients que j’ai engouffré dans ce sac, dès mon quart de travail, terminé pour les journées où je manquerais d’inspiration.

Dans mon sac, il y a surtout des dizaines de lettres écrites à personne. Des lettres dans lesquelles je parle de moi. De ce que je suis vraiment. Des lettres qui me découvrent et me dévoilent. Des lettres que je n’enverrai jamais même si lorsque je les commence c’est dans l’intention de leur trouver un destinataire. Mais en cours d’écriture je m’aperçois souvent qu’elles deviennent un déversoir de rage, de colère et d’incompréhension. Elles me permettent de faire le tour de mes frustrations pour être apte à en parler calmement sans pour autant paniquer ou crier des mots qui iraient plus loin que mes maux.

Mon sac est en fait un reflet de ma propre personnalité. Quelque chose de grand et de désordonné où tout est à la fois accessible et difficile à trouver.

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dimanche, février 03, 2008

Terrible

Il y a quelque chose de terrible en moi. Une indifférence que je ne me connaissais pas. La plainte est longue, lancinante même. J’entends la larme s’échouer sur les écueils de la gorge qui s’use. Je me terre dans la douillette, j’enfoui ma tête sous les cinq oreillers qui habillent mon lit. Ça dure depuis une semaine. Tronquant les heures précieuses d’un sommeil nécessaire. Et ça s’ajoute aux bruits obnubilants qui filtrent à tout moment des murs cartonnés de mon appartement. Je suis épuisée, ma patience a atteint les limites de mes possibilités, je me sens sombrer dans la folie comme lorsque la dépression m’empêchait de dormir. Et cette fois, ma tête n’y est pour rien. Sinon parce que mes oreilles captent des sons qui leur font mal au cœur.

La nuit est encore noire, quand j’entends jouer la poignée de la porte. Un peu plus et je croirais aux fantômes. Et les cris recommencent. Plus forts, plus constants. Je ferme les yeux et me retourne sur le matelas faisant fi de tout ce tapage. Je ne cèderai pas au chantage. Plus le temps passe et plus je m’en fou. Je sais qu’il perdra patience et que bientôt le silence enveloppera à nouveau mon espace vital. Je sais que je pourrai retourner me lover dans les bras de Morphée sitôt que ses plaintes se tairont. Je réussi à peine à rogner une petite demie heure sur le sommeil que déjà le manège recommence. Les larmes, les plaintes, les cris, la porte. Mais cette fois, celle-ci joue sur ses gonds, sans s’ouvrir pourtant.

Il y a quelque chose de terrible en moi, je ne ressens même plus la douleur, ni la pitié. J’ai complètement décroché. Plus de sympathie, plus même d’empathie pour l’âme esseulée qui pleure toute les larmes de son corps à quelques pas de moi. Je replonge sous les couvertures, bien décidée à me fermer les conduits auditifs pour de bon. De l’autre côté de la porte, la voix s’essouffle, se casse. Il abandonne enfin. Malgré son entêtement proverbial. Je sais que je trouverai au matin un petit chaton gris de quatre mois, l’œil humide et le regard insulté par tant d’incompréhension de ma part, sagement assis sur le pas de ma porte.

J’ai pourtant bien essayé de lui ouvrir ma chambre lorsque la nuit succède au jour. Mais il est trop jeune et trop taquin pour que nous puissions nous entendre. D’autant que sa sœur et lui ont la fâcheuse habitude de prendre mon corps assoupi pour une autoroute de chat et qu’ils s’encouragent l’un l’autre à faire des bêtises. La nuit, nous sommes en guerre ouverte. Je suis particulièrement têtue moi aussi. Je sais qu’il est bien nourri et abreuvé. Je sais que ses larmes de crocodiles sont sa manière toute féline de me faire du chantage émotif. Qu’il se le tienne pour dit : sa maîtresse ne cèdera pas.

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mardi, janvier 22, 2008

La fragrance des mots

Il y a des gens qui parlent, d’autres qui écoutent. Se faire comprendre est sans doute la plus grande mission de l’humanité. Pourtant, lorsque je pense « mots », il ne me vient pas spontanément à l’idée que les mots peuvent se jouer à l’oral. Les mots sont les caractères que j’imprime sur le papier ou sur l’écran de mon ordinateur. Je ne pense pas aux mots que j’utilise lorsque je parle, ils s’envolent trop rapidement vers d’autres que moi. L’écriture porte un parfum d’absolu, une fragrance qui transcende le temps.

Il y a des phrases d’amours meurtries qui se sont putréfiées sur le papier pour tendre jusqu’au bout de mes douleurs. Émanations mortuaires de ces deuils qui me constituent. Je connais aussi les verbes des colères qui m’ont animée, arborant un souffle de doutes et de frustrations. Pestilence de d’incompréhension. Il y a aussi tous ces mots que l’on ne dit pas qui se drapent d’effluves inassouvies, logée dans leur écrin de crainte. Ceux que l’on ne cache même pas dans les pages de journaux intimes pour ne pas leur donner forme, pour faire semblant qu’ils n’existent pas.

Vapeurs exotiques des messages amoureux que j’ai relu cent fois pour m’assurer de leur véracité. Traces immanentes de la réalité des sentiments aujourd’hui évaporés. Fragrances sublimes aux bouquets de bonheur qui me laissaient croire à l’ici et maintenant. Relents d’iode des étés de rêve, les pieds plongés dans le sable de l’existence qui m’ouvrait tout grands les bras. Diatribes embaumant la perfection. Parfois, les mots se plongent dans l’oubli jusqu’à ce qu’un hasard exhale leur parfum fané, qui me ramène attendrie au seuil de cet autrefois qui était peut-être hier.

Des déclarations que j’aurais voulu taire, ne pas entendre ni lire dont l’âpreté me reste à travers la gorge. Fumée obscurcissant le ciel de mes pensées. Miasmes indélébiles sur les souvenirs de mon innocence. Je garde en mémoire aussi quelques verdicts arbitraires de mes manquements et de mes exagérations qui sentent le trop plein émotif. À l’opposé je garde précieusement toutes les lettres qu’on m’a écrites depuis les années de mon adolescence, comme un trésor personnel fleurant toute l’affection qui m’ait été prodiguée. Ainsi, lorsque je me sens sombrer, je tends la main vers ces bouts de papiers chiffonnés qui me racontent tour à tour ce qui me rend unique aux yeux de ceux que j’aime et de qui je me laisser aimer en retour. Alors je me vautre dans ces parfums d’importance en souriant à nouveau.

La plupart du temps cependant, c’est l’arôme du café qui berce les mots du quotidien puisque ce n’est que le matin, lorsque le jour est encore frais que je prends le temps de m’assoire et d’écrire les quelques lignes que la nuit m’aura apporté en partage.

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mardi, janvier 15, 2008

Maux en vrac

Sur la table, un kiwi oublié qui parfume le logement d’une odeur à la fois sucrée et acre. Une chape de plomb qui serre la gorge. Lourdeur du temps. Dehors, le ciel crevé laisse couler ses larmes sur les lattes du toit, comme une sonate oubliée qui titille les résidus de ma mémoire trouée. Chute vertigineuse dans une réalité que je croyais avoir laissée pour de bon derrière moi. Tant de réminiscences des douleurs autrefois ressenties. Moi qui croyais les avoir bannies à tout jamais. Fragiles morcellements de moi-même éparpillés sur les gravats de mes espoirs déçus.

Je suis lasse et j’attends. J’attends que les reflux de panique cessent leur tempête. J’ai conscience pourtant que ce n’est qu’un simple retard, rien de grave finalement. Rien qui ne me mette réellement en danger et pourtant… Tant de souvenirs de ces lendemains pénibles, avec d’autres que toi, durant lesquels j’exigeais une explication plausible, comme si tous les mots qu’ils me diraient ne pouvaient être vrais. Comme si le doute me prenait toute entière dans ses bras pour faire de moi quelqu’un que je ne suis pas.

Une poupée de chiffons affalée sur le plancher, morte de trouille. Tellement certaine de ne pas valoir la peine qu’on se donne à moi. Tellement certaine ne pouvoir être celle à laquelle tu aspires, que je provoque les crises et les ruptures dressant un abécédaire de toutes les fautes qui pourraient être commises. Preuve irréfutable que l’abandon aura lieu. Ni amante ni maîtresse de ma propre vie. Petite marionnette articulée par cette peur qui serre le ventre jusqu’à la vomissure.

J’ai toujours accusé les autres de ce mal être, jamais voulu me regarder dans le miroir de mes manquements personnels. Jamais voulu assumer que j’étais sans doute celle qui crée l’éloignement à coup de réquisitoires dérisoires.

Entre les draps une enveloppe déchirée d’où s’échappe le fin tracé de ton écriture qui me rassure du mieux qu’elle peut mais que je n’arrive pas vraiment à croire. Je croyais que toutes les années de solitudes m’auraient guérie.

Ce soir, je comprends que ce ne sont pas les autres qui sèment les embûches sur les sentiers de mon existence. Ce soir je réalise que je pourrais lâcher prise et simplement me coller à l’espérance de savoir que tu franchiras ce seuil en me tendant les bras plutôt qu’en me tournant le dos.

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jeudi, janvier 10, 2008

Quelqu'un qui sait ça

Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été une personne bruyante. Ou peut-être un peu durant mon adolescence, lorsque je mettais de la musique dans ma chambre, le soir venu, et que ça empêchait ma mère de dormir. Pas tellement parce que ma musique était forte, mais les basses et les drums s’échappant de mes haut-parleurs avaient la fâcheuse tendance à faire résonner les lattes du plancher qui séparaient ma chambre de celle de mes parents. En bref, j’ai appris jeune et rapidement que les sons voyagent à travers les murs et qu’ils peuvent importuner toute personne se trouvant à proximité. Même lorsque la personne qui écoute ces sons en direct a l’impression qu’ils ne sont pas si forts que cela.

Depuis, j’ai pris l’habitude de ne pas trop lever le son. En fait, je peux affirmer que j’ai développé mon oreille. J’entends tout à bonne distance. Point n’est donc besoin pour moi de faire cartonner les sons pour les percevoir. Je crains de déranger voisinage et colocataire lorsque j’écoute la radio, la télévision ou simplement de la musique. Quelquefois, j’ai le sentiment que ce que j’écoute est tellement fort que cela pourrait réveiller la colocataire, divinement lovée dans les bras de Morphée, avant de me rendre à l’évidence qu’on n’entend plus rien à trois mètres de l’appareil électrique. Et comme il y a deux murs et une porte entre ledit appareil et la chambre de la colocataire, pas de chance de la déranger. N’est-ce pas?

Ceci étant dit, j’ai monté, en 13 ans de vie en appartement, une collection assez impressionnante de voisins qui n’ont aucune considération pour les gens habitant autour de chez eux. Je me rappelle une voisine qui avait un goût immodéré pour Metallica et Bob Marley. Assez en tout cas, pour en faire profiter tout le voisinage à toute heure du jour et de la nuit. J’ai aussi connu des voisins qui voulaient absolument faire profiter à tout le quartier de leurs ébats sexuels, cas dans lequel c’est un peu plus gênant de faire un appel pour demander de baisser le son…

Bref, cette année nous avons des voisins qui dépassent toutes les limites de ce que je pouvais imaginer. Tous les jours, je profite de la musique qui enterre le son de ma propre musique ou de la télé. Ça, c’est sans compter les crises, les larmes, les amis en grand nombre, les insultes qui fusent à travers les murs sur la grosse conne de voisine qui empêche le monde de vivre (ça c’est moi). Oh, ils baissent bien le ton à partir de 23h00. Seulement, là je n’ai plus du tout de tolérance. Irritable jusqu’au bout des ongles, j’ai des envie de meurtre quand j’arrive, épuisée, du travail et que je dois attendre une heure avant de pouvoir penser à m’endormir. Mais ce qui les amuse le plus, c’est de cogner contre le mur de ma chambre à minuit quarante en se faisant les gorges chaudes en groupe. Et je les entends dire : « Tchèque ben, j’va réveiller la folle d’à côté ». Mais là, la folle elle est ben tannée alors elle ne fait ni une ni deux et elle appelle les flics.

Le plus étrange là-dedans, c’est que je me sens coupable à chaque fois. Je me sens coupable d’être dérangée par le bruit. Alors je tolère jusqu’à l’épuisement. Et je me laisse marcher sur les pieds, ou plutôt je me laisse user le système nerveux. Mais pourquoi est-ce que je me sens coupable? Il doit bien y avoir quelqu’un quelque part qui sait ça?

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mardi, janvier 01, 2008

La marche de l'homme

La navette menant à l’aéroport de cette ville électrique était bondée. Malgré tout, elle avait trouvé le moyen de se fabriquer un minuscule espace entre deux personnages qui faisaient au moins deux fois sa grandeur. Ce qui ne la dérangeait pas trop étant donné qu’elle n’avait pas besoin de guetter un quelconque arrêt. Elle se sentait un peu écrasée par l’homme chauve à sa gauche qui sentait encore l’alcool malgré l’heure matinale. Et aussi cette odeur acre traînée sur soi par la sueur qui a pris le temps de surir. Entre deux hoquets de l’autocar qui bondissait aléatoirement vers sa destination, ce voisin importun lui était presque tombé dessus. Alors elle fit une grimace involontaire que l’homme assis juste devant elle ne pouvait pas manquer de voir. Il esquissa un sourire.

Arrivée à l’aéroport, elle se rendit compte qu’elle prenait un vol en même temps que l’homme au sourire. Ils décidèrent de tuer les heures qui les séparaient de leurs départs ensemble. Why not? Me dirait-elle quelques mois plus tard. Petit séjour volé au quotidien. Ponctué de rires, de bribes d’histoires qui font l’unicité de chaque être qu’on ne raconte plus une fois que les connaissances sont faites, et de confidence aussi. Échangeant sur le moment numéros de téléphone et adresses électroniques en se disant peut-être. Quand deux personnes se rencontre au milieu de nulle part, entre deux valises et des destinations qui s’opposent, les chances sont bien minces pour que les liens se tissent réellement.

Comme le départ de son compagnon fut annoncé avant le sien, elle le regarda s’engouffrer vers son pont d’embarquement en remarquant au passage que sa démarche avait de particulier qu’il claudiquait un petit peu. Lorsqu’il eut disparu dans le sas, elle s’en fut vers son propre quai, avec une étoile dans les yeux et des papillons dans le cœur. Retournant vers les habitudes de son existence, vers cette ville qu’elle n’aimait pas vraiment mais qui l’avait vue naître. Taisant cette rencontre fortuite à tout son entourage, certaine qu’on la découragerait de se noyer dans les chimères qu’elle ne manquerait pas de s’inventer.

Et puis, quatre mois plus tard, il lui fit une proposition folle : « Rejoins-moi à Montréal pour fêter le Nouvel an » avait-il écrit. Fébrile, elle parcouru les centaines de kilomètres qui la séparaient de ce rendez-vous inusité. J’ai fait sa connaissance dans un bar où j’ai l’habitude d’aller célébrer le début d’année. Un peu timide, exclue même dans ce milieu fortement francophone qui l’isolait sans vraiment le vouloir. C’est là qu’elle m’a raconté son histoire en glissant subtilement sa menotte dans la grosse main de l’homme qu’elle était venue rejoindre jusque dans mon coin du monde.

Et je me suis dit que c’était peut-être ça que devrait être la marche de l’homme : un coup de tête qui suit un coup de cœur vers un peu de bonheur.

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mardi, octobre 02, 2007

L'ombre de l'éléphant

Dans ma jeune adolescence, je foulais les trottoirs de ce quartier tellement loin du mien certaine que j'étais rendue à un certain bout du monde. Ici, rien ne ressemblait à ce que je connaissais. Les nuits étaient agitées, pleines des bruits de la circulations abondantes de la rue Ste-Catherine ainsi que les échos de discussions salaces dont je ne comprenais pas tout le sens. Mais je me rappelle très bien que j'avais l'impression d'avoir été brusquement plongée au coeur d'un triller américain, dans une zone de danger qui m'était jusque là inconnue. Même les jeunes de mon âge étaient totalement différents de ceux que j'avais connus jusqu'à ce moment. Dans mon coin du monde, les enfants étaient choyés, entourés par des parents présents, dans cet autre univers, je faisais connaissance avec les effets de la pauvreté; la pauvreté qui n'était pas dans la télé et encore moins dans un pays éloigné.

À quelques rues de là, en haut d'une côte qui m'apparaissait insurmontable, il y avait des appartements de luxe dans des bâtiments rappelant vaguement des pyramides par leur forme étrange. Un univers d'adultes dans lequel les seuls enfants présents étaient des visiteurs. Dans les corridors de ces édifices, nous devions marcher calmement : interdiction formelle de courir ou de crier. C'était une épreuve pour l'enfant que j'étais. Surtout les jours où je portais des souliers de course tout neufs et que j'avais l'impression qu'ils courraient plus vite que la paire que je venais d'abandonner parce qu'elle ne faisait plus sur mes petits pieds. J'ai fréquenté cet endroit pendant cinq ou six ans, jusqu'à ce que ma grand-mère meure, et c'est vers cette époque que j'ai commencé à visité l'autre quartier, celui du bas de la côte. Sans toutefois me rendre compte que ces deux univers, si dissemblables se jouxtaient.

Et puis un jour j'ai appris le sens de l'expression « éléphant blanc ». J'ai appris que le plus grand symbole architectural de Montréal, ma ville, en était un. Le stade Olympique, incomplet en 1976, incomplet encore dans les années 1980 qui était à la fois le plus gros gouffre financier et le bâtiment le plus éléphantesque de la ville. Je devais avoir treize ans quand j'ai réalisé que le stade était tout près de chez ma grand-mère et de chez cette amie qui m'amenait dans une réalité que j'avais jusque là ignorée. Dans mon petit snobisme innocent d'adolescente, je me disais que jamais je n'irais m'installer dans ce creux de vallon si loin de tout ce que je connaissais, dans ce qui m'apparaissait comme l'antre de la pauvreté montréalaise.

Mais la vie joue bien des tours. J'ai choisi de quitter la maison familiale assez jeune. Et je suis un jour revenue dans ce quartier que je jugeais si froidement autrefois. C'est là que j'ai trouvé un appartement dans lequel je suis bien. Loin de tout, mais bien. Et puis, ce quartier a changé en vingt ans. Ou peut-être est-ce simplement mon regard qui a changé. J'ai appris à connaître tous les détours des rues de ce quartier. J'ai appris à en aimer les parcs et les marchés. J'ai appris à m'y sentir en sécurité. J'ai rencontré des quantités de gens sympathiques qui me saluent sur la rue simplement parce que désormais il me reconnaissent comme l'une des leurs puisque je ne suis plus simplement une visiteuse impromptue.

Et toujours, depuis le mois de mai, quand de mon vélo je vois le mat du stade, je sais qu'au prochain tournant je n'aurai plus qu'à suivre l'ombre de l'éléphant pour arriver chez-moi. Comme si j'avais toujours fait partie de ce morceau de pavé-là.

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mercredi, septembre 19, 2007

Le parfum des livres

Petite, j'adorais les robes qui tournent. Je rêvais d'être une princesse et de porter ces grandes robes à crinolines, tellement encombrantes mais oh combien élégante dans mon imaginaire d'enfant. Les robes qui s'étalaient en corolle autour de mon petit moi lorsque je pivotais jusqu'à me donner le tournis me permettaient plus facilement de croire que je faisais partie d'une scène de Autan en emporte le vent ou de Sissi. Je pouvais dès lors m'évader dans un monde féerique, m'inventer une vie, laisser courir les fils de mon imaginaire jusqu'à tisser une toile douillette dans laquelle mes sourires faisaient la loi. Cependant, si j'aimais ces nouvelles robes, je détestais devoir faire les boutiques avec maman pour choisir ces objets de désir. Assez rapidement, maman a pris l'habitude de courir les boutiques sans moi et je trouvais les étoffes de mes rêves sur le pied de mon lit en rentrant de l'école. Encore aujourd'hui, le magasinage m'impatiente, je fais toujours grand cas de mes passages obligés dans ce que j'appelle « les magasins de mesdames » parce que j'ai un besoin criant, comme lorsque mon jeans décide de se déchirer d'un bout à l'autre pendant mon trajet de vélo jusqu'au travail. Comme si je sortais d'une guerre particulièrement difficile.

Par conséquent, je n'ai jamais été particulièrement dépensière. Pendant que mes amies dépensaient tout leur argent de poche en nouveautés vestimentaires, le mien s'entassait tranquillement dans mon compte de banque. Je ne possédais pas une fortune, mais disons que j'avais un peu plus de moyens que la plupart de mes copines puisque je ne trouvais jamais rien qui me plaise dans les magasins que nous visitions la fin de semaine. Ça été vrai jusqu'au jour où nous sommes entrées dans une gigantesque librairie. Et là, pour la première fois de ma vie, l'argent m'a brûlé les mains. Je n'ai pas pu résister à l'appel des bouquins qui me faisaient de l'oeil sur les tablettes. Je me suis pratiquement vautrée dans les pages des livres qui craquaient sous mes doigts laissant émaner l'odeur de colle neuve qui les caractérise.

J'ai eu l'impression d'entrer dans mon pays. Celui où les héros portent les visages que je veux bien leur donner. Chaque étalage portait un ami. Ou plusieurs. Des milliers de livres prêts à être dévorer. Des tonnes de parfums qui m'appelaient d'une étagère à l'autre. Une ouverture vers l'imaginaire. Je n'ai pas pu tout acheté ce que j'aurais voulu me procurer, près de vingt ans plus tard, il y a beaucoup de livres que j'aimerais posséder qui ne font pas partie de mes bibliothèques quoique celles-ci débordent et compliquent singulièrement mes déménagements fréquents. Et je suis complètement incapable de me défaire de ces volumes : ils forment une part de mon identité. Je n'ai qu'à jeter un coup d'oeil dans mes bibliothèques pour voir le cheminement intellectuel que j'ai parcouru dans les dernières années. Où mieux encore, en ouvrir un au hasard, pour y trouver un brin d'herbe, témoin muet d'une activité de plein air que j'avais oubliée, mais dont le parfum empesé me rappelle tous les détails de cette journée évanouie dans le passé.

Je crois que ce que je préfère dans le parfum des livres ce sont ces arômes emprisonnés par distraction qui conserve la mémoire du trajet que ceux-ci ont parcouru. Devenant en quelque sorte un relais mnémonique de mes souvenirs olfactifs.

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vendredi, août 24, 2007

Comme un murmure sur l'oreiller

Les amours à distances m'ont toujours fait un drôle d'effet. Comme si l'absence fabriquait de toute pièce une présence autrement inexistante. Réminiscence éthérée des sensations quintuplant les impressions. Ainsi mon corps se rappelle de ton corps, mes doigts sentent sur les draps les courbes de tes fesses frémissante sous l'effet de mon toucher. Une chaleur diffuse émanant du matelas, souvenance de la régularité de ton souffle durant les heures de sommeil. Quiétude de la complicité établie malgré le fait que ta vie quotidienne ne soit pas la mienne et que tes semaines t'emportent loin de moi.

Je ferme les yeux pour voir tes lèvres cramoisies de désir quand tu me dis que tout de mon corps est pour toi une invitation à l'amour. Malgré mes doutes, malgré mes lacunes de confiance, malgré mes les rondeurs de mon ventre qui me mettent souvent mal à l'aise. Je t'entends rire et me parler de mes hanches, de mes seins de mes cuisses dans des termes que je ne répéterai jamais à personne, mais que je repasse sans cesse dans le même ordre lorsque je me langui de toi. Alors je souris dans l'obscurité, et je t'écris en pensée des lettres enflammées te narrant tout ce que je pense de bien de toi. Toutes les petites et grandes envies que ton souvenir permanent font naître dans mes tripes. Quelquefois je téléphone pour t'écouter dire mon prénom de cette manière qui t'es si particulière comme si ce mot dans ta bouche était un fruit particulièrement savoureux, empreint d'une signification qui échappe aux autres.

Je me compte chanceuse de te connaître, de nous connaître dans cette intimité qui n'appartient qu'à nous. Dans les rires échangés en catimini, dans les longs repas du soir qui s'étirent sur la couette et qui reviennent me hanter de leurs délices chaque fois que je me retrouve seule dans ce lit qui te connaît par coeur. Je te revois faire semblant de dormir encore sous quand le soleil du matin s'attarde sur le blanc de ta peau et que je t'assaille de baisers que tu tentes d'ignorer jusqu'à ce que tu me prennes vivement dans tes bras en me disant : « petite, c'est encore la nuit cesse de me fatiguer ». Et moi je ris, de ce rire de gorge que tu aimes tant.

Je préfère d'ailleurs tes visites aux miennes, parce qu'il me semble que la distance entre nous et nous est moins longue lorsque j'ai avec moi toute la semaine des souvenirs de nos deux jours de bonheur. Ces échappées dans le temps qui me font éclore à la vie. J'adore conserver la vision te ton appétence lorsque je mords farouchement ta paume juste avant de te laisser partir et que les lueurs coquines dans tes yeux se rappellent à moi durant tous les jours de ton absence. Mais plus que tout, ce sont les morceaux de vêtement pas vraiment oubliés, gisant entre mes draps. Parfum de toi, comme un murmure sur l'oreiller qui te ramène à moi.

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mardi, août 07, 2007

De toutes les couleurs

Sur les pages blanches de nos ébats en devenir, j'ai vu se dessiner ton visage en perpétuelle mutation. Sujet aux changements de mes inspirations, de mes aspirations. Arborant des traits vieillissants au fur et à mesure que j'avançais en âge et en expérience. J'ai rêvé ce doigté fin qui pétrirait mes formes jusqu'à les faire les plus belles du monde sous le charme des caresses, qui me diraient plus certainement que n'importe quel discours enflammé, que ce que je suis est très exactement le sujet du désir. J'ai laissé mon imaginaire tracer au fusain des yeux amoureux surplombant ces fossettes rieuses qui m'ont toujours fait craquer.

Je me suis enfoncée dans les aquarelles de mes songes qui m'apparaissaient plus vraies que ce que la vie m'offrait. Intransigeante jusqu'à la moelle, refusant de me plier à des amours qui ne me semblaient pas aussi réelles que les teintes diaphanes des tableaux passionnés meublant mes rêves éveillés. Point pour moi de demie-mesure. Jamais je n'ai su m'y faire. Toujours intense, toujours intègre, lovée sur ces idéaux qui me font écrire depuis que je suis capable de mettre les mots les uns à côté des autres. J'ai dépecé les pastels de mes déceptions sans amertume. En prenant chaque écueil comme un outil qui ferait de moi une meilleure personne, une femme plus sereine, une meilleure amoureuse en devenir.

J'ai croisé des hommes qui me demandaient sans autre forme de procès si je n'étais pas homosexuelle, moi qui dégage cette plénitude qui donne l'impression que je n'ai besoin de personne pour me suffire à moi-même. J'ai croisé d'autres hommes qui auraient voulu me présenter tous leurs amis mais qui n'auraient jamais eu l'idée de se présenter à moi. J'ai pleuré des histoires qui inachevées qui n'avaient même pas commencé. Sans rancune. Je ne suis pas faite de ce bois-là. Et malgré le fait que je sente souvent l'absence sous le pinceau de cette existence qui me laisse seule sur le pas des portes que j'ai vues se refermer, je ne suis pas une femme malheureuse. Je me rends bien compte que je ne changerais pas les choix que j'ai faits.

Je suis née pour aimer jusqu'à la lie. Je suis née pour être aimée tout aussi intensément en retour. Je ne sais plus à quoi tu ressembles et au fond ça n'a pas vraiment d'importance. Quelle que soit la couleur de tes prunelles, quelle que soit la texture de ta chevelure, quelle soit la dorure de ton épiderme, je sais bien que je te rencontrerai au prochain tournant. Prêt à me suivre dans mes délires, prêt à attendre que j'en revienne à d'autres moments. Prêt à partir dans tes propres univers lorsque tu le sentiras nécessaire. Moi je suis apte désormais à en voir de toutes les couleurs, à pleurer, à rire ou tout simplement à sourire sereinement. Prête à fonder la famille que j'ai toujours voulu avoir. Prête à écrire. Prête à rêver les toiles éclatantes que ce que nous pourrons devenir, à deux.

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lundi, juillet 09, 2007

Toucher l'été

Juillet, cette année, est aussi gris que les pires mois de novembre que je me rappelle avoir connus. Au moins. La température instable fait de moi une cycliste bien aléatoire parce que je décide régulièrement d'utiliser les transports en commun plutôt que d'arriver au travail avec un air de chat mouillé. Ce n'est pas très charmant de servir les clients toute détrempée. Cette année, j'avais envie d'été. Envie de me lover dans les rayons soyeux du soleil, de laisser ma peau se dorer au rythme de mes battements cardiaques. Malgré toutes les prévisions des météorologues d'un été torride et sec, il semble que mes beaux plans de farniente sous le signe du soleil tombent à l'eau, c'est le cas de le dire.

Parallèlement à ces appétences de plaisirs épidermiques, je me sens justement des fourmis dans la libido. Rien de tel qu'une saison à me faire des idées fantasmatiques, qui ne se réalisent jamais, pour que je sente poindre en moi la femme requin que j'ai déjà été. Pourtant, je n'ai pas envie de luxure au point de me perdre dans les bras de n'importe quel quidam qui pourrait croiser ma route comme je l'ai déjà fait. Il y a quelque chose de retors dans ce type de rencontre. Quelque chose en moi qui reste toujours un peu en arrière dans ces moments qui n'en sont pas vraiment. Au bout du compte, je fini toujours par passer plus de temps à courir après les morceaux de mon âme que j'ai ainsi dispersés qu'à profiter des instants qui provoquent ces éparpillements.

N'empêche que depuis quelques semaines, j'ai envie de mordre dans la peau d'un autre. La mienne commence à avoir un goût trop connu. Je sens passer sur mon visage, ce regard de prédatrice, ces mouvements imperceptibles pour la plupart des gens qui sont pour moi des indices flagrants de mes désirs inassouvis. Je me vois balayer, nonchalamment, du revers de la main, une quelconque information tandis qu'une invite subtile à aller plus loin dans l'abordage flotte dans l'air de mes temps. Et de sourire, ou de rire de manière un peu trop appuyée, déployant ainsi toute ma gorge pour les morsures à venir; en rêve ou en réalité. Je vois des fossettes qui m'interpellent, là où, il n'y pas si longtemps, je ne voyais rien. Je regarde les courbes et les lignes droites des corps masculins que je croise et j'imagine le dessin des veines qui en sillonnent, selon toute probabilité, leurs tensions sexuelles.

Silencieuse, je me repais de ces images que je laisse monter en moi. Souriant aux aventures que je n'aurai pas puisque le seul imaginaire m'emmène bien plus loin que les paroles qui ne sont pas échangées. Et je me dis que tout n'est pas perdu si ma chair vibre encore tant et tellement au goûter de ces hasards qui longent mon existence. Le coeur actuellement sans amarres. Le corps en effervescence. Avec des espoirs plein la tête et les mains pleines de promesses à offrir à celui qui me verra telle que je suis, dans tout ce que j'ai de féminité et de bien-être à partager.

Silencieuse je regarde les jours couler, comme des ruisseaux dont je ne connais pas vraiment l'itinéraire, sans me demander où ceux-ci mèneront. Mes épaules sont allégées des poids qu'elles ont porté tout l'hiver comme si le fait de les dénuder, comme si le fait de ne plus avoir à porter les lourds manteaux que les températures hivernales nous obligent à arborer, faisait en sorte que je sois plus libre de mes mouvement et de ma propre sensualité.

Alors, je me dis qu'au fond, c'est peut-être cela, toucher l'été.

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lundi, juin 25, 2007

Crise d'angoisse

C'était un matin de printemps, la rue St-Denis commençait à peine à sortir ses couleurs estivales. La bise venue du nord collait les coupes-vent sur la peau des passants. Dans un café minable, on m'avait dit : « je la quitterai pour toi, si tu veux bien de moi ». Dans la lumière blafarde qui trouait les nuages, j'ai mis le pied dans la première angoisse de ma vie. Celle qui fait douter et redouter. Cette nuit-là j'ai offert mon coeur et mon corps sans partage. Entière. Je me suis jetée sur l'autel des sentiments. Irrémédiablement en danger. Avec la peur qui grandissait dans mon ventre au fur et à mesure que les jours se muaient en semaines, puis en mois. « Aimer, c'est se perdre », pensais-je romantique. Pas de demie-mesure pour moi. Devenue en si peu de temps l'ombre de moi-même, sans vigueur ni personnalité qui faisaient, il n'y avait pas si longtemps, mon charme. Silhouette à peine esquissée de ce que je croyais être ce qu'il attendait de moi.

À chacun de ses départs pour des occupations qui passaient toujours avant moi, avant nous, je sentais le gouffre de ma peur prendre un peu plus d'ampleur. Je versais des larmes amères sur les promesse qu'il ne m'avait pas faites et ne me ferait sans doute jamais. Ces promesses de bonheur éternel et de longévité dont mon coeur rêvait depuis sa plus tendre enfance. J'aurais voulu n'aimer qu'un homme de toute ma vie. Vivre cet amour de contes de fées qui abreuvait mes songes éveillés. J'avais offert mes chairs, ouvert mes veines, dépossédé mon âme de son essence pour avoir une toute petite chance de me l'attacher jusqu'à la fin de mon temps. J'aimais. Sur le fil du rasoir, continuellement en déséquilibre. Avec des larmes abondantes qui ne mouillaient mon regard que dans l'ombre des nuits de solitudes qui m'étaient imposées. En me demandant à tous les jours, quel serait celui qui le verrait partir pour une autre.

J'ai vécu cet amour sous l'épée de l'abandon prévisible. Chaque femme qui le faisait sourire et rire davantage que moi m'était insupportable. Jalouse jusqu'au bout des ongles pour la seule fois de ma vie. Petite boule de panique toutes les fois où je le savais en compagnie d'autres dames. Je me réveillais la nuit lorsque je le savais endormi, et je touchais doucement le tendre de son épiderme du bout des doigts pour m'assurer qu'il était là, dans mon lit à moi. Chaque matin était une victoire contre ces prédatrices que je voyais en toutes celles qui croisaient sa route. Et elles étaient nombreuses. Je m'étais choisi un charmeur impénitent. Beau parleur et amuseur de foules. Je devais me rester discrète, subir les taquineries un peu mesquines qui m'étaient destinées, pour qu'il m'aime une nuit de plus. Une minute de plus.

Un soir, il n'est pas rentré à la maison. Il ne m'a pas appelée pour m'en avertir non plus. J'avais préparé un repas pour lui. Mais je l'ai mangé seule avec mes larmes inutiles. Le coeur en arrêt sur la condamnation de cette relation. Roulée en boule dans le fond du salon, juste sous la fenêtre par la quelle je finirais pas le voir arriver. Plus capable de rien assumer. Avec dans le cerveau les phrases récurrentes qui me faisaient aussi mal que destirs rapprochés. Les mots que j'avais attendu toutes ces semaine et qu'il ne me dirait jamais. Je savais qu'il était parti de ma route. Mon coeur se déchirait sous les assauts de ces évidences. Des apnées prolongées bleuissaient le tour de mes lèvres.

Lorsque finalement il est revenu, à une heure impossible. Lorsque finalement il m'a trouvée dans cet état pitoyable il m'a dit que j'étais ridicule. Sans compassion, sans tendresse. Il a ajouté : « Demain je serai parti ». Je ne lui ai pas demandé si c'était avec Elle qu'il s'en allait. Je ne le savais que trop. Nous avons fait l'amour en silence, pour une dernière fois. Mue par une rage et un appétit que je ne me connaissais pas, je redevenais peu à peu la tigresse qui avait caractérisé mon adolescence. Je m'étais sauvée avant l'aube pour ne pas assister à son départ.

Ça aura été le début de la fin d'une crise d'angoisse qui aura duré deux ans.

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vendredi, juin 08, 2007

À condition que tu m'en donnes

Ils avaient passé la journée entre l'ombre et la lumière à profiter de la présence l'un de l'autre. Le soleil pesant de ce mois d'août avait doré leurs épidermes. L'eau du fleuve qui s'agitait en contrebas de la falaise donnait l'illusion d'une mer dans laquelle ils auraient pu s'immerger, aller jusqu'au bout du monde à travers les flots. Une tente dressée à quelques mètres bruissait dans le vent. Plus loin, derrière un bosquet d'arbres, ils entendaient les babillages des enfants qui s'imaginaient être les super-héros d'un univers issu de leur imagination. Ça faisait une petite semaine qu'ils s'étaient évadés du temps urbain. Une semaine à ne rien se dire tout en se dévoilant entièrement. Fragments de soi qui s'évadaient vers l'autre, au plaisir du temps.

Isabelle profitait de la sérénité des lieux pour lire tous les romans qui traînaient dans sa liste de lectures depuis des mois. Elle se rendait au village, à quelques cinq kilomètres, tous les jours à vélo, pour acheter le nécessaire à leur survie alimentaire. Cela lui donnait l'impression de résider dans un autre siècle, une autre société, dans laquelle chaque minutes s'étirait un peu plus dans des zones de tranquillités. Plus d'urgence, plus de productivité, simplement le déploiement des heures que l'on organise autour d'un îlot de bonheur. Sans contact avec l'actualité, les méandres des violences extérieures, les stress des relations interpersonnelles que l'on déçoit souvent, bien malgré soi. Bercée pas le ressac des vagues plutôt que par le bruit des camions, cette excursion sur une une petite île de bout du monde, lui faisait le plus grand bien.

Sébastien, se jetait à la mer sitôt levé pour ensuite parcourir la plage jusqu'à ne plus trop savoir où il en était. Il revenait peinard à son point d'origine, et se laissait diriger par les fumets alléchants des feux de camp. Tous les midis, il débarquait avec un sourire enjôleur, une ou deux histoires croquantes dont il s'était souvenu en route. Alors il s'installait et attirait immanquablement une bonne partie du voisinage autour de lui, suspendu à ces récits tous plus rocambolesques les uns que les autres. Après quoi il inventait des jeux pour les enfants, les faisant sillonner la plage dans des aventures de corsaires auxquelles ils croyaient dur comme fer. C'était du pur bonheur qui pétillait dans ses yeux lorsque les gamins retournaient épuisés vers leurs parents en lui disant : « à demain ».

Quand le soleil avait bien entamé sa descente et qu'il ne menaçait plus des les rouer de coups, Sébastien et Isabelle s'installaient confortablement sur le même drap de plage pour jouer au Scrabble. Il la battait tous les jours à plates coutures et elle faisait de son mieux pour ne pas s'enrager. Alors ils ouvraient une bouteille de vin qu'ils siroteraient tranquillement jusqu'à la nuit. Il cuisait le repas du soir tandis qu'elle profitait de la brunante pour aller affronter les flots, dans cette quasi-obscurité qui la dérobait aux regards des autres plaisanciers. Elle revenait détendue en s'ébrouant sur lui jusqu'à ce qu'il accepte de la frictionner pour chasser les dernière goutte d'eau de sa peau.

C'était le dernier soir de leur périple au bord de la mer. Elle avait l'impression que la vie après ne serait plus jamais tout à fait la même. Il y avait désormais entre eux une intimité plus grande que ce qu'ils n'auraient jamais pu créer ailleurs, dans le temps quotidien. Elle voyait les lèvres de Sébastien s'alourdir de désir, se gonfler jusqu'à devenir pourpres lorsque par hasard ses bretelles glissaient sur ses épaule pour laisser deviner une étincelle de sensualité. Et taquine, elle lui disait en tendant les mains vers les fruits qu'il avait en sa possession : « Je t'embraserai, si tu veux. À condition que tu m'en donnes... »

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